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Titre: Immobile Mouvement
Auteur: Sande
Note: Ah ça fait du bien les vacances après dix jours intenses de boulot!! Ca m'inspire même! Mhh je ferais mieux de finir Exactly like me au lieu d'écrire d'autres trucs, mais j'avoue je viens de commencer une autre histoire, plus cette idée là qui me trottait dans la tête, c'est terrible. Je jure que je n'écris plus rien maintenant avant d'avoir fait le dernier chapitre d'Exactly like me!
La musique pulse dans son cerveau et il danse. Il danse encore et encore. Il tourne jusqu'à perdre toute notion d'équilibre. Son corps tourne, tourne, encore et encore. Comme toutes les nuits, perdu au milieu d'autres corps, il se laisse porter par le rythme. Il oublie tout, le monde, les autres, soi-même. Danser, encore et encore, jusqu'à l'aurore. Il dormira ensuite, échappant à la grisaille du jour. Il est seul, toujours seul dans la perpétuelle agitation nocturne de la piste de danse. Alors, il tourne, pour oublier, pour s'oublier, sa vie est une boucle sans fin, son corps a depuis longtemps perdu tout repère, mais un sourire s'accroche sur ses lèvres depuis qu'il a trouvé ce substitut à une réalité qui file dans sa lenteur rectiligne.
Perdu dans ses pensées, il fixe le fond de son verre, plus immobile qu'une statue au milieu de l'agitation effrénée qui règne dans la boîte de nuit. Comme chaque soir, il s'entoure de la foule la plus compacte, la plus animée qu'il soit, noyant sa solitude dans le liquide amer à la surface duquel les spots reflètent leur éclatante luminosité. Il ne se sent jamais aussi seul qu'au milieu de tous ces gens qui s'amusent. Eux ils sont ensemble, eux ils rient. Dormir le jour pour ne pas voir ses semblables avec qui il n'arrive jamais à se lier, s'oublier la nuit parmi eux dans le liquide irisé, immobile pour lutter contre le temps qui avance, inexorablement, ne lui apportant rien, comme si le destin l'avait oublié sitôt après l'avoir créé.
Il tourne encore, tout tangue. Bientôt, il va s'écrouler, il le sait. La dernière parcelle de bon sens qui persiste dans son esprit le pousse à se laisser dévier vers les banquettes qui entourent de petites tables basses, près de la piste de danse. Enfin, son cerveau perd tout sens de l'équilibre et il s'écroule sur le canapé moelleux, un bras replié sur les yeux, l'autre pendant dans le vide. Son débardeur noir remonte légèrement sur son ventre pâle. Un sourire satisfait étire ses lèvres.
Il sursaute. Un corps vient de choir sur la banquette à côté de lui. Il est trop surpris pour s'écarter, pour fuir cette présence humaine qui vient d'envahir son territoire. Haussant les épaules, il porte à nouveau le verre à ses lèvres, mais ne peut s'empêcher de jeter quelques coups d'oeil en biais à la masse vivante qui repose près de lui. Le jeune homme allongé ressemble encore à un adolescent perdu, mais à bien y regarder, il doit avoisiner les vingt ans. Il semble démesurément grand à cause de la finesse de ses bras et de ses jambes, mais peut-être ne l'est-il pas tant que ça. Sa peau, perlée de sueur, possède la pâleur des habitués de la nuit, et crée, avec ses cheveux noirs, un contraste intéressant. Des mèches courtes balaient son front, ses pommettes, d'autres plus longues sur la nuque recouvrent ses épaules. Il sourit comme un bienheureux en reprenant son souffle.
Son corps est immobile, mais son esprit tourne encore, encore et encore. Il écarte un bras de son visage, le glisse sous sa nuque pour surélever sa tête et ouvrant un oeil, il considère les alentours. Son regard accroche une présence sur la banquette, placée en angle droit à sa gauche. Il roule sur lui-même et se redresse sur un coude, considérant avec intérêt son condisciple. Le jeune homme doit avoir son âge, et des cernes d'un violet pâle soulignent de grands yeux gris perdus dans la contemplation du liquide ambré contenu dans son verre. Des cheveux blonds en bataille encadrent son visage fin de mèches folles. Il ne lui prête aucune attention. Alors, lentement, le brun rampe vers lui avant de s'arrêter à une distance raisonnable, s'asseyant sur ses jambes repliées, une main de chaque côté de ses genoux, la tête légèrement penchée sur le côté.
Il tente de l'ignorer, mais malgré son désintérêt feint, l'autre continu de le fixer avec une moue de chaton curieux. Il ne peut s'empêcher de lui jeter quelques coups d'oeil et finalement son regard est piégé par deux prunelles d'un noir profond. Le visage pâle s'illumine un instant avant de se tordre à nouveau en une moue adorable, puis il se rapproche encore avec des gestes félins, jusqu'à se trouver à quelques centimètres seulement de lui. Détachant subitement son regard du sien, le brun attrape le verre qu'il a reposé sur la table. Il l'approche de son nez et le renifle avec une petite grimace.
— Tu ne devrais pas boire ça, ce n'est pas bon.
Le blond fronce les sourcils, étonné par le timbre grave de la voix qui tranche avec les traits enfantins du visage. L'autre lui sourit à nouveau, puis sans prévenir il avale d'une traite la fin du verre.
— Voilà, comme ça tu ne le boiras pas.
Il ne peut s'empêcher de grimacer en sentant la saveur âcre de l'alcool envahir sa bouche, mais en voyant la mimique étonnée se peindre sur le visage du blond, il ne regrette pas son geste. Il n'a jamais fait ça, aborder quelqu'un durant l'une de ses virées nocturnes, mais avec lui, cela semble si naturel. Il veut être plus près encore. Se mordillant les lèvres, il hésite un instant, puis d'un mouvement gracieux, il s'assoit sur les genoux de l'autre et se blottit contre son torse, enfouissant son visage dans son cou.
Il ne s'étonne même pas en sentant le corps chaud s'abattre contre lui. Depuis que le brun est entré dans son champ de vision, toutes ses actions, aussi étranges et inattendues soient-elles, lui paraissent presque logiques. Aussi, c'est sans se poser de questions qu'il entoure le corps délié de ses bras. Intuitivement, il commence à le bercer, toujours vissé à sa banquette au milieu des corps en mouvement, mais plus si immobile. Il sent deux lèvres effleurer sa peau et le vide au fond de lui se comble doucement.
Son corps immobile se laisse porter par le lent balancement. Immobile, mais toujours en mouvement, il a trouvé un repère entre ces bras qui l'enveloppent dans leur chaleur. Il appuie ses lèvres sur la peau tiède, captant le rythme régulier d'une veine palpitant sous la chair.
Tout tourne. Tout est immobile. Silence de la nuit, bourdonnement du jour. Agitation nocturne, grisaille diurne. Seuls parmi la foule.
Il s'agite entre les draps blancs, un corps chaud entrave le sien. Il ouvre un oeil et considère les mèches noires éparpillées sur son torse. L'autre remue, réveillé par les mouvements de son oreiller improvisé. Il lui offre un visage chiffonné de chaton. La lumière de l'aube éclaire ses iris sombres d'un éclat plus fascinant que tous les spots du monde se reflétant sur la surface mouvante d'un liquide alcoolisé.
Il contemple celui qui a veillé sur son sommeil, le protégeant par sa chaleur de la perpétuelle froideur des draps. Les yeux gris semblent lui sourire. Il plisse son visage en une moue improbable en remarquant le rayon de soleil qui caresse les mèches blondes.
La journée est lumineuse. Aujourd'hui, ils iront dans les rues, aujourd'hui ils marcheront à deux parmi la foule.