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Titre : Manège d’une vie cassée
Auteur : Lakesis
Genre : POV / Yaoi
Note : Dernier et ultime chapitre. Vous allez tout savoir :D Enfin… Et ne m’assassinez pas
Manège d’une vie cassée
Chapitre 7
Je restais simplement là, dans la nuit, à le regarder dormir. J’avais tiré le drap discrètement pour découvrir son corps trop parfait mais qui cachait la plus grande des faiblesses et la nudité de Silvyan apparut comme un fantôme dans le noir. Il n’y avait que ce bout de lune, ce lampion insignifiant, qui trottinait dans le ciel, et son unique rayon s’attardait sur les courbes de Silvyan. Il redessinait tout doucement les voûtes de ses hanches, pour descendre plus bas, toujours plus bas, jusqu’à cette ombre.
Moi, je ne bougeais pas d’un pouce, appuyé sur un coude, allongé sur le côté. Trois heures plutôt, j’étais avec Thomas dans un parc, dans le froid, et il mettait à jour un secret qu’il avait trop longtemps gardé et dont je ne voulais rien savoir. J’étais sans doute injuste avec lui et tous les services qu’il m’avait rendus, les soirs qu’il avait passés en ma compagnie à jouer l’épaule sur laquelle je m’épanchais. Durant des heures, parfois, il m’avait écouté lui parler de mes problèmes et je ne m’étais jamais inquiété des siens, par pur égoïsme. Et à présent, je n’avais pas la force de le faire, car quelqu’un d’autre avait besoin de moi.
La toux de Silvyan me raccrocha à la réalité et aussitôt, je me penchais sur lui pour caresser son front. Silvyan était secoué dans son sommeil par de toussotements violents et je culpabilisais de l’avoir ainsi exposé, je remontais la couverture.
Je me levai ensuite sans un bruit, à tâtons, j’arrivai jusqu’à la cuisine, où j’allumais la lampe, juste au-dessus de l’évier. Je bus à la bouteille pour la terminer, avant de m’asseoir à moitié sur le bord de la table, les yeux tournés vers la fenêtre sans volet. Je n’avais pas une vue parfaite au contraire, je distinguai vaguement les murs d’un autre immeuble plus loin, où brillaient deux ou trois fenêtres et devant lesquelles je vis passer une ombre, véloce.
Je demeurai là un moment, frigorifié d’avoir quitté la chaleur de ma chambre malgré le chauffage allumé dans l’appartement. Je soupirai quand soudain deux bras vinrent se nouer autour de ma taille, alors que Silvyan se pressait contre moi, je sentais son souffle chaud contre ma gorge. Ses cheveux légèrement emmêlés vinrent caresser ma peau et mon index alla dessiner l’arrête de son nez.
Je le fis passer lentement devant moi et Silvyan se réfugia contre ma poitrine, la tête au creux de mon cou. Nous ne parlions toujours pas, je me contentais simplement de picorer ses joues de baisers, plus expressifs encore que des mots qui ne servaient plus à rien. Silvyan me demanda pourtant de le porter, comme un enfant, et je souriais tendrement, puis le soulevais du sol, alors qu’il s’agrippait à moi pour me soulager de son poids. Les mains sous ses genoux, je reprenais le chemin de notre chambre, je le reposais sur le lit tout affectueusement, tombant avec lui en l’écrasant sans lui faire mal.
Silvyan rit et me rappela qu’il était déjà plus de trois heures du matin. Je m’excusais de l’avoir réveillé mais il posa un doigt sur mes lèvres et chuchota que sa toux l’avait tiré de son repos.
« Ca va mieux ?
-Mais oui, ne t’inquiète pas.
-Silvyan, tu sais…
-Oui… »
Il s’était de nouveau glissé dans la tiédeur du tissu et je faisais de même, nouant mes doigts aux siens, embrassant le dos de sa paume, remontant sur son bras. Sa peau se granula sous la morsure délicate de mes lèvres, ses poils fins et clairs se dressèrent un à un. Je reprenais ma course sans me presser, pour enfin m’approcher de sa bouche, la choyer, l’attraper. Silvyan soupira quand je pris la décision de finalement me recoucher à ses côtés et il se colla à moi, avide encore.
« Stéphane, tu ne veux pas me dire ce qu’il s’est passé avec Thomas, ce soir ?
-Ce n’est pas important.
-Si, si, ça l’est. Tu n’avais vraiment pas l’air bien.
-Il m’a avoué une chose bizarre.
-Quoi ? »
Silvyan passa sur moi et je voyais dans la pénombre sa petite moue circonspecte qui me réclamait des explications.
« Simplement, il… Il m’a avoué une chose et voilà, c’est tout.
-Tu crois que je vais me contenter de ça, Stéphane. Tu veux tout me dire mais en fait tu ne me dis rien, là. Pire que ça, je meurs d’envie de savoir très précisément ce qu’il t’a dit.
-Tu ne te vexeras pas ?
-Ca me concerne ?
-Pas directement. »
Je ne savais pas comment lui dire, j’avais peur qu’il le prenne mal, et puis, cela le regardait-il vraiment ? Evidemment que cela le concernait mais j’avais sincèrement peur qu’il m’en veuille, sans raison apparente, bien qu’il y en avait, évidemment. Je caressais son dos et prenant mon courage à deux mains, je murmurais enfin :
« Thomas m’a dit qu’il m’aimait.
-Oh… »
Une autre réaction ne m’aurait pas autant étonné que celle-ci. Etait-ce tout ce qu’il trouvait à me dire alors que je lui avouais le désir coupable de mon meilleur ami. Il n’y voyait sans doute aucune menace, certainement, mais j’aurais aimé trouver de la jalousie dans ses paroles, la peur aussi de me perdre mais Silvyan ne faisait que constater. Constater quoi, d’ailleurs ? Que j’étais un abruti indécis qui se laissait ébranler par les révélations de son meilleur ami ? Thomas m’avait toujours repoussé et je m’étais fait une raison, je n’avais plus cherché à forcer les barrages qu’il avait mis au-devant de lui pour se protéger. Et maintenant, alors que j’avais déniché ce bonheur qui me tendait les bras, Thomas s’immisçait dans ma vie bien rangée pour, d’un coup de pied, en faire tomber l’édifice. J’en arrivais à le détester pour ça et la compassion que j’avais ressentie pour lui faisait place à un agacement et une rancœur farouche. Mais j’étais bien le seul à nourrir de telles idées, Silvyan s’est allongé sur moi, en fermant les yeux et il n’a rien dit, pendant un long moment, alors que je perdais patience. Je voulais qu’il me confie ses pensées, en fait, je crois surtout que je voulais qu’il m’approuve dans la direction que j’avais choisie, même si ce n’était pas la bonne.
Mais au contraire, il n’en faisait rien, il restait là, juste sur moi, il respirait calmement, et je l’ai même soupçonné de s’être endormi. Pourtant, il a murmuré enfin, sa voix étouffée en partie par ma peau, rendue moindre aussi par la fatigue :
« Ce n’est pas si étonnant que ça.
-Ah bon ?
-Je te l’ai déjà expliqué, Stéphane. Avant, Thomas savait que tu allais tout le temps lui revenir, alors il se taisait, heureux de la situation. Cette situation où tu lui appartenais presque. Et puis, je suis arrivé, là, dans vos existences.
-Mais, Silvyan, je…
-Attends. Je n’ai pas dit que c’était de ma faute. Tu as de la chance d’être aimé par deux personnes, Stéphane, tu sais.
-Thomas va souffrir de ça, je préférerais encore qu’il me déteste.
-Il en serait bien incapable. J’ai eu l’occasion de lui parler quand j’ai vécu avec lui. Il ne me l’a pas dit clairement mais je sais déceler chez les autres les sentiments qu’ils essaient de cacher. Il était gêné en ma présence, il n’aimait pas que je parle de toi, de nous, en fait. Comme s’il ne voulait absolument rien savoir. Je crois même qu’il a pleuré une fois, mais il ne sait pas que je l’ai vu…
-Je ne comprends vraiment pas. Au bout de trois ans… Il me dit ça… C’est dur à entendre.
-Je sais… Mais pardonne-lui. Tu n’as pas le droit de t’en prendre à lui pour ça. Aimer quelqu’un, c’est dur. Et ne pas être aimé en retour, c’est pire que tout. Laisse-lui ce choix égoïste peut-être mais qui lui est légitime. Il ne se forcera pas à gommer cet amour, en fait, il finira par partir avec le temps, quand il trouvera quelqu’un d’autre.
-J’espère… On ne croise qu’une fois dans sa vie la personne qui nous prend notre cœur en entier, pas vrai ?
-Ne dis pas ça, Stéphane.
-Pourquoi ?
-Tu sais bien pourquoi… »
Oui, je le savais, mais je refusais de l’admettre, c’était trop difficile. Je n’étais pas comme toi, Silvyan, je ne parvenais pas à me faire une raison. Qui aurait pu, de toute façon ? Il n’y avait que toi, toi seul, et j’en avais presque envie de pleurer. Silvyan retourna à sa place et déclara qu’il était épuisé, qu’il était presque trois heures et demie du matin. Mort de fatigue moi aussi, je lui prenais la main avant de m’endormir et je ravalais mes larmes, pour ne pas céder à la faiblesse.
Nous avions encore discuté de Thomas le lendemain mais je m’étais fait plus calme et je le comprenais peu à peu, même si c’était difficile. J’avais malgré tout refusé de l’appeler, c’était encore trop tôt et honnêtement, je n’avais aucune idée de ce que je pouvais lui dire. Le dimanche, Silvyan et moi étions allés nous promener, seuls, comme si souvent. Nous avions bâti des projets pour les vacances de Pâques et comme sa mère me l’avait promis, Silvyan m’invita à venir passer une semaine chez lui, avec sa famille. Lui connaissait déjà la mienne, et je trépignais d’impatience de me voir plonger dans son univers à lui.
Mais il y avait aussi quelque chose de terrible qui grandissait en moi, le rappel de l’échéance, dont je ne pouvais plus me défaire.
Les jours suivants, à la fac, j’ai évité Thomas, incapable que j’étais d’aller m’expliquer avec lui. Mais il n’est pas venu vers moi lui non plus, et nous rebroussions même chemin quand on s’apprêtait à se croiser. Quand nous ne pouvions faire autrement, chacun baissait la tête et rasait les murs. Silvyan, exaspéré, me martelait que nous étions purement ridicules, mais la peur devait nous paralyser tous les deux. Nous avions surtout l’air de deux abrutis, muets et sourds à tout.
Un soir de février, Silvyan en eut assez, cela faisait plus d’un mois que Thomas et moi, nous nous fuyions, et il décida de prendre les choses en mains. Je ne sais pas trop comment il l’a fait, ni pourquoi il l’a fait, mais à huit heures, chez moi, tandis que je lisais sur le canapé et que Silvyan regardait la télévision, alangui contre moi, la sonnette a retenti et Silvyan a bondi sans me laisser le temps de fermer ma lecture.
Je vis alors apparaître Thomas, les joues rougies par le froid et aussi peut-être par la gêne et la honte. Nous nous regardions, silencieux, comme si nous n’avions plus rien à voir avec l’autre, comme si c’était juste un étranger en face de chacun. Silvyan a soupiré et a pris la main de Thomas pour le faire venir plus près de moi.
« Ecoutez, ça a assez duré, cette histoire. Parlez-vous, sil vous plaît. Rien que tous les deux.
-Où tu vas aller, toi ? rétorquais-je. Tu ne vas pas sortir, j’espère. Tu as vu le temps qu’il fait ?
-Non, je vais juste aller dans la chambre. Je suis fatigué, en ce moment. Puis…
-Comme tu veux, capitulais-je, heureux quand même qu’il ne me laisse pas seul avec Thomas. A tout à l’heure.
-Oui, à tout à l’heure. Bonne soirée, Thomas.
-A toi aussi. »
Mais je voyais bien que le cœur était loin d’y être. Silvyan ne fit aucune remarque et la porte se ferma doucement. Thomas était immobile, moi aussi, mais il fallait faire le premier pas et je me suis lancé, sans grande conviction, lâchant une banalité affligeante.
« Ca va ?
-Ouais. Pourquoi ?
-Comme ça. Tu veux t’asseoir ? continuai-je en désignant de ma main la place libre à côté de moi.
-Je ne reste pas longtemps.
-Juste assez pour qu’on parle un peu ?
-Oui, sûrement. »
Thomas serra les poings sur ses genoux, mais se buta dans une mutité, incapable d’articuler un mot, de dire quelque chose. Il m’obligeait à le faire, il me renvoyait encore à mon devoir de réparer les choses. Comme si j’étais le seul responsable, dans toute cette histoire. Et exténué par cette comédie qui n’avait rien d’amusant, je chuchotais, las :
« Merci d’être venu.
-Dis ça à Silvyan, c’est lui qui m’a fait venir.
-Il a bien fait. Ecoute, Thomas, je voudrais qu’on se parle.
-Pourquoi ? Pour remuer le couteau dans la plaie ? Pas besoin de ça, Stéphane. Ton refus a suffi.
-Et qu’est-ce que tu voulais que je te dise d’autre, hein ? Il y a Silvyan dans ma vie et je l’aime !
-Il est dans ta vie mais est-ce qu’il y restera tout le temps ?! »
Le ton de Thomas avait été si dur et si violent que mon sang ne fit qu’un tour et je l’attrapais par le col de son pull pour le plaquer contre le canapé. Il y avait de la peur et de la surprise dans ses yeux, et j’ai soufflé, d’une voix terrifiante et caverneuse, comme si ce n’était plus moi qui parlais :
« Ne dis jamais ça, t’entends !
-Lâche-moi, tu me fais mal ! »
Je relâchai Thomas, qui se redressa, surpris de ma violence si soudaine.
« T’es qu’un sale con, Thomas…
-Attends, pourquoi tu… ? commença-t-il, furieux, avant d’être interrompu par la voix de Silvyan, qui se tenait plus loin.
-Il devrait savoir, Stéphane.
-Mais…
-Savoir quoi ? répéta Thomas, curieux. »
Silvyan vint s’asseoir à côté de moi et me prit la main. Puis il se mit à parler, lentement, et le visage de Thomas devenait grave, le mien se faisait sombre, le sien restait placide. A la fin de son discours, Thomas piqua du nez et chuchota :
« Je suis désolé.
-Allons, c’est pas grave ! le rassura Silvyan, l’important, c’est que tout aille bien pas vrai !
-Oui… Tu as raison, répliqua pas, pas vraiment convaincu. »
A vrai dire, je ne l’étais pas non plus.
L’année universitaire s’était achevée et en attendant nos résultats, Silvyan et moi avions décidé de prendre des vacances en Loire-Atlantique, dans le petit appartement que possédaient les parents de Silvyan, dans une petite station balnéaire. Nous étions juste en face de la mer, bleue, brute. En face, nous voyions l’île de Noirmoutier, qui se découpait, majestueuse. Il faisait beau, et nous avions une vue imprenable.
Le deuxième soir de notre petite semaine de détente, nous étions à prendre un verre, sur le balcon. Silvyan était installé dans un grand fauteuil en osier, pieds nus, les jambes repliées sur le côté. Il sirotait son sirop grenadine, tandis que je jouais avec ma paille, faisant tinter les glaçons dans mon soda.
« Dommage que l’on ne puisse pas se baigner, remarqua-t-il, en soupirant.
-L’eau doit être glacée !
-Hm, oui… Tant pis ! On ira se promener le long de la côte, ce soir ? »
Il était si enthousiaste que je n’eus que le choix de lui répondre, en souriant :
« Bien sûr, avec plaisir ! Faudra bien se couvrir, par contre. »
Silvyan hocha la tête, et s’étira, après avoir reposé son verre sur la table.
Après le dîner, nous nous préparâmes pour sortir, et vingt minutes plus tard, nous nous promenions le long des sentiers délavés par les pas des autres promeneurs, passés avant nous. Les rochers escarpés, qui formaient l’un des plus belles côtes de France, se dressaient comme des remparts. Quelques mouettes y avaient élu domicile, et tandis que la nuit tombait peu à peu, Silvyan courut vers la plage, plus bas, en riant. Je m’élançais à sa poursuite, joueur, et je parvins à le rattraper, le prenant par la taille pour le soulever du sol, et le plaquer finalement contre le sable. Etendu à moitié sur lui, je passais mes mains dans ses cheveux blonds, où se faufilaient quelques grains de sable. Je l’embrassais, puis me couchais à côté de lui, pour regarder le ciel, sans nuages, mais sans étoiles.
Un petit vent s’était levé, il soufflait sans brusquerie. Silvyan se tourna et échoua contre mon épaule puis ferma les yeux. Il lâcha un long soupir et me susurra :
« Je crois que ce sont les meilleurs vacances de ma vie.
-J’espère bien ! plaisantais-je, amusé. Hmm, Silvyan, continuais-je, en l’attirant contre moi. J’ai pas envie de rentrer à Paris.
-Et moi donc ! Mais malheureusement…
-Ce n’est pas possible, terminais-je, en soupirant à fendre l’âme. Ce n’est pas drôle… »
Dire que de toute façon on reviendrait, me brûlait les lèvres, mais je préférais m’abstenir, et je poursuivais mon petit jeu avec ses mèches blondes, les enroulant autour de mes doigts. Il faisait désormais frais et Silvyan me dit qu’il était temps de revenir au studio. Nous reprîmes le chemin du retour, main dans la main, et une fois rentré, je le portais jusqu’à notre lit, alors qu’il glissait ses mains sous mon pull, pour m’en débarrasser.
Comme je l’avais prédit, le retour à Paris fut difficile. Nos résultats étaient affichés le lendemain, et j’eus bien du mal à dormir, ce soir-là. Et je fus d’une mauvaise humeur insupportable, toute la matinée. Silvyan avait bien de la patience, avec moi, je dois le reconnaître. Dans le métro, j’envoyais certainement mon stress à des kilomètres à la ronde, et le soutien de Silvyan n’y faisait rien. A l’approche de l’université, je serrais plus fort la lanière de mon sac et nous retrouvâmes Thomas, qui nous attendait, l’air passablement serein. Pas étonnant, il n’avait pas de souci à se faire, lui au moins. Nous nous étions définitivement réconciliés, même si nous refusions d’admettre que Silvyan y était pour quelque chose. Sans lui, nous en aurions été encore à nous quereller et nous ignorer, pour rien. Je ne faisais pas table rase du passé et je n’oubliais pas ce qu’il m’avait confié. Mais à défaut de l’ignorer, je faisais comme si de rien était, et je ne changeais pas mes habitudes avec lui, comme il faisait de même avec moi.
Nous étions à présent dans le grand hall, où des nuées de personnes se pressaient devant les tableaux, punaisés sur de grands panneaux. Je pris la mai de Silvyan, et me frayais un passage à travers la foule, jusqu’à ce que, à moitié écrasé, je vis mon nom et mes notes, sur la ligne, juste en face. Toute mon appréhension s’envola et j’avais presque envie de danser et de chanter, mais je me tournais vers Silvyan, qui me sauta au cou. Pas besoin d’en dire plus, et je le prenais contre moi, avant d’aller retrouver Thomas, qui nous annonça, purement détaché, son passage en année supérieure, et sa mention.
Pour fêter ça, nous nous réservâmes une petite soirée, rien que tous les trois, comme le vrai faux couple que nous formions. Et lors de ces instants de joie, je commis l’erreur de croire que j’avais toute la vie devant moi pour en profiter.
Nous étions en plein mois de juillet et Silvyan et moi revenions d’un petit séjour à Arcachon, dans la maison que mon grand-père m’avait laissée, gentiment. Cette fois-ci, nous eûmes tout le loisir de nous baigner, et faire de longues promenades, la nuit venue, sur la plage. Nous continuions notre existence en commun sans demander notre reste à personne. On se disputait parfois, pas longtemps, jusqu’à ce que l’un d’entre nous vienne chercher l’autre. On parlait beaucoup, on riait aussi. Tout était si parfait, que je pensais même, un moment, que ce n’était qu’un rêve éveillé. Mais plus qu’une fantaisie, cela se révéla être un cauchemar à l’état pur.
Silvyan était parti se promener avec Thomas, pendant que je finissais ma matinée dans un petit restaurant du coin. J’avais réussi à me faire embaucher pour l’été et à midi, je rendis mon tablier pour la journée. Mais je fus bien surpris de ne pas les trouver à m’attendre, comme d’habitude, sur le banc, un peu plus loin. Suspicieux, j’allais m’y asseoir, sortant de mon sac mon portable, mais je n’avais reçu aucun appel. Je décidai de les attendre mais au bout de vingt minutes, j’en eus plus qu’assez, et je me levai, pour rentrer chez moi. Avec de la chance, je les trouverais là-bas. Mais je fus d’autant plus déçu alors que je trouvais mon salon totalement vide. J’avais déjà appelé Thomas et Silvyan, mais aucun d’eux ne me répondait. Agacé, je jetais mon sac par terre, et me laissais choir sur le canapé, basculant la tête en arrière pour la faire échouer sur le dossier. Puis enfin, j’entendis mon téléphone vibrer dans ma veste, et je me jetais dessus, comme un mort de faim sur une miette de pain. Quel ne fut pas mon soulagement d’entendre Thomas à l’autre bout ! Je déchantais bien vite pourtant.
« Allô, vous êtes où ? Je vous attends moi.
-Stéphane… me répondit la voix éteinte de Thomas. Il faut que tu viennes.
-Où ça ?
-Silvyan… A l’hôpital.
-Hein ? Comment ça ?! hurlai-je presque.
-Je t’expliquerai… Viens, je t’en prie… »
Je pris un bout de papier, et notai immédiatement le nom de l’hôpital, avant de partir de chez moi, sans même fermer la porte à clé. Je courus aussi vite que je pus jusqu’à au métro, je ne fis montre d’aucune politesse avec les autres, les bousculant sans les voir. Une demi-heure plus tard, j’agressais presque la réceptionniste, à l’accueil, qui pourtant, me répondit avec un gentil sourire. Je faillis arracher le bouton de l’ascenseur, et je m’engouffrais dedans, me reposant contre la cloison.
Je descendis au troisième étage, et je repérai immédiatement Thomas, appuyé contre un mur. Il leva un visage fermé vers moi et je m’écriais immédiatement :
« Où est-il ?
-Dans cette chambre. Mais tu ne peux pas aller le voir pour le moment.
-Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
-On allait pour te rejoindre, quand il a eu un malaise. Qu’est-ce que je pouvais faire d’autre que d’appeler l’hosto ?
-Je ne te reproche rien, Thomas.
-Peut-être qu’il faudrait prévenir ses parents. Le médecin veut leur parler. »
Un long frisson me parcourut mais je m’éclipsais vers la petite plate forme dédiée aux appels avec téléphone portable, sur un balcon. Je ne savais pas quoi leur dire vu que j’étais toujours aussi ignorant de la situation. Mais Chantal m’assura qu’ils allaient prendre le prochain avion pour Paris et qu’ils seraient là d’ici ce soir. En attendant, je devais rester ici. Je m’approchais d’un médecin que j’avais repéré, et je lui posais mes questions, brutalement. Il haussa un sourcil, puis me demanda, méfiant :
« Vous êtes de la famille ?
-Non mais…
-Je suis désolé, mais seuls…
-Ecoutez, je suis son petit ami, j’ai bien le droit de savoir ce qui lui arrive… Je vous en prie… Ne me laissez pas comme ça. »
Thomas était toujours dans son coin, et le médecin soupira, prenant de son temps pour m’expliquer les choses aussi bien qu’il le pouvait. Cette fois, mon ami s’était approché et il fit bien, car il me retint alors je m’apprêtais à tomber. Il me fit m’asseoir et après cinq minutes, je retrouvais la parole :
« Quand pourrais-je le voir ?
-Ce soir… »
C’était dans tant de temps, ce soir.
Chantal et Pierre arrivèrent à huit heures, et comme avec moi, le docteur leur fit un long discours, aussi insoutenable que le mien. Nous pûmes voir Silvyan, mais il était très faible, et dans un coin de nos, nous savions tous ce qui allait se produire. Même lui et surtout lui. Et c’était ça le plus horrible. Silvyan avait toujours été préparé, mais nous, on espérait encore.
Thomas essaya de me traîner hors du couloir, mais j’étais écharné, je ne voulais pas partir, et il fallut la persuasion de Chantal pour me faire partir. Je passais la nuit chez Thomas, mais je ne dormis par, et dès sept heures le matin, j’étais dans ce fichu couloir, rejoint par les parents de Silvyan. Ils me laissèrent aller voir leur fils, seul, et je rentrai dans la chambre, à dix heures.
Il ne dormait pas, et tourna lentement sa tête vers moi. Il semblait exténué mais il se força à sourire. Je m’asseyais sur le fauteuil, près de lui, et je lui pris la main, embrassant son dos, les larmes aux yeux.
« Ne pleure pas, Stéphane.
-Mais qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi nous ?
-Steph… Arrête, je t’en prie… »
Je devais rester heureux, parce qu’il me le demandait mais j’avais beaucoup de peine à y parvenir. Nous restions naturels dans nos discussions mais il y avait un spectre, qui restait accroché à nous. Le médecin vint m’arracher à lui, et mes protestations n’y firent rien. Je t’abandonnais, c’était tout.
Pendant cinq jours, chaque matin, je revenais le voir, avec ses parents, parfois seul. Thomas venait aussi avec moi, de temps à autre. Je passais désormais le plus clair de mon temps ici, dans un endroit qui sentait l’éther et la maladie.
Ce matin, encore, j’étais assis, là, sur ce fauteuil en plastique inconfortable, j’étais fatigué et brisé. J’avais passé ma nuit à l’hôpital, pour la seconde fois, et j’attendais l’arrivée de Thomas, qui ne devait plus tarder à présent. J’étais resté avec Silvyan presque une heure la veille. Il faisait chaud, et je n’avais pas dormi, de toute façon, comment l’aurais-je pu ? On ne m’avait pas autorisé à dormir dans sa chambre et le matin, tôt, le médecin était venu me trouver. Et depuis, je patientais. A dix heures, Thomas fit son apparition, essoufflé, le rouge aux joues et il me murmura, la voix hachée :
« Alors ?
-Alors rien.
-Tu es resté là toute la nuit ?
-Oui…
-Tu devrais rentrer, tu es crevé.
-Non, je ne rentrerai pas. Il n’en est pas question.
-On peut le voir, je lui ai apporté quelque chose.
-Je t’avais dit que ce n’était pas la peine ! »
Je me levais soudain, pour m’approcher de la porte de sortie, et je m’appuyais contre le chambranle, en fermant les yeux. Je sentis Thomas, debout derrière moi, et il continua, sans se rendre compte de tout le mal qu’il me faisait :
« Mais enfin, Stéphane. Je peux quand même aller le voir ! Même s’il ne veut pas de mon cadeau, j’ai envie de lui parler.
-Et pourquoi ?
-Mais parce que c’est mon ami. Arrête d’être aussi agressif. Tu devrais vraiment dormir ?
-Tu comprends rien, hein ?
-Quoi ?!
-Silvyan est mort, tu comprends. Voilà pourquoi il ne veut pas de ton cadeau, voilà pourquoi il ne veut plus te parler. »
Je l’avais dit, enfin, et j’étais face à la vérité. C’est à ce moment-là que je me suis effondré, tétanisé par toutes les larmes que je n’avais pas su verser avant. Thomas lâcha la boîte de chocolat qu’il avait emportée avec lui, pour m’accueillir dans ses bras, où je pleurais comme un enfant, sans pouvoir m’arrêter. Il y avait tout mon désespoir et ma douleur, dans ses plaintes, je ne parvenais pas à me dire qu’il ne serait plus là avec moi, que je ne le prendrais plus contre moi, que je ne l’embrasserais plus comme avant. Qu’entre nous, désormais, il y aura une pierre grise et froide, que je ne pourrais pas franchir.
Thomas était écrasé sous mon poids, et il s’appuya contre le mur, pour ne pas tomber avec moi. Mais je l’entendais pleurer aussi. Etait-ce la mort de Silvyan ou simplement le fait de me voir dans cet état. Mais je ne pouvais plus m’arrêter, je venais de perdre mon âme.
Thomas se calma finalement et il s’assit avec moi, à la place que j’occupais avant. Les infirmières lui demandèrent même si je n’avais pas besoin de quelque chose pour me calmer, mais il refusa gentiment. Je n’avais pas besoin de médicaments, j’avais besoin de Silvyan, mais il ne viendrait plus. Je pensais encore qu’il surgirait de sa chambre, qu’il s’avancerait vers moi et qu’il me prendrait dans ses bras, pour me dire que tout ça, ce n’était qu’un mauvais rêve. Mais les seules personnes que je vis dans le couloir, furent le médecin qui avait en charge Silvyan et ses parents. Chantal se serrait contre son mari, la tête enfouie contre sa poitrine, et Pierre essayait de ne pas vaciller.
Le docteur les laissa repartir, visiblement touché lui aussi, mais il avait d’autres vies à sauver, à défaut d’avoir épargné celle de Silvyan. Chantal se détacha de son mari et vint vers moi, fouillant dans son sac. Elle s’arrêta devant nous, et je levais les yeux, gonflés et rouges.
Elle tendit la main pour les essuyer gentiment et elle se força à parler, la voix brisée :
« Il m’a demandé, il y a quelques jours, de te donner ça quand… Quand il ne serait plus là… »
Elle étouffa un sanglot et me tendit une feuille de papier pliée en quatre, que je pris, tremblant.
« L’enterrement aura lieu mardi. Je t’appellerai pour te donner l’endroit, je vais aller dormir un peu… »
Je n’entendais plus rien et me contentais de serrer dans ma main ce bout de papier, ton dernier souvenir.
Le soir, j’étais avec Thomas, chez lui. J’étais incapable de rester dans mon appartement, il respirait trop Silvyan, il y était encore trop présent pour que je puisse y revenir un jour. J’étais allongé sur le lit de Thomas, la lettre que j’avais laissée fermée sur le bord de la table de chevet. Et je sanglotais encore, sans même m’en rendre compte. Thomas entra alors et vint s’asseoir au bord du lit, et me lança un regard attendri et triste, avant de murmurer :
« Mange un peu, au moins…
-Je n’ai pas faim…
-Stéphane, continua-t-il, en posant le plat qu’il m’avait préparé. Je sais que c’est dur, mais je t’en prie, ne te laisse pas mourir !
-Qu’est-ce que ça peut faire ? Il n’est plus là.
-Nous sommes là. Je suis là…
-Oui mais Silvyan, non… Je me sens perdu, je veux qu’il vienne me consoler, et je l’appelle, mais il ne me répond pas, il ne vient pas. Dis-moi pourquoi…
-Il est mort, Stéphane…
-C’est injuste… »
Je n’avais plus force de hurler ma désespérance et je me remis à pleurer, si simplement.
Je ne lus pas la lettre de Silvyan avant son enterrement, à Nantes, comme ses parents l’avaient désiré. Mes plaintes que je retenais me donnaient presque envie de vomir, et ce cercueil qui restait tellement clos, cette terre qui le recouvrait pour me l’arracher. Cette pierre que l’on posait pour me le faire oublier. Pour qu’il m’oublie. Je fus incapable de prononcer un quelconque mot et je partis avant même que le prêtre ait fini. Je pris la direction de la sortie, suivi de Thomas, dont j’entendais les pas sur les graviers. Je m’appuyais contre un banc, à l’entrée, et tamponnais mes yeux humides de ma manche. Il faisait beau, aujourd’hui, trop beau pour que je lui dise adieu.
J’étais cassé, comme ma vie, comme tout ce qui m’entourait. Les morceaux n’avaient plus rien à voir les uns avec les autres et les recoller. Thomas s’assit à côté de moi, et demeura silencieux. Bientôt, je vis réapparaître les parents de Silvyan, sa sœur, ses grands-parents, et certaines personnes de sa famille et ses amis.
Je me levais pour aller à la rencontre de Chantal et de Pierre, et celui-ci s’approcha de moi, me tapotant l’épaule, avant de me dire :
« Sois fort, mon grand. Sa maladie aurait dû l’emporter il y a longtemps et ces années en plus, il savait bien que ça ne durerait pas éternellement. »
Il était son père, il était aussi touché que moi et il me souhaitait bonne chance, à sa manière. Je le remerciai d’un sourire triste et Chantal prit la parole à son tour :
« Passe-nous voir quand tu veux. Il y aura toujours une place pour toi.
-Merci… »
Puis ils repartirent, dans le noir de leurs vêtements et de leurs cœurs. Le mien aussi me paraissait soudain bien vite et Thomas m’attrapa le bras, pour m’amener jusqu’à sa voiture. J’avais décidé de ne pas aller à la petite réception que donnaient les parents de Silvyan car je ne m’y sentais pas à ma place et que je n’en avais même pas le courage.
Sur le chemin du retour, je somnolais, Thomas avait allumé le lecteur cd de sa voiture, et les haut-parleurs diffusaient une musique calme, qui agissait sur moi comme une berceuse.
Mes parents n’étaient pas venus, je ne leur avais même pas encore dit que Silvyan était mort. Il me fallait le temps de le réaliser moi-même avant de leur annoncer. Ils avaient fini par l’accepter complètement, et voilà que tout s’effondrait. Rien ne se reconstruirait sur ces ruines fanées.
Tel un zombi, j’échouais dans la chambre de Thomas. Nous dormions dans le même lit, pour la simple et bonne raison que j’avais besoin d’une présence, de quelqu’un pour pleurer. Et il ne disait rien, il me laissait faire, sans plus trouver les mots à me bredouiller pour me faire tout oublier.
J’ai appelé mes parents après avoir lu la lettre de Silvyan. Je ne tins que deux minutes au téléphone avant d’éclater en sanglots et ma mère fit de même, en comprenant ce qu’il s’était passé. Elle me demanda, difficilement, si elle voulait que je vienne, mais je lui ai répondu non. Je ne désirais qu’une seule personne et elle ne viendrait jamais.
Je marchai le long de ce petit sentier qui sentait la mer et le sable, et j’arrivais bientôt en haut de ce rocher, où venaient mourir les flots et éclater les embruns. Le temps était nuageux, il y avait du vent, et mes cheveux s’emmêlaient en tous sens. Je supportais parfaitement mon pull, en ce mois frisquet d’avril, sur la côte atlantique.
Tu vois, Silvyan, je suis toujours vivant, même si en réalité, je suis déjà mort. Ou presque.
Quelqu’un vint se serrer contre mon dos, déposant un baiser discret dans mon cou. Je levais la main pour venir la poser sur les bras de Thomas qui avaient encerclé ma gorge, puis je laissais tomber ma terre en arrière, ma nuque butant contre son épaule. Nos joues se touchaient, j’avais fermé les yeux.
Oui, Silvyan, Thomas et moi nous sommes ensemble, et tu penses peut-être, d’où tu es, que j’ai choisi la facilité. Probablement… Je n’aime pas Thomas comme je t’aimais toi. Tu m’avais dit qu’on aimait qu’une seule fois dans notre vie. C’est vrai, je t’aime, toi. Mais Thomas, au-delà de notre amitié, m’apporte quelque chose. Il m’offre son amour, je tente de le lui rendre, je ne sais pas si j’y arrive. Ce n’est pas comme toi, ce n’est pas la passion au premier regard.
Cela faisait tellement de temps que l’on se connaissait. Tellement de temps que ça me paraissait encore bizarre de l’embrasser, de faire l’amour avec lui. La première fois fut étrange, nous n’osions même pas nous regarder. Nous nous étions unis dans le noir, alors.
Dix mois que tu es parti, Silvyan. Trois petits mois que j’avais cédé à Thomas. Nous nous étions expliqué, il m’avait réaffirmé qu’il n’aimait pas les hommes et j’avouais ne pas le comprendre. La vie est sans doute faite d’aveuglement et d’ignorance.
Il y a un an, je me tenais là, avec toi, sur ce petit bout de terre qui surplombait l’Atlantique. Et aujourd’hui, je suis avec Thomas, mais rien n’est plus pareil. Mais je t’ai fait une promesse, même si elle est arrivée tardivement. Je ne trahirais pas tes espoirs, mon Silvyan.
Je me suis assis et Thomas m’a imité, m’emprisonnant contre lui. Il faisait souvent ça, pour s’assurer, certainement, que je n’allais pas fuir, que je ne m’évanouirais pas pour un fantôme. Il n’avait pas de souci à se faire, je n’allais pas lui échapper. J’avais parfois le sentiment qu’il m’avait attaché, il m’étouffait et je n’osais imaginer pas ce qu’il se passerait si un jour je le quittais. Pour le moment, je n’en ai absolument pas l’intention. Je ne suis pas malheureux avec lui, il me faut du temps pour accepter.
Il commença à pleuvoir, mais nous ne bougions pas. Thomas s’était installé derrière moi, les jambes de chaque côté des miennes, et il regardait tout comme moi, l’horizon qui se perdait dans l’ombre grise du crachin.
« Je t’aime, Stéphane.
-Moi aussi, je t’aime. »
Il y eut un instant de silence et Thomas reprit :
« Dis-lui que tu l’aimes aussi…
-A Silvyan ?
-Oui…
-Mais…
-Dis-lui… »
Je t’aime, Silvyan.
Nous restâmes une heure de plus ici, à parler. Thomas n’avait cessé ses attentions envers moi, ses mots d’amour, et toutes ses paroles, qui faisaient de lui l’amant parfait. Il aurait tout fait pour me satisfaire, quitte à se tuer lui-même. Nous étions à l’hôtel, pour le week-end, et de retour dans notre chambre, je m’empressais d’aller prendre ma douche, puis ressortais de la salle de bain, dans un peignoir blanc, avant d’échouer sur le lit, en m’étirant. Thomas se contenta de changer de vêtements pour être plus au sec et s’échoua à son tour, près de moi. Il s’effondra sur moi, amusé, et m’embrassa le bout du nez, pour murmurer ensuite :
« Cette région est belle…
-Oui, c’est magnifique.
-Elle te garde aussi de bons souvenirs, continua-t-il, tandis que sa main caressait ma cuisse largement découverte par un pan de mon peignoir qui tombait sur le côté. Tu vas aller au cimetière ?
-Avant de partir, si tu veux bien.
-Je veux toujours ce que tu veux, tu le sais.
-Ne me cède pas tout le temps, dis-moi ce dont tu as envie, Thomas.
-Je ne vais pas t’empêcher d’aller le voir, quand même ! Je sais qu’il ne te quittera jamais, je veux que tu sois heureux, Steph. Pour ça, je serais prêt à tout.
-Même à accepter une relation à trois, avec un homme qui est mort ? »
J’avais été brutal, volontairement, et la caresse de Thomas ne cessa pas une seconde.
« Tout… Puis, j’aimais beaucoup Silvyan et je savais à quel point, toi, tu l’aimais.
-Tu n’es pas jaloux ?
-Bien sûr que si ! Tu as parfaitement conscience que je ne supporte pas que l’on t’approche !
-Parfois, c’est pénible, fis-je remarquer, d’une voix douce.
-Je sais mais c’est plus fort que moi. J’ai tellement peur de ne pas être à la hauteur avec toi.
-Si je t’ai choisi, ce n’est pas pour rien, Thomas.
-Tu m’as peut-être choisi pour ne pas être seul.
-Non… J’avoue, au début, je n’avais que Silvyan. Et après sa mort, je ne pensais qu’à lui. Tu étais là pour moi, tu me disais que tu m’aimais, et j’ai appris à t’aimer aussi…
-Je n’aurais jamais tout ton cœur, mais au moins, j’en ai gagné une partie, n’est-ce pas ? »
Thomas vint m’embrasser, s’alanguissant sur moi, entre mes jambes.
Tu sais, Silvyan, nos nuits d’amour son tellement différentes des nôtres, et je ne peux m’empêcher de songer à toi, parfois.
Je me laissais déshabiller par Thomas, qui, il fallait l’avouer, ne devait pas me délester de grand-chose. J’allais lever la main pour éteindre la lampe de chevet qui brûlait, mais il retint mon poignet, et me souffla qu’il voulait me voir. J’eus un sourire, et obéissais, docilement.
Trente minutes plus tard, je me rhabillais pour descendre dîner au restaurant de l’hôtel.
Le lendemain, nous partions de bonne heure. Nous avions fait nos valises la veille pour ne pas perdre de temps, même si nous n’avions pas emmené beaucoup de bagages avec nous. Le premier jour de notre séjour, j’étais passé rendre visite aux parents de Silvyan, leur promettant de repasser dès que je le pourrais.
Et enfin, nous nous arrêtions devant la dernière étape de notre périple. Je partais seul, vers le cimetière, marchait dans les allées. Debout, devant sa tombe, je restais silencieux, je cherchais mes mots. En fait, je me sentais presque stupide de parler à quelqu’un qui ne me répondrait pas, mais je me lançais.
« Silvyan… Je ne viens pas souvent te voir ici, mais… ce n’est pas l’envie qui m’en manque. Je pense souvent à toi, tu sais. »
Je commençais à trembler et j’étais au bord des larmes.
« C’est dur. Tellement dur. J’ai eu tant de mal à te dire au revoir. Adieu même. Ma vie sans toi, c’est pas facile. Je te cherche encore, j’ai l’impression de te voir partout, mais ce n’est jamais toi, tu n’es jamais là. Je te parle, tu ne réponds pas, je pleure, tu ne viens pas. Je voudrais croire que tu es heureux où tu es, mais je n’y arrive pas. Où que tu sois, je suis malheureux. Tu étais tout pour moi, Silvyan. Trop tout, sans doute. Au point que toute mon existence ne rime plus à rien. »
Soudain, je sursautais, pressé contre une poitrine dont je connaissais le parfum par cœur. On me murmura à l’oreille :
« Stéphane, j’essaie tant pour que tu retrouves le bonheur. Et je comprends que je n’y arriverais jamais sans doute.
-Ce n’est pas ça, Thomas. C’est juste que Silvyan me manque.
-Je ne me fais pas beaucoup d’illusions, rassure-toi, me sourit-il un peu triste. Moi, je t’aime, et ça me suffit. Tu me laisses aussi une petite place dans ton cœur, alors, je ne vais pas me plaindre. Je suis sûr que Silvyan n’est pas contre. »
J’eus un maigre sourire moi aussi, et fixais de nouveau la tombe, entretenue soigneusement par les parents de Silvyan. Il y avait une photo de leur fils, qui souriait, qui me souriait.
« J’en suis certain aussi. J’ai promis de recommencer ma vie, je le ferai…
-Avec moi ?
-J’essaierai.
-Ca me va.
-J’aimerais repartir. Je n’ai rien amené pour cette fois, mais quand je reviendrais, pour l’anniversaire de sa mort, j’apporterai des fleurs.
-Je viendrai avec toi.
-Merci. »
Thomas glissa lentement ses doigts dans les miens et m’entraîna vers la sortie. Il m’arrachait à toi et je le laissais faire. Je reviendrais bientôt, de toute façon, alors, attends-moi, s’il te plaît…
Fin
Note : Et voilà XD Après un an et demi, voici la fin de cette histoire. Quant à la maladie de Silvyan, je ne voulais pas m’appesantir dessus. Il avait une leucémie aiguë, qui après une rémission, a refait surface, pour ne lui laisser aucune chance. Punaise, j’ai pas envie de laisser Steph et Thomas (et j’ai tué mon Silvyan u…u) bon, je vais éviter de penser à faire une suite, sinon, ça va être encore le bordel. Pour l’anecdote, la station balnéaire où Steph et Silvyan passent leurs vacances, c’est Batz-sur-mer. Je sais tout le monde s’en fout, mais c’est pour la référence. Y’a un petit OS de dispo aussi XD
Réponses aux reviews :
Aceituna : Comme tu l’avais prévu, Steph a vraiment eu besoin de son ami u…u Merci d’avoir suivi cette fic XD
Mayta : Eh voilà, fini lol XD Mirki à toi aussi
Lady Kaoru Anarchy : j’espère que ça t’a plu lol :3 et que la fin, ça allait surtout XD
Petite Sally : Et voilà finalement on sait XD Voulait-on vraiment au fond u…U
Cerbère : Merci d’avoir lu cette fic XD Je suis vraiment ravi que ça t’ait plu et tu avais vu juste lol XD