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Author: Roxanne de Bormelia
Fiction Rated: T - French - Fantasy - Reviews: 2 - Published: 04-23-05 - Updated: 04-23-05 - Complete - id:1893828

C’était le matin, bien que le soleil ne se soit pas encore levé. Mais Marie était déjà debout. Elle venait de finir de faire son ménage et d’arroser ses plantes. Fatiguée, elle se laissa choir sur un fauteuil et regarda les photographies des ses enfants et petits enfants. Elle était encore jeune lorsqu’elle s’était mariée, à présent elle était vieille et seule...

Soudain, une grande lumière jaillit dans la pièce et une jeune femme apparut.

- Roxanne ? demanda la vieille dame et plissant les yeux, essayant de mieux voir sa visiteuse.

- Non ! Je ne suis pas Roxanne. Mon nom est Mauryn. Fit-elle d’une voix vaporeuse.

- Et... que me voulez-vous « Mauryn » ? J’ai rompu mes contacts avec l’ancien monde, je n’ai reçu aucun ordre de mission ou de protection depuis bien longtemps. Je suis vieille maintenant, beaucoup trop âgée pour ce genre de stupidités. Rétorqua la vieille dame, d’une voix de plus en plus faible, au fur et à mesure que le sourire de l’autre grandissait.

- J’ai donc bien trouvé celle qui s’appelait auparavant Jenny et qui a effectué beaucoup de missions périlleuses sous les ordres du conseil ...

A ce nom de conseil, Marie se leva d’un bond et cria :

- Impossible ! Roxanne m’a assuré que mon nom avait été effacé des registres, que j’étais libre de faire ce que bon me semblait.

La jeune fille rit et la vieille fronça les sourcils.

- Tu as donc abandonné tes pouvoirs, vieille sotte !

- Mais qui êtes-vous donc ? Murmura Marie.

- Je vais te dire qui je suis, je vais même te raconter mon histoire, ce que ta formatrice et protectrice a certainement négligé de faire. Mais cela ne fait rien, maintenant j’ai tout mon temps, je vais tout te raconter... de l’alpha à l’oméga, et ensuite...

Elle s’approcha de deux pas.

- Ensuite ? demanda l’ancienne déléguée du conseil.

- Tu mourras. Finit la jeune femme avec un sourire carnassier. Mais assieds-toi, reprit-elle, tu en auras sûrement besoin.

« Je suis née il y a bien longtemps, bien avant Roxanne même. Moi et ma sœur avons été créées par Golveth, peu après les premiers. J’ai reçu de sa part la charge de donner le grand choix. »

- Tu sais ce qu’est le grand choix n’est-ce pas ?

Marie eut un hochement de tête que Mauryn prit pour une affirmation.

« Malheureusement pour moi, j’ai outrepassé mes droits, j’ai « provoqué » le choix en dirigeant certaines actions humaines. Cela m’a valu d’être remplacée par Mauriendi, ma propre sœur. J’étais vexée et déshonorée par cette rétrogradation. Un seul être m’a alors compris et apporté son soutien : c’était Nomirk, le grand seigneur de feu. Il m’a offert de nouveaux pouvoirs, afin que je continue à faire selon mes désirs, et à provoquer la mort des gens. Bien sûr ce n’était plus moi qui leur faisais faire le choix, mais je me vengeais peu à peu.

A la fin de l’ancien monde, j’ai bien cru que tout était fini, mais je me trompais. Il a fallu que Dânu subsiste, qu’il reconstruise le monde et qu’il recrée les humains. Ma tâche a alors changé : je ne faisais plus vraiment le mal, je compensais la stupidité humaine. Avec tous leurs marmots insupportables et crasseux, il fallait bien quelque chose pour rétablir la balance non ?

Seulement j’étais toujours un parasite, alors Roxanne et son abominable cousine ont détourné le conseil, pour en faire quelque chose de plus pacifique, visant à aider les gens en difficulté, et à m’empêcher de terminer mon œuvre. Tu es la dernière qui ait tenté de me mettre des bâtons dans les roues... »

Pendant tout le monologue de la déesse, Marie s’était vaguement souvenue d’une légende racontée par sa formatrice. La mauvaise mort devrait être enfermée dans un flacon de cristal des gobelins, autrement dit : en verre. Cette bouteille avait un nom étrange, qui l’avait frappé sur le moment, c’était le premier mot qu’elle avait retenu en gobelin : Pelk. Plus tard les humains, comprenant mal, avaient traduit son nom par : flacon de Pelk.

Mauryn en était au terme du parasite quand elle avait retrouvé le nom. Aussitôt elle fut désespérée, car Roxanne était loin et, comme la déesse l’avait dit, elle-même était privée de tous pouvoirs. Mais quand, se rappelant le nom, elle murmura « Pelk » en elle-même, Marie sentit un poids dans sa main et, instinctivement, elle serra les doigts.

- Tu ne dis rien ? demanda Mauryn.

Marie sourit sereinement.

- Pourquoi ris-tu ? S’énerva la jeune femme.

- Je trouve une chose très drôle ...

- Qu’est-ce que c’est ?

- Et bien vois-tu... je me suis toujours demandé à quoi tu ressemblais. Tu sais j’espère que la majorité du peuple humain terrien te représentent comme une vieille femme. Aucun ne pense que tu es jeune... Mais, reconnais-le, ils ont au moins raison sur un point : tu es laide !

- Comment oses-tu vieille femme ! Gronda Mauryn. Je pourrais te tuer pour ça !

- Tu pourrais, certes. Mais tu ne vas pas le faire, du moins, pas encore.

La déesse remarqua alors qu’intéressée, elle s’était penchée vers Marie pour mieux entendre ses paroles, elle se redressa aussitôt.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler... dit-elle d’un air qui se voulait calme et désintéressé.

- Mais si, jeune fille, tu vois très bien, trop bien même. La vieille se pencha en avant. Tu veux d’abord connaître le fond de ma pensée.

C’était risqué, très risqué, mais Marie connaissait bien le désir de connaissance des jeunes. Elle savait aussi qu’une personne vieille en apparence pouvait avoir un développement mental très bas, ce qui ramenait son attitude à celle d’un adolescent normal. Elle avait reconnu dans le discours de la déesse des signes qui ne trompaient pas et l’avait intéressé dans un discours juste et cohérent. Tout cela n’était que de l’observation mise à profit, mais cela faisait son petit effet.

Et, comme elle l’avait prévu, la déesse acquiesça, ce n’était plus à présent qu’une gamine, pliée par l’avidité de la connaissance. Connaissance qu’elle utiliserait pour s’améliorer dans son entreprise de destruction, elle voulait y parvenir par tous les moyens possibles. Marie s’expliqua alors :

- Tu n’es pas belle, ton apparence est très jolie, ton esthétique est parfaite, certes, je te reconnais tout cela. Elle s’arrêta pour observer le sourire de Mauryn. Mais c’est cette perfection qui te fait laide. Tu es si parfaite que tu n’inspire pas la confiance, mais la méfiance, voire l’aversion. Tu ne fais pas peur, même dans tes entrées triomphales, tu fais horreur, tu dégoûtes par ta perfection !

Marie regarda à nouveau la déesse, son visage déconfit, et, impitoyable, elle abattit sa dernière carte.

- Cependant... commença-t-elle, cependant, il reste un moyen. Tous mes pouvoirs ne m’ont pas abandonnée, puisque j’ai pu lire tes pensées, dans ton esprit, j’ai pu forcer le barrage de force qui les protégeait.

Elle attendit à nouveau, pour voir l’effet que cela produisait. Il était évident que la jeune déesse croyait que les pensées ne pouvaient se lire que dans les esprits ou les cœurs. Elle put même observer un regard d’admiration filtrer à travers tout le flot de sentiments que déversait le visage de Mauryn.

- Je vais bientôt mourir, que ce soit maintenant ou plus tard, j’arrive à la fin de ma vie. Il me reste un dernier tour et, puisque tu es la dernière que je verrai, je t’en laisse le bénéfice. De toute façon, il n’existe plus pour moi ni bien ni mal, je suis un cadavre en attente de traitement.

- Vous l’êtes tous, vous autres humains. Fit remarquer la déesse.

Marie la regarda, la jeune femme était assise sur le sol, au pied du fauteuil, un genou appuyé contre son menton, l’autre replié sous elle. La position d’un élève qui écoute son mentor, et qui donne parfois, quelque petit supplément de cours. La vieille femme sourit intérieurement, mais garda son masque d’impassibilité et de lassitude.

- Quel est cet enchantement ? Inspire-t-il la confiance ? la peur ? la joie ? Demanda Mauryn.

- Oh oui ! Fit la vieille dame. Simplement, je dois me lever pour l’effectuer correctement, peux-tu m’aider ?

La déesse prit un air suspicieux.

- Et si tu te jouais de moi ?

Marie jouait très serré, et elle le savait, elle continua donc :

- Et dans quel but ? De toute façon je vais bientôt quitter ce monde... disant cela, elle prit son air de vieille dame le plus misérable et le plus inoffensif et cela marcha.

- Je vais te dire ce que je vais faire, afin que tu comprennes bien toute ma démarche. Il me suffit de concentration... et d’un seul mot.

- Quel est ce mot ? Demanda la jeune femme.

Marie mit ses mains dans son dos et attrapa le bouchon avec la main qui ne tenait pas la bouteille.

- Que fais-tu ? demanda la déesse, en tentant de voir ce que l’humaine faisait.

- C’est pour me concentrer... ça marche mieux si je met mes mains derrière mon dos.

- Et le mot ?

- Staanpelk ! Hurla Marie, les yeux flamboyants en ouvrant le flacon devant elle.

- Va dans … ? Nooooon ! Cria Mauryn, tandis qu’elle se faisait aspirer.

Marie avait eu recours à la magie gobeline, La femme de Dânu elle-même avait prédit cette fin pour Mauryn, et c’est ce qui arriva. Quand enfin il ne resta plus aucune trace de son ennemie, la vieille femme remit le bouchon en place et, s’adressant au flacon lui-même elle lui dit :

- Tu croyais vraiment que je te laisserais faire et que je te faciliterais la tâche en plus ? Après tout le mal que je me suis donné pour te combattre ?

Tout cela était dit d’une voix calme et impassible, mais la haine s’y faisait sentir.

Enfin, tenant toujours le flacon, elle se laissa à nouveau tomber dans son fauteuil favori, et une autre lumière vint, mais celle-ci était plus douce, plus appréciable. Au centre d’un tourbillon de mille couleurs apparut une jeune fille. Elle avait un nez légèrement en trompette et quelques petites taches de rousseur, mais sa beauté résidait dans ses défauts et, plus que partout ailleurs, dans ses yeux pétillants.

- Mauriendi. Murmura Marie. J’ai été prévenue de ta venue.

La vieille dame n’avait plus l’impression de malaise qu’elle avait ressenti et qui s’était envolée avec Mauryn. Au contraire, elle pouvait presque sentir l’odeur de sa première tarte aux pommes, celle qu’elle avait fait pour sa fille à l’occasion de ses trois ans. Elle retrouvait son plaisir de joies diverses et simples, de fous-rires, de cuisine, des souvenirs moins drôles aussi. Quand James avait été malade pour la première fois, quand elle était tombée en bas de l’escalier et avait dû garder le lit durant deux jours. Mais toujours, un petit rayon de soleil venait éclairer ses pensées.

Elle secoua la tête et regarda Mauriendi, qui l’observait en souriant se rappeler ses souvenirs. Marie était même persuadée qu’elle en partageait certains. Elle revit encore ses premières missions, sa rencontre avec Roxanne, son frère, Carol. Quand elle entendit la voix douce de la déesse, elle sut qu’elle approchait de sa fin.

- Je suis venue, dit-elle, car telle est ma tâche, et que pour toi est venue l’heure du grand choix. Tu as droit à plusieurs choses toutes assez différentes. Puis abandonnant son ton solennel, bien qu’agréable, elle continua. Au fait, Roxanne qui adore faire des entorses aux règles m’a donné un message pour toi, elle voulait que tu le lises avant tout.

Marie ouvrit le parchemin et lut :

« Chère Jenny, enfin, Marie, puisque tu as décidé de t’appeler comme ça.

Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi, pour toutes les missions accomplies et les idées enrichissantes apportées au conseil. Je te remercie aussi pour avoir transmis le savoir ancestral à tes enfants (bien qu’Angie n’y croie guère j’en ai peur) et à tes petits-enfants (là aussi il y a des esprits cartésiens, mais aussi un espoir) et pour avoir été mon amie pendant toutes ces années.

Jenny, tu as besoin de repos, ne mens pas, et s’il faisait jour, je te dirais de regarder les cernes sous tes yeux. Tu as toujours l’habitude de veiller tard hein ? Je te remercie aussi pour ce que tu viens de faire. Ne fais pas l’innocente, seule une personne écoutant attentivement mes histoires aurait pu le faire, et Carol était plutôt axé sur le savoir que les légendes. Bien que ce ne fut pas le cas au départ.

Tu sauras faire le meilleur choix, au revoir Jenny, tu vas me manquer.

Roxanne. »

Marie sourit, c’est vrai qu’elle avait besoin de repos, elle le sentait bien tout au fond d’elle-même. Elle avait beau faire semblant, elle voulait dormir maintenant, dormir pour l’éternité.

- Maintenant, dit la déesse, tu as le droit de parler à quelqu’un, ou de transmettre un message.

L’ancienne magicienne sourit à nouveau, Roxanne lui disait ainsi tout, elle l’avait toujours fait, elle savait ce que son élève allait faire plusieurs jours avant, parfois même des semaines, ou des années.

- Je voudrais laisser une lettre, à...

Elle réfléchit, tout en relisant le message de son mentor... car il y avait une clé là derrière... de tous ses enfants, qui était celui qui écoutait le plus ses histoires ?

- ...à Myriam... ma petite-fille. Finit-elle.

- C’est entendu, je connais bien Myriam ... elle me demande souvent de ne pas te faire de mal... d’attendre encore un peu.

- Et je la reconnais bien là...

Marie se mit à écrire

« Myriam,

Tu sais, toutes les histoires que je t’ai racontées sont vraies, il faut me croire. Tu devras malheureusement le faire sur parole, car je pars, je pars très loin, en fait, je ne reviendrai pas de mon voyage. Mais il faut que tu sois forte Myriam, tu te souviens de Jenny ? Jenny était forte dans ses aventures et gardait la tête froide... il faut que tu fasses pareil et que tu suives toujours les élans de ton cœur. En tout cas je compte sur toi pour une chose : Raconte mes histoires partout où tu le pourras, et particulièrement, quand tu seras mère. Endors tes futurs enfants avec les rêves et les chagrins des personnages de mes contes. Beaucoup de choses peuvent encore arriver jusque-là, mais crois en toi et tout ira bien, un bon ange veille sur toi, c’est une amie, alors ne crains rien.

Mais fais cependant attention à une chose : ne formule jamais de vœu au hasard, car on sous-estime trop souvent le pouvoir des vœux. Garde-toi de souhaiter n’importe quoi et en particulier le malheur des autres.

Ta grand-maman qui t’aime »

Aussitôt qu’elle eut fini d’écrire, la lettre se vaporisa dans un nuage de bulles colorées.

- Ta petite-fille dort, elle trouvera la lettre à son réveil. Lui dit Mauriendi.

- Quel est le choix que j’ai à faire ?

- Attends, tu as encore le droit ...

- Je sais ce à quoi j’ai droit, on me l’a expliqué plusieurs fois. La coupa Marie. Mais je veux d’abord faire mon choix, je n’effectuerai mon action qu’en dernier.

- D’accord... reprit la déesse un peu mal à l’aise face à ces étranges procédés. Tu as le choix entre renaître, sans souvenirs. Exceptionnellement, pour services rendus au conseil, tu peux rejoindre les elfes dans un monde à part, ou tu peux encore disparaître à jamais...

- ... Et connaître le repos éternel... Cette dernière solution me plaît assez je dois dire, m’effacer peu à peu... Ce doit être plaisant à « vivre », si je puis me permettre cette la vieille femme pensivement en se tournant vers la déesse.

- C’est ce qu’avait choisi Michael...

- Je sais...

Derrière les collines verdoyantes, apparaissait peu à peu l’aube. Le soleil allait bientôt se lever, c’était le commencement d’un nouveau jour.

- Pas de regrets ? Demanda la déesse alors que la femme commençait à mourir paisiblement.

- Non. Fi t cette dernière en posant le flacon à terre.

Puis, tandis que ses forces l’abandonnaient de plus en plus, elle mit le pied sur la bouteille et, au moment où celle-ci craqua sous son poids, détruisant à jamais Mauryn, la clarté de l’astre solaire envahit toute la plaine. Tout était de nuances orangées et rouges, une larme perla sur la joue de la vieille dame et elle finit la phrase commencée :

- Car je ne pars pas seule.



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