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On continue ^^ Je n'ai pas beaucoup de retour mais j'espère que cela vous plaît toujours !
A très bientôt
Aceituna.
XVI Madrigals
Alban ne bougeait pas, sentant la lame froide sur sa gorge et ne comprenant absolument pas ce qui était en train de se passer. Était-ce encore un de ses fabuleux rêves qui se terminaient en cauchemar ?
Il cligna des yeux doucement avant de sentir l'étreinte de l'ange démon se desserrer lentement. Amor se releva ensuite furibond, il regarda Alban avec colère en lui lançant un :
— Imbécile ! J'aurais pu te tuer !
— Oui, merci ! Et je peux savoir ce qu'il t'a pris ? demanda Alban en se massant la gorge.
— Je te retourne la question !
— Mais, je t'ai simplement embrassé... se justifia l'ange penaud.
— Pourquoi ? lui demanda Amor avec une pointe de détresse dans la voix.
Alban était de plus en plus déconcerté.
— Parce que j'en avais envie... répondit-il contrit.
— Et t'as d'autres envies aussi stupides que celle-là ? s'exclama Amor avec colère, avant de prendre ses couvertures et de disparaître dehors.
Alban resta assis sur le sol n'arrivant toujours pas à comprendre ce qui s'était passé. Et plus le temps passait plus tout cela lui paraissait complètement irréel.
Ce n'était qu'un baiser, un minuscule baiser...
Abasourdi, Alban se releva et s'allongea sur le lit en essayant vainement de comprendre encore une fois.
Pourquoi ? S'était-il trompé à ce point ?
Au moins maintenant, les choses étaient claires... Bien que le voyage du retour serait terriblement difficile pour lui parce qu'il était vraiment très attaché à l'ange démon et le sevrage allait s'avérer des plus compliqués...
Amor était dehors et il enrageait. Il avait failli le tuer ! Un peu plus et il lui tranchait la gorge !
Pourquoi Alban avait-il fait ça ? Et s'il l'avait vraiment tué que serait-il devenu ? Comment envisager une suite sans l'ange ?
Il ferma les yeux et tomba à genoux désespéré dans l'herbe. Il sentit des gouttes de pluie tomber alors que ses yeux restaient secs, il se retrouva trempé rapidement, mais il ne voulait pas rentrer, il ne voulait pas voir le regard désapprobateur d'Alban maintenant qu'il avait dû sûrement réaliser que c'était une bête enragée, un monstre capable de lui faire du mal, capable de le tuer...
Il devait s'éloigner de lui, il n'avait pas le choix...
Il s'allongea sur l'herbe mouillée et finit par s'endormir lorsque la pluie cessa, plusieurs sabliers plus tard.
À son réveil, il était contre un arbre, emmitouflé dans ses couvertures de laine. La neige recouvrait le paysage de son manteau blanc et Alban dormait paisiblement, blotti dans ses bras. À la vue de l'ange, Amor s'écarta brusquement réveillant son compagnon inévitablement. Ce dernier, à moitié endormi, regarda l'ange aux ailes de sang s'éloigner. Stupéfait, il essaya de remettre ses idées en place.
Il n'était vraiment pas du matin...
Il constata assez rapidement néanmoins qu'il ne se trouvait plus dans l'illusion, celle-ci les avait abandonnés à l'orée des bois et avait disparu, tout comme la petite Adès. Il n'avait même pas eu le temps de lui faire leurs adieux.
Il se demanda tout à coup si la petite fille avait assisté à la scène entre eux et ce qu'elle avait bien pu en penser, mais maintenant cela n'avait plus la moindre importance...
La reverrait-il seulement un jour ? Tout au fond de lui, il espérait que non parce que cela signifierait qu'il devrait alors la tuer. Il secoua la tête pour chasser ses idées noires, puis son regard se porta sur les traces dans la neige et il en déduisit qu'il s'était endormi dans les bras de l'ange démon, comme avant, sauf qu'avant, il avait le droit à un réveil moins brutal. Il regarda de nouveau Amor préparant le petit déjeuner, tout absorbé à sa tâche et évitant soigneusement de croiser son regard.
Alban se sentit blessé. La réaction d'Amor était des plus excessives, si Alban ne lui plaisait pas, il aurait pu simplement le lui dire au lieu de le traiter en pestiféré. Vexé, l'ange se leva et attendit que l'ange démon finisse son petit déjeuner, pour prendre le sien.
Amor regarda Alban du coin de l'œil, il n'osait pas le regarder en face craignant de lire sur son visage toute la haine qu'il devait lui inspirer maintenant.
L'ange sans ailes ne vint pas déjeuner avec lui et cela l'attrista énormément. Il prit sur lui, de toute façon cela devait arriver, si Alban avait su pourquoi il l'avait attaqué ainsi l'autre soir, il l'aurait également rejeté...
Il était un être abject, il était ange démon...
Il se dit qu'une fois arrivé chez Alban, il retournerait chez lui le plus vite possible pour tout oublier et peut-être mettre fin au règne de son seigneur, s'il le pouvait...
Ils mirent beaucoup plus de temps à redescendre la montagne qu'à la monter. Le cycle des grands froids n'y était pas étranger, effaçant sous les couches neigeuses le chemin, rendant les pierres glissantes et les crevasses invisibles...
Et puis surtout, les deux anges ne s'adressaient pratiquement plus la parole, chacun étant persuadé que l'autre lui en voulait pour d'obscures raisons qu'ils étaient seuls à croire. Mais le temps passé à ressasser ces idées avait fini par les convaincre de leur véracité et le fossé entre les deux ne cessait de s'agrandir.
Alban était convaincu maintenant qu'Amor l'avait rejeté parce qu'il n'avait plus d'ailes et Amor quant à lui, était persuadé que c'était ses ailes rouges la cause de leur problème.
À de rares moments, devant l'adversité, leur complicité revenait et chacun prenait plaisir à retrouver l'autre dans une poignée de main, un hochement entendu sur la conduite à tenir ou un sourire de remerciement. Ces moments étaient d'autant plus douloureux, qu'ils étaient trop brefs...
Finalement, par une belle moitié de lever de soleil, ils arrivèrent enfin au pied de la montagne abandonnant derrière eux, la grisaille et les dangers des Terres sans Nom. Ils galopèrent dans la plaine espérant gagner la forêt avant la nuit, voire même un village pour dormir au chaud. Malheureusement, le cheval d'Alban se blessa et cela ralentit grandement leur progression, surtout qu'il n'était pas question qu'Alban monte avec Amor. Ils ne réussirent donc qu'à atteindre l'orée des bois avant la tombée de la nuit.
Dès lors, Alban ne cessa de pester contre son cheval, le contre temps et la nouvelle nuit à passer au clair de lune, seuls tous les deux. Cela finit par agacer Amor. Ils se disputèrent encore, fatigués par le voyage, la tension accumulée par les épreuves et surtout la mésentente régnant entre les deux.
Alban abandonna Amor en colère et disparut dans les bois. Amor de son côté ne fit pas un mouvement pour le retenir, se demandant vraiment si leur chemin n'allait pas se séparer ici même. Pourtant, l'ange démon souffrait énormément de cette situation même s'il n'en laissait rien paraître, l'habitude de souffrir en silence...
Il s'installa pour dormir, seul, anxieux à l'idée de faire de nouveaux cauchemars, notamment celui où il égorgeait Alban, se rendant compte de son geste trop tard...
Il fut tout à coup distrait par un bruit provenant du bois. Méfiant, il saisit sa dague, mais se détendit en voyant Alban arriver. L'ange avait un sourire timide aux lèvres et semblait hésiter à avancer. Il resta un long moment à l'observer jusqu'à ce qu'Amor s'inquiète. Cela ne ressemblait pas à Alban d'hésiter ainsi.
— Qu'est-ce qui t'arrive ? Quelque chose ne va pas ? lui demanda-t-il essayant de prendre un ton neutre.
— J'aimerais m'excuser, mais je ne trouve pas les mots... commença l'ange presque dans un murmure
— T'excuser ? Mais pourquoi ? Tu n'as rien à te reprocher, c'est moi...
Amor s'avança vers l'ange, qui s'avança également.
— Alors, embrasse-moi... lui dit Alban toujours en souriant.
Amor s'arrêta net devant sa requête.
Comment Alban pouvait-il lui demander une telle chose après ce qu'il s'était passé ? Certes, il était conscient maintenant et de plus, il en mourrait d'envie, mais, comment Alban pouvait-il le savoir et pardonner si vite alors que cela faisait plusieurs rotations qu'ils ne s'adressaient pratiquement plus la parole ?
Il hésita et réfléchit. Alban ne se serait jamais excusé de la sorte, il était trop fier pour venir lui demander pardon surtout pour une faute qu'il n'avait pas commise...
L'ange démon eut un doute, il se souvint soudain d'un récit entendu quelque part où un ange démon s'était retrouvé nez à nez lors d'un de ses périples avec une madrigal. L'ange démon avait expliqué « qu'elles », bien qu'il ne soit pas certain de leur sexe, s'attaquaient aux anges de sexe masculin uniquement, se faisant passer pour l'être aimé. Elles pouvaient lire dans les âmes et ainsi prendre la forme, trait pour trait, de celle ou celui qui faisaient battre le cœur de leur victime. Mais elles n'avaient rien d'humain. Elles étaient composées de glaise et de sang. Seulement la ressemblance était si parfaite que l'ange tombait inévitablement dans leur piège, victime charmée et sans défense.
La madrigal s'accouplait avec le malheureux, prélevant la semence du donneur pour modeler une petite elle, la nourrissant avec le sang de l'ange et perpétuant ainsi l'espèce.
Les anges ayant survécu à une attaque de ce genre étaient rares : l'amour est une faiblesse...
Amor méfiant décida de lui tendre un piège. Il fit son plus beau sourire à l'ange de son cœur et s'approcha de lui. Il lui souffla ensuite à l'oreille :
— Tu sais que je t'aime avec tes ailes...
Si l'ange était vraiment Alban, il se verrait recevoir immédiatement son poing dans la figure dans le cas contraire, il savait ce qu'il lui resterait à faire.
Alban le regarda légèrement surpris, puis recula de trois pas, saisit sa dague et se coupa la main. Ses ailes apparurent instantanément, immenses, majestueuses et presque noires à la lueur du feu. Le spectacle était magnifique et dans l'obscurité des bois, juste éclairé par les flammes, Amor se serait cru devant l'ange de la vengeance paré de ses ailes rouge sang. Il s'approcha alors de l'imposteur et sans aucune hésitation, il l'égorgea en murmurant à l'autre stupéfait.
— Il les aurait adorées, même si la couleur n'est pas la bonne, je suis sûr qu'il les aurait adorées...
Il y eut comme un gargouillis alors que la forme se transformait peu à peu en glaise, faisant disparaître le visage de l'ange et ses ailes éphémères. Bientôt, il ne resta plus qu'un tas de boue sanguinolent.
Il repensa une dernière fois à l'image d'Alban paré de ces ailes, le fait qu'elles soient rouges ne le surprit pas vraiment. Amor n'avait jamais vu d'ailes blanches ou du moins il n'en avait pas vu d'assez belles, pour imaginer qu'Alban ait pu en avoir de semblables. Alban ne pouvait avoir eu que des ailes magnifiques et les plus belles qu'il ait vues, c’était celles rouge sang de l'ange de la vengeance.
Repensant à l'ange sans ailes, il fut soudain saisi d'une angoisse : et si Alban ne connaissait pas les madrigals ? Et si tout simplement il se laissait avoir, l'esprit trop occupé par sa colère ?
Il se précipita donc dans les bois, suivant la direction prise quelques sabliers plus tôt par l'ange. Plus il avançait et plus l'angoisse étreignait son estomac.
Il ne voulait pas le perdre, pas encore...
Tout à coup, son attention fut attirée par un bruit sur sa droite. Il se précipita et vit qu'il ne s'était pas trompé. Alban était bien aux prises avec une de ces choses. Amor resta un instant stupéfait en voyant la forme prise par la madrigal et surtout de voir Alban totalement paralysé. Il semblait avoir reçu un choc si grand qu'il ne faisait pas le moindre mouvement. Amor s'interposa entre le monstre et l'ange, lui sauvant inévitablement, encore une fois, la vie. L'émotion passée, il égorgea la madrigal, qui se transforma, comme l'autre, en argile. Il ne put cependant s'empêcher de caresser le doux visage qui disparaissait sous ses yeux. « Ainsi, c'est elle ton idéal... » pensa-t-il amer.
Il se tourna ensuite vers Alban qui n'avait toujours pas repris ses esprits. Celui-ci fixait un point derrière l'ange démon. Le monde réel semblait avoir disparu.
Amor claqua ses doigts devant lui, mais rien ne se produisit. Il réfléchit quelques instants et se dit qu'il fallait le faire réagir. Pour cela deux solutions s'offraient à lui : le frapper ou l'embrasser.
Pris par une irrésistible envie, éveillée par la madrigal et non assouvie, il décida d'opter pour la deuxième solution. Il déposa alors ses lèvres sur les lèvres immobiles de l'ange sans ailes le cœur battant à tout rompre. Comme il ne se produisait rien, Amor voulut lâcher son emprise et opter pour la première solution, mais, à peine son étreinte relâchée, il sentit une main se poser sur sa nuque et l'attirer encore vers lui.
Alban l'embrassa comme jamais on ne l'avait embrassé. Le baiser n'avait rien à voir avec celui de la chaumière, il était passionné, il était enivrant. Amor se laissa aller un instant et se retrouva plaqué contre un arbre, sentant la douce pression du corps d'Alban contre lui.
Soudain, il avait très chaud, mais aussi très peur et lorsque les mains de l'ange s'aventurèrent sous sa chemise, il se crispa d'instinct. Alban retira ses mains et desserra doucement son étreinte. Il le regarda ensuite en souriant.
— Je ne sais pas ce qui t'a pris, mais j'adore ce genre d'initiative ! s'exclama-t-il à l'attention de l'ange démon.
— Ce qui m'a pris ? C'était ça ou te frapper en fait... se justifia Amor.
— Pourquoi voulais-tu me frapper ? questionna Alban en fronçant les sourcils.
— Tu étais comme paralysé...
— Hein ?
— Tu ne te souviens de rien ?
— À part ton baiser ?
— Avant mon baiser.
— Je dormais.
— Tu ne te souviens pas de la madrigal ?
— Une madrigal ? C'est une légende pour les angelots en mal de sensation Amor !
— Une légende qui a failli te tuer ! s'exclama l'ange démon.
Alban le regarda sans comprendre.
— Tu me fais marcher ! Hein ?
— Non. Et le plus surprenant c'est la forme qu'elle a prise. C'était... C'était Antéa...
— Antéa ? Tu veux dire ta prêtresse du destin ? Pourquoi se serait-elle transformée en Antéa ? Je ne la connais même pas !
— Je ne sais pas, c'est peut-être ton idéal féminin...
— Mon idéal est plutôt masculin ! répondit Alban en caressant la joue d'Amor.
L'ange démon rougit.
— C'était peut-être ta madrigal à toi ? tenta alors Alban.
— Non.
— Comment le sais-tu ?
— Parce que j'ai tué la mienne avant...
— Ah ? Et je peux savoir qui elle représentait? demanda Alban curieux.
— Toi... souffla Amor plus rouge encore.
— Moi ? Et tu m'as tué ? Comment as-tu su que ce n'était pas moi ?
— Parce que tu avais des ailes...
Alban fit une grimace, son idée qu'Amor ne l'aimait pas à cause du fait qu'il n'avait plus d'ailes revint en force. Il demanda doucement :
— C'est si important que ça, pour toi, les ailes ?
Amor le regarda surpris :
— Non, pourquoi ?
— Je ne sais pas, je pensais que tu ne voulais pas de moi à cause de ça...
Alban dit ça en un souffle et Amor eut beaucoup de mal à l'entendre.
— Pardon ? Je ne vois pas le rapport Alban, tu es magnifique et tu n'as pas besoin d'ailes pour ça !
Amor se retourna alors honteux de ce qu'il venait de dire. Les mots lui avaient échappé sans qu'il ne s'en aperçoive et il n'osait plus regarder Alban. Mais ce dernier l'enlaça tendrement, embrassant doucement son cou. Amor frissonna puis l'image de son seigneur le plaquant sur le lit lui revint en force. Il se crispa tant et si bien qu'Alban le lâcha pour lui faire face. Il se passa une main dans les cheveux et lui demanda doucement en l'entraînant vers le feu :
— Raconte-moi s'il te plaît...
— Je ne peux pas... souffla Amor blotti dans les bras d'Alban, en regardant le feu.
Alban posa son menton sur son épaule et dit :
— Il le faut pourtant, tu ne peux pas garder ça pour toi et puis tu me le dois, je veux savoir pourquoi j'ai failli mourir !
Amor respira profondément :
— Tu vas me haïr...
— Je crois plutôt que je ne pourrais que t'aimer plus encore...
Et blotti dans les bras d'Alban, Amor commença le récit du supplice de celui que l'on appelait le fils du traître...