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Auteur : Lymnilia
Genre : ben…drama, au fond, pis euh, romance, surtout.
Know why the Nightingale sings
Prologue – The final
Le rideau s’ouvre. Vous êtes en région parisienne, dans une petite ville de banlieue. Elle n’a pas de nom, cette ville. Pas encore, c’est inutile. Ca viendra. Peut-être. Laissez derrière vous les pavillons et leurs jardins. Oubliez la cité HLM. Passez à travers la vielle ville. Vous arrivez dans un quartier en périphérie.
Il est glauque ce quartier. Ses rues baignent dans une lumière d’hiver, malgré le soleil d’été qui joue sur les carreaux. Il est bizarre ce quartier. Composé de diverses populations qui cohabitent sans jamais se croiser. Ou juste le moins possible. Des familles qui arrivent en ville en espérant trouver mieux, ces pavillons que vous avez vus tout à l’heure. Des retraités, qui ont quitté ces mêmes pavillons devenus trop grands après le départ des enfants. Des chômeurs, qui n’ont accepté d’atterrir ici que pour échapper aux tours qu’on aperçoit au loin.
A l’écart de tout ça, à peine éloigné de la largeur d’un terrain vague, un immeuble, à peine moins sale que les autres. Les locataires l’ont décoré, des fresques s’étendent sur les murs. Deux anges entourent la porte. Un rayon de soleil fait danser les lettres multicolores du « paradis » écrit au dessus de la porte. Eux, eux seuls ont voulu vivre là, ont été attirés par l’ambiance du quartier. Des artistes.
Il y a Juan, le peintre espagnol du rez-de-chaussée, qui parle mal français mais peint divinement. Les deux anges sont de lui. En face, c’est Charlotte, la jeune styliste qui vient de sortir de l’école avec des rêves plein la tête. Un groupe de musiciens a pris possession du premier étage. Souvent des accents de guitare traversent les portes et couvrent les rires incessants. Au deuxième, c’est Henry, le poète, qui vit avec Marie, la belle violoniste qui n’est serveuse que pour éviter le chômage. Sur l’autre pallier vit Caroline, la dessinatrice à l’univers étrange et envoûtant, somptueux surtout. Au dernier étage, il n’y a qu’un seul appartement. Pas forcément plus grand que les autres, juste plus éclairé.
Le hall de cet appartement est aussi plein de cartons que le salon est vide. Des tâches claires parsèment les murs, comme si des morceaux de soleil étaient venus s’écraser dessus. Au milieu du salon, si vous tournez la tête, vous verrez que la porte de la chambre est ouverte et apercevrez le lit, la lumière blanche de cette fin d’été qui tombe dessus. Avec la trop grande armoire, il est le seul meuble à rester dans la pièce. Pour les prochains locataires. Pour l’instant, le locataire, c’est Pierrick. C’est lui l’acteur de la troupe hétéroclite du Paradis, le comédien, le professeur. Lui, il est en train de ranger les derniers livres dont les étagères sont maintenant vierges. Il quitte le sommet lumineux du Paradis, rebaptisé Nuage par Charlotte. Il quitte l’Enclave, ce drôle de quartier aux drôles d’habitants. Il quitte la ville, la région.
On sonne à la porte. Derrière ? Un adolescent, qui ne détonne pas trop avec la pénombre qui a envahie la cage d’escaliers, avec ses cernes qui assombrissent encore sa peau mate, ses yeux rouges comme si il avait pleuré, son regard qui fait penser qu’il vient de se shooter, ses cheveux trop longs, trop noirs, trop en bataille, et puis sa lèvre fendue qui saigne encore un peu.
L’acteur s’efface, le gamin entre. Ils s’observent, se mesurent presque du regard. On pourrait croire qu’un affrontement ne va plus tarder. En fait non. Ils s’emplissent juste du visage de l’autre, ils impriment sa silhouette au fond de leurs mémoires, ils gravent chaque plein, chaque délié, chaque cicatrice sur leurs rétines. Pour ne pas perdre, ne pas oublier, ou juste le moins possible puisque c’est inévitable. En priant pour que leurs regards ne se croisent pas.
Le brun essaye de parler, ça se voit. Ses lèvres blessées sont entrouvertes, sa poitrine se gonfle trop, ses yeux fuient et partent à la recherche de la voix qu’il a perdue. Quand Pierrick lui sourit, d’un sourire timide, tremblant, forcé, un peu maladroit, il comprend et se réfugie entre ses bras avant que le visage du blond ne le trahisse. En silence. Parce qu’ils n’ont pas dit un mot. Le genre de silence qu’on ne voit que dans les films, celui qui fait taire les gamins dans la rue, les oiseaux, le vent dans les branches.
Serrés l’un contre l’autre, ils se gorgent de la chaleur offerte, de l’odeur qu’ils ne connaissent que trop peu. Quelques instants – minutes ? heures ? – passent. Quand, enfin, leurs yeux se croisent et leurs regards se caressent, c’est comme le plus doux des baisers que deux amants – aimants - pourraient échanger, les mots d’adieu les plus déchirants que les poètes auraient pu écrire, l’explosion discrète de sentiments trop silencieux pour être ignorés.
L’adolescent au regard de shooté, le gamin, l’élève, c’est Charles. C’est le photographe sans père, le tatoué, le trop souriant. Le jamais satisfait. Celui qui rêve trop, qui à trop d’imagination. C’est le presque amant, l’ami trop proche en étant trop éloigné, le gosse trop âgé. Pour le moment, c’est celui qui retrouvé sa voix, qui se risque à briser le silence de leur bulle trop fragile.
Je…je suppose que si tu pars, alors… que, que c’est, enfin je veux dire… Que nous deux…
Il se tait quand le Pierrick le serre un peu plus fort contre lui. Il a compris ce que Charles voulait dire avec les blancs, les mots maladroits, le cœur qui bat trop vite. Leur Eux, leur Nous ne tiendra pas, s’effilera à chaque kilomètre, chaque tour de roue, chaque pas en dehors de cet immeuble miteux. Alors il se contente d’acquiescer, en silence. Sa voix à lui est collée au fond de sa gorge, engluée à la base de ses cordes vocales. Charles s’extirpe de son étreinte, s’échappe d’entre se bras, se recule d’un pas. Un seul, parce que sinon, il verra les cartons et les murs nus. Ca vaut mieux pour l’un, pour l’autre. Pour eux, ce qu’il en reste encore, ce qui doit en rester. C’est à son tour de se forcer à sourire, en affrontant les belles prunelles noires à demi dissimulées par les mèches d’or et de miel. Il se souvient.
Il se souvient que leur rencontre était prévisible. Que leur rapprochement a été naturel. Et que leur relation, leurs caresses, leurs baisers étaient des évidences, comme le fait qu’ils n’aient jamais été amants. Pour son cœur de 17 ans, tout ça est normal, et il sait que pour Pierrick aussi. Mais pas pour les autres. Ceux avec un grand A. Sauf les quelques uns qui ne regardent pas qu’avec les yeux qu’on leur a appris.
Inconsciemment, il s’est de nouveau approché et a passé ses bras autour du cou du blond, qui a posées ses mains sur sa taille et s’est penché vers lui. Comme avant. Comme cette fois là. Comme leur premier baiser, au milieu de la nuit, en hiver, les pieds dans la neige, dans la rue vide devant le lycée silencieux. Leurs lèvres se caressent doucement, puis à peine plus franchement, pour quelques secondes. Contact aussi fugitif qu’un courant d’air. Comme si c’était une erreur. Mais cette fois-ci, c’en est une. Ils le savent, tous les deux. Ils savent que s’il reste, il ne pourra plus repartir, qu’il ne tiendra pas, qu’il ne pourra pas garder en lui les larmes qui déjà menacent de déborder. Alors il s’en va. C’est presque une fuite. Ou peut-être que c’en est vraiment une. Son esprit cotonneux s’évade, pour quelques heures il ne veut plus savoir.
Le martèlement de ses semelles sur les marches de métal qu’il monte en courant. Dehors le soleil se couche déjà. Il s’arrête. L’Enclave est loin maintenant. Loin avec son Paradis, son nuage, ses artistes. S’il continue à monter, il arrivera chez lui. Neuf étages, à monter dans un escalier circulaire qui se rétrécit à chaque palier. En haut, l’appartement. Il n’arrive pas vraiment à penser que c’est chez lui. C’est chez Lui, plutôt. Pour lui, c’est le neuvième cercle, la porte qu’on ne repasse pas.
Il hausse les épaules et recommence à monter, plus lentement. Après tout, il devrait avoir l’habitude maintenant, non ? Même si une voix au fond de son crâne lui répète qu’il ne devrait pas avoir l’habitude. Qu’il peut faire demi tour, que des dizaines de mains se tendent autour de lui, pour le sortir de son Enfer. Qu’il n’est pas obligé.
Il continue à monter. Il chasse Pierrick de son esprit, pour un temps. Pour ne pas céder. Pour ne pas repartir. Pour être capable d’endurer. Il efface tout ce qui fait qu’il est Lui. Ses yeux noirs deviennent d’un brun terne. Ses cheveux blonds perdent leur lumière. Se perd sa douceur, ses gestes leur grâce. Sa voix perd sa musique, son sourire devient torve. Son regard perd ses étoiles. Sa silhouette devient lourde, difforme, sa démarche se fait maladroite.
Il passe la porte. Quelques secondes plus tard, le goût du sang envahit sa bouche. La voix basse, suave, sucrée à en devenir écoeurant retentit à son oreille. Il n’entend pas ce qu’il dit et retient de justesse un sourire. Lucifer. C’est très exactement ça.
Les heures ont passé. Lentement, à leur rythme. Ponctuées par le clignotement, rouge vif, du réveil. Charles se décide à se traîner hors de son lit et s’assied sur sa fenêtre, le dos contre la barre métallique. Son bras douloureux pend dans le vide, la main frôlant le mur rugueux, laissant de légères traces d’un brun trop sombre sur le mur sale.
L’immeuble est particulièrement haut, mais pas en hauteur. Son horizon est limité par les collines qui encerclent Paris, enfermant la capitale dans une cuvette où tout stagne, lui faisant perdre toute sa magie, les lumières étouffées par les nappes de pollution.
Le soleil se lève, les premiers rayons apparaissent entre les immeubles qui se dessinent en ombres chinoises dans le lointain. Son regard se pose sur son horloge, même s’il sait que sa vue est trop trouble pour qu’il puisse distinguer les chiffres lumineux dans la pénombre, le manque flagrant de sommeil l’empêchant de voir - pire que d’habitude, déjà qu’en temps normal c’est pas franchement brillant. Abandonnant, il se résigne à regarder au niveau de l’avenue.
Dans la demi pénombre, sous un réverbère, Pierrick a levés les yeux vers lui. Ils se regardent, un temps, sans faire de gestes, laissant la lumière reprendre lentement ses droits sur les ombres. Un chant s’élève dans l’arbre voisin. Ils échangent un sourire amusé, le genre de sourire qui n’appartient qu’a deux personnes qui s’aiment (trop, bien sûr). En se retenant de rire, Charles lit sur les lèvres du blond la phrase qui lui-même prononce en silence.
« C’est con, un rossignol, pourquoi ça chante même quand tout va mal ? »
Puis Pierrick s’éloigne, lentement. Il monte dans sa voiture, garée à peine plus loin mais déjà trop pour que Charles puisse le voir. Il démarre, s’éloigne. C’est la fin d’une histoire, le début de deux autres. Charles sourit, essuie une goutte de sang qui à coulé sur son œil depuis son arcade éclatée. Il regarde à nouveau l’avenue, mais cette fois c’est le bitume qu’il fixe, fredonne une phrase qu’il a entendue, quelque part.
« Suicide is the proof of life »
A suivre (si vous, oh lecteurs pragmatiques, estimez que ça vaut le coup)
20/07/05
Verdict : écrire au soleil est le meilleur moyen d’écrire des conneries qui ressemblent, en plus, à rien. Est-ce que c’est juste une impression, ou bien la fin est vraiment guimauve ?
Au fait, les menaces de mort, les chèques (o), les félicitations, les remarques constructives (viiii, je veuuuuux), les déclarations d’amour, c’est par reviews.