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Titre: Red
Auteur: Sande
Note: Voici donc ma nouvelle fic comme promis. Je dois dire que j'aime assez tous les personnages malgré leurs différences. Bon mon grand défi pour cette fic, c'est d'arrêter de mettre du dialogue partout, je trouve que dans Exactly like me j'en ai usé et abusé et c'est pour ça qu'en général je préfère mes one-shot où les persos ne parlent pas! Voilà, trêve de bavardage et bonne lecture.
RED
Chapitre 1
Ta bouche est muette, mais tes yeux sourient, allumés d'une étincelle de mépris. Même au seuil de la jouissance, tu te tais. Par ton silence, tu me punis, mais j'ignore ma faute. Est-ce parce que je t'aime, malgré toi, malgré ce que tu me fais subir ? Est-ce que cela fait aussi parti du jeu ?
Chaque soir, seul dans l'appartement désert, je fais mon sac. Je le pose sur la table basse du salon et je le contemple des heures, incapable de le prendre et de partir, ma volonté est briguée. Quand la fatigue se fait trop pressante, je range mes affaires et je me couche entre les draps froids.
Chaque nuit, quand tu rentres et que tu te glisses nu dans le lit, empestant le parfum d'autres corps, je veux te repousser, mais ta main se glisse impérieuse entre mes cuisses et je me mords les lèvres pour feindre quelques instants ne pas aimer.
La chair est faible et mon corps mon plus grand ennemi, acquis depuis longtemps à ta cause.
Hugo ferme les yeux pour ne plus avoir à contempler le regard satisfait de Swann. Il sent le corps de son amant retomber lourdement sur le sien, avant de rouler sur le côté, le plus loin possible de lui. Le bruit d'un briquet, puis l'odeur de cigarette emplit la pièce. Fermer les yeux. Encore. Plus fort. Ne pas pleurer, ça le satisfait toujours plus. Attendre qu'il parte prendre une douche, comme s'il s'était sali à son contact plus qu'avec tous les autres corps étreints dans la soirée.
Hugo sent enfin le matelas soulagé du poids de son amant. Il se raidit de douleur en sentant la morsure du mégot qu'on écrase sur son épaule nue. Il attend d'entendre la porte se refermer et l'eau couler dans la salle de bain pour rouvrir les yeux. Il sait qu'il ne le reverra plus jusqu'à demain. Swann va attendre qu'il s'endorme pour aller s'abrutir toute la fin de la nuit devant la télé. Il n'ira se coucher que quand Hugo se lèvera et n'émergera qu'en milieu d'après-midi pour la répète, après laquelle il partira directement dans la soirée, pour chasser d'autres corps, d'autres étreintes.
Une nuit Hugo l'avait rejoint sur le canapé. Il pensait que Swann le renverrait se coucher d'un claquement de langue agacé, mais il avait esquissé un demi-sourire et l'avait invité à se blottir dans ses bras où il s'était endormi. Finalement, ça avait été pire. Enveloppé dans sa chaleur corporelle, il se sentait pourtant glacé par le manque manifeste de sentiment. Swann l'avait pris contre lui comme un petit animal agaçant.
Hugo se mord les lèvres. On l'avait bien prévenu pourtant. Mais dès son arrivée dans le groupe, il avait été subjugué par le charismatique guitariste et son corps délié, perdu sous de trop longues mèches sombres qui caressaient ses hanches et suivaient les mouvements gracieux de son corps. Il était tombé amoureux dans l'instant de sa façon de se mouvoir, de son rire qui éclatait de façon si impromptue, toujours si dur. Il admirait même jusqu'à sa manière de fumer, la cigarette coincée entre l'index et le majeur, se mordillant le pouce d'un air pensif. L'autre avait compris qu'il avait trouvé sa nouvelle proie. Hugo n'avait mis que peu de temps à découvrir que l'ancien batteur avait été son précédent jouet, mais rien n'aurait pu le dissuader de se laisser faire. Le premier soir, il avait fini dans son lit, au bout d'une semaine il avait emménagé chez lui. Et depuis neuf mois, il retenait ses larmes chaque nuit pour ne pas lui offrir la satisfaction de le voir regretter ce choix.
La porte du local claque, faisant sursauter le jeune homme assoupi sur le vieux canapé. Il se frotte les yeux puis s'étire, adressant un vague bonjour aux nouveaux arrivants qui ne répondent pas. Swann s'est précipité vers le miroir en pied accroché à un mur pour vérifier que la pluie n'a pas fait couler son maquillage. Hugo, lui, reste planté devant la porte, dégoulinant d'eau, n'ayant vraisemblablement pas eu la chance de profiter du parapluie de son amant.
Pris de pitié, le jeune homme se lève du canapé et fouille dans l'armoire aux portes cassées qui sert de fourre-tout pour en ressortir une serviette qu'il jette au batteur. Ce dernier la considère un instant avant d'essuyer son visage et ses cheveux blonds un peu trop longs qui lui chatouillent les pommettes et la mâchoire.
— Merci Sin.
— Enlève aussi ton t-shirt, tu vas attraper la crève.
Hugo hausse les épaules.
— Je n'en ai pas d'autre.
Sin réfléchit un instant au problème. Son visage s'illumine soudain et il court prendre quelque chose dans son sac à dos abandonné au pied du canapé.
— Tu as de la chance, j'avais commandé un t-shirt de Dir en Grey, il était dans ma boîte aux lettres ce matin, je l'ai pris au passage sans même avoir le temps de le déballer.
Il se relève en souriant et déchire une grande enveloppe de papier kraft avant de déplier un t-shirt noir.
— Bon, j'espère que tu es conscient du grand honneur que je te fais en te permettant de l'étrenner, ajoute-t-il d'un air narquois.
Hugo hoche la tête sans même esquisser un sourire et se débarrasse de son t-shirt mouillé avant d'enfiler celui que lui tend Sin.
Swann, prenant enfin la peine de se détacher du miroir, s'approche des deux autres.
— Salut petit frère, dit-il en ébouriffant les cheveux rouges de Sin, Adam n'est pas arrivé ?
Le jeune homme s'éloigne de lui, agacé de se voir encore rabaissé par son frère jumeau, ce dernier tirant une grande satisfaction d'être né quelque quarante minutes avant lui.
— Non, il m'a appelé pour dire qu'il serait en retard. Une histoire de fille, je suppose, vu les gloussements derrière lui.
Swann hausse les épaules, ayant déjà perdu tout intérêt pour la conversation.
— On commence sans lui alors.
Une heure plus tard, le bassiste les a rejoints et la répétition bat son plein. Ils jouent une nouvelle composition de Swann dont Sin vient de finir les paroles. Il utilise toutes ses capacités vocales pour marquer de son empreinte la chanson, frustré une fois de plus de la ridicule partie de guitare que Swann a daigné lui accorder, se réservant la mélodie complexe et bien évidemment le solo, tordu à souhait pour prouver une fois de plus l'immensité de son talent à composer et à jouer.
Swann, Swann, Swann, le si talentueux Swann. Fort de son absurde droit d'aînesse, il l'avait toujours dominé, prenant bien soin de le dépasser en tout, malgré l'excellence que Sin cherchait sans cesse à atteindre. Pour tous, Swann était plus fort, plus drôle, plus intelligent, plus rayonnant, plus créatif, plus beau même, malgré leurs visages rigoureusement identiques. Sin aurait pu casser ce cercle infernal, partir loin de ce frère étouffant, mais quelque chose le liait irrémédiablement à lui. Il ne s'était accordé qu'une seule différence en coupant sur un coup de tête ses longs cheveux bruns qui caressaient auparavant ses hanches comme ceux de son jumeau. Des mèches de longueurs inégales s'éparpillaient à présent autour de son visage, coulant pour certaines jusqu'à ses épaules, si ce n'est deux longues et fines tresses partant de sa nuque qui continuaient à chatouiller sa taille et il s'appliquait chaque jour à ébouriffer savamment sa masse de cheveux rebelles qu'il avait teinte, hormis les tresses restées noires, d'un flamboyant rouge vif qui tranchait de manière étonnante avec ses yeux verts. Ces mêmes yeux qui donnaient à Swann un inquiétant regard mi-félin, mi-serpent.
La chanson se termine et Swann adresse un sourire satisfait au chanteur et au bassiste, avant de se remettre à jouer aussitôt, sans daigner adresser un regard à Hugo perdu derrière sa batterie.
Regarde-moi, je t'en supplie, regarde-moi, juste un instant. Ne me laisse plus avec cette impression de transparence, de non-existence. Eux, tu leur parles, tu leur souris, pourtant ils ne te sont pas dévoués comme je le suis. Regarde ton frère, chacune de tes paroles, chacun de tes actes le blessent, ton pathétique reflet. Et Adam, tu le dégoûtes avec ta silhouette asexuée et ton goût pour les hommes. Moi aussi, je le dégoûte, mais à toi il parle. Ce groupe est une mascarade. Regarde-moi, souris-moi, j'existe en dehors de cette courte étreinte que tu m'imposes chaque nuit, j'existe et je t'aime. Regarde-moi, Swann, redonne-moi cet instant d'attention unique que tu m'as accordé la première fois que nous nous sommes rencontrés, cet unique et court regard attentif. Mais tu ne le feras pas, il ne t'a fallu qu'une seule seconde pour me jauger et je n'aurai jamais rien de plus.
Hugo se mord les lèvres avec force. Battre, seulement battre, arrêter de penser. Fermer les yeux pour ne plus voir sa silhouette qui se tord à quelques mètres devant lui. Ne pas le regarder se rapprocher avec défi d'Adam et glisser sa main sur sa nuque juste pour le plaisir de se faire repousser d'un regard furieux. Ne pas céder.
Mais il n'en peut plus, il est à bout, et c'est presque inconsciemment qu'il perd le rythme, un instant, une micro seconde, bien assez en tout cas pour que Swann le remarque et s'arrête de jouer. Déposant avec un calme feint sa guitare sur son support, il fait le tour de la batterie pour se planter devant le blond qui n'ose relever la tête.
Tu me regardes, tu vois, tu me regardes. Ça me fait mal, tes yeux brûlants sur moi, mais je n'en peux plus d'être glacé par ton indifférence.
Se départissant de son calme d'une manière brusque et inattendue, le guitariste empoigne Hugo par le col et le force à se lever avant de lui assener de violents soufflets.
— Tu l'as fait exprès, tu crois que je ne vois pas clair dans ton jeu? Alors bébé, on voulait de l'attention ? Ça te va comme ça, où tu en veux plus encore ?
... Plus... Encore...
Et il continue de le frapper de plus en plus fort, le sourire aux lèvres. Soudain, une main retient son bras, enserrant son poignet. Swann se retourne avec stupéfaction et rencontre le regard tout aussi étonné de son double. Sin ne sait pas pourquoi il est intervenu. Jamais, au grand jamais, il n'a daigné porter la moindre attention aux agissements de son frère. Pendant trois ans, il avait joué à sa guise avec leur précédent batteur sans qu'aucun des deux autres membres du groupe n'y trouve rien à redire. Il ne faut jamais se mêler des affaires de Swann, ils l'avaient vite compris. Alors pourquoi, pourquoi quelque chose au fond de lui l'a poussé à interrompre son frère ? Peut-être, ce même sentiment étrange qui s'était emparé de lui le jour où un ami d'Adam, sachant qu'ils cherchaient un nouveau batteur, était arrivé avec Hugo à leur répétition. Un instant, il avait failli crier au jeune homme blond, doté de grands yeux gris bien trop innocents, de s'en aller. Il semblait avoir été taillé sur mesure pour Swann. Mais il n'avait rien dit, car il avait été très vite assailli par la pensée contradictoire et réconfortante que si Swann jetait son dévolu sur lui, tout reprendrait comme avant et le groupe repartirait de plus belle. Il n'était finalement pas le jumeau de Swann pour rien, aussi pourri dans le fond, à moins qu'il ne le soit devenu à son contact. Alors pourquoi a-t-il senti son ventre se nouer en voyant son frère frapper une fois de plus le blond qui se laisse faire telle une poupée de chiffon ? Peu importe après tout, c'est fait.
Renonçant tout aussi visiblement à comprendre, Swann se détourne du chanteur et lâche Hugo sans daigner lui accorder un dernier regard. Ce dernier s'effondre au sol, retenant ses larmes de toutes ses forces.
— La répétition est terminée, lance alors le guitariste en s'emparant de ses affaires, à demain.
Il sort sans laisser aux autres le temps de réagir et Adam qui a déposé sa basse et enfilé sa veste durant l'altercation, peu désireux d'assister à leurs écoeurantes chamailleries de tapettes comme il les qualifie, le suit de près avec un vague grognement en guise de salut.
Resté seul, Sin jette un coup d'oeil sur le batteur toujours à genoux au sol, hébété, ses lèvres remuant sans produire de véritables sons. Le chanteur s'assoit près de lui et pose sa main sur son épaule après un instant d'hésitation. Hugo frissonne, mais ne le repousse pas. Après tout, il est le seul à lui accorder un peu d'attention de temps en temps quand son frère a le dos tourné, enfin si on peut appeler cela de l'attention, juste quelques bonjours, quelques au revoir, juste la preuve qu'il est fait de chair et d'os et qu'il n'est pas une simple ombre dans le sillage de Swann. Mais il n'aurait jamais cru qu'un jour le roux prendrait si ouvertement sa défense.
— Qu'est-ce que tu marmonnes, demande soudain Sin.
Le blond continue de remuer les lèvres comme s'il n'avait pas entendu la question, mais peu à peu sa voix redevient audible.
— ...pas... ne... pleurer... ne pas... ne pas pleurer, ne pas pleurer, je... je ne dois pas pleurer...
Sin fronce les sourcils.
— Mais si bien sûr tu peux pleurer.
Le batteur secoue la tête, ses lèvres tremblent.
— Il... il serait trop content.
— Il n'est pas là, alors il ne le saura pas, car je ne le lui dirai pas.
Hugo lève ses yeux gris et humides sur lui. Puis d'une manière inattendue, il se jette dans ses bras et sanglote sur son épaule, agrippant son t-shirt avec force. Un peu décontenancé, Sin le garde contre lui un long moment jusqu'à ce qu'il se calme. Certain enfin qu'il se soit apaisé, il le repousse avec douceur.
— Tu veux que je t'emmène dîner quelque part ? Ça ne peut pas te faire de mal, tu es maigre comme un clou.
Le blond secoue la tête en signe de dénégation et se relève un peu gêné.
— Je dois rentrer, murmure-t-il, j'ai juste envie de dormir. Et je veux être sûr d'être là quand il reviendra, il serait furieux sinon.
Sin acquiesce peu convaincu par ce dernier argument. Il sait bien que son frère ne doit pas remettre les pieds chez lui avant trois ou quatre heures du matin, ce qui laisse plus que largement le temps de dîner. Il hausse les épaules. Il s'en fout après tout, il proposait juste ça par gentillesse.
— Bon, je te ramène alors, tu vas attraper la crève à rentrer à pied avec ce temps.
Hugo ne répondant pas, le chanteur prend son silence pour un assentiment, et attrape son sac et le t-shirt encore humide du jeune homme qu'il avait mis à sécher dans un coin du local. Il pousse ensuite le batteur dehors et ferme derrière lui.
Vingt minutes plus tard, il arrête sa voiture en bas de l'immeuble de son jumeau. Voyant que le blond, perdu dans ses pensées, n'a aucune réaction, il sort de la voiture et en fait le tour pour lui ouvrir la portière.
— Allez, tu es arrivé, Cendrillon, le carrosse ne va pas plus loin.
Hugo s'agite enfin et sort du véhicule, se dirigeant vers l'entrée de l'immeuble sans même prêter attention à Sin, comme déconnecté du monde. Soudain, il semble se rappeler sa présence et se tourne vers lui avec un air perdu.
— Merci de m'avoir ramené.
Le faux roux hausse les épaules.
— Ce n'est rien. Fais-toi une tisane et va au lit pour être en forme demain.
Le jeune homme acquiesce sans conviction. Il s'apprête à rentrer vraiment cette fois quand un dernier éclair de lucidité traverse son esprit.
— Ton t-shirt, je dois te le rendre, je le lave et je te le ramène demain, je...
— Garde-le, le coupe Sin en souriant, je te le donne, il te va bien.
Le visage d'Hugo s'éclaire une demi-seconde avant de reprendre son habituel air éteint.
— Merci, à demain.
Le chanteur le regarde rentrer dans l'immeuble de sa démarche perdue, la tête rentrée entre ses épaules parcourues de frissons. En quelques mois à peine, le jeune homme timide, mais avenant qui riait discrètement derrière sa main s'était mué en un bien triste fantôme. Il avait maigri, pâli, ses yeux s'étaient cernés et surtout il semblait avoir oublié comment sourire. Il ne résisterait pas autant de temps que leur ancien batteur, et surtout il n'aurait jamais la force de partir et d'oublier.
Sin hausse les épaules. Pourquoi se sent-il coupable maintenant ? Il avait si bien brigué ce sentiment en faisant taire cette petite voix intérieure qui lui disait de le pousser à fuir le premier jour. Mais maintenant que la culpabilité s'est installée, peut-il retomber à nouveau dans sa confortable indifférence ? Sans doute pas. Il n'a jamais eu cette sensation avec leur ancien batteur, à peine avait-il ressenti de la pitié, alors pourquoi lui ?
Sin secoue la tête pour chasser ces pensées, faisant virevolter ses mèches rouges au passage et se décide à rentrer chez lui.
(à suivre)