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Auteur : sofi
Rating : M
Disclaimer : Les personnages m'appartienent toujours.
Note
: Cette seconde fin a été commencé après
reflexion sur vos reviews. J'ai compris que mes personnages n'étaient
plus tout à fait à moi, mais aussi aux lecteurs. Mais
ne pensez pas que j'ai écrit cette seconde version sous la
contrainte: j'y ai pris au contraire beaucoup de plaisir! Je ne
suprimerai pas la première séquelle car à un
moment précis j'ai eu BESOIN de l'écrire et que sans
elle il n'y aurai pas eu celle là. En esperant que Mimi Yuy et
Mélindra puissent me pardonner et aimer cette fin
Note
2 : La dernière phrase de cette histoire est issue de la
dernière lettre que Saint-John écrivit à Jeane
Eyre dans le roman éponyme. Mais si le pasteur parle alors de
Dieu, Thomas lui, pense à Dimitri.
Master and Servant
Je ferme la dernière page, je pose
mes lunettes et je regarde l'heure. Tout compte fait, je dois
remettre mes lunettes pour arriver à la lire. 21H42. C'est
tard pour un vieillard. Alors à petits pas, je vais ranger
l'album photo que je feuilletais et je me couche en éteignant
la lumière.
Mais l'insomnie est l'apanage des personnes
âgées, non?
Je n'ai pas besoin de regarder pour
savoir l'emplacement des meubles de cette chambre somme toute cossue.
Aucun ne m'appartient, sauf la petite commode contenant quelques
livres et sur laquelle repose Alan (seizième du nom). C'est
que je vis dans une maison de retraite entourée d'un parc
immense, près d'un village où l'on aimait passer nos
vacances, mon Tsar et moi.
Oh, et j'oubliais: je possède
aussi une toile d'une mètre sur un mètre vingt. Elle a
une trentaine d'années et les couleurs sont ternies mais c'est
un si bon souvenir.
Je venais de passer la quarantaine et Dim
serai bientôt à la retraite. Natacha nous avait invité
au vernissage d'une de ses amies. C'était le genre de soirée
que je n'aimais pas mais Dimitri m'y emmenait inlassablement malgré
mes protestations aussi vaines que justifiées. Il y avait
toujours des tas de gens que je ne connaissais pas et que je n'avais
pas envie de connaitre, entrain de s'exclamer sur des bouts de bois
pourris entassés ou des toiles qui portaient quasi
invariablement le nom de « Sans titre numéro X ».
C'est donc en trainant des pieds que j'entrais dans la galerie déjà
remplie de monde. Les tableaux bien que très esthétiques
me paraissait vide de sens quand je LE vis. Il faisait parti d'une
série intitulée « Épanchement de la
conscience de l'Homme ». Au moins, il avait un titre. Je
m'arrêtais pour l'examiner puis j'allais chercher mon
tsar.
-Oui?
-J'aime ce tableau.
Mon ancien DRH (Nicolas et
moi avions été contactés par une petite
entreprise prometteuse dix ans auparavant) jeta un coup d'oeil furtif
à la toile: une tache translucide sans forme distincte
baignait dans un vert quasi transparent.
-Ah?
-On dirait une
amibe.
Dim s'approcha pour lire le carton, regarda la toile puis
me regarda à nouveau. Il sorti vite et je le rejoint sur le
trottoir: il s'essuyait les yeux d'une main en se tenant le ventre de
l'autre. Et entre deux éclats de rire répétait
"une amibe"... Quand il eu fini de se moquer de moi, nous
sommes allez féliciter l'artiste, et pour une fois, j'étais
sincère dans mes compliments. J'aurai oublié
l'événement si une semaine plus tard, Dim n'était
pas rentré avec un carton sous le bras et un air
d'autosatisfaction inébranlable sur le visage. Je lui
demandais si il avait enfin trouvé un cadre pour le pêle-mêle
de photographies qu'il voulait réaliser. Il répondit
non et me tendit le paquet. C'était mon amibe!
Si l'âge
n'avait pas arrangé son caractère, il n'avait pas non
plus fait passer sa manie aussi horripilante qu'attendrissante: celle
de me couvrir de cadeaux. C'était sa manière à
lui de me prouver qu'il m'aimait. Parce qu'il ne le disait que très
rarement.
Vous vous demandez surement ce qu'il y a dans ces
albums photos que je conserve comme de saintes reliques et que je
feuilletais tout à l'heure. Ceux sont des carnets de voyages
que Dim aimait réaliser. Il y mettait les photos que nous
avions prise (même les ratées avec mon doigts au beau
milieu de l'objectif), des cartes postales, des fleurs séchées,
des croquis qu'il avait dessiné...
Il en créait un
pour chaque voyage que nous faisions. Et Dieu, ou n'importe qui, sait
que nous avons voyagé.
Au début de notre relation,
nous travaillions tous les deux énormément et nous ne
nous permettions qu'une excursion par an. Nous avons visité
Bangkok, Sydney, Tokyo, Moscou et bien d'autres capitales de pays
plus ou moins lointains.
Avec le temps, Dimitri a mit un frein à
son rythme de travail. Son coeur surmené et fatigué
nous avait fait peur et il avait comprit que la vie était
quelque chose de bien trop précieux pour la gaspiller.
Alors
dès que nous avions quelques jours ensemble nous partions, pas
forcément loin, mais cela nous faisait une petite bulle
d'oxygène. L'hiver à l'océan, avril en Italie,
l'été au bord de la Seine, l'automne en Écosse...
autant de voyage, autant de petit carnet, autant de souvenir
heureux.
Mais finalement, l'entreprise dans laquelle je
travaillais dû licencier, pour raison économique.
J'avais cinquante-trois ans. Je fis parti des premiers à qui
elle notifia le départ.
J'étais effondré.
Alors qu'au lendemain de cette sinistre nouvelle, je commençais
à lire les petites annonces, Dim me retira le journal des
mains.
-Tu cherches déjà du travail?
-J'ai passé
la cinquantaine, Dim! Je ne sais même pas si je pourrai en
retrouver...
-Et moi, j'ai soixante-quatorze ans. Reste à
mes côtés, Thomas, s'il te plait.
Je vis alors pour
la première fois, dans ses yeux délavés entouré
de petites rides qui les faisaient toujours sourire, la peur de la
mort et de la solitude.
La vie était trop importante pour
être gaspillée.
Je l'embrassais en jetant le journal
à la corbeille.
Les presque six ans qui suivirent furent
les plus doux qu'il m'ai été donné de vivre. Je
travaillais de temps en temps pour l'entreprise que Sahra avait
monté, histoire de ne pas perdre la main. Et d'avoir un
semblant de vie sociale, ce à quoi tenait absolument
Dimitri... Nous ne voyagions quasiment plus. Mais nous sortions
encore: nous n'aurions loupé pour rien au monde la
rétrospective Bunel à la cinémathèque, ni
Tristan und Isolde de Wagner, à l'opéra.
(Je vous
avoue tout de même que j'aurai très bien pu survivre
sans ce dernier... les romantiques ne sont vraiment pas ma tasse de
thé. Mais j'aurai dû subir le regard chargé de
reproche de mon bougon de Tsar pendant des semaines.)
Et puis Dimitri s'endormit.
Je retrouvais un emploi dans le trimestre
qui suivi grâce aux relations qui je m'étais fait en
travaillant "au noir". Cela m'évitait de réfléchir
et de me retrouver seul dans une maison bien trop vide sans son
propriétaire. Vide et froide. Un peu comme moi.
Je
déménageais d'ailleurs bien vite pour un studio sans
âme. Sans son odeur ni sa présence. Sans son
souvenir.
Natacha venait me rendre visite. Souvent. Elle était
maintenant grand mère.
"Tu es le seul a qui je peux
parler de papa des heures sans bailler une seule fois."
Et
son mari me détestait toujours autant.
Il faut dire que le
jour de leur mariage, le photographe m'avait prit pour le futur époux
: "Vous êtes si bien assorti tous les deux!" Je n'ai
qu'à me rappeler des visages décomposés de
Laurent et de Dimitri pour que le fou rire qui nous avait prit avec
Natacha revienne. Dim a saisi ma main d'une façon si
possessive qu'un panneau lumineux " Propriété
privée" autour de mon cou n'aurai pas été
utile. Et le regard de Laurent nous aurai tué, le photographe
et moi même, si il en avait eu le pouvoir.
A la réflexion,
non. Il nous aurai tabassé, enfermé dans le coffre
d'une voiture, mit la dite voiture en presse et aurai exposé
le "césar" sur le linteau de la cheminée de
son salon.
Mais sinon, sincèrement, Laurent est quelqu'un
de bien.
Pour en revenir à l'appartement, j'y suis resté à peine plus de dix ans. Et cela fait bientôt deux ans que je loge ici, dans cette pension.
Oh bien sur
quand je regarde en arrière, tout n'a pas été
rose et il y a bien de choses que je regrette : des disputes
inutiles, des mots blessants, des pleurs amers.
Mais j'ai aimé
et j'ai été aimé en retour. Et rien n'est plus
important à mes yeux. Car bientôt, très bientôt,
je vais retrouver celui qui n'est plus à mes côtés.
Mon maître m'a averti. Chaque jour Il m'annonce plus clairement ma délivrance.
FIN