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Author: Elen Kheleb
Fiction Rated: K+ - French - Fantasy/Adventure - Reviews: 3 - Published: 06-29-05 - Updated: 09-28-05 - id:1951092

Je publie DarkLight dans l'espoir que vous le lisiez (bah oui) mais surtout que vous fassiez des critiques (positives ou négatives), des suggestions pour améliorer mon écriture et tout et tout. Voici les bonnes raisons (plus ou moins valable) de lire ce texte : ça vous occupe, ça me fait plaisir, l'histoire est plutôt bien (enfin j'espère) et j'estime que ce n'est pas trop mal écrit. Et voici maintenant celles qui font que vous ne le lirez pas : le résumé est moisi, vous n'avez pas envie de perdre du temps à faire des critiques, il est peu probable que je publie toute l'histoire (même si elle est totalement inventée) et en plus le rythme de publication est très très lent !!

Pour ceux qui ne sont pas déjà découragé, je précise que le chapitre qui suit est un prologue et qu'il n'a (apparemment) aucun rapport avec le résumé. Vous pouvez passer directement au premier chapitre mais se serait dommage…

Genre : euh…c'est une très bonne question ! Plutôt aventure, quête, fantastique, policier par moment… Ce n'est pas très précis, je sais, mais lisez et vous verrez bien par vous-même ! En tout cas c'est une histoire tout ce qu'il y a de plus sérieux malgré un certain nombre de situations comiques (voire complètement débiles). Le prologue vous laisse un peu imaginer le genre.

Sur ce, bonne lecture !!


DarkLight

Prologue : La chute des Kiricane

Kériane se réveilla en sursaut et regarda autour d’elle. Elle était dans sa chambre, allongée sur son lit et encore toute habillée. Elle avait dû s’assoupir. Rien d’étonnant car depuis la mort de ses parents cinq jours auparavant, elle était devenue l’Impératrice qui régnait sur la petite planète d’Urikan et n’avait par conséquent plus une minute à elle. Mais elle devait se montrer forte. La mort brutale de l’Empereur et de sa femme avait profondément choqué le peuple. Les races magiques s’agitaient et des rumeurs de révolution couraient. Si Kériane laissait entrevoir son épuisement, elles risqueraient de la renverser et les êtres humains découvriraient ce qu’on leur cachait depuis des millénaires : à savoir l’existence de créatures possédant des pouvoirs magiques. Seules les personnes hauts placés étaient dans la confidence. Ce secret dévoilé, Urikan sombrerait certainement dans le chaos et cela, Kériane ne le souhaitait pour rien au monde.

Elle se leva, tenta de faire disparaître quelques plis dans sa robe blanche brodée d’or et réajusta sa couronne. Lorsqu’elle se sentit enfin prête à affronter la cour, elle sortit de sa chambre et tomba nez à nez avec Fulgor qui explosa de rire.

- On peut connaître la raison de cette hilarité ? demanda Kériane d’un ton un peu acide.

Elle regretta aussitôt ces quelques mots. Fulgor attendait certainement depuis longtemps devant la porte et tout ce qu’elle trouvait à dire c’était ça ?! D’accord elle était vraiment sur les nerfs ces derniers temps mais ce n’était pas une raison pour se montrer désagréable avec l’une des rares personnes en qui elle avait toute confiance.

En guise de réponse, il eut un sourire mystérieux et déclara comme si de rien n’était :

- Bien dormi ?

Kériane le regarda avec stupéfaction, se demandant comment il avait pu savoir qu’elle s’était assoupie. Devant son air interloqué et vaguement soupçonneux, Fulgor ne pu s’empêcher d’éclater de rire une nouvelle fois.

- Promis je ne t’ai pas espionnée ! C’est juste que tu as une trèès jolie trace d’oreiller sur le visage.

Il tendit alors le bras et de sa main blanche, caressa délicatement la joue de Kériane. Lorsqu’il la retira, la marque avait disparu.

- Dommage… soupira Kériane. Maintenant que je suis présentable je n’ai plus aucune raison de ne pas me rendre à la salle du trône. Au fait, quel est le programme de cet après-midi ? Pas d’entretiens privés j’espère !

- Si.

- Tu plaisantes là ?

- Non.

- Mais j’en ai déjà donné hier et puis avant-hier et…

- Je sais bien mais c’est le devoir d’une Impératrice de rencontrer son peuple. Et tu dois t’y faire parce que tu en auras presque tous les jours jusqu’à la fin de ton règne, répliqua Fulgor d’un ton implacable.

- Eh bien repousse les à demain ! Je suis fatigué et c'est horrible d'être assise sur ce trône. Le moindre de mes gestes est épié par des centaines de gens qui n’attendent qu’une seule faiblesse de ma part pour s’emparer d’Urikan !

Pendant une fraction de seconde, Fulgor fut tenté de lui obéir. Elle avait vraiment l’air épuisé et vu le rythme qu’il lui imposait, elle ne tiendrait plus très longtemps. Mais si Kériane n’affirmait pas son autorité en se présentant à la cour, qui sait comment ses opposants réagiraient ? Tentatives de meurtre, diffamation, manipulations : Fulgor savait qu’ils ne reculeraient devant rien. Et il ne pouvait décemment pas laisser Kériane courir le moindre risque. En cas d’attentat, elle serait beaucoup plus en sûreté dans la salle du trône que seule dans sa chambre. C’était d’ailleurs pour la sécurité de son Impératrice qu’il avait fait le pied de grue deux heures durant devant la porte des appartements impériaux.

Il lança donc à Kériane un regard inflexible. Elle tenta de l'attendrir en demandant d'une voix faussement agonisante :

- Je suis vraiment obligé d’y aller ?

- Eh bien, dans l’absolu non. Mais bon, c’est quand même important... Remarque, tu peux toujours fuguer et me piquer mon minyaku pour faire un tour dans les nuages afin de savoir s’ils vont bien. Après tout, eux aussi font parti de ton royaume, répliqua-t-il d'une voix dépourvue de la moindre intonation.

- Fulgor.

- Ou alors, il te reste encore l’option planquage dans un placard à balais et recensement des grains de poussières. Une activité très constructive soit dite en passant.

- Il y a vraiment des fois où je me demande comment toutes les imbécillités que tu sors réussissent à me remonter le moral. Bon allons-y parce que dans quelques minutes je n’en aurais plus le courage.

- Dans ce cas je me serais trouvé dans l’obligation de te traîner par la peau du cou.

Et Kériane savait qu’il ne se gênerait pas car Fulgor était l’une des rares personnes à oser lui tenir tête. Mais contrairement à d’autres, il le faisait dans son intérêt à elle. Il la protégeait sans répit et au fil du temps, il était devenu de plus en plus important pour elle, à un tel point qu’elle ne s’imaginait plus vivre sans lui. Il lui avait déjà sauvé plusieurs fois la vie lors de tentatives d’attentats et c’était grâce à lui qu’elle n’avait pas sombré dans le désespoir après l’assassinat de ses parents et sa subite ascension au trône. La présence de Fulgor était réconfortante, elle constituait même un des piliers majeurs de sa vie. Elle avait toujours pu compter sur lui, et cela depuis qu’ils s’étaient rencontrés.

A l’époque, Kériane n’était encore qu’une enfant et elle s’était enfuie du Palais pour découvrir le monde extérieur. Poussée par la curiosité, elle s’était imprudemment éloignée, s’enfonçant de plus en plus dans les quartiers mal famés. C’est ainsi qu’elle avait fini par atterrir dans une zone délabrée où vivaient les Albans, de dangereuses créatures possédant des pouvoirs magiques et détestant les humains qui les exploitaient sans pitié dans les usines. Elle s’était aventurée dans un dédale de ruelles sombres lorsqu’elle avait soudainement entendu un bruit étrange derrière elle. Elle s’était alors mise à courir, terrifiée par ce son qui la poursuivait et se rapprochait inexorablement d’elle. Pour se protéger, elle était rentrée dans la première habitation sur son chemin et là, elle s’était retrouvée face à un jeune Alban un peu plus grand qu’elle, à la peau et aux cheveux entièrement blancs. Il était assis à même le sol dans une pièce sale et mal éclairée, et ne paraissait ni apeuré ni étonné par l’irruption soudaine de Kériane. Toute peur envolée, elle s’était approchée de lui et lui avait demandé ce qu’il faisait. Il avait alors répondu d’une voix un peu rauque qu’il attendait que Mitsuhiko rentre à la maison. Kériane avait voulu l’emmener hors de cet endroit sinistre mais il avait ajouté qu’il ne pouvait pas sortir parce qu’il n’était pas encore suffisamment fort et que Mitsuhiko ne serait pas content s’il le faisait. Kériane, voyant bien au fond de ses yeux incolores qu’il désirait par-dessus tout s’en aller, lui avait pris la main et malgré ses protestations, elle l’avait emmené dehors. Ils avaient ensuite croisés un groupe de gardes impériaux qui les avaient raccompagnés jusqu’au Palais où Kériane avait reçu la punition la plus mémorable de son existence.

Par la suite elle n’avait plus accepté de se séparer de lui et par la force des choses, il était devenu son serviteur personnel. Elle avait aussi fait pression sur ses parents pour qu’ils améliorent les conditions de travail des Albans mais le poids des traditions était tel sur Urikan, que même la volonté de l’Empereur ne suffisait pas toujours à changer les choses.

Kériane et Fulgor s’arrêtèrent au pied des cinq piliers qui soutenaient le globe en haut duquel se trouvait la salle du trône. Un escalier s’enroulait le long de la colonne centrale mais il n’était guère utilisé peut-être à cause des milliers de marches à gravir avant d’atteindre le sommet. Les jours de grand vent c’était carrément du suicide. Mieux valait prendre l’ascenseur.

C’est ce qu’ils firent et quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à destination. Ils pénétrèrent dans la salle du trône et les gardes Impériaux ainsi que les courtisans s’inclinèrent profondément.

Kériane s’avança dignement, essayant de se concentrer malgré les centaines de regards posés sur elle. Elle avait toujours détesté être au centre de l’attention et cela lui posait quelques problèmes vu qu'elle passait la majeure partie de sa journée en public. Pour se donner une contenance, elle observa le plafond qui la fascinait depuis toute petite. C’était un dôme finement ajouré qui englobait toute la partie supérieure de la salle. Au sol, la lumière du jour provenant de ces ouvertures dessinait d’étranges arabesques dont la signification se perdait dans la nuit des temps. Un rayon de soleil tombait juste sur le trône.

Kériane s’y assit et prit une pose impériale, Fulgor debout à côté d’elle. Le héraut annonça aussitôt le premier noble. Kériane soupira discrètement et murmura à l’adresse de Fulgor : “Et c’est parti …”.

Deux heures plus tard, Kériane accordait toujours des audiences mais sans Fulgor. Il avait été convoqué et s’entretenait maintenant en privé avec l’officier chargé de l’enquête sur l’assassinat du couple impérial. Elle sentait venir des courbatures à force de rester assise droite sur ce trône inconfortable et le brouhaha des conversations futiles des nobles lui donnait mal à la tête et l’exaspérait au plus haut point. Surtout que jusqu’à maintenant, personne ne lui avait encore soumis d’idées intelligentes ou de réclamations légitimes.

Elle congédia l’enquiquineur qui lui faisait face et, en attendant que le suivant soit annoncé, elle tourna la tête et admira le panorama que lui offrait la baie vitrée circulaire de la salle du trône. La tour où elle se trouvait dominait la ville de plusieurs kilomètres et pourtant, des bâtiments s’étendaient à perte de vue. Le soleil couchant se reflétait à l’infini sur la multitude de toits et arrosait la salle d’une lumière sanglante.

Un silence soudain s’abattit, la tirant de sa contemplation. Elle ramena son regard sur les doubles portes et vit cinq inconnus avancer vers elle à pas lents. Ils marchaient dignement, la tête haute, sans même accorder un regard aux nobles qui s’écartaient précipitamment de leur passage.

Kériane détailla les cinq arrivant avec curiosité. Ils étaient tous enveloppés d’une ample cape noire à capuchon, simplement ornée d’un symbole étrangement familier aux yeux de Kériane. C’était une sorte de losange d’un blanc lumineux avec en son centre un cercle noir. L’inconnu qui marchait en tête ressemblait étonnement à Fulgor. Sa petite taille, son teint pâle et ses cheveux blancs ne laissaient pas le moindre doute sur ses origines : c’était un Alban. Derrière lui se tenait un Sarel aux cheveux en brosses, une Zendrake à l’air sombre et renfermé ainsi que deux jumelles Dredkynes.

Un mauvais pressentiment s’empara de Kériane et elle fronça les sourcils. Ce symbole éveillait en elle une peur irrationnelle. Elle était de sûr de le connaître mais n’arrivait pas à se rappeler où elle l’avait déjà vu ni ce qu’il signifiait. Et il y avait autre chose. Ces mystérieux inconnus n’avaient pas été annoncés par le héraut qui avait pourtant pour habitude de présenter tous les visiteurs, du plus insignifiant des serviteurs au plus important des nobles.

Les races non humaines n’étaient normalement pas autorisées à pénétrer dans la salle du trône. Même si le héraut n’était pas à son poste pour une raison ou pour une autre, les soldats postés devant la porte auraient dû les empêcher d’entrer ! Pourquoi ne l’avaient-ils pas fait ?

Kériane tenta d’ignorer un début de panique et se secoua mentalement. Cent cinquante gardes Impériaux étaient présents dans la salle pour assurer sa protection. Elle ne courait donc aucun danger. Mais malgré cette pensée réconfortante, une petite voix résonnait dans sa tête, lui murmurant que tous les soldats du monde ne pourraient la protéger de la magie.

Cachant sa peur au plus profond d'elle-même, elle se redressa vaillamment sur son trône.

- Qui êtes-vous ? Et qui vous a autorisé à pénétrer en ce lieu ? clama-t-elle avec tout l'aplomb dont elle était capable, espérant ainsi déstabiliser ces cinq inconnus.

Mais l’Alban fit une révérence ironique et sa voix fluide s’éleva dans le silence de la salle, glaçant un peu plus le cœur de Kériane.

- Majesté Impériale… Comment aller vous depuis la dernière fois ?

Elle le dévisagea pendant une fraction de seconde, le regard vide. Puis un déclic se fit dans son esprit et elle reconnut enfin le symbole mystérieux que ces inconnus arboraient si ouvertement. Et ce fut avec une horreur grandissante qu’elle s’écria :

- C’est vous ! C’est vous qui avez assassinez mes parents !

A ces mots, une vague de peur presque palpable s’empara des nobles. Ils se précipitèrent d'un même mouvement vers la sortie, piétinant sauvagement leurs voisins pour se rapprocher ne serait-ce que d'un pas des portes. Les gardes impériaux réagirent tout aussi rapidement. Ils dégainèrent leurs lasers pour arrêter les meurtriers et protéger la vie de leur Impératrice. Mais la lumière baignant la salle sembla soudain se condenser puis se cristalliser autour de l'Alban. Un éclair blanc jaillit silencieusement de son corps, aveuglant momentanément Kériane qui senti ses os vibrer sous la déflagration.

Lorsqu’elle put enfin ouvrir ses yeux brûlants, ce fut pour découvrir avec effroi que les centaines de nobles et de gardes présents dans la salle étaient étendus par terre, apparemment sans vie. Un silence inquiétant régnait. Kériane n'entendait que les battements accélérés de son cœur et sa respiration sifflante.

Avec un hoquet de terreur, elle réalisa ce qui venait de se passer. A part ses agresseurs, elle était l’unique survivante. Pire, il n'y avait aucune raison pour qu'elle ne subissent pas le même sort que ses sujets. Ses yeux écarquillés par la peur se posèrent sur l'Alban. Le meurtre de centaines de personnes ne pesait apparemment pas sur sa conscience. Se sentant observé, il releva la tête puis sourit. Kériane fit l'erreur de croiser son regard et elle se sentit aussitôt aspirer par un gouffre sans fond.

Il se mit alors à avancer, s'approchant d'elle pas à pas, inexorablement. Il gardait ses yeux incolores fixés sur elle et la maintenait ainsi en son pouvoir. Elle aurait voulu s’enfuir ou seulement crier pour évacuer sa panique mais elle était hypnotisée, comme engloutie par le regard de glace de l’Alban. Elle concentra sa volonté et essaya de toutes ses forces de bouger les jambes mais cela n'eut aucun effet. Elle renouvela l'effort, en vain, et des gouttes de transpiration glissèrent le long de son cou. Elle était toujours incapable de se mouvoir. Ses yeux refusaient même de se fermer.

L’Alban s’immobilisa et Kériane put enfin décrocher son regard, retrouvant également le contrôle de son corps. Elle voulut aussitôt s’échapper mais à peine avait-elle esquissé un geste, qu’une main invisible lui enserra la gorge et la souleva brutalement au-dessus du trône.

Kériane étouffait. Elle allait mourir, elle le savait. Elle n’avait aucune chance contre ces créatures douées de pouvoirs magiques. Pourquoi Fulgor n’était-il pas là pour la sauver ?

Sa tête lui tournait et des tâches noires de plus en plus grosses dansaient devant ses yeux. La seule chose qu’elle distinguait encore était le visage impassible de son meurtrier.

Puis la pression autour de son cou diminua et elle fut projetée en arrière par une force phénoménale. Dans le brouillard de l’inconscience, elle crut entendre une voix crier son nom mais sa tête heurta violemment un des murs de la salle.

Elle perdit connaissance avant même de toucher le sol.

- Et à propos du symbole noir et blanc trouvé sur les lieux du crime, vous avez du nouveau ? demanda Fulgor à l’officier assis en face de lui.

- Eh bien il semblerait que ce soit la signature d’un groupe révolutionnaire nommé DarkLight. J’ai des agents qui creusent encore mais honnêtement je ne pense pas que se soit eux les criminels et que par conséquent cet indice était un leurre destiné à nous égarer sur une fausse piste. Car même avec des pouvoirs magiques, il est impossible de pénétrer dans le Palais et d’assassiner l’Empereur et sa femme à l’insu de tous.

- Vous soupçonnez donc une personne interne au Palais ?

- En effet. Le problème c’est que cela fait plus d’un millier de suspects ! Vous avez une autre hypothèse ?

Fulgor s’apprêtait à répondre lorsqu’un poing de glace se referma soudain sur son cœur. L’officier se précipita et le rattrapa juste avant qu’il ne s’effondre par terre.

- Fulgor ? Ça va ? Vous êtes tout à coup devenu tout blanc ! Enfin…euh…plus que d’habitude.

Fulgor se redressa brutalement et agrippa le bras de l’officier.

- Kériane ! Elle est en danger !

- Pardon ?

- Prévenez la garde ! On attente à la vie de l’Impératrice !!

- Comment vous…

- Bougez-vous bordel !!!

Voyant que l’officier stupéfait ne réagissait toujours pas, Fulgor le planta là et se précipita vers la salle du trône.

Tout en courant, il tenta de calmer sa panique. A chaque fois qu’il avait eu cette sensation de froid, Kériane avait frôlé la mort. Mais elle n’était pas morte ! Sauf que jusque là, il avait toujours été à ses côtés pour la protéger…

Il arriva devant les portes et ce qu’il vit confirma malheureusement ses craintes. Le héraut et les deux hallebardiers en poste étaient morts, le cœur arraché, et une marre de sang s’étendaient à leurs pieds. Leurs visages s’étaient crispés dans une ultime expression d’horreur et de souffrance. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : un Alban était déjà passé par là.

Il pénétra dans la salle du trône juste à temps pour voir le corps de Kériane heurter un mur avec force et retomber mollement sur les dalles.

- Kériaaaaaaane !!!!!

Il se précipita vers elle mais une boule de feu surgit de nulle part le jeta violemment à terre. Il se redressa vivement, prêt à contre-attaquer, lorsqu'une voix albane s'éleva, brisant le silence inquiétant qui régnait dans cette salle habituellement si vivante.

- Tiens, Fulgor. Ça faisait longtemps.

Fulgor tourna la tête et découvrit la dernière personne qu'il aurait souhaité voir en cet instant. Mitsuhiko était là, face à lui. Et il n'était pas seul. Quatre autres personnes se tenaient à ses côtés : deux Dredkynes, une Zendrake et un Sarel.

En une fraction de seconde, Fulgor analysa la situation. Les races magiques se révoltaient et prenaient le pouvoir ! Et c'était pour cela que les parents de Kériane avaient été assassinés ! Il se maudissait de ne pas avoir compris plus tôt lorsque Mitsuhiko lui tourna ostensiblement le dos et alla s'asseoir sur le trône, son minyaku enroulé autour du cou.

- Descend Mitsuhiko ! Ce trône ne t'appartient pas ! gronda Fulgor qui sentait presque ses cheveux se dresser sur sa tête.

Mais l'usurpateur le regarda posément, un sourire de défi au bord des lèvres.

- Désormais, il est à moi. Pendant les dix années où tu étais aux petits oignons pour ton impératrice, nous avons trouvé le moyen de nous débarrasser définitivement du joug injuste de ces Humains faibles et sans avenir ! Et comme tu peux le constater, nous venons tout juste de supprimer le dernier obstacle.

Fulgor resta interdit durant plusieurs secondes, le temps de prendre conscience de la signification de ces mots. Supprimer ? Dernier obstacle ? C’était impossible ! Il tourna lentement son regard vers Kériane et ne put que constater l’évidence. Elle gisait par terre, inerte. Du sang ruisselait de son front et ses jambes formaient un angle anormal avec le reste de son corps. Il était tellement aveuglé par le panique en pénétrant dans la salle qu'il n'avait alors pas réalisé son état. Il en prit tout à coup pleinement conscience et constata avec un haut-le-cœur que des centaines de cadavres jonchaient le sol.

Mitsuhiko sourit de sa réaction puis reprit d’un ton où perçait son amusement :

- En vertu de notre ancienne amitié, je t'accorde le droit de choisir : soit tu te joins à nous et abandonnes cette race vouée à la déchéance, soit tu gagnes un aller simple pour l’autre monde.

- Notre amitié ? Laisse moi rire ! Nous n'avons jamais été amis ! cracha Fulgor d'un ton haineux. Tu ne faisais que m'imposer ta volonté ! Je passais toutes mes journées à attendre que tu rentres. Je ne rêvais que d'une seule chose : sortir. Mais même cela tu me l'interdisais ! Avoue plutôt que tu n'as pas supporté que Kériane m'emmène !! Tu me détestes depuis le jour où tu as perdu le contrôle de ma vie !!

- Et alors ? Sans moi tu ne serais même pas là aujourd'hui. Tu es incapable de vivre par toi-même, tu as toujours eu besoin que l'on te dise quoi faire. Avant c'était moi qui te dirigeait et tu as cru te libérer en t'enfuyant avec cette… Kériane. Mais c'est ensuite elle qui a pris le pouvoir sur ta vie ! Et puis regarde toi. Tu n'es qu'un Alban faible, haï par les hommes à cause de ce que tu es et rejeté par les tiens à cause de ce que tu penses. Tu es sans pouvoir, Fulgor. Sans famille. Et désormais sans avenir, conclua froidement Mitsuhiko en projetant une sphère d'énergie sur son ennemi.

Fulgor ne bougea même pas. Il était trop choqué par ces quelques mots qui avaient réduit sa vie au néant en l'espace d'une poignées de secondes. Car Mitsuhiko avait raison, comme toujours.

Il n'était qu'un Alban raté, sans volonté.

Mais cela allait changer. Il n'y avait maintenant plus personne pour lui dicter sa conduite. Il agirait désormais pour lui et pour lui seul. Peut importait si ses désirs allaient en froisser quelques uns ! Il s'en moquait.

Le projectile le heurta de plein fouet et la douleur le ramena à la réalité. Il se rappela alors le sourire de Kériane, qu'il ne verrait jamais plus. Une bouffée de rage le submergea et il ne vit plus que le visage de son ennemi. De sa proie. Sa raison vacilla puis s’éteignit, soufflée par l’intensité de la haine qu’il ressentait. Ses instincts d’Alban, qu'il croyait pourtant profondément enfouis sous des années de vie humaine, rejaillirent avec force et il perdit tout contrôle. Il ne pensait plus qu’à une seule chose. Tuer. Détruire. Anéantir.

Il repoussa violemment deux Dredkynes qui s'étaient sournoisement rapprochées de lui pendant son moment d'égarement et bondit sur Mitsuhiko dans l’intention de l’égorger et de le laisser se vider de son sang, goutte à goutte. Qu'il souffre autant que lui souffrait ! C'était tout ce qu'il méritait.

Mitsuhiko ne bougea pas d’un pouce. Il le regarda calmement se précipiter sur lui, et une fraction de seconde avant le choc, il généra une puissante bourrasque de vent qui envoya Fulgor bouler loin du trône.

Celui-ci se releva vivement ignorant la douleur sourde qui irradiait dans son épaule gauche. Il se rua de nouveau sur lui mais Mitsuhiko s'envola soudain hors de porté et se mit à lui projeter des sphères d'énergie. Fulgor répondit aussitôt en s'entourant d'un bouclier protecteur. Durant ce court répit, il fit un gros effort pour retrouver son calme. S'énerver ainsi ne servirait à rien. Il savait pertinemment qu'il n'aurait jamais Mitsuhiko par la force. Il devait donc ruser. Mais comment ?

Il aperçut du coin de l'œil les deux Dredkynes se rapprocher pas à pas. Il se retourna et constata que la Zendrake et le Sarel faisaient de même. S'ils continuaient tous les quatre à avancer ainsi, ils arriveraient bientôt à la périphérie de son bouclier et pourraient le traverser car il n'était imperméable qu'aux attaques magiques.

Un craquement retentit. Sous les assauts successifs de Mitsuhiko, le bouclier commençait à se fissurer. Il devait vite trouver une idée !

Mais Mitsuhiko, agacé par la résistance de Fulgor, augmenta brutalement la puissance de ses tirs. Le bouclier vola en éclat et Fulgor fut plaqué au sol par les attaques répétitives de son ennemi. La douleur le paralysait, l'empêchait de respirer. Il avait l'impression que chaque cellule de son corps allait exploser. Il songea un court instant à se laisser doucement sombrer dans l'inconscience mais il fit un effort surhumain et résista à la tentation. Il ne pouvait pas perdre connaissance maintenant. Il devait vivre pour venger Kériane.

Puis les tirs cessèrent. Il se retrouva allongé le visage contre le carrelage froid, haletant douloureusement. Il entendit des bruits de pas claquer sur le sol et vit indistinctement une paire de chaussures apparaître devant lui.

Mitsuhiko se tenait juste au-dessus de lui et regarda froidement son ennemi à terre : "Tu n'es plus rien. Tu as perdu Kériane et tu m'as perdu moi". Il retourna ensuite s'asseoir posément sur le trône et dit d'un ton ironique : "Heureux de t'avoir connu, Fulgor."

Celui-ci fit un effort pour se relever et jeta un bref coup d'œil autour de lui. Il constata alors avec désespoir que les amis de Mitsuhiko l'entouraient. Il ne pouvait même plus fuir et vu son état, il ne survivrait certainement pas à un combat.

En dernier recours, il s'adressa à Mitsuhiko, lui criant amèrement avec toute la fureur qu'il possédait encore :

- Salaud ! Tu ne veux pas te salir les mains, c'est ça ?! Tu préfères laisser aux autres le sale boulot ?!

Mais ces mots n'eurent pas l'effet escompté. Au lieu d'amener Mitsuhiko à se battre à la loyale, ils énervèrent ses amis qui répondirent à la provocation en utilisant leur magie dans un parfait ensemble. Fulgor reçut ces quatre attaques magiques en une seule fois et décrivit un splendide arc de cercle à travers toute la pièce. Il aurait continué encore longtemps son vol plané s'il n'avait pas malencontreusement heurté une des vitres qui se fissura sous le choc. Il rebondit avec un bruit ridicule et finit sa course par terre, à deux mètres de la vitre.

Pendant quelques instants, il ne bougea pas, trop étourdi par le sang qui battait à ses tempes et l'empêchait de réfléchir clairement. Son cœur lui donnait l'impression d'exploser. Il constata qu'il voyait rouge et se demanda si c'était normal ou s'il était tellement aveuglé par la fureur que sa vision en était déformée. Il mit plusieurs secondes à réaliser que du sang lui coulait tout simplement dans les yeux. Il voulu s'essuyer le front mais une douleur violente lui transperça l'épaule gauche et il se rappela qu'il avait été blessé par Mitsuhiko.

Il réussit néanmoins à rouler sur le côté, et puisant dans ses dernières forces, il tira sur la baie vitrée qui explosa en une myriade d’éclats de verre reflétant les dernières lumières du jour. Puis il prit une profonde inspiration et se releva péniblement, dos à l’ouverture, son corps ensanglanté rougit par le soleil couchant. Il regarda ses ennemis qui ne s'attendaient visiblement pas à le voir bouger et s’adressa à l'Alban d’une voix si calme qu’elle en devenait terrifiante :

- On se reverra Mitsuhiko. Et la prochaine fois je te ferai regretter de ne pas être mort aujourd’hui.

Puis il se jeta dans le vide.

Après quelques secondes de chute, il appela son minyaku qui se précipita aussitôt vers lui. Falco se coula autour du corps de son maître et battit frénétiquement des ailes pour se stabiliser.

Fulgor ne put s'empêcher de lever la tête pour regarder une dernière fois la salle du trône où reposait Kériane. Il ne se pardonnait pas de s'être enfui sans avoir emporté le corps de son Impératrice mais il devait vivre s'il voulait assouvir se vengeance. Il serait mort s'il était resté là-bas. Mitsuhiko et les quatre autres était beaucoup trop fort pour lui. L'Alban ne s'était même pas servi de son minyaku pour voler !

Alors qu’il s’apprêtait à s’en aller, il l'aperçut justement se pencher au-dessus du vide et lâcher quelque chose qui se mit aussitôt à tomber à une vitesse ahurissante.

Fulgor vit clairement le projectile magique arriver sur lui mais il n’eut pas le temps de réagir.

Il entendit un bruit écoeurant et l’étreinte de Falco se relâcha. Il baissa le regard, incrédule, et découvrit que le crâne de son minyaku avait été transpercé par un morceau de verre. Mort sur le coup.

Fulgor bascula sur lui-même et se remit à tomber.

Les larmes aux yeux, il retint un hurlement de rage et de désespoir qui aurait révélé à Mitsuhiko la mort de Falco.

On dit souvent que l'on voit défiler sa vie entière au moment de mourir. Fulgor voyait seulement le parc du Palais d'un point de vue particulièrement élevé. Et il ne vit rapidement plus grand-chose car la vitesse l'empêchait de fixer son regard. Il ne pouvait également pas respirer mais comme il allait de toute manière mourir, il n'y fit guère attention.

Une partie de son esprit nota avec détachement qu'il était certainement en train de battre le record de vitesse en chute libre. L'autre partie n'acceptait cependant pas ce qui lui arrivait et luttait de toutes ses forces contre la fatalité. Mais il n'y avait plus aucun espoir de survie et même s'il en était resté un, Fulgor n'était pas sûr de vouloir continuer. A quoi bon vivre lorsque l'on a tout perdu ?

Kériane était morte.

Falco était mort.

Et lui ne serait bientôt plus qu’une tache sur les dalles de marbre blanc du Palais.

Car le sol se rapprochait maintenant à toute vitesse, inexorablement. Et il était près. Beaucoup trop près.

Sa dernière pensée fut pour Kériane.


J'espère que vous vous posez plein de questions, sinon c'est que vous n'avez pas vraiment bien lu ou que je suis pas douée du tout pour écrire !!

Oui, je sais, ce prologue est un peu morbide vu tous les morts qu'il y a mais c'est la vie et on va pas changer l'histoire juste pour ça ! Je vous rassure, ça s'arrange après. Enfin si on veut…

Prochain chapitre (dans très longtemps certainement) : Quatre de perdus, quatre de retrouvés



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