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Author: Shali Maxwell
Fiction Rated: K - French - General - Reviews: 4 - Published: 07-19-05 - Updated: 07-19-05 - id:1966547

Le dernier voyage

Auteur : Shali

Titre : Le dernier voyage

Chapitre : One-Shot

Genre : yaoï, deathfic, triste

Couple : Laurent x Christophe

Base : Original

Laurent Dumard poussa la porte et s’empressa d’entrer parce qu’une rafale de vent soulevait un tourbillon de poussière. Une fois à l’intérieur, il écarquilla les yeux. Dehors le soleil était éblouissant, et le ciel si blanc que par contraste il avait l’impression de se retrouver en pleine obscurité.

C’était un petit café perdu dans le désert, aux murs chaulés percés d’ouvertures minuscules afin de conserver un semblant de fraîcheur. Quelques tables branlantes occupaient l’espace. Au fond deux planches posées sur des tréteaux figuraient le bar. Il posa son sac à dos et s’épongea le front. Il était en nage.

-Vous avez de la bière ?

L’homme derrière le bar fit non de la tête, puis aligna silencieusement ce qu’il avait à proposer, quelques boîtes de Coca et de jus de fruits, et des bouteilles d’eau, Laurent prit un coca et alla s’asseoir à une table.

Le liquide était tiède, mais il parvint quand même à calmer l’incendie qui couvait dans sa gorge. Comment avait-il pu se retrouver dans ce pays éloigné de tout ? A quoi rimait cette quête ?

Il avala une nouvelle gorgée et soupira lentement. A chaque fois qu’il commençait à se poser des questions, une sorte de panique l’envahissait. Une seule chose pouvait le calmer, il le savait.

Il sortit une photo de son portefeuille et la posa devant lui.

Christophe lui souriait de nouveau.

Ils s’étaient rencontrés à Paris deux ans plus tôt. Deux années qui lui semblaient une éternité, et que pourtant il n’avait pas vu passer. Ils étaient tombés amoureux au premier regard, malgré tout ce qui pouvait les séparer.

-Ne me dis pas que tu veux finir tes jours avec moi, lui avait-il dit un matin, alors que leurs corps alanguis conservaient encore le souvenir de leur étreinte.

Un rai de lumière filtrait à travers les persiennes. Dans l’ombre, les yeux de Christophe semblaient deux flammes vertes.

-Pourquoi pas ? Lui avait répliqué Laurent.

Christophe allait avoir 32 ans, Laurent lui, en avait 25. Une autre fois, Christophe lui avait demandé si ça le gênait. Il avait levé les yeux au ciel.

« Tu es fou ! »

Christophe s’était redressait sur un coude. En glissant, le drap avait dénudé sa nudité et Laurent l’avait longuement observé, comme tétanisé par sa beauté. Il avait effleuré ses lèvres du bout des doigts.

-Moi aussi je t’aime, avait murmuré Christophe.

Puis il s’était levé, avait traversé la chambre et poussé la porte de la salle de bains.

-Alors ou est le problème ?

Mais l’eau de la douche coulait déjà.

Et puis un jour, il était partit. Il n’avait trouvé de Christophe en rentrant qu’un de ces mots habituellement si joyeux qu’il aimait semer à travers l’appartement. S’en était devenu un jeu. Et si on avait voulu les relier les messages qu’ils s’adressaient ainsi à propos de tout, ils auraient pu remplir un livre entier. Pourtant celui-là ne ressemblait pas aux autres. « Ne me cherche pas », avait-il écrit. Puis cette dernière phrase, entourée d’un cœur : « Surtout ne m’en veux pas. »

Bien sûr il l’avait cherché. Partout. Chez leurs amis, dans tous les endroits ou ils avaient l’habitude de se retrouver, et même auprès des plus vagues leurs relations. Laurent était journaliste, Christophe était médecin, et ils connaissaient beaucoup de monde. Mais il s’était aperçu vite que son carnet d’adresse ne lui était pas d’un grand secours.

- Christophe ne m’a rien dit, assuraient les amis qu’il interrogeait.

-C’est à n’y rien comprendre ! S’exclamaient ses confrères.

-Moi, ça ne m’étonne pas, renchérissait l’un ou l’autre. Ou encore : Il m’a toujours paru un peu bizarre.

-C’est à dire ? Avait-il répondu, piqué au vif.

Nicolas Lemercier le regardait de l’autre côté de son bureau. Rédacteur en chef d’une chaîne de télévision importante, c’était lui qui avait embauché Laurent, cinq ans plus tôt. Puis lui avait fait gravir un à un les échelons de la profession. Ils avaient toujours nourri des relations privilégiées.

-Je ne sais pas, avait-il répondu, la différence d’âge, peut-être.

Laurent lui avait lancé un regard assassin de ses yeux marrons.

-Et alors ?

Nicolas tirait à petite bouffée nerveuse sur l’un de ces cigarillos qu’il gardait éternellement fiché au coin des lèvres.

-Il a peut-être préféré partir avant que tu ne le quittes.

Ridicule ! Ils s’aimaient, et jamais Christophe n’avait semblé obsédé par la question de l’âge. Leur amour était à des années lumières de tout ça. Et puis, ça ne collait pas. On ne peut quitter quelqu’un sans forcément tout abandonner. Or Christophe était parti en laissant tout ce qu’il avait derrière lui. Sa maison, son métier, ses amis. Tout ce qui avait fait sa vie jusqu’ici.

Il avait fini par s’en ouvrir à l’un de ses copains policiers, croisé à maintes reprises au cours de ses reportages. Mais là non plus, ça n’avait rien donné.

-On ne peut pas lancer des recherches comme ça, avait-il répondu. Il n’y a pas eut d’effraction, rien n’a été volé, il a laissé un mot d’adieu. Il faut te rendre à l’évidence, mon vieux, il t’a plaqué, c’est tout.

Mais Laurent ne voulait justement pas se rendre à l’évidence.

-Au fait, avait ajouté l’autre, tu as jeté un coup d’œil sur ses relevés bancaires ? Depuis le temps, il a bien du utiliser sa Carte Bleu ; il y a peut-être des mouvements qui pourraient te mettre sur la voie.

Laurent avait longtemps hésité. Jamais il ne s’était permis de fouiller dans ses affaires. Ouvrir son courrier, inspecter le contenu de ses tiroirs, c’est une chose qu’il ne voulait pas faire. Mais il y avait urgence. Christophe était partit depuis plusieurs semaines à présent, il fallait bien faire quelque chose.

Sur la table de la cuisine, les enveloppes s’accumulaient. Depuis qu’il s’était retrouvé seul, Laurent avait réintégré le studio qu’il occupait avant de connaître Christophe. Dormir chez son amant lui était rapidement apparu insupportable. Il se contentait de passer régulièrement vider la boîte aux lettres et vérifier qu’il n’avait pas donné signe de vie. Généralement, il laissait le courrier s’amonceler, sans même y jeter un coup d’œil. Ce soir là, cependant, il était bien décidé à chercher le moindre indice susceptible de le mettre sur la voie.

Il avait épluché ses relevés de compte. Jusqu’à la date de son départ, il n’y avait rien de particulier. C’étaient des dépenses habituelles : Carburant, courses, restaurants. Pas de quoi fouetter un chat. Mais une chose avait attiré son attention, un débit enregistré au profit d’une agence de voyage. Une agence qu’il connaissait bien puisque c’était celle où il avait l’habitude de réserver ses billets d’avion quand sa rédaction l’envoyait en reportage. Christophe l’y avait souvent accompagné.

Il avait décroché son téléphone. Par chance, c’est une voix familière qui avait répondu.

-Agence de l’Étoile, j’écoute ?

-Rose ? C’est Laurent Dumard, de TV6.

-Bonjour, monsieur Dumard. Dans quel point chaud du globe allez-vous partir cette fois ?

Il s’était mordu les lèvres.

-C’est un peu délicat. En fait, il ne s’agit pas de moi. J’ai un ami qui a fait une réservation chez vous, et je voudrais savoir quel vol elle a pris. J’aimerai lui faire une surprise, pouvez-vous m’aider ?

Il y eut un léger silence à l’autre bout du fil. Visiblement son interlocutrice hésitait.

-Bien entendu cela restera entre nous, s’était-il empressé d’ajouter.

-Donnez-moi son nom, avait enfin répondu Rose, je vais voir ce que je peux faire.

Le téléphone raccroché, il était resté de longue minute à lire et relire le papier sur lequel il avait griffonné le renseignement obtenu. Puis il avait vérifié les derniers relevés de compte, ceux qui étaient arrivés après le départ de Christophe. Tout concordait : Les dates, les lieux. Il savait à présent où chercher.

Nicolas Lemercier affichait un regard ébahi. Chose inhabituelle chez lui, il avait craché son cigarillo comme s’il lui avait soudain brûlé les lèvres.

Laurent avait fermé la porte, décroché le téléphone et appelé la secrétaire.

-Catherine ? Nous sommes en conférence dans le bureau de M. Lemercier. Soyez gentille de veiller à ce que l’on ne soit pas dérangé.

-Tu donnes des ordres à ma secrétaire à présent ?

Nicolas continuait de le regarder avec des yeux de chouette effarouchée. Laurent lui avait décroché son sourire le plus enjôleur.

-Tu vas m’envoyer en reportage en Érythrée.

-Ou ça ?

-En Érythrée, au bord de la mer rouge, dans la Corne de l’Afrique.

-Et pourquoi je ferais ça ?

-Tu trouveras bien, creuse ton imagination. C’est là-bas que se trouve Christophe, et j’ai un besoin urgent d’un visa, d’un billet d’avion et d’un peu d’argent pour couvrir mes frais. Sans la télé, je ne pourrais pas m’en sortir, en tout cas pas assez rapidement. Alors débrouille-toi mais je ne quitterais pas ton bureau sans un ordre de mission signé de ta main.

Une quinte de toux avait déchiré la gorge de Nicolas. Il avait ouvert la bouche, autant pour répliquer que pour aspirer l’air qui commençait à lui faire défaut. Laurent l’avait interrompu d’un geste.

-Quand je veux quelque chose je ne recule devant rien. Tu es bien placé pour le savoir, c’est toi qui m’as appris les ficelles du métier.

-Assied-toi, avait répondu l’autre.

La négociation avait été âpre. Mais Laurent connaissait Nicolas. Il avait su le convaincre et avait fini par arracher son précieux sésame.

-Tu ne regretteras pas de m’avoir aidé, avait-il dit en partant.

Ensuite les choses étaient allées très vite. Quelques jours de préparation, le temps de prendre les contacts nécessaires. Huit heures de vol, escale technique à Djedda en Arabie, la capitale de l’Érythrée.

Avant son départ, il avait trouvé la force de fouiller l’appartement de Christophe. Il n’avait pas découvert grand chose. Christophe n’avait pas de famille. Ses papiers personnels étaient soigneusement rangés et se résumaient à des relevés bancaires, des factures de téléphone et d’électricité, et ses diplômes universitaires. Rien qui puisse le mettre sur la voie.

Pourtant, il le sentait, Christophe avait forcément oublié un détail, peut-être juste un numéro de téléphone qu’il aurait noté quelque part, puis oublié de l’effacer.

-Bingo !

Un morceau de papier chiffonne dans la poubelle du bureau. Un numéro à l’étranger. Il avait immédiatement appelé les renseignements internationaux. L’indicatif était celui de l’Érythrée, et la ligne celle d’un dispensaire d’Asmara. La piste se confirmait.

A côté du numéro de téléphone, il y avait un nom : Benjamin Hilton.

A peine arrivé a Asmara, il avait appelé. Le docteur Benjamin Hilton dirigeait effectivement le principal dispensaire de la ville. Il n’avait fait aucune difficulté pour recevoir Laurent au plus vite.

-Ainsi, c’est donc vous. Ne soyez pas surpris, avait dit le médecin en l’accueillant, Christophe m’a énormément parlé de vous.

Laurent avait posé son sac de voyage et s’était laissé tomber sur la chaise qui lui était offerte.

-Il faut vous dire que nous avons fait nos études ensemble. Et si nos parcours professionnels ont rapidement divergé, nous ne nous sommes jamais vraiment perdus de vue.

-Je l’ignorais, avait avoué le jeune homme.

-Ce n’est pas très étonnant. Le temps, la distance… mais il a su se rappeler à mon souvenir quand c’est apparu nécessaire.

-C’est à dire ?

Le regard du médecin brun s’était assombri.

-Je regrette, je ne suis pas autorisé à vous en dire plus pour l’instant. Mais il savait que vous feriez n’importe quoi pour le retrouver, et que vous y parviendriez un jour ou l’autre. Il m’a chargé de vous remettre ceci.

Une enveloppe que Laurent avait saisi d’une main tremblante.

-Je crois que je vais rentrer à mon hôtel pour l’ouvrir, avait-il fait d’une voix nouée par l’émotion. Je vous tiendrais au courant.

C’est ainsi que plusieurs jour plus tard il s’était retrouvé dans ce village isolé en plein désert. Le soleil éblouissant, le ciel si blanc qu’il en devenait aveuglant, le vent qui soulevait des tourbillons de poussière. Et la porte de ce petit café aux murs chaulés qu’il avait poussé d’une main lasse, ce coca tiède qui ne parvenait pas à étancher sa soif. Longtemps il était resté en contemplation devant la photo de Christophe. Puis il avait lu et relu, pour la centième fois peut-être, la lettre que lui avait remis Benjamin. « Lorsque tu découvriras ces mots, avait-il écrit, je ne serais peut-être plus de ce monde. » Chaque fois que ses yeux s’arrêtaient sur cette phrase, son cœur cessait de battre.

A peine avait-il pris connaissance du message inquiétant qu’il s’était précipité de nouveau vers le dispensaire.

-Cette fois vous devrez m’en dire plus, avait-il lancé au médecin.

Celui-ci avait semblé se tasser un peu plus sur son fauteuil.

-Syndrome de Schindler, avait-il alors laissé tomber.

-Je vous demande pardon ?

-C’est le nom du mal dont il souffre. Une maladie rare et très grave, et contre laquelle malheureusement on n’a pas encore trouvé de traitement. Au début on ne se rend pas compte qu’on est atteint. Et puis quand ça se déclare, ça peut aller très vite. Enfin, ça dépend des individus.

Laurent avait été totalement anéanti.

-Et quel est votre pronostic ? Demanda t’il.

Benjamin baissa brièvement la tête. L’espace d’un instant, Laurent avait cru voir briller dans ses yeux ce qui pouvait bien ressembler à des larmes.

-Fatal.

Puis il avait relevé les yeux vers Laurent.

-Je suppose que c’est le genre de détail qu’il a voulu vous épargner dans sa lettre. Pour tout vous avouer, je l’ai beaucoup aimé moi aussi. C’était il y a longtemps et je ne l’ai jamais oublié.

-Vous êtes médecin, il n’a pas pu vous cacher son état, avait enchaîné Laurent. Mais pourquoi ne m’a t’il rien dit à moi ?

-C’est une maladie qui ne pardonne pas. Il n’as pas souhaité que vous soyez témoin de sa déchéance, il faut le comprendre.

-J’aurais pu l’aider.

-Malheureusement, personne ne le pourrait, croyez-moi.

Un silence oppressant s’était instauré dans la pièce, seulement troublé par le ronronnement régulier du ventilateur accroché au plafond.

-Où est t’il ? Avait demandé Laurent au bout d’un moment.

-A 600 Km d’ici, en plein désert, une région qu’on appelle le Dancalie. Il y a un village avec une léproserie.

-une léproserie ?

-Oui. Il a pensé que sa place était au milieu des plus malades d’entre les malades. Vous qui le connaissez bien, cela ne doit pas vous étonner.

-En effet, avait concédé Laurent. Dites-moi comment aller là-bas.

Cinq jours de piste caillouteuse dans un vieux 4x4 de location lui avaient encore été nécessaires pour rejoindre la Dancalie. Entre le temps que lui avait pris ses recherches à Paris, le voyage à Asmara et ce dernier périple, il calcula que Christophe était partie depuis plus de six semaines. Or le pronostic était inéluctable, avait dit Benjamin. Fatal, et qui plus est à court terme.

« Je sais que tu ne me pardonneras pas de t’avoir quitté sans même une explication, avait écrit Christophe. Mais il le fallait. Tu aurais à tout prix cherché à me retenir, et ce que je voulais éviter plus que tout. «

Puis plus loin : « J’ai eu une belle vie, je n’ai rien à regretter. Il me fallait seulement me rendre utile une dernière fois, accomplir une dernière chose avant de m’en aller. Alors j’ai pensé à cet endroit dont m’avait souvent parlé Benjamin. En écrivant ces lignes, je me rends compte qu’il me reste très peu de temps. Je prie simplement pour que Dieu m’en accorde suffisamment pour soulager un peu ceux qui en tant besoin. »

Il avait terminé sa lettre en lui disant que quoi qu’il arrive, ses dernières pensées seraient pour lui.

Laurent replia la feuille de papier et la glissa dans son enveloppe. Il savait que le plus difficile restait à accomplir.

-J’aime autant vous prévenir que là bas, le téléphone n’est pas vraiment fiable, avait dit Benjamin. C’est pourquoi il était convenu qu’il m’écrive toute les semaines. Cette semaine, il ne l’a pas fait.

Il regarda autour de lui. Le café était quasiment désert à cette heure. Derrière le comptoir, le propriétaire semblait somnoler. Il s’avança vers lui d’un pas lent.

-La léproserie ? Demanda t’il.

L’homme leva vers lui un regard dans lequel il crut lire de la compassion.

-Vous venez pour le français, répondit-il.

Laurent sentit un frisson le traverser.

-Oui.

-Venez, je vais vous conduire.

C’était une longue bâtisse basse entourée de murs blancs dont le jardin semblait peuplé d’ombres furtives et silencieuses. L’homme le laissa sur le seuil.

A l’intérieur, Laurent rencontra des religieuses, des infirmiers qui lui parlèrent longuement de Christophe, de son courage, et du travail merveilleux qu’il avait réussi à accomplir en si peu de temps.

-Ici, tout le monde l’aimait, confia sœur Lucie, qui dirigeait le petit hôpital.

Puis après une hésitation :

-Nous avons toute l’impression de vous connaître déjà un peu. Vous savez, il nous a tant parlé de vous.

Il resta longtemps agenouillé devant la tombe qu’on avait pris soin de creuser à l’ombre d’un micocoulier. Quand il sentit venir les larmes, il ne fit rien pour les retenir. Ouvrir les vannes, évacuer toute la tension accumulée au fond de lui.

Le soir tombait lorsqu’il se redressa enfin. Une fois encore il avait lu les derniers mots que lui avait adressés Christophe : « Si tu le peux, fais-le en souvenir de moi. »

Il trouva sœur Lucie dans son bureau.

-Dans sa lettre, Christophe me parle d’un de vos malades, un petit garçon.

-Ethan, répondit la religieuse, un orphelin qui s’était attaché à lui. Si vous les aviez vu tous les deux, ils ne se quittaient pas.

-Je peux le voir ?

Elle le conduisit à travers un long dédale de couloirs jusqu’à une petite pièce sombre qui faisait office de chambre. Deux grands yeux doux et profonds l’accueillirent, deux immenses lacs d’ombre dans lesquels il crut déceler toute la détresse du monde.

-On peut faire quelque chose pour lui ? Je veux dire, on peut le guérir ?

-Le guérir, c’est toujours possible, soupira la religieuse, mais, dans ce pays, un orphelin qui a grandi dans une léproserie n’a aucun avenir.

-Cela veut dire qu’il ne quittera jamais cet endroit ?

Sœur Lucie se contenta de secouer la tête.

Laurent fit une pause. L’image de Christophe dansait devant ses yeux.

-Dans ce cas vous allez devoir me venir en aide, ma sœur.

Christophe à présent chantait dans sa tête. Christophe qui venait pourtant de le quitter pour toujours. Et qui, à sa façon, l’avait attiré jusque dans cette léproserie du bout du monde. Pour qu’il aille jusqu’au bout de ce qu’il n’avait pu accomplir !

La religieuse posa sur Laurent un regard interrogateur.

-Comment s’y prend t’on pour adopter un enfant ici ? Demanda t’il.

Il avait cru aller à la rencontre de la mort, et, finalement, c’est la vie que Christophe avait laissé sur son chemin. Il tendit la main. Les grands yeux du gamin vinrent à sa rencontre. Pour la première fois depuis des semaines, une esquisse de sourire parut éclairer son visage fatigué.

FIN



© Copyright 2005 Shali Maxwell (FictionPress ID:462939).


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