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Mon ange
Aline et Nathalie étaient des sœurs très proches. Probablement plus proches que la plupart des sœurs ! Elles avaient toujours tout partagé : leurs joies, leurs déceptions, leurs secrets les plus profonds. Jamais elles ne s’étaient disputées.
Elles avaient loué un appartement ensemble pour rester toujours aussi proches. Parfois le soir, elles partaient, à tour de rôle, faire des petits achats à l’épicerie du coin, à la suite de quoi elles se passaient leurs films préférés à la télé.
Aline admirait sa sœur pour toute la bonté dont elle faisait preuve et pour son amour infini pour les enfants. Elle écrivait des livres pour enfants qu’elle illustrait elle-même. En effet, Nathalie avait un véritable talent pour le dessin. Malheureusement, aucun éditeur n’avait remarqué son talent pour l’écriture.
Elles étaient serveuses dans le même restaurant, ce qui permettait de payer le loyer en attendant mieux. Un plus de cela, Nathalie était bénévole dans un centre pour venir en aide aux SDF. Cette jeune était vraiment très généreuse.
Avec toutes ces occupations, il est difficile d’imaginer qu’elle avait le temps de s’amuser. Pourtant, c’était bien le cas. Elle trouvait toujours du temps à consacrer à sa sœur. Elles allaient à la patinoire, au cinéma, à la piscine, ou encore elles se promenaient tout simplement ! Mais quoi qu’elles fassent, cela s’accompagnait toujours de grands éclats de rire.
Un soir où c’était le tour de Nathalie de se rendre à l’épicerie, un terrible événement se produisit. Deux hommes entrèrent dans le magasin. Ils étaient armés et comme le gérant ne se décidait pas à ouvrir la caisse, ils tirèrent sur Nathalie.
Aline avait entendu le coup de feu depuis l’appartement dont la fenêtre était grande ouverte. Son cœur se serra tandis qu’un étrange pressentiment l’assaillit. Au fond d’elle, elle savait ce qui s’était passé.
Elle courut aussi vite qu’elle le put. Arrivée à l’épicerie, elle trouva sa sœur allongée sur le sol. Du sang s’échappait de son ventre et recouvrait déjà les dalles. Le gérant était au téléphone avec les secours auxquels il donnait son adresse.
Aline s’agenouilla auprès de sa sœur et lui prit la main. Nathalie ouvrit les yeux lentement.
-Bonjour soeurette ! Je t’aime.
-Moi aussi je t’aime Nat. On a appelé les secours ! Tout va bien se passer, tu verras !
-Ne t’inquiète pas, je veillerai sur toi là-haut, je te le promets.
-Non, ne dis pas ça, tu vas t’en sortir, il le faut !
Aline pleurait toutes les larmes de son corps. Etrangement, Aline, malgré la douleur violente qu’elle ressentait, restait calme.
-Je te souhaite de vivre heureuse ma petite Aline, et surtout, n’oublie pas que je t’aime.
Sur ces quelques mots, ses paupières se fermèrent doucement, sa poitrine cessa tout mouvement.
-NOOON !! Je t’en pris, ne fais pas ça, ne me quitte pas, bats toi !
Les ambulanciers arrivèrent à ce moment précis. Une infirmière éloigna Aline et tenta de la calmer tandis que les ambulanciers tentaient de réanimer sa sœur. Mais il était trop tard. Nathalie était morte, il n’y avait plus rien à faire.
L’année qui suivit fut très pénible pour Aline, on l’imagine sans peine. Elle ne sortait plus, ne parlait plus et mangeait à peine. Si Florence, sa meilleure amie après sa sœur, n’avait pas été là, elle aurait très probablement rejoint Nathalie.
Elle espérait que sa sœur était heureuse là où elle était, et qu’on l’aimait au moins autant qu’elle l’aimait.
Un jour, après une visite de Florence, son regard s’arrêta sur le bureau de sa sœur, auquel elle n’avait pas touché depuis sa mort. Elle ouvrit le premier tiroir et en sortit tous les documents qu’il contenait. Elle passa la journée puis la nuit à lire toutes ces histoires qui étaient sorties de la tête de Nathalie. Elle finit par s’endormir et rêva de sa sœur. Elle revit ce que la défunte avait fait pendant sa courte vie.
En se réveillant, Aline avait pris une grande résolution : puisqu’elle avait tant admiré sa sœur, il était temps de lui rendre justice. Pour cela, elle rassembla tous les écrits accompagnés des esquisses de sa sœur. Elle en fit de nombreuses copies et les envoya à tous les éditeurs qu’elle avait pu dénicher.
Mais elle ne s’arrêta pas à cela. Petit à petit, elle se mit à écrire et à dessiner elle aussi. Comme sa sœur, il s’agissait de livres d’enfants. Elle s’engagea en tant que bénévole dans le même centre que Nathalie. En marchant sur ses traces, Aline avait en quelque sorte le sentiment de faire revivre sa sœur disparue si tragiquement.
Florence était rassurée en la voyant revenir peu à peu à la vie, d’autant plus que son amie, auparavant si réservée, discutait maintenant avec tout le monde. Elle s’ouvrait à la société comme jamais encore elle ne l’avait fait.
Puis ce fut un sentiment d’inquiétude qui l’assaillit. En effet, Aline commençait maintenant à s’habiller comme Nathalie. Cela n’annonçait rien de bon : les changements étaient beaucoup trop importants, ce n’était pas normal.
Un jour, elle rentra de chez le coiffeur complètement transformée. Elle avait teint ses cheveux de manière à ce qu’ils soient du même roux que ceux de sa sœur et elle s’était faite faire la même coupe de cheveux ! La situation était inquiétante : elle ne se contentait plus de rendre justice, elle voulait être Nathalie. Cependant, Florence n’osait lui en parler, de peur de la mettre en colère.
Le moment tant espéré se présenta enfin : une maison d’édition avait répondu positivement ! Elle avait rendez-vous avec un certain monsieur Jenkins le lendemain. Elle attendait cette entrevue avec impatience.
Le lendemain, en arrivant devant cet homme, elle avait perdu tous ses moyens tant elle avait peur !
-Bonjour monsieur Jenkins.
-Voyons, appelez moi Henry ! Je peux vous appeler Aline ?
-Bien sûr !
Il ne la quitta pas du regard. Il semblait mémoriser les moindres contours de son visage. Cela la mettait mal à l’aise, d’autant plus qu’il était très bel homme !
-Je vais aller droit au bout : ce que vous écrivez me donne envie de redevenir un enfant !
-Ce n’est pas de moi, mais de ma sœur. Elle est décédée il y a un an et demi.
-Je suis navré, veuillez m’excusez. Toutes mes condoléances !
-Merci.
-Je suppose que vous désirez voir le travail de votre sœur reconnu, et à juste titre d’ailleurs ! Ne vous en faites pas, il y aura juste quelques papiers à signer.
-J’ai moi-même écrit quelques petites choses. Je me demandais si vous accepteriez de les lire.
-Avec grand plaisir ! Donnez les moi, je les lirai ce soir et je vous ferai part de ma décision demain soir devant un dîner. Je vous invite au restaurant.
-Merci, mais cela ne me semble pas très professionnel !
-Bien sûr que si, je le fais tous les jours.
-Et bien dans ce cas, à demain soir !
Tout le reste de la journée, il lui avait été impossible de réfléchir. Ce dîner, ça sonnait plutôt comme un rendez-vous galant, surtout sachant qu’il ne l’avait pas quittée des yeux une seule seconde ! Elle était obligée de reconnaître que cet homme l’attirait. Il était charmant, il savait mettre les gens en confiance et il semblait très gentil.
C’est pourquoi elle passa son après-midi à trouver une robe digne de ce nom, tout en restant dans ses moyens !
Le dîner était enfin arrivé. Henry lui fit remarquer qu’elle était radieuse, ce qui la fit fortement rougir.
-Hier vous m’avez dit que ce dîner n’était pas très professionnel. Je dois reconnaître que vous aviez raison. Normalement, je vous aurais téléphoné pour vous dire que j’aimais ce que vous écriviez ( ce qui est le cas ) et vous auriez parlé paperasse avec ma secrétaire. Mais je mourais d’envie de vous revoir !
-Oh !
-Vous semblez gênée.
-C’est que je n’ai pas l’habitude de ce genre de déclarations ! Cela dit ça me touche beaucoup !
Le reste du dîner, elle le passa à parler de sa sœur et de leur ancienne vie commune.
Six mois plus tard, Aline admirait la vue qu’elle avait depuis l’une des fenêtres de la maison d’Henry, leur maison. Ce dernier s’approcha d’elle.
-Tu m’aimes encore Henry ?
Si elle avait posé la question c’était parce qu’elle avait beaucoup changé depuis leur première rencontre. En dehors de l’écriture, elle avait abandonné toutes ses autres activités. Ses chevaux avaient retrouvé leur brun naturel. Elle était tout simplement redevenue elle-même.
-Evidemment ! Pourquoi cette question ?
-C’est que ce n’était pas moi mais Nathalie, j’ai volé sa vie. C’est moi qui aurais du mourir ce soir là et elle qui devrait être à tes côtés en ce moment !
-Rassure-toi ! Dès lors que tu avais parlé de ta sœur, j’avais compris que tu n’étais pas celle que tu montrais et à force de rencontres j’avais fini par comprendre qui tu étais réellement ! A quoi tu penses ?
-Je ne pense pas, je parle à Nathalie. Je lui dis que je l’aime et qu’elle avait raison : elle veille sur moi là haut. Je la remercie d’être mon ange gardien. C’est tout de même grâce à elle qu’on s’est rencontré ! Mais j’aurais tant aimé que ce soit en d’autres circonstances et qu’elle soit avec nous maintenant !