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Fiction » General » La noirceur de l'âme font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: cocbys
Fiction Rated: T - French - Horror/Romance - Reviews: 3 - Published: 03-06-05 - Updated: 03-06-05 - id:1851834

La noirceur de l’âme

Chapitre 1

Nuit de terreur, nuit de réconfort


La lune était assez haute dans le ciel noir. Elle brillait d’une faible lueur, juste assez pour pouvoir mettre un pied devant l’autre sans risque de s’accrocher dans tel objet. Pourtant, même en habituant ses yeux au noir, il n’arrivait toujours pas à distinguer ses vêtements du mur. Même en plissant les yeux, même en faisant un effort, rien n’y fit, il ne voyait décidément rien.

C’était à croire qu’un rideau noir les couvraient, lui et l’autre, de son incomparable noirceur. Cependant, même avec un rideau foncé sur la tête, il aurait tout de même pu voir quelque chose de l’autre… Ses vêtements noirs finement brodés de fleurs de lys, ces fleurs que l’on associait au Mal pur. Ses cheveux noirs également, ondulants aux petits coups de vent. Sa peau fantomatique, aussi blanche que cette neige qui tombait en hiver. Quant à ses yeux, bizarrement, il n’en gardait aucun souvenir. Il lui semblait pourtant les avoir vus rouges, ou bien un bruns pâle…

Un grand frisson le parcourût. La fenêtre était grande ouverte, et il ne faisait rien pour tenter de la refermer. Il préférait rester étendu dans son lit, frissonnant de froid, attendant une brusque vague de chaleur qui ne venait évidemment pas. Il ne voulait même pas bouger, même pas se glisser sous les couvertures chaudes et moelleuses. La peur le tenait cloué au lit, la fièvre embrouillant son esprit lui servait de prétexte pour ne pas se lever. Ses cheveux blonds comme les rayons du soleil lui collaient au visage et dans le cou, tandis que les gouttes de sueur se faisaient de plus en plus nombreuses. Elles coulaient le long de son visage pour se perdre sur ses lèvres. La peur transpirait de ses pores de peau, une atmosphère de fatigue planait dans la pièce.

Une odeur de sang se mélangeait à celle de peur. Une fine trace rouge coulait le long de la jambe droite du blond, lui arrachant un cri de douleur à chaque inspiration. Les draps blancs étaient teintés de rouge, et même la plus fameuse des servantes qui les lavaient ne pourrait jamais faire disparaître ces taches vermeilles. C’était son sang, son sang qui était damné, son sang de démon, son sang d’humain condamné à souffrir pour toujours.

Il ne s’en souciait guère. La sang n’était que la preuve irréfutable qu’il n’était qu’un humain, certes un peu ambitieux, mais humain de tout son être. Cela était pour lui déplaire. Surtout que l’autre qui le regardait, un léger sourire sur les lèvres, n’arrangeait guère les choses. Ce n’était qu’une autre tactique pour lui faire perdre le contrôle de son corps et de son esprit, comme d’habitude. Tout cela seulement pour savoir s’il était toujours digne d’être reçu dans son royaume des ténèbres.

Il haletait, il avait de la difficulté à respirer, tant la douleur était vivace. Un autre indice qui lui rappelait son humanité hardiment haïe. Il détestait son espèce, qui passait son temps à se plaindre de petits malheurs simples de la vie et qui ne faisait rien pour l’améliorer. Il détestait les gens qui ne valaient pas plus que des insectes, il détestait la foi chrétienne. Il détestait devoir accomplir telle ou telle action au nom d’un supposé Dieu qui ne s’était jamais manifesté ici-bas.

« Tu as mal? Tu aimes ressentir cette douleur? »

Le blond releva péniblement la tête et regarda l’autre dans les yeux. Des yeux brillants de malice et d’intelligence. Pris d’une soudaine crainte, il avala difficilement et laissa retomber sa tête sur un oreiller. Il ferma les yeux, cherchant à dissiper la vision du regard brillant de l’autre. C’en était presque comique : lui, avoir peur d’yeux ? Il pouvait regarder n’importe qui dans leur regard, mais lui, il n’y avait que lui qu’il ne pouvait regarder dans les yeux. Il essaya de détourner la tête pour ne pas avoir à la regarder de nouveau, mais le moindre petit mouvement le faisait hurler de douleur.

Il se recroquevilla sur lui-même en étouffant un cri. La fatigue le surmenait et la perspective de s’endormir le terrorisait. Surtout qu’avec l’autre dans la même pièce que lui, il ne fallait surtout pas se laisser tomber dans les douces vapeurs du sommeil, car il pourrait en profiter… Car déjà que son âme était damnée, il tenait à ce que son corps reste pur. Malheureusement pour lui, bien que ce ne fût qu’une blessure, elle contenait toutes les impuretés que quelqu’un aurait pu avoir.

Il sentit une main froide glisser le long de son dos et il hoqueta de surprise. La main remonta jusqu’à son cou, jouant avec quelques mèches blondes, puis glissa lentement vers la mâchoire, qu’il tourna vers lui brusquement. Le blond lâcha un cri de douleur tandis qu’un mince filet de sang commençait à s’échapper de sa bouche. Il haleta, puis regarda l’autre avec un regard fatigué et désespéré avant de fermer ses yeux lentement.

« Réponds ! »

La main secoua la tête du blond tout aussi brusquement qu’elle l’avait ramenée vers elle et le blessé ouvrit grandement ses yeux pâles. Il cracha à nouveau un peu de sang, puis essaya de se redresser, mais en vain. Tout son corps tremblait, des coups de marteau semblaient résonner dans sa tête. Subitement, il eût comme une grande vague de chaleur, alors il décida d’enlever sa chemise tachée du liquide poisseux. Il la déchira littéralement, découvrant son torse humide de sueur et de sang, qui attira entièrement le regard de l’autre. L’autre en question se passa une langue gourmande sur les lèvres.

« Tu sais… très bien, très bien même… ce que je te réponds chaques fois… »

La réponse du blond exaspéra l’autre, qui, en poussant un soupir d’impatience, passa une main sur la jambe blessée et la guérit en un rien de temps. Il en fût de même pour la fièvre et les maux de tête, qui ne tardèrent à être chassés et étouffés. L’autre grimpa sur le lit, passant à califourchon sur celui aux cheveux dorés.

« Maintenant que tu es comme neuf, tu dois t’exécuter à ma requête… »

Il l’embrassa sur le bout de lèvres, juste pour attiser l’envie du blond. Celui-ci grimaça, mais se laissa faire.

« Je n’ai pas de cadeaux à te faire. Du moins, de mon vivant. »

Celui aux cheveux noirs releva la tête, un mince sourire étirant ses lèvres à ces mots. Il caressa le visage de l’autre, s’abandonnant à un baiser sur le front, puis répondit :

« Mais, cher Johan… Tu m’avais bien promis quelques souhaits, et ce, pendant ton vivant… »

Il ricana. Le dénommé Johan grimaça une seconde fois.

« Je ne fais pas confiance aux démons de ton genre, Méphistophélès. »

Le ricanement se fit plus fort.

« Pourquoi, que Diable, ne nous fais-tu pas confiance, amour ? »

Johan leva les yeux au plafond.

« À cause de ces idiots de surnoms affectifs que tu peux me trouver. »

Méphistophélès sourit, puis captura les lèvres du blond. Il mordilla la lèvre inférieure, quémandant l’accès à sa bouche. Johan desserra les dents et les poings, tandis que le démon, considérant ces gestes et le manque de réaction comme une approbation, glissa sa langue à l’intérieur de la bouche du blond, commençant à caresser sa langue, l’invitant à débuter une danse des plus passionnées. Johan, ne résistant pas à cette invitation, répondit avec zèle.

Les mains glacées de Méphistophélès se réchauffèrent instantanément, puis, manquant de souffle, il releva la tête. L’expression qu’il put lire dans les yeux du blond sembla le satisfaire. De l’impatience, du désappointement, de la curiosité. Les jeux de Méphistophélès semblèrent l’exaspérer au plus haut point. C’est donc avec une expression dominante qu’il renversa les positions, au plus grand enchantement du démon, qui n’objecta d’aucune façon.

« Vu que c’est toi qui m’appartiens dans mon vivant, c’est moi au-dessus. »

Méphistophélès sourit, tandis que Johan s’affairait à déboutonner la chemise noire de l’autre. Le blond déposa quelques baisers ici et là, puis entreprit d’enlever le reste des vêtements qui le gênait. Ses mains partirent du cou du démon et descendirent lentement vers le bas, faisant quelques pressions sur la peau légèrement dorée, ce qui arracha quelques gémissements de la part de Méphistophélès. Alors que Johan défaisait les attaches du pantalon, la respiration de l’autre s’accéléra rapidement en quelques souffles saccadés. Le blond enleva le reste des vêtements avec un air prédateur.

Le démon le regarda étrangement. Johan répondit à son regard, l’embrassa, puis descendit lentement vers le bassin de Méphistophélès, dont le souffle s’accéléra pour atteindre les cents mille à l’heure.

Le blond remonta, puis ordonna sèchement au démon de se retourner sur le ventre. Le secrétaire de Lucifer s’exécuta, malgré le fait que Faust était toujours sur lui. Celui-ci lécha la jugulaire de l’autre, puis descendit lentement en laissant une traînée humide le long de la colonne vertébrale du démon.

À ce moment-là, des gémissements de plaisir fusèrent, tandis que Johan pénétrait à l’intérieur de Méphistophélès. Quelques minutes plus tard, Faust retomba, épuisé, contre le démon qui reprenait ses esprits. Celui-ci soupira et caressa les cheveux du blond d’une main qu’il voulait douce. Il les embrassa, puis ferma les yeux, savourant l’odeur suave qui s’en dégageait.

« Docteur Faust ? »

Celui-ci releva ses yeux, légèrement embrumés. Il embrassa les lèvres du démon, puis répondit :

« Oui ? »

Méphistophélès reprit les lèvres du blond, recommençant une danse effrénée. Le démon renversa les positions, prenant celle du dominant, puis déposa une myriade de baisers dans le cou de Johan, qui laissa échapper des halètements étouffés.

« Vous m’appartiendrez un jour, Docteur Faust, j’en fais le serment. »

Le blond releva le visage du secrétaire de Lucifer, sourit puis répondit :

« Mais je vous appartiens déjà, Monsieur le Secrétaire. »

Celui-ci mordilla le lobe de l’oreille de Faust et y chuchota quelques mots.

« Il viendra un jour où tu m’appartiendras complètement. »

« Puisse l’Enfer me rapprocher de ce jour maudit, » ricana l’autre.

Méphistophélès sourit, puis se redressa, pour enfin se lever complètement et se rhabiller. Il natta ses longs cheveux et s’approcha de la fenêtre.

« Je ne crois pas que tu veux vraiment que ce jour arrive, » lui dit-il avant de se retourner vers l’ouverture donnant sur le ciel étoilé.

« Si ce n’est que pour subir ce que je t’ai fait subir il y a quelques instants, je conjure le Diable que ce jour soit demain, » répondit le blond.

« Justement, aux Enfers, il n’y a que douleurs, brûlures et temps perdu. C’est vraiment… »

« L’enfer ? »

Les deux se regardèrent, puis éclatèrent de rires.

« Enfin… oui, mais tu dois comprendre que ce n’est pas un univers où le plaisir de la chair est abondant… »

« Néanmoins, si ce n’est que pour te voir plus souvent qu’une fois aux treize jours, je suis prêt à endurer toutes les misères du monde. »

« Arrêtes, tu commences un mélodrame entre deux jeunes encore puceaux, »fit l’autre en agitant les mains.

« Mais c’est ce qui fait que je suis toujours un misérable et pitoyable humain, » répliqua le blond d’un ton accablé.

« Au moins, pour nous, les démons, il n’est pas interdit de ressentir les sentiments tels que l’amour. »

« Et pourquoi ? »

« Eh bien, par les quatre Maîtres de l’Enfer, l’amour amène la jalousie, la jalousie apporte la haine et la haine apporte la mort, » répondit le démon.

« Logique, en effet, » considéra le Docteur.

« Enfin, je me dois d’aller rejoindre mon ‘Supérieur’, mais saches que ce fût une belle nuit, » dit l’autre avec un petit sourire.

Il s’envola dans la nuit, laissant un Johan complètement seul et perdu dans ses pensées derrière lui. Comme à toutes les nuits où le démon venait le rejoindre et qu’il repartait, Johan ressentait un grand vide et le docteur se demandait bien pourquoi il ressentait cette sensation. Pourtant, il avait peur de Méphistophélès, mais au fond de lui, il éprouvait autre chose, quelque chose d’indéfinissable, quelque chose qui lui était inconnu.

Il tira les couvertures sur lui, ferma doucement les yeux et s’endormit profondément, épuisé par sa nuit.



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