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Réponses aux reviews :
Mydaya : merci beaucoup ! Je sais, la fin était dangereuse et c'est pourquoi je l'ai terminée par un Loan dégoûté... mais c'est très vague. J'aime bien militer contre le sida, donc j'ai l'intention de faire une véritable campagne à travers mon histoire... En tout cas, je suis très contente que le chapitre t'ai plu ! A bientôt et bonne lecture !
ingunwetrust : Ah, désolée je suis en retard... j'espère que le chapitre te plaira quand même ! A bientôt et merci.
yaoi gravi girl : j'aime bien être sadique, ça s'est vu avec le début en effet ! José a un cracatère très chaud... il ne s'arrêtera pas là ! Pour cette fois, heureusement que Eric et Tyler ne les ont pas vu, en effet. Il y aura toujours une petite attirance purement sexuelle entre José et Loan, je pense... Ne t'inquiète pas pour le prétendu viol... lis donc ce chapitre, je ne t'en dirais pas plus lol ! Merci beaucoup et bientôt !
Virginie : Ne t'inquiète pas, à peu près tout est rélévé dans ce chapitre. Il y a une limite au sadisme, quand même... merci beaucoup pour ta review et bonne lecture !
onarluca : Merci beaucoup, j'espère que la suite te plaira tout autant ! A très bientôt et bonne lecture.
Mouf Mouf : ah, les deux nuisibles... j'en suis constamment entourée, et je tire la plupart de mes scènes avec Lucas de ma propre expérience... j'espère que ce chapitre te plaira, la scène de Noel en famille s'y déroule. A bientôt et merci beaucoup !
Tif : Oh euh... je ne suis pas si sadique que ça, quand même... si ? Bon tant pis... Ah, je me suis faite attendre, je suis horriblement désolée... pour me faire pardonner, j'ai baissé mon seuil de sadisme dans ce chapitre et vous allez enfin apprendre des choses ! Rooh la torture des pieds c'est pas gentil... je vais être obligée de faire une fin sadique... hinhin... moi aussi je suis hyper romantique, je crois que ça se voit un peu trop dans ce chapitre d'ailleurs. Tu vas découvrir la famille dans ce chapitre... comme on dit, on choisit ses amis, pas sa famille ! J'en sais quelque chose. Merci pour cette gentille review et constructive et continue à oser m'en laisser ! Bonne lecture et à bientôt.
Naera Ishikawa : Merci beaucoup pour tes compliments, et j'espère que si ce chapitre ne te plait pas, tu me le feras savoir (gentimment, hein ?). Désolée pour le retard ! A très bientôt et bonne lecture !
Amethyste gracieuse : Merci beaucoup ! Bonne lecture pour ce chapitre et à très bientôt.
lovexkamui : Encore une fan de José ! Hélas on ne le voit pas beaucoup dans ce chapitre. J'espère qu'il te plaira quand même, bonne lecture et à bientôt !
Deedeehasbeen : Been... c'est beau le romantisme, mais ce n'est pas toujours très conforme à la réalité. C'est important de le rappeler de temps en temps, ce que tu fais mieux que moi dans tes propres histoires ! Ma vie avance bien et les examens sont enfin terminés (cause de mon retard, d'ailleurs). Merci beaucoup pour ta review qui me fait toujours autant plaisir, j'espère que ce chapitre-là te plaira aussi ! A bientôt et bonne lecture !
Perriline : Ta review est très constructive ne t'en fais pas ! Je fais exprès de rendre nos deux amoureux un peu maladroits... c'est plus amusant ! Je suis contente que mes chapitres te plaisent, et j'espère que tu passeras un bon moment en lisant celui-ci ! A très bientôt.
Morriganne : Merci beaucoup pour ta review, et je suis vraiment désolée du retard !! J'espère que ce chapitre te plaira quand même ! Bonne lecture et à bientôt.
Ted et Ange : Contente que l'histoire te plaise ! Merci beaucoup pour ta review, j'espère que chapitre ne te décevra pas. Bonne lecture et à bientôt !
Furya : Allons allons, le sexe n'est pas un péché, voyons... au contraire ! Heureusement qu'on l'a. J'ai déjà un personnage mystérieux et arrogant comme ça... Tyler, Stélian, Tony... fallait changer lol ! Tu verras, Frédéric n'est pas gentil du tout. T'inquiète pas pour ton rêve... justement ce n'est qu'un rêve, lol... Merci pour le prix ! Je vais le mettre avec celui du sadisme extrême... merci pour ta review et à très bientôt !
Angel Earth : Beeen... José est un sacré emmerdeur, quand il s'y met... ça empirera au fil des chapitres ! Le problème, c'est qu'il trouve Loan très sexy et qu'en plus il lui résiste. Enfin, heureusement qu'Eric est là. Merci pour ta review, elle m'a fait très plaisir ! Bonne lecture et à bientôt.
Charlie Audern : Je n'en attendais pas moins de toi ! J'espère que ce chapitre ne te décevra pas, tu verras je le trouve un peu mou... je ne savais pas quoi choisir entre un flash back et un simple récit... en tout cas, félicitation pour l'édition de ton histoire ! Je suis très contente pour toi, et je trouve que c'est très mérité ! Merci encore et bonne lecture !
Abigaelle : Je suis hyper contente d'avoir éclairée ta journée, et horriblement désolée du retard ! Enfin, ainsi tu as eu le temps de te faire pleiiiiiins de scénarios... désolée... Les deux couples mis en place vont évoluer tranquillement, mais dans ce chapitre Eric et José sont totalement éclipsés. Merci beaucoup et à bientôt !
Snufff : merci beaucoup, et désolée pour le retard ! Bonne lecture et à très bientôt !
Pomy : Pas de soucis, c'est déjà très gentil à toi de m'en avoir laisser une ! Merci et à bientôt !
Sora : Tu vas avoir plus de détails en ce qui concerne Frédéric dans ce chapitre, j'espère que ça te plaira ! Merci et bonne lecture.
Mellu : Oui, je suis désolée du retard... les examens m'ont retardée... j'espère que ce nouveau chapitre sera à la hauteur de tes espérances, pour me faire pardonner il est un peu plus long que les précédents. En tout cas, merci de lire mon histoire, et bonne lecture !
Geisha2012 : Gomen gomen ! J'essayerais de ne pas être aussi longue la prochaine fois. Les choses avancent ici, et j'espère que ça te plaira ! A très bientôt et merci !
Lynshan : Merci, joyeux noel à toi aussi ! J'ai été longue pour ce chapitre, j'en suis désolée... bonne letcure quand même et à très bientôt !
MahOrO : Ah, moi aussi j'adore Lucas ! J'aime beaucoup les gamins mignons... c'est un peu une réplique de mon propre petit frère, en plus grand et moins enquiquineur... soupir de désespoir. Je suis contente que mon histoire te plaise, j'aime toujours avoir de nouvelles lectrices ! Merci beaucoup et à bientôt !
Lectrice-fantôme : Ben... si j'ai trop mal aux fesses, je pourrais plus m'asseoir, et donc plus écrire...attention... désolée du retard, vraiment. J'espère que tu me pardonneras avec ce chapitre ! Ne t'inquiète pas, je n'abandonnerai pas cette histoire... Bonne lecture et à très bientôt !
Chibi Ayashi : Les examens m'ont retardée, je suis terriblement désolée... j'espère que ce chapitre te fera oublier l'attente... merci de lire mon histoire, et à très bientôt !
Chapitre 22 : La zone et le Klub
- Hé fais gaffe !
Surchargé de paquets, Tyler rattrapa comme il put Loan qui venait de perdre l'équilibre sur du verglas.
- Désolé... souffla Loan, appuyé contre le leader.
- Tu devrais tomber plus souvent comme ça...
Loan se redressa, se mit face à Tyler et vint brièvement enfouir son visage dans son cou pour respirer son odeur. Tyler sourit doucement et appuya sa joue contre les cheveux soyeux, appréciant le petit câlin avant d'aller affronter la famille. Loan se recula, lui fit un petit bisou rapide et reprit sa route vers la maison familiale. Le bassiste le suivit sans broncher. Bientôt la chaleur acceuillante de la maison vint les réconforter et chasser le froid dans leurs membres. Mais le visage de Loan s'était encore assombri, à tel point que Tyler se pencha dans son cou en enlevant ses chaussures.
- Ecoute, je comprends que ça te plaise pas, mais fais un effort, tout le va monde va voir que tu tires la tronche là. Ils sont pas si terribles que ça...
- Tu ne les connais pas, interrompit Loan, un peu agacé. De toute façon, ce n'est pas le problème... je viens de me rendre compte que je n'ai pas fait de cadeau à ma grand mère, je ne savais pas qu'elle viendrait...
- C'est si grave ?
- Si je ne déclenche pas la troisième guerre mondiale, c'est qu'elle est malade, marmonna Loan.
Le pianiste laissa échapper un lourd soupir avant d'achever d'enlever son manteau, de reprendre les paquets et de se diriger vers le salon. On l'acceuillit gentiment et Loan remarqua avec contrariété que son frère lui avait réservé une place mine de rien sur le canapé. Tyler commença à se diriger vers une des chaises, mais Loan rusa en lui bloquant le passage sans faire exprès pour que le bassiste soit obligé de passer de l'autre côté de la table basse. Et normalement...
- Asseyez-vous à côté de moi, mon cher enfant, proposa avec douceur la grand-mère. Voilà, mettez-vous entre Frédéric et moi, nous allons papoter un peu. Les amis de mon petit fils m'intéressent, il m'en présente si peu...
" A la guerre, comme à la guerre... " sourit Loan en s'asseyant sur la chaise.
Il eut quelques remords en voyant que Tyler ne se rendait compte de rien, mais être coincé entre sa grand mère et son frère, c'était mauvais pour sa santé. Le pianiste suivit distraitement la discussion d'une oreille, tandis qu'il déposait les cadeaux au pied du sapin très mal décoré par son père.
- Je suis désolée de vous monopoliser, soupira Catherine avec un petit sourire qui sous entendait que c'était normal de toute façon. Mais vous comprenez, la compagnie des autres me fait cruellement défaut depuis que mon pauvre Claude est mort... parfois, je me dis que c'est de ma faute...
- Allons, maman, on en a déjà parlé, la gronda doucement Claire avec un rien d'exaspération dans la voix.
- Ne réprimande pas un coeur blessé, ma chérie...
Loan vit du coin de l'oeil son père lever les yeux au ciel discrètement. Le pianiste sourit, lui et son père avaient toujours été très proches au niveau du caractère. Mais son sourire s'évanouit en croisant le regard de son frère. Il comprit immédiatemment qu'il allait essayer d'engager la conversation...
- Et si nous passions à table ? proposa Claire. Ne mangeons pas trop tard...
Tout le monde approuva. Loan attrapa Lucas qui commençait à s'agiter sérieusement et le calla tout de suite sur sa chaise. Se faisant, il espérait à moitié pouvoir attendre que Frédéric se place pour ne pas être à côté de lui, mais le grand frère prenait tout son temps sur le canapé. Rageur, Loan comprit qu'il adoptait la même technique que lui et alla s'asseoir avec mauvaise humeur près de Tyler qui venait de s'installer. Au moins ça ferait un peu d'équilibre... Dès qu'il fut assis, Frédéric se leva pour venir s'installer à côté de lui, le plus naturellement du monde. Loan se souvint de la période où il culpabilisait et cherchait sans cesse à se rapprocher de lui, pitoyablement... Eh bien il préférait presque cette époque. Maintenant Frédéric considérait naturellement qu'il avait à faire à une petit frère borné et qu'il était tout naturel de lui faire comprendre qu'il fallait renouer les contacts. Pire, il se croyait investi d'une mission...
Loan sortit de ses sombres pensées en sentant Tyler se crisper à côté de lui. Surpris, le pianiste suivit son regard figé et vit le plat de saumon apporté par sa mère.
- Je déteste ce truc de merde... siffla Tyler en se penchant un peu vers lui.
- Le saumon ? s'étonna Loan. Je ne savais pas...
- Ca me fait gerber...
- Espèce de délicat, s'amusa Loan.
Tyler lui attrapa la main et la lui broya.
- Tu n'es pas obligé d'en prendre, ma mère ne se vèxera pas... murmura Loan après s'être assuré qu'aucun os n'était cassé.
- Elle va mal le prendre, c'est pas poli...
Loan se retint d'éclater de rire : décidemment, Tyler se ramolissait beaucoup à son contact.
- Tyler, du saumon mon chéri ?
- Oh euh... ouais... enfin, oui...
- Passe-lui le citron, Camille..
- Maman, tu t'évertues à l'appeler Camille ? s'étonna Frédéric en attrapant les citrons avant que Loan ait pu tendre le bras. Tu sais bien qu'il n'aime pas ça...
- Heureusement, ça ne te regarde pas, siffla Loan.
Hélas la moitié de la table entendit sa réplique, et un silence un peu tendu s'installa. Tyler avait la désagréable impression d'être un élément en trop dans un tableau. Apparemment, un lourd secret se cachait entre les deux frères, et le seul à ne pas être au courant ici était lui...
- Loan... murmura le père.
- Je pensais que tu aurais grandi, depuis le temps, répondit froidement Frédéric sans le regarder.
- Ne t'inquiète pas, j'ai grandi. Si tu te souviens bien, c'est même grâce à toi que je suis entré dans le monde des grands à treize ans.
- Je n'y étais pour rien, Loan. Arrête de rejeter la faute sur moi parce que tu ne te sens pas assez fort pour l'assumer.
Une seconde plus tard, la fourchette de Loan se figea dans le bois de la table à travers la manche de Frédéric, à quelques centimètres de sa main. Tyler amorça un geste pour calmer le pianiste -il savait quels dégâts pouvait causer un Loan en colère- mais se ravisa en sentant la main de Claire se poser sur son épaule. Elle avait le regard fixé sur ses deux fils, les traits tristes. Catherine les observait aussi, une expression dramatique sur le visage et une main posée sur son coeur.
- Qu'est-ce que tu es en train de prétendre, là ? murmura Loan, les yeux verts brillants de fureur contenue. Que tout était de ma faute ? Tu veux vraiment que je te rappelle les détails, mon cher frère ?
- Loan... commença Frédéric avec un air fatigué sur le visage.
- Arrête de me faire passer pour le méchant de l'histoire ! cria brusquement le pianiste. Arrête ou je t'enfonce cette fourchette dans la gorge !!
- Camille, voyons ! Une telle scène le soir de Noel, que dirait mon pauvre Claude... soupira Catherine.
Loan ne répondit pas et arracha sa fourchette de la table pour continuer à manger, l'air rageur. Un silence tendu et horriblement lourd pesait sur la table, interrompu parfois par le bruit des couverts et les reniflements de Lucas. Tyler aurait presque souhaité entendre la grand mère se plaindre, pour une fois. Joyeux Noel... Sans vraiment comprendre pourquoi, l'expression du visage de Frédéric l'énervait. Il semblait dire à la table " Qu'est-ce que vous voulez, il ne changera jamais... pourtant j'essaye de le ramener à la raison..." Et sans connaître les détails, Tyler se sentait énervé de son attitude. Ce n'était pas le cas de la famille qui échangeait des regards désolés avec le grand frère, prenant bien garde à ce que Loan ne le voit pas.
Brusquement, le pianiste repoussa sa chaise et quitta la table sans que personne ne tente de le retenir. L'instant d'après, la porte d'entrée claqua. Le bassiste se leva à son tour.
- Désolé, je vais le voir, s'excusa-t-il.
- Ne te fatigue pas, chéri, murmura Claire, les larmes aux yeux. Quand il est énervé, il vaut mieux le laisser seul...
- Je pense pas que c'est un bon truc de le laisser seul, justement, marmonna Tyler. Là je pense qu'il a besoin de causer.
Sans attendre de réponse, Tyler quitta la table. Il croisa brièvement le regard de Pascal et fut soulagé d'y voir une lueur de reconnaissance. Tyler se dirigea vers le sapin et récupéra son cadeau et celui de Loan, puis ébouriffa les cheveux de Lucas en repassant. Le bassiste se força à ne pas faire demi-tour lorsque la grand mère murmura une remarque douce sur son vocabulaire négligé, attrapa le manteau et l'écharpe de Loan dans l'entrée et sortit à son tour. De toute façon, il n'avait vraiment pas envie de passer un Noel comme ça. La famille de Loan ne lui plaisait pas. Tout n'était que suspiçion et remarques doucereuses...
Au bout de quelques secondes de marche, il distingua une silhouette un peu plus loin devant lui. Il accéléra le pas et reconnut avec soulagement le dos de Loan. Heureusement que la rue n'avait pas de petites ruelles, il aurait pu aller n'importe où, sinon...
- Hé Loan !
Le pianiste devant lui ne répondit pas. Tyler eut même l'impression qu'il marchait plus vite. Le bassiste fronça les sourcils et se mit à courir pour rattraper son amoureux.
- Tu pourrais répondre ! Tiens, ton manteau, va pas chopper la crève...
- J'ai tout gâché, comme d'habitude, murmura Loan.
Tyler se pencha en avant pour mieux voir son visage et ne vit aucune larme. Seulement un regard qu'il détestait, profondément malheureux.
- Je fais tout à chaque fois pour leur prouver que c'est lui qui a tort, mais il arrive toujours à faire en sorte que je pète un câble, soupira le pianiste, ses yeux verts assombris. Au final je passe pour un gamin irritable et têtu, et lui pour un gentil grand frère patient qui subit courageusement les crises de son frangin...
Tyler ne répondit rien et attira Loan dans ses bras en le voyant frissonner. Il ne lui dirait pas, mais c'était exactement l'impression qu'il avait donné ce soir. Même si, en son for intérieur, il avait plutôt tendance à prendre le parti de son amoureux. Après tout, il connaissait mieux Loan que Frédéric. Le bassiste lissa les mèches blondes en arrière et serra un peu plus le corps tremblant contre lui. Il voulait le réchauffer, lui faire comprendre qu'il n'était pas seul et que quelqu'un le comprenait... ou du moins essayait.
- Pourquoi tu m'en parles pas ? chuchota Tyler.
- Pas le soir de Noel... j'ai déjà gâché ta soirée, je n'ai pas envie de te faire un conte de Noel déprimant...
Tyler ne sourit pas à la tentative d'humour de Loan. Il sentait la voix enrouée et compressée... le pianiste semblait fatigué, en colère contre sa famille et contre lui.
- Je suis vraiment un abruti, soupira Loan en se détachant de Tyler et en prenant son manteau. Je le savais, aussi. Ma grand mère plus mon frère... je savais que je n'arriverais pas à tenir le coup et que je m'énerverais.
Tyler ne répondit rien. Il sentait bien l'amerturme de son pianiste et la comprenait parfaitement. En se laissant aller à la colère, il avait lui-même donné raison à son frère. Le bassiste détestait ce visage renfermé et triste, et il n'allait pas laisser leur premier Noel en amoureux se terminer comme ça. Tyler noua l'écharpe autour du cou de Loan et garda l'extrémité dans la main pour le tirer.
- Allez on y va.
- Hein ?
- On se casse, je connais un endroit génial.
- Mais... mais non ! Je vais retourner à la maison et m'excuser... ça ne se fait pas...
- Rien à foutre, t'as pas envie ça se sent. Je veux pas que tu te forces à faire un truc désagréable le soir de Noel. Et puis j'ai l'impression que c'est pas à toi de t'excuser...
Loan écarquilla les yeux et se laissa entraîner sans plus protester. Il jeta un regard en arrière, un peu coupable. Ca allait être le premier Noel qu'il ne passerait pas avec sa famille... c'était le scandale assuré. Ca ne se faisait pas, ils allaient passer un mauvais Noel... le pianiste se retourna vers Tyler pour l'arrêter de nouveau, et au moment même où il ouvrait la bouche le bassiste se mit face à lui et marcha à reculons, plantant son regard brûlant dans ses yeux, un léger sourire aux lèvres. Loan sentit une bouffée d'excitation monter en songeant à leur expédition aventureuse... l'espace d'un instant, il perçut l'influence de Tyler sur lui. Faire ce qu'il voulait, où il voulait quand il voulait, en se foutant des conséquences... c'était un peu la vie qu'il n'avait jamais eue et à laquelle il rêvait.
Le pianiste se sentit plus léger comme il envoyait balader loin de son esprit ses doutes, ses remords et ses contrariétés, et laissa le leader de son coeur tirer l'écharpe. Il contempla rêveusement le sourire de triomphe que Tyer afficha en sentant la résistance s'effacer complètement, et la seconde d'après tout deux marchaient côte à côte dans la nuit, quelques flocons leur tombant sur les épaules et le froid n'atteignant en aucun cas leurs coeurs liés.
Loan plongea sa main droite gelée dans la poche de la veste de Tyler, contre sa paume chaude. Le bassiste sursauta et grogna.
- Dis, t'as des poches aussi.
- Oui mais elles sont froides... et toi t'es tout chaud, conclut Loan d'un ton dégagé.
Tyler ne répondit rien, mais referma sa main sur les doigts froids du pianiste. Loan pouffa de rire.
- Quoi encore ? marmonna Tyler.
- C'est très romantique !
- Hein ??
Loan le regarda avec des yeux brillants de joie et de malice.
- Tu viens d'enlever la princesse de son donjon et tu l'as arrachée à son terrible destin et sa famille cruelle...
- T'es pas assez délicat pour être une princesse, se moqua Tyler avec un sourire narquois. Aie ! Me tord pas les doigts c'est vrai quoi !
- T'es méchant !
- Je connais pas beaucoup de princesses qui défoncent leurs princes charmants à coups de poings dans la gueule... lâcha Tyler, l'air de rien.
- Et je ne connais pas beaucoup de princes charmants qui tentent de casser les doigts de leurs princesses avec un piano... répliqua Loan sur le même ton.
- Bon, ben tu vois je suis autant un prince que toi une princesse.
Loan sourit doucement. C'est vrai que leurs premières rencontres avaient été loin d'être romantiques...
- Tu te souviens qu'on se frappait dessus presque tous les jours ? demanda le pianiste, les yeux tournés vers le ciel.
- Ouais... tu le méritais, aussi...
- Tu peux parler.
Tyler s'arrêta et attira Loan dans ses bras, encerclant sa taille et le serrant doucement contre lui.
- En quel honneur ? murmura le pianiste en se laissant fondre dans les bras chauds.
- Aucun... j'avais envie.
- Je ne suis pas un doudou... rigola gentimment Loan.
- T'as raté ta vocation ! répliqua le bassiste en le détachant de lui. En tout cas, t'es super confortable, mais si on se bouge pas les fesses on va se changer en stalactites.
- Stalagmites.
- Hein ?
- Pas en stalactites, en stalagmites.
- N'importe quoi !
Les deux amoureux continuèrent à parler de choses complètement insignifiantes, le coeur en paix. Tout en marchant, Loan commença à songer sérieusement à habiter avec Tyler. Sa famille ne l'insupportait pas... au contraire, il l'aimait énormément. Mais il sentait qu'il avait besoin d'air. Trop d'obligations pesaient sur lui, à la maison. Enfin, de toute manière il n'oserait jamais proposer une chose pareille à Tyler. Son appartement pourrait les abriter tous les deux, mais ils seraient quand même serrés... et puis il ne voulait pas l'envahir.
- Tiens, c'est là.
Loan leva un regard surpris vers un petit pub qui se dressait devant eux. Les portes étaient en bois, encadrées de grands et beaux miroirs dont les bords étaient dorés à la feuille d'or. Du houx et du gui hornaient les montants, apportant une ambiance de Noel d'antan. En s'approchant, Loan sourit tandis qu'une odeur de pain d'épice et de lait chaud filtrait à travers la porte. De vieilles lanternes surmontaient l'armature en bois, projetant une lueur d'or sombre qui se reflétait sur le bois lustré.
- Tu m'as emmené dans la maison du Père Noel ? s'amusa Loan, charmé par l'endroit.
- Presque... C'est un bar privé, expliqua Tyler. J'y viens pas souvent, mais tu vas voir, c'est vraiment sympa.
Le bassiste appuya sur un bouton à côté de la porte, et une petite fenêtre s'ouvrit pour laisser place au visage du Père Noel. Celui-ci s'éclaira en reconnaissant son visiteur.
- Tyler ! Ca faisait un bail... Ca va commence pas à chercher ta carte ! Deux minutes, je t'ouvre.
La petite fenêtre se ferma et l'instant d'après la porte s'ouvrit lourdement, sans un grincement. En fait de Père Noel, le propriétaire du bar déguisé les acceuillit avec un grand sourire chaleureux.
- Entrez où vous allez attraper la mort et ça sera de ma faute. Qui est ce bonhomme ?
- Un ami, répondit Tyler.
- Je lui fais une carte, alors.
Le Père Noel s'éloigna et Loan regarda autour de lui avec curiosité. L'endroit était très acceuillant : de petites tables rondes en bois étaient recouvertes de fausse neige. Autour s'organisaient de petits sièges de toute taille et de toute forme, des poufs ou des gros coussins. La pièce possédait de nombreux recoins plongés dans l'ombre, pour ceux qui souhaiteraient s'isoler. Peu de gens étaient installés, mais le son de leurs discussions formait un agréable bourdonnement reposant, mêlé à une douce musique au rythme lent. Tous les clients semblaient détendus et souriaient. Une odeur un peu lourde stagnait dans les airs, engourdissante et relaxante. Loan ferma les yeux avec un tranquille sourire, enchanté. Tyler se pencha à son oreille.
- Comme c'est un bar privé, ils font faire des cartes de membre et faut payer une côtisation. Personne peut rentrer ici sans une carte, donc un nouveau doit être accompagné par un client. Comme ça c'est les clients eux-même qui font la sélection de la clientèle. C'est pour ça que y a pas de râclures, ici...
Loan hocha la tête, il comprenait très bien le système.
- Voilà bonhomme ! sourit le propriétaire en lui tendant une carte très simple.
Loan observa le petit carton plastifié et lut le nom du bar : la zone 51. C'était assez mal accordé à l'endroit... mais qu'importe.
- Viens, on va s'asseoir.
Le pianiste se laissa guider parmis les sièges et ils s'assirent bientôt dans un coin reculé à l'abri des regards, plongé dans la pénombre. Quelques secondes plus tard, Tyler alluma une petite lanterne en fer forgé au-dessus d'eux ainsi que quelques bougies nichées dans le mur. Loan, incapable de se défaire de son sourire, s'assit dans un gros pouf en patchwork très coloré, et Tyler se mit en face de lui dans un fauteuil confortable en velours sombre.
- Ca te plait ? s'inquiéta Tyler.
- C'est parfait, murmura Loan en se rappelant qu'une demi heure plus tôt il menaçait son frère de mort. J'ai l'impression d'être dans un autre monde et d'oublier ma vie d'avant...
- L'oublie pas trop non plus.
Loan soutint le regard sombre posé sur lui. Il soupira doucement. Si Tyler voulait vraiment entendre son passé, il lui raconterait. Après tout, le bassiste l'avait fait avant lui. Il trouvait juste dommage de gâcher uu aussi beau jour que celui de Noel...
- Qu'est-ce que ça sera, les jeunes ? demanda le Père Noel en s'approchant de la table.
- Moi je vais prendre de la morretum, commanda Tyler sans quitter Loan des yeux.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda le pianiste.
- Un alcool fait maison, jeune homme, expliqua le Père Noel en souriant. Dans un bar privé, on n'a pas le droit de vendre des alcools de grande surface, tout doit être personnel.
- Je préfèrerais quelque chose de non alcoolisé.
- Alors je te conseille notre chocolat chaud maison !
- C'est parti, approuva Loan, conquis par la bonne humeur du propriétaire.
- Tu pourrais nous apporter aussi deux parts de gâteaux ? ajouta Tyler. On a le ventre un peu creux.
- Ca roule !
Loan se laissa aller dans son pouf et observa en souriant les petits traineaux, les rênes et les lutins qui constellaient le plafond.
- Loan, j'aimerais vraiment que tu me racontes ce qui s'est passé. Je peux pas te soutenir si je sais rien...
- Tu n'as pas besoin de me soutenir, tout ça c'est entre mon frère et moi.
- Moi je pense que des fois t'aurais bien besoin d'une personne de ton côté...
Loan ne répondit pas, le regard toujours fixé sur le plafond. Un lourd soupir s'échappa de ses lèvres et il murmura :
- Ne t'attends pas à un mélodrame. Dans l'histoire, j'ai été très idiot, ça je le sais. Mais idiot ou pas, j'aurais voulu que mon frère prenne ma défense.
Tyler ne répondit rien, pressentant que le pianiste était enfin lancé et qu'il ne fallait pas le couper. Le Père Noel dut aussi sentir l'ambiance, car Loan le remarqua à peine lorsqu'il vint déposer la commande. Le pianiste tourna doucement sa cuillère dans son chocolat chaud épais et mousseux, se replongeant dans des souvenirs qu'il préfèrerait oublier.
- Je t'ai dit qu'on avait habité une cité, quand j'étais jeune, commença Loan.
Tyler hocha doucement la tête.
- Eh bien justement, j'étais trop jeune pour comprendre ce qu'était réellement une cité. J'avais à l'époque onze ans, Frédéric en avait dix-huit. Lucas n'était pas encore né, ma mère en était enceinte. J'allais à l'école primaire de mon quartier, Frédéric terminait ses années d'études au lycée qui était proche.
L'ambiance de la zone formait comme une bulle autour d'eux. Plongés dans une musique envoûtante et une odeur entêtante, les deux amoureux se sentaient coupés du monde et du temps.
- Dans mon école, il y avait une petite bande d'idiots qui terrorisait tout le monde, poursuivit Loan en soufflant sur son chocolat. Le chef de ce groupe était le petit frère d'un homme beaucoup plus dangereux, qui sévissait dans un autre quartier de la ville. Un jour j'ai eu une meilleure note que le petit frère, et celui-ci ne l'a pas supporté. A partir de là je suis devenu son souffre douleur.
- Pour une simple note ? s'étonna Tyler.
- Eh oui, soupira Loan. Enfin, il me semble qu'il y avait une histoire derrière ça... il avait du se vanter d'avoir la meilleure note pour ce contrôle-là, ou autre chose... je t'avoue que je ne m'en souciais pas.
- Donc tu te faisais taper dessuss.
- Au début, oui. J'ai fini par apprendre à me défendre par la suite, donc je n'étais plus victime que de ses insultes, expliqua Loan, les yeux vagues. Je n'y prêtais pas particulièrement attention... jusqu'au jour où il a insulté ma famille et fait courir une certaine rumeur sur ma mère.
Tyler ne dit rien, il avait compris depuis longtemps que la famille du pianiste était un sujet sensible. A ce moment, Loan esquissa un sourire amusé.
- C'est là que j'ai agi sottement... en fait avec le recul, c'est plutôt drôle. Pendant un cours de sport, j'ai fait en sorte qu'il soit juste devant moi dans la file et j'ai attendu que se soit à lui de courir. Au moment où il partait, je lui ai baissé son short et son slip, il s'est pris les pieds dedans et s'est étalé dans la poussière, cul nu.
Tyler ne put empêcher un bref éclat de rire, imaginant parfaitement la scène. Un grand sourire aux lèvres, il osberva avec des yeux brillants d'amusement Loan qui se retenait aussi de rire.
- Je sais pas pourquoi mais je trouve que ça te ressemble bien...
- Je vais prendre ça comme un compliment, sourit Loan en buvant tranquillement son chocolat. La suite est moins drôle, en tout cas pour moi. Le gamin, mort de honte et furieux, est allé raconter l'histoire à son frère. Lequel a fait le déplacement avec quelques gars de son propre groupe pour venger l'honneur de son frère.
L'ambiance détendue s'évanouit aussitôt, et Tyler perdit immédiatement son sourire en imaginant sans peine quel genre de vengeance fut administré.
- Ils ont d'abord tagué l'appartement de mes parents, souffla Loan, le visage fermé et les yeux tristes. Puis ils m'ont tagué moi.
- Hein ?
- Ils m'ont entraîné un soir dans une ruelle, m'ont tabassé, déshabillé et tagué, murmura le pianiste. Je ne savais pas où j'étais, je ne pouvais pas rentrer. A l'époque je n'avais pas de portable, j'avais froid, peur et honte et je ne pouvais plus bouger à cause de la douleur. Au final, des policiers en patrouille m'ont retrouvé et ont pris soin de moi... je crois que sans leur douceur, je ne m'en serais pas sorti aussi bien.
Tyler ne parvint pas à sortir un seul mot. Même dans ses pires souvenirs, personne n'avait jamais été puni comme ça dans une cité, surtout pour une histoire aussi idiote. Il observa le visage sombre de Loan, et le pianiste ne rougissait pas ni ne pleurait. Tyler comprit qu'il avait tourné la page depuis longtemps... même si certaines blessures restaient.
- Et ton frère dans tout ça ? murmura Tyler.
- Il faisait parti de ceux qui m'ont fait ça.
- Quoi ?? Tu veux qu'il a...
- Oh non, il n'a pas participé... rectifia doucement Loan. Il a monté la garde à l'entrée de la ruelle en s'efforçant de ne pas m'entendre. Je crois que c'est lui qui a averti les policiers.
- Mais... il savait que c'était toi au moins ?
- Bien sûr. Il a essayé de m'expliquer ses raisons, quand je ne le menaçais pas de lui planter un fourchette dans la gorge, sourit Loan en tournant sa tasse entre ses doigts. Apparemment, il avait une dette envers le chef du gang, et s'il avait pris ma défense il aurait été obligé de faire appel aux parents pour rembourser ses bêtises. Il a dit qu'il m'avait sacrifié pour le bien de la famille... et que je devais apprendre à me débrouiller seul, après tout. Il pensait aussi que je devais assumer mes erreurs. Nos avis divergent sur ces points de vue là, acheva Loan en se laissant aller dans son siège, les yeux fermés. Tu sais tout.
Tyler approuva d'un hochement de la tête et amena pensivement à ses lèvres son verre de morretum. Loan n'était plus affecté par sa punition, il le sentait bien, mais sa rancoeur envers son frère restait vivace. Il pouvait comprendre ça. Bien sûr, baisser le pantalon du petit frère d'un homme dangereux était idiot... très idiot. Mais quelle que soit la bêtise, la famille restait la famille et les membres devaient se soutenir mutuellement. Frédéric avait perdu la confiance de Loan le jour où il avait choisi l'argent au lien de sang... la facilité au courage...
- Après ça, nous avons eu toute une cascade de problèmes qui nous ont forcé à déménager, compléta pensivement Loan. Notre quartier, plutôt tranquille d'ordinaire, est devenu un véritable enfer d'où personne n'osait montrer signe de vie. L'homme qui m'a tabassé s'était permis de venir dans un quartier qui ne lui appartenait pas et de régler ses comptes lui-même... une guerre ouverte a été déclarée entre la bande de mon quartier et la sienne. Ma mère et mon père n'en pouvaient plus et comptaient de toute façon déménager depuis un long moment, mon père ayant été muté.
- Et tes parents... ils savent ?
- Oui, à peu près... pas dans les détails, mais ils connaissent la version de Frédéric en tout cas.
- Toi tu leur as jamais raconté ? s'étonna Tyler.
- C'est un peu un sujet taboo... soupira Loan. De toute façon, rien qu'à l'idée de leur raconter, je me sens fatigué. Toi tu me crois sur parole je le sais, mais eux me poseront des questions, me demanderont si je ne me suis pas trompé quelque part, assureront que Frédéric s'en veut et gnagnagna... je n'ai pas envie.
- Je comprends, ouais...
Un nouveau silence s'installa, et la bulle se brisa. Ils entendirent de nouveau la musique, remarquèrent une nouvelle odeur de thé qui leur chatouillait les narines et reprirent conscience du décor enchanteur qui les entourait. Loan eut un sourire calme. Le passé ne l'étouffait plus. Il lui suffisait de comparer sa vie avec Tyler pour se sentir apaisé... maintenant, il était heureux. Restait quand même son fichu caractère qui en voulait encore à Frédéric...
- Aaaah je vais m'en prendre plein la tête... soupira Loan en songeant à sa famille.
- Tu regrettes ? Si tu veux, on peut...
- Non, je suis mieux ici, sourit le pianiste en s'enfonçant dans son pouf. De toute façon, je suis grand, il faut qu'ils se fassent à l'idée que je peux faire ce que je veux.
- Envoie-leur un texto pour leur dire où tu es, quand même... suggéra Tyler. Et après, éteinds ton portable.
Loan se débarassa de la corvée rapidement et éteignit en effet son portable sans trop de remords. Les deux adolescents se sourirent mutuellement et savourèrent leurs boissons dans un silence complice. Les gâteaux disparurent sans se faire prier et Loan renversa la tête en arrière, satisfait en sentant le pouf s'adapter à son corps. Il était content d'avoir parlé de ça à Tyler... il avait l'impression d'être un peu mieux compris. Et puis maintenant, ils étaient à égalité. Un nouveau lien venait d'achever de se nouer entre eux.
- Hé, ton cadeau.
- Comment ?
- Si t'as été sage cette année, t'as le droit à un cadeau, se moqua Tyler en lui balançant son paquet au nez. Joyeux Noel.
- Je n'avais pas vu que tu les avais pris, murmura Loan tandis que le bassiste ouvrait son propre cadeau.
- J'ai le sens des priorités, moi... les drames familiaux, ça m'atteint pas trop.
Loan sourit et le regarda déballer son cadeau. Les yeux de Tyler s'illuminèrent en voyant un médiator gravé à son nom et de la même couleur que sa basse.
- Suis sûr que c'est Mr Anthia qui l'a fait, hein ?
- Bien deviné, approuva Loan.
- Ouvre le tien, comme ça on se dira merci en même temps... souffla Tyler avec un sourire suggestif.
Loan leva les yeux au ciel et ouvrit son paquet, aussi petit que celui de Tyler. Il y découvrit une unique boucle d'oreille, longue et se terminant par une petite médaille. En regardant de plus près, Loan y vit une minuscule note de musique, qui ne pouvait être remarquée que par des yeux attentifs. Le pianiste sourit d'un air désolé en relevant les yeux vers Tyler.
- C'est très joli mais... je n'ai pas les oreilles percées...
- C'est la deuxième partie de ton cadeau... murmura Tyler, les yeux brûlants. Si tu veux, je te peux te piercer une oreille.
- Tu sais faire ça ? s'étonna Loan.
- Oui, j'ai appris il y a longtemps.
- Je... je ne sais pas... hésita le pianiste.
- De toute façon, si ça te plait pas, tu peux laisser le trou se reboucher.
- Ca doit faire mal, non ?
- Un peu... mais je te consolerai... chuchota Tyler avec un demi sourire.
Loan ne trouva rien à répondre et se laissa engloutir par les yeux noirs, dans lesquels les bougies projetaient des reflets d'or. Comme tout à l'heure, un sentiment de liberté monta en lui et il se sentit près à faire n'importe quoi pour les yeux qui le dévoraient.
- D'accord, répondit Loan sans plus hésiter.
Ils se remercièrent effectivement en même temps, par un sage bisou discret et tout ce qu'il y a de plus fleur bleue. Ca ne faisait pas de mal, de temps en temps...
La soirée fila rapidement, bercée dans les rires étouffés et les odeurs sucrées de Noel. Loan sourit en constatant que Tyler avait une oreille percée de trois trous... il n'y avait jamais fait attention. Le bassiste portait très discrètement trois anneaux d'argent, et le pianiste lui trouva encore plus de charme qu'avant.
- Viens on y va, annonça Tyler en se levant.
Loan approuva en voyant la soirée très avancée. Ici, le temps passait plus vite qu'ailleurs... Il se leva à son tour et adressa un sourire au patron qui leur apportait du pain d'épice à apporter chez eux.
- Vous partez les jeunes ? Faites attention sur la route et prenez ce pain d'épice, sinon ma douce moitié va m'envoyer le Père Fouettard...
- Le costume de Père Noel te va bien, Roger... le félicita Tyler en réglant la note, un léger sourire moqueur aux lèvres.
- Bah, ça c'est la persuasion féminine, répondit le patron avec un clin d'oeil. Vous savez comment sont les femmes...
- Oh oui, soupirèrent les deux amoureux de concert.
- Ca ne m'étonne pas de deux beaux jeunes hommes comme vous ! approuva le propriétaire avec un large sourire. Allez donc les rejoindre et protégez-vous !
Loan eut un petit sourire gêné tandis que Tyler rigolait doucement, l'aidant à mettre son manteau.
- Ne me confonds pas avec ta copine, murmura Loan.
- Ca risque pas, elle est plus sexy que toi...
Loan le pinça méchamment et sortit sans l'attendre dans la rue. Il respira doucement l'air glacial. La température de l'hiver lui faisait du bien après la chaleur du bar. Il avait l'impression de revenir dans le monde réel... Le pianiste ferma les yeux et leva le visage vers le ciel. Il se sentait bien, même sa soirée ratée avec sa famille n'assombrissait plus son moral. Les yeux toujours fermés, il sourit en sentant un étau doux l'encercler.
- A quoi tu penses ? demanda une voix grave à son oreille.
- A ma copine...
Loan sentit un sourire dans son cou et sursauta la seconde d'après lorsque le bassiste lui mordit l'oreille.
- Hé ça va pas !
- T'avise pas de regarder une meuf, toi... chuchota Tyler dans son cou avec un sourire dangereux.
Loan ne répondit rien et se dégagea de ses bras pour commencer à avancer vers son appartement. Tyler le rejoignit et lui attrapa la main, s'attirant un regard surpris du pianiste.
- Tiens, ça ne te dérange pas ?
- Ben... là y a pas de monde... peut-être pas en plein jour au milieu de la cité, mais ici je pense qu'on craint rien... hésita un peu le bassiste.
- Oui, c'est sûr qu'il va falloir être très discret, dans la cité... murmura Loan en baissant les yeux. Je suppose que ce n'est pas beaucoup accepté...
- Oh, comme partout en fait... faut juste avoir la force d'assumer. Regarde José, il est bi et tout le monde le sait... il en a bavé au début, mais au final il a forcé les gens à s'y faire et à le respecter...
- Je ne sais pas si j'aurai sa force.
- Faut dire que lui il s'assume un peu trop... marmonna Tyler. Allez arrête de te torturer l'esprit, viens on rentre.
Quelques minutes plus tard, l'appartement du bassiste reprenait vie. Loan sourit en retrouvant l'endroit qui devenait familier... Tyler était plus ordonné que lui et apparemment aimait la propreté... l'appartement était petit, mais bien organisé et maximisé. La seule chose que Loan n'aimait pas, c'était le manque de lumière. Pourtant il y avait deux grandes fenêtres, mais elles étaient fermées...
- Dis Tyler, pourquoi tu n'ouvres pas les fenêtres ? demanda Loan en enlevant son manteau.
- Oh, les gonds sont bloqués par la rouille, j'ai pas eu le temps de m'en occuper...
Loan se promit que lui, il l'aurait le temps. Le pianiste eut un sourire satisfait en s'affalant dans le canapé et laissa sa tête partir en arrière avec un gros soupir.
- Antoine aurait pas fait mieux, se moqua Tyler depuis la cuisine.
- Tais-toi, femme, et apporte-moi mon chocolat chaud immédiatemment, lança Loan d'une voix sèche.
Il sourit en entendant un vague grognement et ferma les yeux, complètement vidé. Il était épuisé après cette soirée... surtout mentalement, en fait. Heureusement que Tyler les avait sauvé, lui et son Noel. Loan sortit de ses pensées en voyant son présumé sauveur venir vers lui à grandes enjambées, les yeux étincelants, pour le plaquer la seconde d'après sur le canapé.
- Et mes pantoufles ? Mon journal ? demanda Loan sur le même ton que tout à l'heure mais avec un grand sourire aux lèvres.
- Tu vas t'en prendre une, chéri... murmura Tyler en esquissant lui aussi un sourire.
- J'espère que le dîner est prêt, vu que tu n'as que ça à faire de la joummmph...
Loan n'acheva jamais sa phrase, baillonné par un bassiste possessif. Il se laissa envahir et savoura passivement le baiser, les bras reposants sur le canapé et le corps détendu. Au final Tyler disparut aussi vite qu'il était venu et Loan resta sans bouger, la bouche entrouverte et les yeux fermés, presque dormant. Quelques minutes plus tard, l'odeur d'une tasse de chocolat chaud le sortit de sa léthargie et il consentit à se redresser. Du coin de l'oeil, Loan remarqua un autre paquet au pied du canapé, ramené par Tyler.
- Il est pour qui celui-là ? demanda-t-il en désignant le cadeau.
- Ben... c'était pour toi si jamais t'avais pas eu envie de te faire piercer... marmonna Tyler en buvant son chocolat.
Loan sourit discrètement, charmé. Il aimait beaucoup lorsque Tyler révélait un peu malgré lui son caractère si doux... c'était cette gentillesse cachée qui l'avait attiré. Décidé, Loan reposa sa tasse sur la table.
- Allez, on y va maintenant, comme ça c'est fait.
- Quoi ?
- Pierce-moi tout de suite, tant que j'ai le courage... sourit nerveusement le pianiste.
- Euh... si tu veux...
Tyler reposa sa tasse à son tour et partit dans sa chambre, pour revenir en quelques secondes avec une petite trousse qu'il posa aux pieds de Loan. Il s'agenouilla entre ses jambes et se redressa pour être à sa hauteur. Le bassiste prit le visage un peu hésitant entre ses mains et embrassa doucement les lèvres tout en dégageant les mèches derrière les oreilles du pianiste. Comme dans un accord muet, c'est lui qui choisirait quelle oreille serait piercée.
- T'inquiète pas, c'est hyper professionnel, murmura Tyler en se désinfectant les mains et en enfilant des gants de chirurgie.
Il désinfecta le lobe de l'oreille droite et y dessina un trou avec un stylo spécial, avant de déchirer l'emballage d'une aiguille stérilisée. Il avait fait ça suffisamment de fois pour être sûr de ne pas se rater mais... le faire à Loan, ça prenait un tout autre sens...
Tyler se plongea dans la contemplation du pianiste qui avait fermé les yeux et qui serrait entre ses doigts le tissu du canapé, réticent et pourtant en confiance. Il lui faisait confiance... à lui... Loan tourna un peu la tête de côté pour lui donner un accès plus facile, et Tyler resta la main en l'air, hésitant à son tour. Et s'il regrettait ? Peut-être que Loan avait accepté pour lui faire plaisir...
- Dépêche-toi Tyler... j'en ai envie.
Le bassiste sourit en entendant le murmure. Avait-il senti sa propre hésitation ? Qui sait... en tout cas, si Loan était décidé, alors il le suivrait.
Quelques secondes plus tard, Tyler chuchotait des mots de réconfort au creux d'une oreille rougie et piercée. Il y avait enfilé une boucle d'oreille hygiénique pour que le trou se cicatrise, et Loan ne porterait son cadeau que dans quelques mois. Le bassiste, un sourire doux et rare aux lèvres, serrait contre lui un Loan tremblant qui venait de trouver refuge dans son cou. Il sentait son souffle accéléré contre sa peau et ce moment de joie et de douleur mélangés fit plus d'effet à Tyler que tous leurs contacts précédents.
- Ca fait mal... siffla le pianiste contre lui, les dents serrées.
- Ca change en fonction des personnes... murmura Tyler. Ca te va bien...
Il attendit que l'adolescent contre lui se détende puis l'embrassa doucement dans le cou, resserrant sa prise autour de lui progressivement. Il sentit un sourire se dessiner contre sa peau et sursauta lorsqu'une main effleura doucement son pantalon.
- Ca t'a fait de l'effet, dis-moi... pouffa Loan, amusé.
- Faut croire...
- Ca te plait tant que ça de me faire mal ? Je ne te pensais pas comme ça...
- Mais... mais pas du tout ! C'est pas de te faire mal qui m'a plut, c'est juste que t'avais confiance, et puis que je...
A son tour, Loan baîllonna son leader efficacement et peu à peu se laissa descendre du canapé jusqu'à arriver à califourchon sur les cuisses de Tyler. Il étouffa entre ses lèvres le gémissement du bassiste à son premier coup de reins et continua à bouger doucement sur l'érection. Presque par réflexe, Tyler agrippa les hanches et fit doucement descendre ses mains sur les fesses, les caressant à travers le tissu. Loan cessa ses mouvements et se recula un peu pour le voir en face. Tyler lui sourit en le sentant un peu désorienté, bien sûr il était pas près à aller plus loin. Lui non plus, et puis il avait pas de capotes. Mais ça coûtait rien de s'habituer un peu...
- Ne... ne va pas trop vite... murmura Loan, les yeux brillants.
Tyler ne répondit pas et se contenta de l'attirer à lui pour l'embrasser gentimment, l'invitant de l'autre main à reprendre ses mouvements. Une fois calmé, Loan reprit ses mouvements du bassin et ne protesta plus lorsque deux mains revinrent caresser ses fesses à travers son jean. Tentant l'expérience, le bassiste agrippa plus fermement les deux fesses rondes dans ses mains et sourit en sentant son pianiste frissonner et chercher à accentuer le contact. Il sursauta à peine lorsque des mains froides virent déboutonner son jean et l'une d'entre elles s'y glissa sans aucune gêne.
L'imitant, il déboutonna lui aussi le pantalon de Loan mais ne laissa qu'une main caresser l'entrejambe, l'autre allant reprendre son poste sur les fesses. Haletant, Tyler étouffa un gémissement de Loan entre ses lèvres et accentua encore la pression entre eux. Sentant la jouissance proche, le bassiste profita de l'entrain de Loan pour descendre sa deuxième main, restant au-dessus du boxer pour ne pas l'affoler, et imisça ses doigts entre les fesses rebondies. Il se sentit décoller lorsque l'entrée vierge se laissa deviner sous le tissu, et Loan se cambra en enfermant en lui les doigts curieux de Tyler.
Quelques secondes plus tard, les deux amoureux se laissèrent aller l'un contre l'autre, épuisés.
- Ca a été un bon Noel... murmura Tyler, un sourire sur les lèvres.
- Oui, mais ça fait quand même mal...
Loan grogna légèrement lorsqu'un rayon de soleil vint l'aveugler, et il se bouina un peu plus dans les bras chauds de sa bouillote personnelle. Cette nuit complète de sommeil l'avait requinqué, et aujourd'hui il allait avoir besoin de forces... On était le 25 décembre, et dans six jours aurait lieu leur premier concert... tout préparer allait lui demander beaucoup, beaucoup de volonté...
- Tyler...
- mouais...
- Tyler !
- Ouais !
- Il faut qu'on se lève...
- ...
- Aieuh...
- Quoi ? marmonna Tyler.
- Je me suis appuyé sur mon oreille... ronchonna Loan avec une moue capricieuse.
- Pauv' petit.
- Ca fait maaaal...
- Tu veux un truc pour calmer la douleur ?
- Oui, un câlin, chuchota Loan avec un sourire narquois.
Le pianiste se sentit comblé lorsqu'un petit rire grave fit résonner le torse sur lequel il s'appuyait, et les bras l'enfermèrent dans un cocon de chaleur plus efficace que la couverture. Les deux amoureux soupirèrent de concert, chacun au comble de la satisfaction.
- On va avoir du boulot, aujourd'hui, déclara Tyler.
- C'est sûr... d'ailleurs, il ne faudrait pas trop tarder à se lever, on va être en retard.
- Mmmm...
Tyler bougea et dégagea Loan de ses bras pour venir poser la tête sur son ventre. Le regard fixé sur le plafond fissuré, le pianiste caressa doucement les cheveux longs du bassiste.
- On doit s'occuper de la déco aussi ? demanda Tyler d'une voix pâteuse.
- Normalement non... mais je pense que ça serait bien d'y jeter un coup d'oeil, histoire que ça ne soit pas en complet décalage avec nous... moi ce qui m'inquiète, c'est les affiches.
- On verra sur place... je crois que José se démerde pas trop mal pour les dessins...
- Il va falloir tout déménager de notre caserne, aussi... soupira Loan. Les enceintes... oh la batterie aussi... on va bien rigoler.
- T'inquiète pas... José a le permis... tu vas voir, ça va être super.
- Je stresse un peu... beaucoup de choses dépendent de notre succès.
Tyler se redressa et força Loan à faire de même.
- Arrête de t'inquiéter, je te dis ! le gronda le bassiste en le poussant vers la salle de bains. Va prendre ta douche et arrête d'y penser, on décolle dès qu'on est prêts !
Le pianiste se laissa convaincre facilement et alla prendre la douche pour la première fois chez Tyler. D'habitude, il n'aimait pas trop prendre la douche chez d'autres gens, mais ici ça ne le dérangeait pas... peut-être s'était-il trop aproprié cet appartement... il devait faire attention, sinon ça serait dur de les quitter, lui et son locataire. Bientôt, l'eau chaude coula et Loan laissa son esprit vagabonder vers sa famille. Sa mère n'avait pas répondu à son texto... en même temps, les portables ce n'était pas trop son truc, donc elle ne répondait jamais. Mais elle n'avait pas cherché à l'appeler non plus... il redoutait un peu la confrontation avec sa famille et avec son frère. Il n'avait pas envie de lui pardonner tant qu'il n'aurait pas reconnu en face de tous ses torts, et il s'avait qu'il ne le ferait pas.
Il savait aussi que sa mère et sa grand-mère le pousseraient à s'excuser, et il n'avait pas envie... Loan souffla sous la douche et lissa ses cheveux en arrière. Soudainement, il se tourna instinctivement vers la porte et sursauta en y voyant Tyler, accoudé dans l'embrasure. Loan écarquilla les yeux en voyant son air lubrique et chercha aussitôt à se cacher.
- Mais... mais attends, tu...
- Quoi, je vérifie la marchandise, annonça simplement Tyler avec un sourire un peu pervers.
- C'est du voyeurisme !
- Ouais un peu. Enfin je matterai pas un thon, alors tu peux te sentir flatté...
- Sors de là de suite, obsédé ! s'écria Loan, tellement rouge que Tyler éclata de rire.
- Hé, on est ensemble alors c'est normal...
- Mais pas tout de suite ! Et pas comme ça !
- N'importe quoi, soupira Tyler en secouant la tête avec un sourire navré. Allez, fais-moi une place je vais prendre ma douche aussi.
- Hein ??
- Ah merde, téléphone... je crois que c'est le tien, sors de là ! s'écria Tyler en courant vers la salle à manger.
Loan soupira, un peu soulagé d'avoir une opportunité de fuir. Leur couple était étrange. En fonction de la situation et de leur humeur, tour à tour Tyler ou Loan pouvait être plus assuré en ce qui concernait le sexe. Ca ne le dérangeait pas vraiment... mais le bassiste était vraiment impudique. Loan s'enroula dans une serviette, les joues encore rouges et en quelques secondes, Tyler revint en courant avec son portable à la main.
- J'ai décroché, chuchota Tyler. Prends vite c'est ton père.
Le coeur de Loan se serra et il colla le portable sur son oreille.
- Allô papa ?
- Loan, ça va ?
- Oui oui... vous avez reçu mon texto ?
- Oui, merci de nous avoir averti... tu es toujours avec Tyler ?
- Euh... oui je suis chez lui... on va partir voir le groupe...
- D'accord. Ecoute... pour le moment, on héberge Catherine et Frédéric... alors si tu veux rester chez Tyler et que ça ne le dérange pas, je comprendrai...
Loan lança un regard interrogatif au bassiste qui lui répondit avec un baiser sur le front.
- Alors je vais faire ça, sourit Loan. Merci papa.
- Je t'en prie fiston. Pour hier soir...
- Je sais, j'ai eu tort... mais...
Loan s'interrompit brusquement lorsque Tyler passa ses mains sur la serviette, et il se laissa sécher tranquillement.
- ... mais vous ne savez pas tout... et...
- Loan, il faut que tu nous en parles, aussi... pour te parler franchement, agir comme ça contre ton frère... tu as peut-être tes raisons, mais en plus partir aussi précipitemment, ce n'est pas très réfléchi... si on ne se parle pas, on n'arrivera à rien...
- Je sais. Mais parfois, j'ai une sorte de ras-le-bol général, et je ne réfléchis plus trop à ce que je fais.
- Je comprends, fiston. On en rediscutera. Passe un peu à la maison, si tu veux. Je dois te laisser, je vais travailler.
- D'accord, embrasse maman et Lucas.
- Passe le bonjour à Tyler, et prends soin de toi...
Loan soupira en raccrochant. Il s'attendait à quelques reproches, et encore, son père était compréhensif...
- Te prends pas la tête avec ça maintenant, lui murmura Tyler. Aujourd'hui concentre-toi sur le concert. Si tu penses à deux trucs en même temps, tu feras rien de bien.
Loan hocha la tête et chassa de son esprit sa famille, se concentrant sur ses amis. Une heure plus tard, les deux adolescents frais et dispos quittèrent l'appartement et se rendirent à la caserne où les attendait le groupe... un peu sur les nerfs. Lorsque Tyler et Loan entrèrent dans la vieille caserne, ils crurent d'abord qu'un cyclone avait décidé de ne s'abattre qu'ici, avant que Clarence n'entre dans leur champ de vision.
- Putain vous étiez où !! On vous attend depuis une demi-heure !! L'enceinte d'Antoine est morte, j'ai cassé une de mes baguettes hier c'est à cause de son con de camion je vous raconterai ça, le micro on sait pas s'il sera adaptable au pub du cousin d'Eric, et d'ailleurs on sait pas où est le pub, mais bordel où est passé Eric ?! Et puis José et ses cons d'amis qu'on en a rien à foutre et qui font que nous emmer...
- Eric n'est pas encore arrivé ? coupa Loan, sentant venir toutes les insultes de la langue françaises dans le monologue de Clarence.
- Non, répondit Sarah en un éclair en passant devant eux avec un carton.
- On a un peu trop fêté Noel, hier soir, sourit José en se laissant glisser le long de la barre, des fils à la main.
- C'est très intelligent, la veille de nos préparatifs, répliqua Loan, agacé.
- Te fâche pas, Michelangelo, regarde j'ai amené de l'aide pour compenser Eric et Antoine ! s'écria José en attrapant le pianiste par le cou.
- Oh... je suis là... protesta Antoine en s'installant un peu plus confortablement dans un pneu.
- C'est comme si tu n'y étais pas... marmonna Sarah en s'arrêtant devant lui. Debout ! Aide-moi à ranger les cartons.
Antoine poussa un râlement d'agonie lorsque la batteuse le tira de son pneu et l'emmena vers les cartons. Loan leva les yeux au ciel et détailla l'"aide" de Tyler. C'était des jeunes, qui les encombraient plus qu'ils n'aidaient... ils ne savaient pas trop quoi faire et couraient un peu partout, découvrant la caserne d'un air envieux.
- Les mômes, dehors !! cria soudainement Tyler. Dégagez de là de suite !
Le bordel s'arrêta en une seconde et peu à peu les aides de José quittèrent la caserne en maugréant. Au même moment, Eric passa les portes, le visage pâle et les traits tirés.
- Ca va aller ? lui demanda Antoine avec un air faussement compatissant.
- J'ai mal à la tête... tout ça c'est à cause de José, il a mis de l'alcool dans mon verre... gémit Eric en tombant dans un pneu.
- Très glorieux, remarqua Loan avec un regard sévère en direction du chanteur.
José lui renvoya un grand sourire innocent et Loan abandonna. Le leader jeta un coup d'oeil circulaire et reprit les choses en main.
- Bon, on va commencer à transporter tout ce qui sera nécessaire à coup sûr, déclara-t-il en réfléchissant. T'as ta bagnole, José ?
- Ouais !
- Bon alors on commence à charger. On va prendre des infos au bar, et on revient.
Le groupe approuva et même José ne fit aucune remarque idiote. En une demi heure, le matériel dont ils auraient obligatoirement besoin fut chargé dans la voiture du chanteur, préalablement débarassée de tout son bazar... au grand désespoir feint de José, et il fut convenu que Eric monterait aussi dans la voiture pour le guider. Le reste du groupe prendrait le bus jusqu'à l'arrêt que le violoniste venait de leur indiquer, et celui-ci viendrait les chercher. Au prix de quelques crises de nerfs et d'une Clarence perdue, le groupe se retrouva enfin complet devant le bar.
- Bienvenus au Klub, les jeunes ! sourit un homme blond en s'approchant d'eux. Le nom vous plait ? Je n'ai jamais été très imaginatif...
- Ca sonne bien, approuva Sarah.
- Merci ! Vous vous en doutez, je suis le cousin d'Eric, et c'est moi qui ait besoin de vous pour lancer mon bar. On m'appelle Josh. Venez, entrez !
Le groupe observa le bar autour de lui et l'endroit leur plut immédiatement. Il n'avait rien d'extraordinaire, comme la zone 51, mais était bien arrangé. Un immense bar était accolé au mur du fond, le plafond était relativement bas sauf pour la scène, à droite du bar. Des tables originales étaient incrustées dans le mur, ainsi que des banquettes confortables. Mais elles n'étaient pas très nombreuses, et un maximum de place semblait avoir été dégagé pour permettre aux gens de bouger à leur aise.
- Ooooh regardez au-dessus de la scène... souffla Clarence.
Dans un même mouvement, tous levèrent la tête et un sourire commun s'épanouit en voyant des lettres de caractère normal surplomber la scène : elles écrivaient Over Feelings.
- Elles sont lumieuses, expliqua Josh. Ce n'est pas terrible, en fait c'est un ami à moi qui me les a refilées, à la base elles servent à constituer des noms d'hopitaux ou de pharmacie, alors elles sont blanches... je les ai assemblées... mais ça ne se voit pas trop, non ?
Le groupe ne répondit rien, enchanté par l'enseigne qui leur semblait tout simplement parfaite. En quelques minutes, revigorés, les membres d'Over Feelings déchargaient le matériel et commençait à examiner la scène. Loan s'assit au bar, en face de Josh, pour discuter des détails. Il fut rassuré en sentant celui-ci très professionnel. Il semblait déjà avoir tout prévu.
- Les affiches arrivent ce soir. J'ai voulu les faire moi-même pour pouvoir mettre le nom de mon bar et le nom de votre groupe, ça fait deux pubs en une... Je les placarderai demain matin, si elles vous plaisent.
Loan hocha la tête et piqua pensivement un bonbon dans une coupelle à côté de lui.
- Ne t'inquiète pas, s'il y a un problème on pourra le gérer, sourit Josh. Par contre, pour me micro... il faudrait que vous ameniez vos propres enceintes, et on les fixerait en l'air à la place des miennes.
- On ne peut pas acheter un micro qui fonctionne avec vos enceintes ?
- Mmmm si... mais c'est plutôt cher... hésita Josh.
- Bon, je vais voir si on peut s'en procurer un, et sinon on déménagera toutes les enceintes.
- D'accord... écoute Loan... tu as l'air de quelqu'un de bien, de sérieux...
Loan observa attentivement Josh en face de lui. Il ressemblait beaucoup à Eric. En ce moment il avait l'air un peu inquiet... le pianiste lui sourit.
- Je vois. Si tu veux, on peut te faire une répétition aujourd'hui, pour que tu voies si on peut assurer.
- Ca serait sympa... je ne doute pas de vous, mais...
- Si, et c'est normal. On va te montrer ce qu'on peut faire quand on aura terminé de tout installer.
- Merci, murmura Josh. Tu sais, ce bar compte beaucoup pour moi. Dans ma famille, beaucoup ne croient pas en moi et pensent que je n'arriverais pas à remettre ce bar dans la route. C'est important pour moi que je réussisse...
Loan lui adressa un sourire rassurant, et Josh le lui rendit avant de s'éloigner, l'air un peu plus tranquille. Satisfait, le pianiste se replongea dans la liste qu'il venait de griffonner pour ne rien oublier. Ce micro l'ennuyait... ils pouvaient déplacer les enceintes et les fixer, bien sûr, mais ça allait demander beaucoup d'effort. Mais acheter un micro alors qu'ils n'étaient pas sûrs de rester là... l'idéal serait de s'en procurer un. Loan se promit d'aller voir Mr Anthia.
- Qu'est-ce que tu bouffes ?
Un air réprobateur sur le visage, Loan jeta un regard critique à Tyler qui venait de le rejoindre. Ceui-ci fronça les sourcils et croisa les bras, sentant venir la leçon de morale.
- Quoi encore ?
- Tu parles vraiment mal...
Tyler lui lança un sourire ironique et passa un bras autour de sa taille pour le ramener contre lui.
- C'est ce qui te plait chez moi... murmura-t-il en tirant un peu sur une mèche blonde.
Loan lui adressa un petit sourire volontairement innocent, en ouvrant de grands yeux.
- Oh, tu crois vraiment ?
Tyler haussa les sourcils, perplexe. Loan lui répondit par un sourire plus grand et baissa ostensiblement les yeux entre eux. La seconde d'après, Tyler lâcha brusquement le pianiste en sentant une main le tripoter tranquillement. Il regarda d'un air choqué Loan qui se retenait à grand peine de rire.
- Tu es trop marrant, pouffa Loan, les yeux brillants. A chaque fois que tu essayes de me déstabiliser, il suffit que je fasse un peu plus que toi pour que la situation se renverse... tu te fais prendre à ton propre piège !
- Ca, c'est seulement parce que t'es un gros vicieux, rétorqua Tyler, un peu boudeur. Alors comme ça, la seule chose qui t'intéresse chez moi...
- Oui, c'est ta queue.
Tyler ouvrit la bouche de surprise, ne s'attendant pas du tout à entendre ce mot dans celle de Loan. Le pianiste lui décocha un nouveau sourire désarmant d'innocence, mais qui contrastait terriblement avec le regard vert brûlant d'anticipation qui se vrilla dans le sien. Tyler avala sa salive... ce petit con l'allumait, ni plus ni moins ! Comme pour lui donner raison, Loan passa sa langue entre ses lèvres pour les humecter et se rassit au bar. Le bassiste se ressaisit et vint s'asseoir près de Loan.
- Alors... tu bouffes quoi ?
- Curieux...
Loan reprit sa liste sur la table et fit courir dessus le bout du stylo pour tout vérifier. Il répondit distraitement à la question de Tyler en lui tirant la langue. Dessus était posé un petit bonbon rouge. Le bassiste eut un sourire, se pencha et vint happer délicatement entre ses lèvres la langue du pianiste distrait. Loan sursauta et se recula, reposant sa liste. Il fronça les sourcils d'un air contrarié...
- Dis donc...
- Mmmm ?
- Tu m'as piqué mon bonbon...
- Pauvre chou, va le dire à maman José, se moqua Tyler.
- Maman José t'emmerde, fit le chanteur qui passait justement derrière eux, les bras chargé d'un carton.
- Ca se paiera, murmura Loan avec un sourire anticipateur.
- J'attends, répliqua Tyler sur le même ton.
Loan leva les yeux au ciel et reprit un autre bonbon, histoire de ne pas être complètement frustré.
- Comment ça se présente ? demanda Clarence en venant s'appuyer sur lui pour voir la liste.
- Plutôt bien, avec un peu de chance on n'aura pas à faire trop de voyages pour tout emmener, répondit Loan en reposant sa liste. Le problème, ça va être le micro...
Il leur expliqua brièvement la situation, et il fut convenu que tous iraient voir Mr Anthia avant de revenir ici, avec ou sans micro pour faire une petite répétition pour Josh. Loan se renversa contre le bar, épuisé. Et dire que ça ne faisait que commencer... Ce concert allait être décisif. Tout leur travail reposait dessus, ainsi que le résultat du défi des groupes...
- Qu'est-ce que tu fous là toi ?? Dégage !!
- Allons, ma chère Clarence, calme-toi...
Loan tourna brusquement la tête en reconnaissant la voix détestable de Tony. Qu'est-ce qu'il venait faire au Klub ?? A côté de lui, Tyler se tendit sans pour autant bouger de son siège. Le regard rendu orange par des lentilles balaya le bar avant de s'arrêter sur le couple, accompagné d'un sourire moqueur. Tony avança jusqu'à Tyler et Loan et posa une main derrière leurs cous, se penchant entre eux pour pouvoir murmurer à leurs oreilles.
- J'obtiens toujours ce que je veux, et je défais ce que je ne veux pas. Et non seulement, je ne veux pas de votre concert, mais en plus je vous veux tous les deux...
En se redressant, il fit en sorte d'effleurer la joue de Loan. Le pianiste réprima un frisson de dégoût et posa une main sur le bras de Tyler pour l'empêcher de se lever. Tony les observa d'un air narquois et leur murmura :
- Avec moi, les histoires d'amour finissent toujours mal...
A suivre...
ps : quelques emails m'ont appris que certaines lectrices s'attendaient à une histoire de viol, je ne suis vraiment pas très douée pour vous avoir fait penser ça... désolée pour la fausse piste ! En fait j'ai tellement horreur des viols que je ne peux ni en lire, ni en écrire, c'est bien simple... pour moi c'est la pire chose qui puisse arriver, même dans une histoire fictive. Bref, encore désolée d'avoir été aussi imprécise et à très bientôt pour la colocation de nos amoureux !
re-ps : la scène du piercing a été volontairement vague, pour préserver le secret des pierceurs professionnels.