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Auteur : Lakesis
Genre : Yaoi / Angst / Historique
Warning, rappel, disclaimer : Cette fiction s’inscrit dans le contexte historique douloureux de l’Allemagne nazie, de ses proches débuts (1930) à sa chute (1945). Le régime nazi et sa politique eugénique tuèrent plus de six millions de Juifs, dans les pires conditions qu’il ne fut jamais trouvées, extermina Tziganes, handicapés, communistes, homosexuels, opposants allemands, résistants de toute l’Europe, chaque homme qui ne se fondait pas dans la politique nazie. Les atrocités commises par le régime nazi relèvent du crime contre la paix, du crime de guerre et du crime contre l’humanité. Les crimes contre l’humanité furent définis aux procès de Nuremberg comme des « assassinat, extermination, réduction en esclavage, déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs raciaux ou religieux lorsque ces actes ou persécutions, qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du tribunal » et cette histoire ne tient en aucun cas de propagande, elle ne fait pas l’apologie de l’idéologie nazie, n’approuve en aucun cas l’Holocauste et les crimes commis.
Ich bin dein Schicksal
- je suis ton destin -
Chapitre 9 :
Berlin, septembre 1938
Un vent sec soufflait en cette fin d’été, et repoussait les dernières chaleurs vers le Sud. Franz, assis dans le salon de son appartement, fixait, sans même les voir, les nouvelles, à la une d’un des journaux à la botte du parti nazi. Après le succès de l’Anschluss, et ainsi le rattachement économique et politique de l’Autriche à l’Allemagne de Hitler, en mars 1938, un parti pronazi, dirigé par Henlein, motiva, en raison de la présence d’une minorité allemande, l’intervention germanique dans le territoire des Sudètes, qui fut annexé courant septembre.
Dans quelques semaines à peine, Lukas allait célébrer sa première année de mariage avec Amelia, et à l’occasion, le jeune homme avait décidé de fêter l’évènement, histoire encore une fois de prouver, dans toute la fausseté qui le caractérisait, son bonheur factice et ses mensonges de plus en plus gros. Leurs rencontres s’espaçaient, ils ne faisaient que se croiser, dans un pays où chacun, pourvu qu’il ne soit pas allemand, était l’ennemi de tous. Le mutisme inconscient de la scène internationale restait criminel, et cela sur tous les fronts, alors que plus à l’est, tout au bout de la terre, les troupes japonaises envahissaient la Mandchourie et le nord est de la Chine et menaçaient à présent le Vietnam et les possessions françaises, presque laissées à l’abandon. Tant que leur intérêt personnel n’était pas remis en cause, les pays vainqueurs de la Grande Guerre, minus l’Italie, elle aussi en branle-bas de combat, ne bougeaient pas d’un pouce et laissaient faire.
Amelia était peut-être enceinte, mais Lukas jurait par tous les dieux qu’il n’était pas le père. Franz subissait en silence cette trahison et observait de loin ce qui semblait être l’émergence d’un nouveau ravissement surfait et agaçant. Répondant en écho comme un loup à sa meute assoiffée de sang, il se pliait aux exigences malsaines, mais qui tenaient de paroles divines, aux yeux de Lukas. Bercé par les apologues fascistes et les maximes racistes, il devenait adorateur d’un monstre et remplaçait le visage d’un dieu imaginaire par celui d’un prophète prêchant la haine et la vengeance comme seule doctrine. Derrière le nom d’Hitler, sommeillaient les pires travers que l’homme pouvait nourrir. Il suffisait d’un seul pour entraîner les autres et les faire s’unir à ses idées démentes. Parfois, seulement parfois, un génie se cachait derrière les ombres de la folie, de par ses mots qui allaient à l’encontre de l’ordre établi. Mais qui irait bénir Hitler et ses envies, sa mégalomanie, sa vision restrictive d’un monde où seuls les grands blonds aux yeux bleus avaient le droit de vie et de mort sur les races considérées comme inférieures. Ainsi allait le temps, et rien, pour le moment ne paraissait être capable de stopper la marche impassible des bottillons SS. Leurs talons résonnaient de plus en plus souvent, de plus en plus forts, dans les rues allemandes.
Les brutalités et les vexations envers les différentes communautés que le régime abhorrait étaient plus nombreuses, plus dures, aussi. Humilier un homme était déjà un pas vers la déshumanité et les Nazis excellaient dans cet exercice. Quoi de plus simple que de rabaisser un homme par des moyens aussi faciles que les interdictions, la stigmatisation, le marquage de la différenciation. C’était à la portée de n’importe qui, ne serait-ce que par les mots qui menaient à la ségrégation.
Franz referma brutalement le journal, le plia puis le jeta sur la table, avant de se lever, pour retourner vers sa chambre. Habiter en face de chez Lukas était devenu une torture continuelle et quotidienne. Comme pour offrir l’accès à tous à son odieux mensonge, il gardait la grande fenêtre de son salon ouverte, là où se jouait son existence dans ses moindres recoins. Franz, lui, avait tiré ses rideaux pour l’ignorer, décidant de faire sécession. Mais il n’allait pas gagner à ce jeu là et Lukas le savait. Parce qu’il le menait encore là où il le voulait, parce qu’il était simplement plus fort que lui. Physiquement, ce n’était pas si évident, mais mentalement, il lui était encore soumis, flexible, mais moins impressionnable qu’auparavant, moins à l’écoute de toutes ses folies, toutes ses idées folles. Lukas le sentait s’échapper et tentait encore de maintenir l’étau qu’il avait sur lui, par tous les moyens. Etrange, encore, qu’il n’ait pas accouru pour chercher à se faire pardonner, promettre qu’il n’était pas le père de cet enfant qui allait peut-être naître. Il lui répétait qu’elle l’avait trompé, que jamais il n’aurait osé lui faire une chose. Et quand il le voyait, avec ses yeux qui brillaient, ses sourcils relevés, l’expression mortifiée… Etait-il capable de résister ?
Une fois dans sa chambre, Franz déboutonna sa chemise, l’épousseta avec soin et la posa sur le dossier de la chaise. Jour de congé demain, et déjeuner avec Erwin et sa femme. Ses deux amis restaient ses seules attaches de confiance dans cette tourbe capiteuse pour beaucoup d’autres. Lukas se coucha sur les draps, trop préoccupé pour se glisser dessous, et s’endormit ainsi, frissonnant.
Il s’éveilla au petit matin, et fit sa toilette, lentement. Le vent frisquet qui soufflait dehors pénétrait dans la pièce par les interstices de la fenêtre mal fermée. En retard, il sortit de chez lui et prit le tramway, presque vide. Ce fut Erwin qui l’accueillit, avec un grand sourire ravi. Julia était occupé à s’occuper de leur fils, Thobias, qui avait déjà plus de six mois.
« Comment vas-tu, Erwin ?
-Je vais bien, merci. Et toi ?
-Je me débrouille.
-Julia en a pour quelques instants, Thobias doit faire sa sieste, mais il n’est jamais d’accord. Tiens, passons au salon. »
Franz hocha la tête et après avoir déposé sa veste sur le portemanteau, il rentra dans la salle de séjour, où était déjà mise une élégante table. Un homme était assis sur un des fauteuils, fumant distraitement une cigarette.
« Je n’ai pas eu le temps de te prévenir, Franz. Mais mon cousin déjeune également avec nous. Il est de passage à Berlin. »
L’homme se leva et sourit à Franz. Il était grand, plus grand qu’Erwin. Il avait une peau légèrement hâlée, d’impénétrables yeux bleus, comme ces mers exotiques, et des cheveux d’un noir profond, mi-longs. Il tendit une main vers Franz, que ce dernier secoua timidement.
« Je m’appelle Axel Heinze.
-Franz von Korrens. Ravi de faire votre connaissance. »
Julia revint à cet instant et embrassa chaleureusement Franz, puis leur demanda à tous de s’asseoir. Franz prit des nouvelles du petit, et Julia lui assura qu’il allait parfaitement bien.
« Te rends-tu compte, Franz. Axel vient tout juste de rentrer d’Amérique.
-Rien de bien exceptionnel.
-Ce n’est pas donné à tout le monde. Et lui qui fait le modeste. Il a même ramené un jouet à Thobias.
-Il n’y a pas de quoi. Tu sais bien que j’aime faire plaisir à ce petit monstre. »
Julia revint à l’instant avec un plat fumant, qu’elle posa au centre de la table.
« Comme à l’accoutumée, ma chère Julia, tu nous offres de quoi régaler nos papilles, décréta Axel, avec une emphase exagérée.
-Garde tes compliments, beau parleur, plaisanta Erwin, en servant un verre de vin à Franz, qui leva la main pour lui dire d’arrêter. »
D’un naturel timide, Franz se sentait de trop mais les bonnes intentions d’Erwin et d’Axel eurent raison de sa réserve et il discuta tranquillement avec eux, ravi de se changer les idées. Alors qu’Erwin était allé chercher son fils qui venait de se réveiller, Axel se pencha vers Franz et lui demanda :
« Vous avez connu Erwin à l’Académie, si j’ai bien compris ?
-Oui… Nous étions tous deux élèves officiers…
-Pourquoi vous êtes-vous engagé ?
-Eh bien… J’aimerais vous dire que c’est par pur esprit patriotique mais en réalité, c’est plus par obligation paternelle que par autre chose.
-Oh, je vois… »
Alex alluma une cigarette, malgré le reproche de Julia qui allait ouvrir la fenêtre, en rouspétant. Erwin revint avec Thobias dans les bras et Franz se leva pour s’approcher du petit, attendri. Les grands yeux verts de Thobias le fixaient, étonnés, et Erwin sourit.
« Tu veux le porter ?
-Oui, je veux bien. »
Erwin lui déposa le bambin dans les bras et Julia lui rappela :
« Soutiens-lui la tête.
-Oui, oui, je sais… »
Thobias gazouilla dans les bras de Franz qui s’était rassis sur sa chaise. Axel jouait avec une de ses petites mains, refermée sur son index.
« Il est adorable, souffla Franz, en rendant le petit à sa mère. »
Mais il se rembrunit, se souvenant soudain que bientôt, Lukas tiendrait certainement à son tour un petit être comme cela dans ses bras. Pourquoi devait-il gagner à chaque fois ? Pourquoi devait-il tout avoir, alors que lui n’obtenait que la solitude et la traîtrise ? Dans ce pays où les hommes en noir étaient souverains, il lui semblait presque n’être plus rien qu’un destin insignifiant parmi les autres.
A six heures, il prit congé d’Erwin et de Julia, et descendit les marches de l’immeuble en compagnie d’Axel. Celui-ci remonta le col de son long manteau et demanda à Franz, alors qu’il marchait près de lui :
« Ca ne va pas ?
-Oh, si, si… répondit Franz, gêné. Pourquoi cette question ?
-Vous semblez triste… J’espère que ce n’est pas de ma faute.
-Non, non. Puis je vous assure, je ne suis pas triste.
-Juste préoccupé ?
-C’est-à-dire… que oui, un peu, reconnut Franz. Mais enfin… Je… »
Franz s’arrêta, ne sachant pas s’il pouvait continuer. Après tout, qui lui disait que Axel n’était pas un fervent partisan du NSDAP.
« Je vous avoue aussi que je reste perplexe. J’ai passé plusieurs mois aux Etats-Unis, et je reviens en Allemagne pour la trouver transformée en un véritable champ de mines…
-Ah…
-Je vous invite à prendre un verre, je pense que discuter ici, en pleine rue, n’est pas une bonne idée. Enfin, si ça vous tente. Je ne vais pas vous forcer et vous avez peut-être autre chose à faire…
-Non ! s’exclama Franz, vivement. Je… Je suis en congé…
-Bon, parfait, alors ! J’ai pris une chambre à l’hôtel. Ce n’est qu’à vingt-cinq minutes d’ici. »
Ils traversèrent rapidement quelques rues bien calmes et ils entrèrent finalement dans le hall d’un élégant hôtel, où Axel alla chercher la clé de sa chambre, à l’accueil. Le réceptionniste le salua respectueusement et prit son ordre de ne pas être dérangé. Axel demanda à ce que soit monté une bouteille de vin et les deux hommes prirent l’ascenseur stylisé, dont la cabine était tapissée de velours rouge, rehaussée de plaquettes de bois doré. La cabine s’arrêta avec un petit tintement de cloche et les portes s’ouvrirent sur un couloir éclairé de lampes murales. Les pas de Franz et d’Axel étaient étouffés par l’épaisse moquette posée sur le parquet. Axel ouvrit une porte et laissa Franz entrer le premier. Axel l’invita à s’asseoir et Franz prit place sur un des confortables voltaires, dans le petit salon.
On frappa à la porte et Axel échangea quelques mots avec le majordome qui venait de leur apporter la bouteille de vin. Axel alla chercher deux verres dans le bar et s’installa en face de Franz.
« Merci, dit Franz, en prenant le verre. »
Axel but une ou deux gorgées puis alluma une cigarette, reposant sa coupe en cristal. Heinze s’adossa plus confortablement dans son fauteuil et dévisagea Franz, soudain gêné. Pour briser le silence, le jeune homme s’exclama :
« Vous ne vivez pas à Berlin ?
-Je vis en Amérique. Je suis en voyage d’affaires. Je ne reste que deux ou trois semaines en Allemagne. Enfin, pour le moment.
-Ah ? Vous prévoyez de prolonger votre séjour ?
-Cela dépendra de ce que je trouve.
-Je vois. »
Franz détourna le regard pour fixer un des tableaux accrochés au mur puis revint sur Axel.
« Alors, comme ça, vous aussi, vous êtes mis au supplice par tous ces évènements ? »
Franz cligna des yeux, faisant semblant de ne pas comprendre.
« Ne faites pas l’idiot, Franz. Ca ne vous pas absolument pas. J’ai bien lu dans vos yeux toute l’horreur que vous infligeait la contemplation d’une telle Allemagne. Vous n’êtes pas le seul, vous savez. »
Axel tira sur sa cigarette, puis fit tomber la cendre qui se consumait au bout dans le cendrier, sur la table. Il gardait ce même sourire enjôleur, celui-là qui appelait à la confidence, qui mettait en confiance. Il finit par écraser sa cigarette à moitié entamée, et croisant les jambes, les mains jointes sur les genoux, il reprit :
« En réalité, Erwin m’a parlé de vous. De tout ce que Hitler peut bien vous inspirer… Vos raisons de lui en vouloir sont plus personnelles que les miennes, je le reconnais.
-Euh… Vos raisons ?
-Vous voulez les connaître ? Elles sont purement et simplement idéologiques… Je ne suis pas admirateur du national-socialisme, loin de là. Très loin de là, même. Pour le moment, je ne peux que me taire et espérer le réveil prochain des puissances comme la France ou l’Angleterre.
-Elles ne bougent pas d’un pouce, hélas.
-C’est fort à parier que tant qu’elles ne seront pas elles-mêmes confrontées à l’aigle nazi, elles ne broncheront pas. Et quand elles devront faire face, eh bien, il sera trop tard…
-Pourquoi me parlez-vous de ça ?
-Parce que je sais que vous saurez m’écouter. Il devient de plus en plus difficile désormais de pouvoir parler sans crainte. Ils n’hésitent même plus à enfermer les voix discordantes. Mais vous devez bien le savoir.
-Je vous demande pardon ?
-Erwin m’a parlé d’un de vos amis, engagé dans les troupes de la SS. Il doit vous confier tout ce qu’il fait, n’est-ce pas ? »
A l’évocation de Lukas, Franz se figea. Avant, peut-être, oui, il lui aurait tout dit, mais à présent, ses confidences allaient dans les oreilles d’une autre. Cette simple idée suffit à faire tomber sur le visage de Franz un masque de morosité qui lui vola son sourire. Durant toute la journée et ce début de soirée, il avait su éviter de penser à Lukas, et même si l’image de ce dernier restait latente, elle ne s’était jamais affirmée. Mais voilà qu’il redevait faire face à la réalité. Quand il rentrerait seul ce soir, il serait seul, tandis que de l’autre côté de la rue, se jouait une toute autre histoire. Il reposa son verre sur la table, calmement, et se leva. Il scruta brièvement Axel et décréta :
« Est-ce donc pour ça que vous m’avez invité ? Pour que je vous confie ce que cet ami aurait pu me dire ? Mais je vais vous décevoir. Il ne me touche pas un mot de ses activités.
-Détrompez-vous, vous n’êtes pas ici pour me servir d’informateur plus ou moins volontaire. Je vous ai invité simplement pour que nous fassions connaissance. Je suis de retour à Berlin après presque un an d’absence et je suis fatigué de mes anciens camarades. Voir de nouvelles têtes me fera le plus grand bien.
-Je suis donc là pour vous changer les idées, alors ? »
Les yeux bleus de Franz s’embrasèrent et Axel éclata de rire. La félinité de ce jeune homme ne se montrait guère souvent, mais quand elle éclatait au grand jour, c’était à l’état brut. Il répondit :
« Vous vous méprenez. Je ne passe du temps qu’avec les gens qui m’intéressent, et quand je trouve la perle rare, je m’empresse de la garder. Vous m’intéressez, Franz, vous, et absolument pas cet ami assez stupide pour s’engager dans la SS et pour vous délaisser par la même occasion. »
Franz rougit à l’allusion à peine voilée et se prit à se demander ce que Julia et Erwin avaient bien pu raconter à leur cousin. Il se rassit, soudain curieux, mais demeurant sur ses gardes.
« Détendez-vous, sourit Axel. Oubliez que vous êtes dans l’Allemagne nazie, oubliez tous vos problèmes, et dites-vous que vous êtes avec moi. Vous verrez, ça ira soudain beaucoup mieux. »
Franz ne put se retenir de sourire à son tour. Axel avait l’avantage d’être sympathique et agréable avec lui, ce qui le changeait grandement, ces temps-ci.
« Pourquoi étiez-vous parti en Amérique ? demanda enfin Franz.
-Quelqu’un m’y retenait, mais rien n’est éternel, n’est-ce pas ? Je n’ai pas encore l’intention de rester à Berlin, après tout, j’ai des amis à New York qui seraient ravis de me faire une place auprès d’eux. Cependant…
-Cependant ?
-Je pensais avoir perdu la flamme sacrée de l’amour patriotique. L’Allemagne m’a tant déçu, ces dernières années. Et pourtant, j’aime mon pays et quand je le vois dans un état tel que celui-là, je ne peux m’empêcher de sentir rejaillir ma volonté de la sauver des eaux.
-Je suis navré de vous rappeler à la réalité mais que pouvez-vous faire ? Vous seriez balayé avant même d’avoir tenté quoique ce soit.
-Pour le moment, oui… Il faut attendre. Mais à attendre, ne risquons-nous pas aussi d’accélérer notre échec ? C’est compliqué, n’est-ce pas ? »
Franz hocha la tête, tristement. Axel avait hélas trop raison et Franz ne savait plus sur quel pied danser. Avec amertume, il constatait leur impuissance et était prêt à se résoudre. Mais Axel, lui, ne semblait pas de cet avis.
« Rien n’est perdu. Rien ne sera jamais perdu tant qu’il y aura des hommes ou des femmes pour crier l’injustice. Pour demander du changement. J’aimerais tant défendre mes valeurs, celles que je porte haut en étendard, et leur prouver, par tous les moyens, qu’ils sont dans l’erreur. Hitler l’a joué avec beaucoup d’intelligence, il a gagné légalement, sans tricherie, et peu à peu, il a écarté ceux qui le gênait et a décrété ses propres lois et celles de son parti. Et étonnamment, personne n’a bougé, ils ont tous laissé faire. Les Sudètes, la Rhénanie, Locarno, rien n’y a fait. J’ai peur pour l’avenir, comme d’autres le réclament à grands cris. Mais, n’êtes-vous pas proche de ces vautours, sans pour autant en être mêlé ? Votre ami n’est-il pas une incarnation sans faille du parfait soldat, prêt à courir dans les pas de son chef au moindre ordre ? »
Franz soupira et répondit :
« Lukas est aveugle. Et parfois, je me demande s’il n’est pas stupide. Avant, jamais il n’aurait cru de telles sottises, mais le voilà enrôlé dans cette armée. Il n’attend qu’un mot et il partira où on lui dira de partir, il tuera ceux qu’on jugera comme les ennemis de l’Allemagne. Et je ne peux plus rien faire. J’ai voulu essayer, mais j’ai échoué, encore et encore. Maintenant, je suis las de devoir engager des discussions sans fonds et sans formes avec lui, m’évertuer à défendre mes principes alors qu’il tente de m’imposer les siens.
-Je comprends. »
Axel sourit et Franz tourna la tête. Il savait. Axel savait pour Lukas, Franz en était persuadé, et ses soupçons se confirmèrent quand Axel reprit :
« Votre ami, malgré tout, marque bien les paradoxes et l’hypocrisie qui peuvent pulluler parmi ces gens. Condamner quelqu’un mais dans sa sphère privée, se comporter comme lui. Malmener une catégorie hommes mais tout faire pour protéger celui qui nous est cher… Je reconnais bien là, en effet, la politique de ceux qui nous dirigent et nous mènent à la baguette. »
Franz rougit, mis à jour si facilement, et Axel sourit, puis lui dit :
« Rassurez-vous, vous n’êtes pas si facilement démasquable. J’ai été bien aidé.
-Que… »
Franz se tut et soupira, agacé. Julia et Erwin étaient certainement passés par là et Axel éclata de rire :
« Ne leur en veuillez pas. Ils me connaissent, voilà tout. »
Les yeux azurs semblèrent percer l’âme de Franz jusque dans ses tréfonds et le jeune homme s’imagina soudain courir très loin d’ici.
« Que voulez-vous dire ? se risqua Franz, presque par jeu.
-Vous aussi, vous souhaitez jouer à l’aveugle ? Ou simplement, désirez-vous que je vous ouvre les yeux ? »
Franz ne retint pas son sourire, mais ne voulut pas pousser le jeu trop loin, et se leva.
« Je vais vous laisser.
-Je vous en prie. Je vous raccompagne ?
-Je vous remercie. Je ne vais pas vous embêter, vous venez à peine de revenir en Allemagne. »
Franz sourit encore puis prit congé d’Axel. En retournant chez lui, il se demanda soudain ce qu’il pensait d’Axel, ce qu’il lui inspirait. Durant toutes ces années, il n’avait jamais pensé à regarder ailleurs, à lever la tête pour voir le monde et ses méandres. Oserait-il le tromper ? En serait-il capable et pourrait-il aimer quelqu’un d’autre ? Franz se demandait si se poser de telles questions était normal, ou si cela n’annonçait pas le début de la fin. Lukas avait jusque lors profité tant de lui, tiré sur la corde, lui avait fait subir douleurs et humiliations. Et il avait toujours exigé qu’il soit irréprochable envers lui, et qu’il approuve ses choix et dise amen à chacune de ses volontés. Franz avait d’abord accepté, mais plus le temps avançait et plus il hésitait à continuer. En rentrant chez lui, il jeta un coup d’œil en face. La lumière brillait encore mais pour une fois, il n’eut pas même envie d’apercevoir quelques bribes de vie. Il avait décidé de s’en moquer, de s’en détourner et de penser à autre chose. Il ferma les volets tranquillement, tira les rideaux et s’installa un instant dans le divan de son salon. Un sourire éclaira d’un coup son visage et il se rendit dans sa chambre, se déshabillant à la hâte, et se jeta sur son lit, à moitié nu. Il se tourna sur le dos et fixa le plafond, dans le noir. Pourquoi se privait-il ? Pourquoi s’infligeait-il ces peines ? Il ne les méritait pas et s’il devait bientôt plonger dans l’enfer, alors il avait bien envie de profiter du paradis, une dernière fois.
A suivre…
Réponses aux reviews :
Milii : Encore beaucoup de temps entre deux updates, j’espère que tu n’as pas déserté XD J’espère que ce chapitre est un peu plus léger que les autres ;D Bon, on se rapproche d’une date qui va commencer à marquer le véritable commencement de l’horreur T…T Et pour le cross over, j’y travaille :p
Onarluca : Merci pour ta review ;D Pour Lukas, ça risque d’être compliqué et Franz en a marre :p Ca promet ;D
Yaoi gravi girl : On en a déjà beaucoup parlé, alors j’espère que ça va te plaire XD Tu l’aimes bien Axel ? Même si je sais que tu voulais que Franz reste fidèle :p
Kahlan : Merci à toi pour ton commentaire XD Hélas, je ne connais pas ce livre dont tu me parles T-T Et pour la suite, eh bien, je dois bien avouer que ça risque de pleurer sec T-T