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Fiction » Romance » Master and Servant font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: le.temps.des.cerises
Fiction Rated: M - French - Romance - Reviews: 25 - Published: 09-01-05 - Updated: 01-11-07 - Complete - id:1998278

Auteur : sofi
Rating : M
Disclaimer : Les personnages m'appartienent toujours.
Note : Cette seconde fin a été commencé après reflexion sur vos reviews. J'ai compris que mes personnages n'étaient plus tout à fait à moi, mais aussi aux lecteurs. Mais ne pensez pas que j'ai écrit cette seconde version sous la contrainte: j'y ai pris au contraire beaucoup de plaisir! Je ne suprimerai pas la première séquelle car à un moment précis j'ai eu BESOIN de l'écrire et que sans elle il n'y aurai pas eu celle là. En esperant que Mimi Yuy et Mélindra puissent me pardonner et aimer cette fin
Note 2 : La dernière phrase de cette histoire est issue de la dernière lettre que Saint-John écrivit à Jeane Eyre dans le roman éponyme. Mais si le pasteur parle alors de Dieu, Thomas lui, pense à Dimitri.

Master and Servant

Je ferme la dernière page, je pose mes lunettes et je regarde l'heure. Tout compte fait, je dois remettre mes lunettes pour arriver à la lire. 21H42. C'est tard pour un vieillard. Alors à petits pas, je vais ranger l'album photo que je feuilletais et je me couche en éteignant la lumière.
Mais l'insomnie est l'apanage des personnes âgées, non?
Je n'ai pas besoin de regarder pour savoir l'emplacement des meubles de cette chambre somme toute cossue. Aucun ne m'appartient, sauf la petite commode contenant quelques livres et sur laquelle repose Alan (seizième du nom). C'est que je vis dans une maison de retraite entourée d'un parc immense, près d'un village où l'on aimait passer nos vacances, mon Tsar et moi.
Oh, et j'oubliais: je possède aussi une toile d'une mètre sur un mètre vingt. Elle a une trentaine d'années et les couleurs sont ternies mais c'est un si bon souvenir.

Je venais de passer la quarantaine et Dim serai bientôt à la retraite. Natacha nous avait invité au vernissage d'une de ses amies. C'était le genre de soirée que je n'aimais pas mais Dimitri m'y emmenait inlassablement malgré mes protestations aussi vaines que justifiées. Il y avait toujours des tas de gens que je ne connaissais pas et que je n'avais pas envie de connaitre, entrain de s'exclamer sur des bouts de bois pourris entassés ou des toiles qui portaient quasi invariablement le nom de « Sans titre numéro X ». C'est donc en trainant des pieds que j'entrais dans la galerie déjà remplie de monde. Les tableaux bien que très esthétiques me paraissait vide de sens quand je LE vis. Il faisait parti d'une série intitulée « Épanchement de la conscience de l'Homme ». Au moins, il avait un titre. Je m'arrêtais pour l'examiner puis j'allais chercher mon tsar.
-Oui?
-J'aime ce tableau.
Mon ancien DRH (Nicolas et moi avions été contactés par une petite entreprise prometteuse dix ans auparavant) jeta un coup d'oeil furtif à la toile: une tache translucide sans forme distincte baignait dans un vert quasi transparent.
-Ah?
-On dirait une amibe.
Dim s'approcha pour lire le carton, regarda la toile puis me regarda à nouveau. Il sorti vite et je le rejoint sur le trottoir: il s'essuyait les yeux d'une main en se tenant le ventre de l'autre. Et entre deux éclats de rire répétait "une amibe"... Quand il eu fini de se moquer de moi, nous sommes allez féliciter l'artiste, et pour une fois, j'étais sincère dans mes compliments. J'aurai oublié l'événement si une semaine plus tard, Dim n'était pas rentré avec un carton sous le bras et un air d'autosatisfaction inébranlable sur le visage. Je lui demandais si il avait enfin trouvé un cadre pour le pêle-mêle de photographies qu'il voulait réaliser. Il répondit non et me tendit le paquet. C'était mon amibe!
Si l'âge n'avait pas arrangé son caractère, il n'avait pas non plus fait passer sa manie aussi horripilante qu'attendrissante: celle de me couvrir de cadeaux. C'était sa manière à lui de me prouver qu'il m'aimait. Parce qu'il ne le disait que très rarement.

Vous vous demandez surement ce qu'il y a dans ces albums photos que je conserve comme de saintes reliques et que je feuilletais tout à l'heure. Ceux sont des carnets de voyages que Dim aimait réaliser. Il y mettait les photos que nous avions prise (même les ratées avec mon doigts au beau milieu de l'objectif), des cartes postales, des fleurs séchées, des croquis qu'il avait dessiné...
Il en créait un pour chaque voyage que nous faisions. Et Dieu, ou n'importe qui, sait que nous avons voyagé.
Au début de notre relation, nous travaillions tous les deux énormément et nous ne nous permettions qu'une excursion par an. Nous avons visité Bangkok, Sydney, Tokyo, Moscou et bien d'autres capitales de pays plus ou moins lointains.
Avec le temps, Dimitri a mit un frein à son rythme de travail. Son coeur surmené et fatigué nous avait fait peur et il avait comprit que la vie était quelque chose de bien trop précieux pour la gaspiller.
Alors dès que nous avions quelques jours ensemble nous partions, pas forcément loin, mais cela nous faisait une petite bulle d'oxygène. L'hiver à l'océan, avril en Italie, l'été au bord de la Seine, l'automne en Écosse... autant de voyage, autant de petit carnet, autant de souvenir heureux.

Mais finalement, l'entreprise dans laquelle je travaillais dû licencier, pour raison économique. J'avais cinquante-trois ans. Je fis parti des premiers à qui elle notifia le départ.
J'étais effondré. Alors qu'au lendemain de cette sinistre nouvelle, je commençais à lire les petites annonces, Dim me retira le journal des mains.
-Tu cherches déjà du travail?
-J'ai passé la cinquantaine, Dim! Je ne sais même pas si je pourrai en retrouver...
-Et moi, j'ai soixante-quatorze ans. Reste à mes côtés, Thomas, s'il te plait.
Je vis alors pour la première fois, dans ses yeux délavés entouré de petites rides qui les faisaient toujours sourire, la peur de la mort et de la solitude.
La vie était trop importante pour être gaspillée.
Je l'embrassais en jetant le journal à la corbeille.
Les presque six ans qui suivirent furent les plus doux qu'il m'ai été donné de vivre. Je travaillais de temps en temps pour l'entreprise que Sahra avait monté, histoire de ne pas perdre la main. Et d'avoir un semblant de vie sociale, ce à quoi tenait absolument Dimitri... Nous ne voyagions quasiment plus. Mais nous sortions encore: nous n'aurions loupé pour rien au monde la rétrospective Bunel à la cinémathèque, ni Tristan und Isolde de Wagner, à l'opéra.
(Je vous avoue tout de même que j'aurai très bien pu survivre sans ce dernier... les romantiques ne sont vraiment pas ma tasse de thé. Mais j'aurai dû subir le regard chargé de reproche de mon bougon de Tsar pendant des semaines.)

Et puis Dimitri s'endormit.

Je retrouvais un emploi dans le trimestre qui suivi grâce aux relations qui je m'étais fait en travaillant "au noir". Cela m'évitait de réfléchir et de me retrouver seul dans une maison bien trop vide sans son propriétaire. Vide et froide. Un peu comme moi.
Je déménageais d'ailleurs bien vite pour un studio sans âme. Sans son odeur ni sa présence. Sans son souvenir.
Natacha venait me rendre visite. Souvent. Elle était maintenant grand mère.
"Tu es le seul a qui je peux parler de papa des heures sans bailler une seule fois."
Et son mari me détestait toujours autant.
Il faut dire que le jour de leur mariage, le photographe m'avait prit pour le futur époux : "Vous êtes si bien assorti tous les deux!" Je n'ai qu'à me rappeler des visages décomposés de Laurent et de Dimitri pour que le fou rire qui nous avait prit avec Natacha revienne. Dim a saisi ma main d'une façon si possessive qu'un panneau lumineux " Propriété privée" autour de mon cou n'aurai pas été utile. Et le regard de Laurent nous aurai tué, le photographe et moi même, si il en avait eu le pouvoir.
A la réflexion, non. Il nous aurai tabassé, enfermé dans le coffre d'une voiture, mit la dite voiture en presse et aurai exposé le "césar" sur le linteau de la cheminée de son salon.
Mais sinon, sincèrement, Laurent est quelqu'un de bien.

Pour en revenir à l'appartement, j'y suis resté à peine plus de dix ans. Et cela fait bientôt deux ans que je loge ici, dans cette pension.

Oh bien sur quand je regarde en arrière, tout n'a pas été rose et il y a bien de choses que je regrette : des disputes inutiles, des mots blessants, des pleurs amers.
Mais j'ai aimé et j'ai été aimé en retour. Et rien n'est plus important à mes yeux. Car bientôt, très bientôt, je vais retrouver celui qui n'est plus à mes côtés.

Mon maître m'a averti. Chaque jour Il m'annonce plus clairement ma délivrance.

FIN


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