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Le Ying et le Yang
Prologue: Tyler et Loan
Dans la cité d’une ville perdue et sombre, un appartement brisait le calme des rues. En effet, à l’heure du déjeuner, personne ne sortait, pour pouvoir échapper à la chaleur étouffante. Mais dans cet appartement, des éclats de voix troublaient la tranquillité du quartier… C’était compréhensible, en fait.
C’était Tyler qui criait. Tournant en rond dans son salon mal éclairé, il jetait des regards furieux à José, avachi dans son canapé. Celui-ci avait plutôt l’air de s’en moquer, les regards noirs dont il était l’objet ne l’inquiétaient pas plus que ça.
Ce qui n’était pas le cas d’Abdel. Il se tenait près de la porte, près à s’enfuir dès que cette dispute prendrait un mauvais tournant, ce qui ne saurait tarder. Un murmure timide s’éleva dans la pièce à l’hygiène douteuse.
- Fais pas chier, toi ! cria aussitôt Tyler.
- Arrête de crier, Tyler… soupira José, un peu las. C’est rare que tu te mettes autant en colère, surtout après Abdel… pauvre petit gars, va…
Tyler ne répondit rien et continua à faire les cent pas. C’était vrai. Il perdait rarement son sang-froid, mais cette fois... Il passa une main nerveuse dans ses cheveux noirs et se força à se calmer. Ce n'était pas dans ses habitudes de laisser voir ses sentiments.
- Putain…
- Sois pas grossier devant Abdel, il est jeune, marmonna José.
- Quoi, il est jeune, il est dans la cité alors il va vite apprendre...
- Euh… oui, c’est vrai J… José, t’inquiète pas, s’empressa de rassurer Abdel.
- Je peux pas aller à cette réunion, tu le sais José, gronda Tyler.
- Ben t’as pas vraiment le choix, Tye. Les bandes veulent nous voir, et sauf Stélian, il n’y a que toi qui nous représente vraiment.
Tyler leva les yeux au ciel et serra les dents. Stélian… ce lâche qui dirigeait leur bande…
- Ben tiens, il est où Stélian… c’était lui qui devait y aller, normalement…
- Bah… il euh… il…
- Accouche, le môme, merde ! s’écria Tyler en se retournant vers lui, ses yeux noirs étincelants de colère.
- Arrête, Tyler… Putain, j’ai la migraine… soupira José en se massant les tempes.
- Il est parti sans dire au revoir, murmura Abdel en ravalant ses larmes. Son père déménage parce que… parce que…
- Parce que il en a marre de voir son fils traîner dans les rues, pouffa José en écrasant une cigarette dans le cendrier. Mais où que Stélian aille, il traînera toujours ! Il a ça dans le sang… Bon, Tyler, t’as vraiment pas le choix, les gars là-bas te respectent à peu près donc t’y vas.
- Et toi ? Tu as de l’influence, aussi…
- Ouais. Mais moi je dois aller chercher ma petite sœur à l’école, ce soir.
- Bon, dégagez de mon appart le temps que je réfléchisse à tout ça. Ouste bordel !
Tyler les regarda sortir d’un œil morne, et il se laissa tomber sur son canapé miteux. Cette réunion avait lieu chaque année. Les bandes de toute la cité se réunissaient et délibéraient des ennuis du moment. Habituellement, Stélian y allait toujours, mais cette fois…
La ville où habitait Tyler n’était pas commune. Bien sûr, il y avait des cités et des banlieues partout… Mais il n’y avait jamais à proprement parler des bandes et des chefs. La vie n’était pas un roman. Mais la ville de Tyler était différente. Une animosité y régnait sans cesse, entre différentes bandes importantes. Des bagarres éclataient sans cesse, plusieurs policiers avaient été tués… Enfin, il paraissait que ça aussi, c’était commun.
Mais cette histoire de bande et de meneurs… Tyler soupira, agacé, et se releva pour préparer le repas pour sa mère. Celle-ci devait déjà être chez elle, son travail se finissait un peu avant midi. Elle travaillait dans un misérable petit salon de coiffure, et sans les activités de Tyler, jamais ils n’auraient pu s’en sortir.
Il revendait de la drogue. Il y avait tout un réseau complexe dans la ville, et il faisait partie des mailles du filet. Les poulets étaient au courant, bien sûr, mais ils ne pouvaient arrêter personne sinon des centaines des jeunes débarquaient et mettaient le poste en feu. C’était déjà arrivé, par le passé, et les flics avaient appris à être prudents.
Une sorte de pacte silencieux avait été scellés entre les jeunes de la cité. Ils pouvaient se battre entre eux, mais ils s’uniraient si les flics faisaient une rare descente dans les quartiers. Tyler secoua la tête pour se remettre les idées en place et il envoya d’un geste un morceau de beurre fondre dans la poêle, refermant d’un coup de pied sec le frigo bancal.
L’argent qu’il rapportait de ses ventes l’aidait à payer son propre loyer –pas très élevé grâce à une magouille de José- et il s’arrangeait pour faire près de la moitié des repas de sa mère, histoire qu’elle mange bien. Il les lui apportait chez son amie, Josiane, avait qui elle habitait. A deux, s’était plus simple pour payer le loyer.
- Fait chier... marmonna-t-il.
Stélian était le meneur de leur bande, une façon de nommer les « chefs » que Tyler appréciait. Mais maintenant qu’il était parti, il fallait vite qu’un remplaçant se montre. Les nouveaux meneurs n’étaient pas élus ou décidés… Non, ils prenaient le pouvoir et la direction des affaires de la bande, d’un seul coup, par une action. L’un des gars se révélait d’un seul coup par son autorité et sa grande gueule et, d’un accord muet, il prenait la place du « patron » de la bande. C’était ainsi.
Le prochain serait sûrement José. Il avait une assurance rare. Le problème était sa sœur, il y était trop attaché, et le montrait trop facilement à tout le monde. Ca le ferait passer pour une mauviette… Tyler se promit de lui en parler. Mais bon… Stélian aurait pu attendre un peu avant de partir. Tyler retourna d’un geste précis l’omelette dans la poêle et s’essuya les mains pour prendre le téléphone qui venait de sonner.
-Tiens mon fils, tu ne ronfles pas à une heure pareille ? questionna sa mère au bout du fil d’un ton amusé.
-Bah j’cuisine pour toi, alors ça risque pas, répliqua-t-il.
Sa mère, Nathalie, sourit d’un air ravi. Son fils n’était proche d’elle que lorsqu’ils étaient seuls. Nathalie n’ignorait pas ce que Tyler faisait, pendant qu’elle n’était pas là… Elle-même s’y était plongée jusqu’au cou, étant jeune. Les remords l’envahirent, mais elle ne se laissa pas faire. La seule chose qui comptait, c’était que Tyler ne touche pas à sa drogue. Et elle savait que son fils ne le faisait pas. C’était tout ce qui comptait.
- M’man…
- Mmmm ?
- Ce soir, je serais pas là.
C’était un pacte. Tyler pouvait faire à peu près ce qu’il voulait, mais sa mère devait être au courant, malgré l’âge du jeune homme.
- Je ne serais pas là, rectifia doucement Nathalie.
- Ouais… j’ai à faire dans le quartier, mais rien de dangereux.
- D’accord. Tyler ?
- Ouais m’man ?
- Soit prudent, compris ?
Tyler eut un rare sourire en coinçant le combiné entre son épaule et son oreille. Pour elle, il serait prudent, oui. Pour elle. Il mit l’omelette dans un bol.
- Eh m’man… Ca te dit des glaces ce soir ?
- Et comment !
- Ok.
Nathalie sourit et imagina son fils alors qu’il cuisinait. Il était beau… elle le voyait. Tous le verraient si seulement Tyler prenait un peu soin de son physique. Il avait tout pris de son père, surtout les cheveux noirs aux reflets un peu bleutés par moment, qui lui descendaient au niveau des épaules. Il les nouait toujours en catogan par une fine lanière de cuir noir. Ses yeux étaient exactement de la même couleur, et il avait la peau légèrement cuivrée. Il était grand sans être un géant, et suffisamment musclé pour rassurer sa mère lorsqu’il était mêlé à une bagarre.
Non, elle n’était pas inquiète à son sujet. S’il y avait une chose que Tyler masquait très bien, c’était sa force inouïe.
Il avait pris l’habitude de s’habiller soit en noir, soit en jean et ne portait jamais quelque chose d’élégant, ni chemise ni cravate. Actuellement, il devait avoir enfilé un jean un peu troué, comme d’habitude, un T-shirt noir plutôt flottant et son éternel blouson en cuir qu’il tenait de son père et qu’il ne lâchait jamais. Oui, son fils était magnifique, âgé de 17 ans à présent. Le temps passait vite.
Tyler quitta l’immeuble d’un pas décidé, sans même faire attention à l’ascenseur puant de pisse, crachats et autre, tagué et abîmé de toute part. Il marcha rapidement jusqu’à la maison de sa mère et déposa le repas sur le palier. Il ne voulait pas rencontrer Josiane, elle l’insupportait cette vieille bique. C’est pour ça qu’il faisait à manger à sa mère, d’ailleurs, pour qu’elle ne mange pas trop souvent les plats infects que Josiane préparait.
- Vieille truie... maugréa Tyler.
Il repartit aussi vite qu’il n’était venu et se dirigea tranquillement vers le lycée où il était inscrit, en terminale. Il aurait du être renvoyé depuis longtemps, mais ce lycée tenait à ses élèves. Ils étaient tous des adolescents de la rue, et la directrice continuait à croire en eux, à vouloir en faire de bons éléments… même si la plupart n’avaient mis les pieds au lycée que deux jours complets durant l’année scolaire.
Ce n’était pas le cas de Tyler. Il séchait la plupart des cours, mais c’était parce qu’il connaissait déjà leur contenu… Il n’avait chaque nuit besoin que de quelques heures de sommeil, alors le soir, quand il n’arrivait pas à s’endormir, il lisait les bouquins de français, math et autres… et donc séchait les cours presque toute la journée.
Personne ne savait ça, évidemment. Il tenait à sa réputation.
La rue était toujours pareille, fidèle à ceux qui l’habitaient. Les fenêtres au-dessus de lui étaient reliées par quelques fils où séchait le linge, et la rue sous ses pas était encore humide de la dernière pluie. Les caniveaux étaient envahis de détritus divers, mais ça n’empêchait pas quelques enfants de jouer avec enthousiasme au football. Tyler les observa d’un air détaché, se souvenant le temps où lui-même se pensait champion du monde…
Soudainement, une ombre le percuta violemment sans qu’il ne l’ait vu. Tyler, en rage, leva les yeux vers un gars de son âge, mal fagotté et à moitié ivre.
- Tu m’as bousculé, eh connard ! gueula-t-il.
- T’as qu’à regarder où tu mets les pieds, répliqua Tyler d’un ton glacial.
- Putain tu vas voir…
Tyler eut un sourire en le voyant se jeter sur lui, les poings serrés. Il voulait sa raclée, il allait l’avoir… Tyler se décala un peu sur le gauche et leva brusquement son genou droit en l’enfonçant dans l’estomac du garçon. Sans lui laissait le temps de se reprendre, il lui asséna coup de poing sur coup de poing, jusqu’à l’abattre au sol. Il le laissa étendu pour son compte, en sang et gémissant. Ce n’était pas du grand combat, juste une bagarre de rue sans intérêt, mais Tyler se sentit défoulé pour la journée.
C’est avec un sourire satisfait qu’il se rendit devant son lycée pour y attendre José, avec lequel il devait se rendre en ville.
José était plus vieux que lui, il avait déjà 19 ans. Il était trempé dans la plupart des mauvaises affaires de la ville, n’avait ni boulot sérieux ni études en cours et ne s’en tirait que grâce à la drogue. Mais il était sympathique, et cela faisait longtemps que Tyler le connaissait.
Une voiture s’arrêta en crissant devant lui, et Tyler adressa un signe à José, au volant.
- Eh mais tu souris jamais toi ? demanda José en soupirant. Merde, ça t’arracherait pas la gueule tu sais !
- Tu m’as fait un sale coup, José, tu sais que je peux pas aller à cette réunion, soupira Tyler en s’affalant sur le siège du passager.
Il jeta un regard à l’arrière de la voiture. Comme d’habitude, des canettes de bière et tout un tas d’objets inutiles l’encombraient. Comme la vie de José… un sacré bordel…
- Bah pourquoi tu peux pas y aller ?
- Tu le sais très bien… Je ne dois pas revoir Tony.
A l’énonciation de ce prénom, Tyler serra imperceptiblement les poings. Il ne devait surtout pas revoir ce type.
- Mais qu’est-ce qu’il t’a fait, celui-là ?
- A moi, rien. A ma mère, il a fait quelque chose de très grave. Si je le revoie je le tue.
Tyler observa d’un œil morne le paysage qui défilait devant ses yeux. Oui, Tony mériterait de mourir, il avait ruiné la vie de sa mère…
- Camille !
- Maman, ne m’appelle pas comme ça, s’il te plait !
- C’est ton prénom, alors cesse de faire ta tête de mule et descends tout de suite !
L’adolescent en question se leva en soupirant de son bureau et ouvrit la porte de sa chambre. Il haïssait son prénom… Camille… c’était d’un ridicule. Mais en réalité, personne ne savait qu’il se nommait ainsi. Tout le monde l’appelait Loan, le deuxième prénom tordu que ses parents lui avaient donné, mais qui lui était un prénom uniquement pour garçon, au moins. Il dissimulait Camille avec précaution… Seule sa famille était au courant, et seule sa mère s’évertuait à l’appeler ainsi. Tous avaient, presque par pitié, prit l’habitude de l’appeler Loan.
Il dévala les escaliers avec son petit frère sur ses épaules, souriant en entendant son rire joyeux. Il le largua comme un vieux sac sur le canapé du salon, avant de rejoindre sa mère à la cuisine.
- Camille…
- Maman… soupira Loan.
- … je veux que tu ailles me faire quelques courses pour ce soir. Tu as fini ta philo ?
- Moui.
- C’est quoi ce moui ?
- Chef, oui, chef ! reprit Loan en esquissant un salut militaire.
- Mauvais fils, va… sourit sa mère. Tu sais à quel point les études sont importantes, regarde ton frère est…
- … devenu un brillant avocat, il est normal que je te surveille pour que tu aies un avenir aussi brillant, je sais maman, soupira Loan. Je ferais de mon mieux.
- Tu as intérêt ! menaça Claire en agitant sa cuillère en bois son sous nez. Prends la liste dans l’entrée et file avant que je ne t’utilise comme ingrédient pour ma quiche ! Oh, et prends ton frère avec toi !
Loan sourit et embrassa sa mère sur le front. Il la dépassait depuis longtemps…
- Des fois, je jurerais que tu veux te débarrasser de nous, ria-t-il en s’emparant de son frère cadet de 7 ans sous son bras. Viens, petit monstre !
Il l’habilla promptement en luttant avec lui pour le maintenir immobile, puis s’habilla à son tour avant de saisir la liste et le portefeuille. Le magasin n’était pas très loin, en ville, et cela leur ferait faire une promenade, au moins. Lucas prit un ballon rouge et jaune vifs avant de sortir en trombe de la maison, suivi par Loan de loin.
Celui-ci souriait en le regardant avancer, tout en le surveillant tout de même. Mais Lucas était un petit garçon raisonnable, et pas une seule fois son ballon ne rebondit sur la route ou n’alla déranger les passants. Loan observa d’un œil rêveur les maisons qui défilaient, adressant parfois un bonjour poli à quelques personnes.
Il avait les cheveux blonds clairs et les yeux verts. Sans être d’une beauté à couper le souffle, il avait tout de même du succès et son visage agréable et ouvert inspirait la sympathie. Il avait la peau plutôt pâle, et était toujours habillé de la même manière : chemise légère et pantalon. Il aimait être à peu près présentable. Tout le contraire de son monstre de frère !
Lucas avait les mêmes cheveux et les mêmes yeux, et il ressemblait de façon frappante à son frère. On aurait dit, au premier coup d’œil, un chérubin tombé du ciel… Mais il était bruyant et adorait courir en tout sens. Si bien qu’il fallait toujours au moins un regard posé sur lui pour le surveiller.
Les mains dans les poches de sa longue et éternelle veste blanche, Loan continua de marcher. Il approchait de plus en plus de l’âge adulte… cela avait tendance à le déprimer un peu.
- Loan !! cria une voix joyeuse.
L’adolescent eut juste le temps de reprendre ses esprits pour esquiver un coussin, jeté par la fenêtre d’une maison. Il adressa un sourire à Danièle, son amie d’enfance.
- Bien esquivé ! cria-t-elle de la fenêtre. D’habitude, tu n’es pas aussi prompt… allez, ramène-moi mon coussin maintenant !
- Sûrement pas ! Viens le chercher toi-même ! répliqua Loan en riant.
Il savait très bien pourquoi la jeune fille grognait, elle était toujours en chemise de nuit… et pourtant il était deux heures de l’après-midi ! Mais Danièle avait pour coutume de faire la grasse matinée à chaque fois que l’occasion s’en présentait. Cependant, elle avait raison : l’un des plus gros défauts de Loan était qu’il était étourdi, toujours la tête dans les nuages. Ce qui lui valut d’ailleurs de se prendre un ballon rouge et jaune dans le ventre. Il adressa un regard furieux à Lucas, qui se contenta de rire aux éclats. Gagné à son tour par le rire clair de son petit frère, Loan se laissa aller à sourire et lui renvoya son ballon.
Quelques minutes plus tard, Danièle les rejoint le sourire aux lèvres.
- Tu aurais pu me ramener mon oreiller, quand même. A cause de toi il a fallu que je m’habille…
Loan la détailla du coin de l’œil. Danièle était jolie, vraiment… Elle avait les cheveux blonds et bouclés qui lui arrivaient aux épaules, des yeux marrons pétillants et un sourire constant éclairait son visage. Elle était plutôt petite et un peu replète, mais cela ne la rendait que plus jolie encore. Loan sourit, ils se connaissaient depuis longtemps, tous les deux…
- Tu as fait ta philo ?
- Oui… mais bon, le sujet est un peu lourd, cette fois je trouve.
- Ne m’en parle pas ! gémit la jeune fille. Je n’ai rien trouvé ! Au fait, tu viens avec nous cet après-midi ? On a une réunion…
Loan grimaça et hocha la tête. Hors de question qu’il vienne encore à l’une des réunions du fan club de mangas. Il n’était constitué que de grands fans, et Loan ne s’y sentait pas à sa place. Alors… une excuse vite… mmm…
- Loan ?
- Je dois… aider… Lucas pour ses maths ! inventa en vitesse le jeune garçon avec un sourire.
- Ah… bah il fallait me le dire si tu n’avais pas envie de venir…
- Euh…
- Tu mens très mal. En fait tu n’as jamais su mentir, Loan, s’écria-t-elle en riant et en s’éloignant. Allez, à demain !
Loan la regarda s’éloigner en souriant. Il était vraiment heureux de sa nouvelle vie. Auparavant… dans cette cité si sombre, la seule chose qui pouvait le sauver était la lutte. Il s’était fait tabassé… avait tabassé… Loan secoua la tête, refusant de se laisser prendre. Il ne retournerait pas dans ce mode de vie, pas dans cette cité, à présent, des études sérieuses s’offraient à lui ainsi qu’un avenir brillant. Ce n’était pas pour tout gâcher bêtement.
Ils ne mirent pas longtemps à atteindre la ville, et Loan mena une lutte acharnée contre Lucas devant le petit supermarché.
- Lucas, si tu entres là-dedans, il faut que tu gardes ton ballon à la main et ne pas le faire rebondir !
- Mais euh !!
- Il n’y a pas de mais euh qui tiennent, un ballon ça ne va pas dans un magasin !
- Alleeeeeeeeeeeeeeeeez…
- Noooooooooooooooon !!
- Jeune homme…
Loan se retourna devant une vieille dame qui donnait à manger aux pigeons en souriant. C’était la vieille voisine qui venait les voir depuis qu’ils étaient tout petits, l’amie de sa mère…
- Oh bonjour, madame Hortense…
- Bonjour mon garçon… Va donc faire tes courses, je surveille ce petit diable.
- Mais… hésita Loan. Il est assez, comment dire…
- Agité ? J’ai l’habitude, voyons, avec mes cinq enfants…
- Bon… merci beaucoup madame, je n’en ai pas pour longtemps !
- Youpiiiiiiiiii !!
- Sois sage toi ! Je reviens.
Ni Tyler, ni Loan ne savait qu’ils se rencontreraient aujourd’hui. Aucun des deux ne prêterait même attention à l’autre, pour dire la vérité. Ils se méprisaient mutuellement, se demandaient même ce que l’autre faisait sur cette Terre… Sans vraiment se haïr, Tyler et Loan ne comprenaient l’utilité de l’existence de l’autre.
Pourtant… quand le destin décidait de croiser deux fils complètement différent, il ne lâchait pas prise. Et ni Tyler, ni Loan se s’attendaient à ce qui leur arriverait à cause de ce fameux destin entêté.
A suivre...