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Titre: Red
Auteur: Sande
Note: Euh non, ce n'est pas une illusion d'optique, c'est bien l'épilogue, enfin, après euh... Plus de deux mois... Honte sur moi... Mais bon, ça vous fait un cadeau de Noël comme ça genre Pardon, pardon, pardon, mais deux licences à la fois, c'est trop trop de boulot en fait, surtout en période d'exams éè Bref, voilà, Red est finie, ça va me manquer, surtout que je n'ai pas vraiment de nouveau projet de fic bien défini, juste quelques idées... En tous cas, merci à tous les gens qui m'ont lue/soutenue/harcelée pour que je finisse cette histoire, j'espère que la fin satisfera tout le monde, ça partait tellement mal que j'ai presque l'impression d'avoir fait un super happy end Enjoy
Epilogue
Le silence après l'agitation de la soirée, les cris du public et des instruments, silence à peine empli par le son monocorde de la télévision qui ne parvient même pas à s'imposer réellement comme bruit de fond. La neutralité d'une chambre d'hôtel semblable à bien d'autres, ni meilleure ni pire que toutes celles qu'ils ont pu occuper ces dix derniers mois. Ce silence bourdonnant n'a rien de pesant, c'est même plutôt de ces silences qui rassurent, qui prouvent qu'il n'est nul besoin de parler, que tout est à sa place... Enfin.
Adam s'étire lentement, se frottant légèrement les yeux. Le sommeil commence à l'envahir, et il sent qu'il risque de s'endormir là, sur le lit officiellement attribué à Hugo qui ne l'occupera pas comme à l'habitude. Pour l'heure, le blond s'est assoupi, la tête sur les genoux de Sin qui lui caresse distraitement les cheveux en fixant sans vraiment le voir le petit écran. Une quelconque émission musicale nocturne. Le bassiste sourit.
— C'est dingue cette habitude qu'il a de s'endormir comme un gosse contre toi dès qu'on allume le moindre poste de télévision.
Sin sursaute, légèrement surpris que quelqu'un brise le silence, avant de sourire en posant son regard sur le petit batteur qui soupire dans son sommeil.
— Il dit... Il dit qu'il sent que je l'aime quand je le laisse s'endormir comme ça. Je crois que nous n'avons jamais pu regarder un seul film en entier d'ailleurs.
Il lisse doucement les mèches blondes qui ont énormément poussé, s'échappant maintenant largement dans le dos du batteur. Il ne lui trouve l'air que plus angélique ainsi. Sin sourit à nouveau, secouant légèrement la tête pour sentir une fois encore l'absence des deux longues tresses qui lui coulaient autrefois de la nuque aux reins. Étrange libération que ces dernières mèches noires consciencieusement brûlées. Il ne lui reste plus que ses cheveux rouges qui lui mangent le visage, ébouriffés à la diable par les doigts fins qui passent leur temps à fourrager dedans.
— Ça ne doit pas tant te déplaire, tu allumes systématiquement la télé dès qu'on rentre à l'hôtel.
Le roux hausse les épaules en souriant.
— Sans doute, je suis sûr qu'il se repose comme ça. Je n'ai pas envie de le voir s'évanouir sur scène à nouveau.
Sin se passe la main sur les yeux, comme pour chasser les souvenirs qui malgré les mois restent par trop vivaces. Non, Hugo ne s'évanouira plus jamais, les cernes ont disparu de son visage, remplacées par d'incessants sourires et de fréquents éclats de rire qui ne cessent de le surprendre.
— Mais toi, reprend le guitariste, pourquoi tu restes là ? Tu ne sors plus jamais, et plus aucune fille ne fait sonner ton portable trente fois par heure, c'est limite flippant.
Adam éclate de rire avant de réfléchir un instant.
— Je crois... Je crois que j'ai envie d'autre chose. Quand je vous vois toi et Hugo, ça me rend jaloux d'une certaine façon... Enfin, ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne vire pas homo, mais je crois que j'aimerais avoir quelqu'un, une fille en l'occurrence, qui compte vraiment pour moi, quelqu'un sur qui compter... Quelqu'un qui s'endormirait sur mes genoux devant la télé par exemple... C'était trop le genre de Swann de se taper tout ce qui bouge et de ne jamais s'attacher... Je ne veux plus ressembler à ça.
— Je vois...
Le silence à nouveau. Le fantôme de Swann semble s'accrocher désespérément à eux et tous ces mois sans nouvelles de lui n'y changent rien. Dix mois qu'il n'a plus reparu, que son appartement a été vidé à la sauvette, volatilisé. Et pourtant chacune de leurs pensées, chacun de leurs gestes semblent encore empreints de lui, dans leur obsession à s'éloigner de lui toujours plus... Le noir banni de leurs costumes de scène, les nuits le plus loin possible des night-clubs, les silences, l'apaisement sans cesse pour oublier ses fulgurantes colères. Mais plus que tout, l'ignorance, cette peur de le voir revenir soudainement, pour reprendre sa place, pour que tout recommence. Des mois, des mois entiers, mais seraient-ils seulement capable de l'affronter de nouveau ? Après tout, ils ont réussi sans lui. Un simple guitariste de session pour le remplacer sur scène, quelle ironie que cet anonyme invisible derrière ses amplis prenant la place de la star. La maison de disque n'a rien dit. Ils n'étaient pas les seuls finalement à subir les caprices de Swann. Quant au public... Peut-être a-t-il été le seul à regretter le guitariste. Ces deux jumeaux si différents, côte à côte sur la même scène, avaient sans doute quelque chose de fascinant, mais Sin n'apparaissait que plus magnifique sans son frère pour tenter de l'éclipser et les fans l'avaient vite compris.
Sin glisse un bras sous les épaules d'Hugo et le redresse légèrement pour pouvoir l'étreindre. Le blond gémit faiblement dans son sommeil et s'accroche à son pull.
— Arrête de le serrer comme ça, il ne va pas s'enfuir ton amoureux.
— Je sais... Mais je...
Sin s'interrompt soudain, le regard étrangement happé par le poste de télévision.
— Adam, monte le son !
Le bassiste s'exécute sans vraiment comprendre.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— C'est lui, regarde ! C'est lui !
Adam regarde avec plus d'attention l'écran avant d'écarquiller les yeux de surprise. Face à eux, plus sombre que jamais, Swann tord son corps longiligne drapé de noir, éclipsant largement les musiciens anonymes perdus dans son dos malgré leurs habits rouges. Ses doigts courent possessivement sur le manche de sa guitare alors qu'il fixe la caméra avec un air de défi. Impossible de détacher ses yeux de lui un seul instant, ne serait-ce que pour chercher le chanteur qui semble disparaître dans le fond du décor.
Sin se mord les lèvres au sang, tentant douloureusement de reprendre son souffle. Le revoir, si pareil à tout ce qu'il a toujours été, malgré les mois, malgré la distance. C'est comme s'il le narguait encore à travers l'écran, comme s'il savait qu'il le regardait, comme s'il revendiquait une fois encore ses droits sur son double.
Adam s'énerve déjà.
— J'hallucine, tu as vu la maison de disque ? Tu m'étonnes qu'il n'ait pas hésité à nous lâcher, il a largement fait une bonne affaire, on passe pour des amateurs à côté. Et le nom du groupe, Le rouge et le noir, je le déteste ce type, je le déteste vraiment...
Sin ne répond pas, trop occupé à retenir ses larmes en serrant convulsivement le corps d'Hugo qui ouvre les yeux et tend une main pour lui caresser la joue.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Le roux détache enfin ses yeux du poste.
— Rien, c'est... Swann...
Incapable d'en dire plus, il tend la main en direction de l'image.
Toi... Tellement... Toi. Comment ai-je pu oublier à quel point tu étais magnifique... Magnifique... Mais je n'ai plus besoin de toi... Non... J'ai Sin maintenant, et il me donne tout ce que tu m'as toujours refusé. Tu vois, tu n'étais pas essentiel, ni à lui, ni à moi... Tu es... C'est toi qui es risible à présent... Idole fantoche, star préformatée... C'est ce que tu es sans lui, rien, alors qu'il brille chaque jour un peu plus... J'aimerais te rayer de sa mémoire comme il t'a rayé de la mienne. Tu m'as volé ma vie des mois durant, tu m'as aveuglé, mais lui m'a appris à être plus fort que toi... Je hais ce lien qui le raccrochera toujours à toi, je hais le jour qui t'a vu naître. Quelle ironie pour des jumeaux de ne pas être nés le même jour, ni même la même année. Tu représentes l'année finie qu'on laisse derrière soi, tandis que lui symbolise le renouveau. Il n'aura fallu que quarante petites minutes entre vous pour que le 31 décembre devienne 1er janvier, quarante petites minutes pour qu'il te laisse à jamais derrière lui... Tu avais perdu dès le début... Il m'aime moi...
Hugo enroule ses bras autour du cou de Sin et se presse contre lui.
— Laisse, ne regarde pas, ça ne vaut pas la peine, c'est juste une ombre, un reflet... Une image dans une boîte... Je t'aime Sin.
— Tu as raison, mais... D'une certaine façon, il me manque, il me manquera toujours... Et paradoxalement, je le sais, je ne l'aime pas.
Des lèvres qui cherchent les siennes pour l'empêcher de parler, de penser. Il lui faut juste accepter, accepter le fait que toujours quelque part errera une image double et faussée de lui-même, accepter ce vide à peine palpable et étrangement dénué de sentiments... Il existe sans lui, il a toujours existé sans lui, quoi que Swann ait voulu lui faire croire. Il fait ce qu'il aime, avec les deux personnes auxquelles il tient le plus au monde, peu importe ce que devient son jumeau grimaçant. Peu importe...
La loge est vide, il est seul une fois de plus. Au loin, le bruit du plateau télé sur lequel il vient de se produire, encore une fois, juste dans l'espoir qu'il le voit.
— Sin...
Longuement, il détaille son reflet dans le miroir de l'une des coiffeuses, tendant les doigts pour effleurer le verre froid.
— A quoi bon... Tu es heureux non ?
Il sursaute soudain en sentant une main effleurer son épaule et se retourne pour découvrir un des musiciens trouvés par la production pour jouer avec lui. Les cheveux courts et noirs, ébouriffés en permanence, des traits indubitablement asiatiques, une chemise noire et un simple jean. Il ne ressemble pas à Sin, ni à Hugo d'ailleurs, ni à aucun de ses anciens amants en fait. Le garçon est toujours souriant et de bonne humeur, sa simplicité et sa joie de vivre semblent terriblement étranges à Swann. Il n'a rien de plus que les autres, il est juste atrocement normal.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Le garçon sourit.
— Les autres sont tous partis, tu ne veux pas qu'on sorte quelque part tous les deux ?
Swann le dévisage, cherchant une fois de plus ce qui peut le rendre si joyeux sans motif précis. Peut-être que c'est lui qui a raison après tout, peut-être que lui-même a toujours eu tout faux. Peut-être qu'avec lui...
— Je... Tu ne veux pas quitter ce groupe à la con et venir faire de la vraie musique avec moi ?
Le garçon ouvre de grands yeux surpris et éclate de rire.
— Tu es sérieux ? Tu veux dire, plus d'émissions débiles de variété, plus de play-back, un vrai groupe ?
Swann acquiesce.
— Si tu dis oui, on sort ce soir.
Le garçon est hilare, on ne lui a jamais proposé quelque chose d'aussi stupide, mais il a confiance. Même si Swann est étrange. Soudainement, il se pend à son cou et l'embrasse au coin de la bouche.
— D'accord, emmène-moi où tu veux.
Alors, c'est vraiment si simple ? Avec une maladresse toute nouvelle, il entoure les épaules du garçon et l'entraîne vers la sortie, jetant un dernier regard chargé d'amertume à son reflet.
Le petit garçon pleure doucement, roulé en boule sur le canapé du salon, serrant un vieil ours en peluche contre lui. Il en a assez que son frère l'embête sans arrêt, vraiment assez, et puis il dit toujours des choses qui ne veulent rien dire. Pourquoi ne peut-il pas simplement jouer avec lui?
-Sin...
Le petit garçon fait la moue et garde son visage enfoui dans son ours.
-Sin...
Un petit sourire, étonnant chez un si jeune enfant barre le visage de son frère.
-Sin... Je pourrais te raconter une histoire dont le moindre mot t'arracherait le coeur. (1)
Le petit garçon relève son visage barbouillé de larmes.
-Tais-toi, tais-toi, arrête de dire ça, tu me fais peur, je ne veux pas qu'on m'arrache le coeur.
-Alors, c'est que toi tu en as un.
Le petit garçon ne comprend pas, il ne comprend jamais, mais il n'aime pas quand il dit des choses comme ça. Son frère se penche sur lui et attrape son petit visage entre ses mains.
-Si on jouait au miroir? Il faut faire tout comme l'autre, comme un reflet.
-Non! Je n'aime pas ton jeu!
Il le repousse et va se cacher derrière un des grands rideaux du salon. Son frère regarde l'ourson abandonné sur le canapé avec un air pensif.
-Et si ce n'était pas un jeu... Et si mon histoire n'était pas une histoire?
Le rideau bruisse doucement au rythme des sanglots du garçonnet recroquevillé derrière. Son frère sourit à nouveau.
-Ne pleure plus Sin... Je t'aime beaucoup beaucoup moi.
Il se glisse doucement sous la barrière de tissu et se blottit contre le petit garçon, glissant ses bras d'enfant autour de sa taille.
-Oui, moi je t'aime beaucoup beaucoup, et un jour tu m'aimeras beaucoup aussi.
(FIN)
(1) Shakespeare