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Cette histoire appartient à Mélindra !
Quand deux personnes se cherchent, ignorant comment se trouver...
PETITE HISTOIRE...
C'était un spectacle des plus étranges mais très secret. Très intime.
Savait-elle qu'il la regardait, qu'il venait exprès pour cela, comme un rituel auquel il n'aurait pu manquer. Comme un besoin, sourd et lancinant, qui ne trouvait son apaisement, sa satisfaction ultime que lorsqu'il la voyait enfin apparaître.
Chaque matin suivant la pleine lune, il était présent. Caché, bien caché de la jeune femme. Il avait découvert ce doux spectacle enfant, quand son esprit encore ouvert n'avait pu nier le merveilleux et le fantastique de cette vision…
Cela commençait... par une goutte de rosée, anodine, qui se mettait à luire plus fort. Et puis la lumière grandissait petit à petit. Au cœur de cette lumière, une silhouette féminine apparaissait peu à peu : elle était vêtue de tant de voiles, de tant de couleurs vaporeuses, que son corps charmant était habilement dissimulé. Puis, quand la lumière n’était plus, elle se mettait à danser d'une grâce surnaturelle sur la rosée du matin, comme à l’écoute d’une fabuleuse musique intérieure. Chacun de ses gestes délicats caressait l’air comme pour l’apprivoiser ; son opulente chevelure et ses voiles impalpables semblaient être possédés par l’esprit de la danse. Ses pieds nus graciles ne paraissaient toucher le sol que pour mieux s’en délivrer. Dans cette petite clairière, ce miracle survenait à chaque fois. Toujours aussi beau, toujours aussi pur. Ses longs cheveux de nacre s'irisaient de mille couleurs d'arc-en-ciel à l'aurore. Elle souriait, si heureuse de vivre, de danser. A ses chevilles, à ses poignets, dans sa chevelure même... des grelots translucides, tintaient gaiement d'une sonorité si merveilleuse que cela fendait le coeur. Et on pleurait de bonheur, car le bonheur était là. Le miracle de la danse. De cette femme. Cela emplissait son coeur, son âme de quelque chose de si beau, de si grand, de tant d'amour qu'il en était submergé.
Pour garder ce trésor sans prix, jamais il n'aurait le courage de rompre le rêve, de briser ce moment si merveilleux en allant vers elle. Il conservait avec tant de soin le voile qu'elle avait un jour laissé tomber sans récupérer. Avant de disparaître dans une lumière de mille couleurs.
Jamais il ne l'approcherait. Peut-être était-ce mieux : il ignorait si son coeur aurait survécu à pareil bonheur.
Et la nuit précédant la pleine lune…
Dans la chambre, une petite lueur discrète apparaissait, avant de grandir pour devenir une femme.
Il dormait, serein. Dans ses traits délassés par un sommeil paisible, se trouvait une sorte de beauté. Un accomplissement de l'être, comme si tout ce qui faisait cet elfe, loin des faux-semblants de la journée, se trouvait là, sur ce visage endormi. Comme si l'être véritable s'exprimait enfin, sans pudeur ou retenue. De ses lèvres à peine entrouvertes s'exhalait un souffle léger. Une lente respiration, seule musique de la chambre.
Et ce doux rythme berçait le coeur de la femme. Le faisant chavirer, doucement, sûrement, de tant de bonheur, d'amour, de le voir là. Présent, à le toucher. D'être là, sans se dissimuler aucunement. De toucher du bout des doigts ses mèches soyeuses. De vouloir goûter le souffle du dormeur. Capturer cet moment d'infini. Cet instant entre tous, comme si une grâce descendait alors, les réunissant tous deux sans qu'il n'en sût rien.
Car pour rien au monde, elle n'aurait frôlé le dormeur, pour rien au monde, elle ne se serait privée de cette joie si rare, et chérie d'autant plus. Comme si chaque nuit était la dernière, et le souffle le dernier.
Mais ce miracle se répétait. Et cela était d’autant plus merveilleux, car cela semblait impossible à chaque fois que cela puisse continuer ainsi.
Ils se connaissaient mutuellement mais l’ignoraient. Ils rêvaient l’un de l’autre, et c’étaient là les rêves les plus doux qui se puissent imaginer. Et les plus cruels sans nul doute, car au réveil, il ne restait plus rien. Plus rien que cette solitude devenue si atroce, car dans le rêve, ils avaient chacun goûté à la présence de l’autre, à sa chaleur et à sa compréhension. Ce que l’on ignore ne peut nous manquer réellement. Mais ce que l’on sait et qui nous manque est une cruauté sans nom.
Ils veillèrent l’un sur l’autre, vivaient l’autre, espéraient l’autre. Mais nul n’agissait, de peur de perdre le peu qu’ils avaient. Ce peu, si peu !, qui les faisaient souffrir de vouloir plus, mais ce peu auquel ils s’accrochaient, presque avec un désespoir mêlé d’obstination, croyant de toute façon qu’il n’y aurait jamais davantage. Le temps s’écoulait, et nul ne manquait jamais ces rendez-vous secrets. Nul n’aurait renoncé à cette joie,véritable, mais unique et rare.
Se mêlaient au silence de leurs rencontres des poèmes et des vœux murmurés dans le secret de leurs cœurs solitaires. Se mêlait aussi une curieuse intuition de l’autre, par les gestes et les souffles. Comme si dans le sommeil ou dans la danse, la révélation de ce qu’ils étaient intimement, était lue, devinée par l’autre. Et l’elfe tenait le voile perdu, humant le parfum enfui, le caressant doucement, avec un respect tel qu’il en paraissait excessif.
Il écrivait des notes de musique. Traquant chaque note jusqu’à la perfection. Travaillant sans relâche sa mélodie pour y mettre tout de lui par rapport à elle. Il ignorait qu’elle faisait de même avec sa danse depuis plus longtemps. Encore et encore.
Il rêvait d’une musique, celle les accueillant dans ses rêves. Si belle à en pleurer, parant les tintements des grelots de cristal d’un accompagnement d’amour. Cela lui prit du temps, de la patience. Plus encore pour choisir l’instrument adéquat, pour rendre une telle beauté. Il choisit après bien des hésitations, bien des essais, une harpe. Puis, il se mit à jouer sans relâche, cherchant à deverser toutes ses émotions et ses sentiments dans la mélodie.
Et un matin, il s’installa très tôt, avec beaucoup de soin. Il n’avait pas choisi de perdre le peu qu’il avait : il décidait de donner tout ce qu’il avait. Sans même songer à un échec car cette pensée seule aurait trahie la mélodie qu’il avait créée. Elle vint ce matin-là. Et si la surprise des premiers murmures de la harpe la figea sur place, elle choisit elle aussi tout donner. Elle ne disparut pas.
Elle dansa comme jamais, bondissant quand la mélodie l’entrainait si haut, se laissant porter par elle comme par un courant pour oublier tout ce qui n’était pas la danse. Cela parut durer une éternité, mais le soleil continuait à se lever : ses doux rayons finirent par éblouir le musicien.
Il se leva hésitant, du feuillage où il s’était dissimulé, et ils s’observaient, chacun appréhendant la réaction de l’autre.
Au delà des sourires timides et hésitants, il trouva le courage de lui rendre son voile, soigneusement plié. Tant de soin dénotant tant et plus.
Elle sourit plus largement et il s’approcha davantage pour lui tendre le voile. Elle tendit la main, non pour le prendre, mais pour faire ce qu’elle s’était interdit, nuit après nuit : elle toucha en tremblant sa joue. Ses lèvres. Sentir son souffle sur ses doigts.
La fée s’approcha davantage. L’elfe aussi, qui lui saisit la main, et baisa délicatement la paume douce. Il lui caressa les cheveux de ses mains tremblantes aussi.
Une brise vagabonde caressa la harpe abandonnée, égrenant des notes douces, mais qui rompirent le charme.
Ils eurent chacun un sourire triste pour l’autre : ils s’étaient perdus. Chacun pour l’autre.
La nuit suivante, elle vint le retrouver, hésitante, la clarté de la lune nimbant de blanc les cheveux de l’elfe. Et dans la complicité de la nuit, ils murmuraient des choses douces, des secrets un peu fous, des espoirs, des questions. Dans la nuit, ils parlèrent.
Elfe du jour, fée de l’aube.
Ainsi s’écoulèrent quelques temps, avant qu’un matin, il ne lui présente un anneau, orné d’une fleur de quartz irisé. Elle sourit et lui tendit un anneau, agrémenté d’une harpe miniature.
Ils rirent et s’embrassèrent. Passèrent chacun la bague. Se virent toutes les nuits, tous les matins, tous les jours.
Ils s’étaient apprivoisés l’un l’autre. Avec patience, avec retenue. S’étaient séduits bien avant ce temps. S’étaient aimés dès la première aube et dès la première nuit. Le peu était devenu beaucoup.
Et beaucoup les rendaient encore plus heureux. Plus aimant en tout.
Ils nommèrent leur premier enfant Espoir.