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Fiction » Supernatural » Je m'appelle Stéphane, j'ai dixsept ans et je sui font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Mouf Mouf
Fiction Rated: K - French - Supernatural/Romance - Reviews: 7 - Published: 09-01-05 - Updated: 09-01-05 - id:1998283

Auteur : L’ange gardien

Disclaimer Ces personnages sortent de mon esprit (pour une fois qu’il en sort kekchose !), je vous prierais donc de ne pas les utiliser.

Genre : Sais jamais quoi mettre là, moi… Surnaturel avec anges et démons vus de façon différente, et toujours romance.

Note : Cette fic est le début de l’arc en deux parties ‘‘Je m’appelle Stéphane…’’ Le suite est ‘‘Je m’appelle Stéphane, j’ai dix-sept ans et je suis un ange’’

Le vent s’engouffrait dans les grands canyons, remontant le long des parois déchiquetées et pliant les quelques arbres qui restaient. Une silhouette était assise au bord d’un précipice, contemplant sans le voir le paysage de désolation qui s’offrait à elle. Les yeux perdus au loin, elle laissait les bourrasques rabattre ses longs cheveux dans sa figure. Elle ne bougeait pas d’un pouce, pourtant tout en elle aurait voulu se lever et courir droit devant elle en hurlant. Une main se posa sur l’épaule de la jeune fille, la faisant bondir. Ses grandes ailes noires se déployèrent, fouettant l’air autour d’elle. Toute personne non avertie serait tombée en arrière. Mais l’homme qui l’avait touchée s’était envolé avant de se faire envoyer à terre. Il se posa lentement.

-Excuse-moi, Cal, fit la jeune fille en refermant ses ailes. Je ne me contrôle plus.

Le jeune homme la considéra un instant, puis s’assit à côté d’elle. Il passa une main dans ses cheveux bruns puis regarda son amie, de nouveau enfermée dans son mutisme. Les larmes avaient laissé des traces sur ses joues, ses yeux étaient cernés et rouges. Cal soupira. Depuis bientôt une semaine, la jeune fille avait été introuvable, folle de douleur. Passant un bras autour des épaules de celle qu’il appelait petite sœur, il l’attira contre lui et la berça.

-Ecoute, Leara… Je sais que tu souffres de la mort de Manéeï. Elle nous manque à tous. Ce qui lui est arrivé est injuste.

Son amie tourna la tête vers lui.

-Les anges me le paieront ! siffla-t-elle.

Cal sortit une photo de la poche de son pantalon de cuir noir. Il la regarda un instant puis la tendit à la jeune fille.

-Voici comment tu vas te venger des Ailes blanches, dit-il comme elle regardait le visage sur papier glacé. Grâce à lui. C’est un futur ange. Il ne va pas tarder à mourir, tu dois détruire son âme avant que les anges ne la sauvent.

La jeune fille hocha la tête et se leva en déployant ses ailes. Mais Cal la rattrapa par la main.

-Attends ! Juste une chose. Les autres n’ont pas été discrets la dernière fois. N’accélère pas les choses, laisse-le mourir comme c’est écrit.

Cal haussa les épaules en réponse au regard interrogateur de Leara.

-Ordres de Lucifer, fit-il en se levant.

-Alors je m’incline, répondit son amie en s’envolant.

Le démon la regarda disparaître, puis il s’éloigna du bord de la falaise avant de disparaître, comme aspiré dans le sol.

‘‘Je m’appelle Stéphane, j’ai dix-sept ans, et je suis mort’’

Le soleil inondait le couloir, illuminant les différentes portes. Des rayons frappèrent les longues mèches blondes de l’adolescent qui passait, faisant cligner ses yeux gris anthracite. Le jeune homme se tira la langue en passant devant le miroir. A 17 ans, Stéphane était grand et carré d’épaules, et ses cheveux retombaient sur son visage doux aux traits fins. Figure d’ange, disait sa mère. Mais lui ne s’était jamais rien trouvé d’angélique !

-Si quelqu’un est un ange dans cette famille, pensa-t-il en ouvrant doucement une porte ornée d’un petit nounours, c’est plutôt Sara !

Il entra silencieusement dans la chambre encore plongée dans l’obscurité et s’approcha du lit. La couette remontée jusqu’aux épaules et toute tire-bouchonnée, les longs cheveux châtains répandus sur l’oreiller, la bouche entrouverte, sa petite sœur dormait encore. Stéphane s’assit sur le bord du lit et repoussa une mèche du visage de sa sœur. A huit ans, elle était la prunelle de ses yeux. L’enfant plissa le nez et remua, dérangée dans son sommeil.

-Debout, petite marmotte ! murmura son frère en se penchant vers elle.

Il déposa un baiser sur sa joue, et la petite ouvrit ses yeux dorés. Encore ensommeillée, elle sourit à Stéphane et lui tendit les bras. Le jeune homme soupira en souriant, puis la prit dans ses bras. L’enfant s’accrocha à son cou et posa sa tête sur l’épaule de son grand frère.

-Tu ne te rendors pas, hein ? fit le jeune homme.

-Non, non, répondit sa sœur en baillant.

Stéphane sourit et descendit les escaliers en direction de la cuisine. Il déposa Sara sur une chaise devant son bol de chocolat.

-Merci, mon chéri, fit sa mère en arrivant dans un tourbillon.

Les mêmes cheveux que sa fille, Aliénor avait légué ses yeux à son fils. Elle se pencha sur sa petite dernière pour l’embrasser. Stéphane sourit au tableau qu’elles formaient. Les mèches de la mère et de la fille entremêlées, sa mère dans sa longue robe aux couleurs automnales et Sara en chemise de nuit blanche, elles ressemblaient à deux princesses. Le jeune homme s’approcha d’elles et les serra toutes les deux dans ses bras. Sa mère l’embrassa sur la joue et Sara tira sur la jambe de son jean.

-Oui, ma puce ? fit-il en s’accroupissant à son niveau.

-Tu rentreras ? demanda-t-elle.

Stéphane sentit son cœur se serrer. Quatre ans que leur père était parti, et Sara avait toujours peur qu’on l’abandonne. Tous les matins, elle demandait à son frère s’il reviendrait.

-Promis, chaton, répondit le jeune homme en déposant un baiser sur sa joue.

Lorsqu’il se releva, sa mère lui sourit. Ils n’avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Stéphane attrapa son sac et, après un dernier sourire, il sortit de chez lui. Offrant son visage aux rayons du soleil, il sentit son moral faire un bond en avant. Il était heureux, il avait la vie devant lui de toute façon…

Les grands bâtiments du lycée Marc Lévy se dressaient au cœur de la grande ville, accueillant le flot des lycéens. Perdu dans ses pensées, Stéphane faillit percuter la jeune fille qui marchait devant lui.

-Excuse-moi, fit-il en souriant.

Sans se retourner, elle hocha la tête et accéléra. Un peu étonné, le jeune homme pénétra dans la cour. Aussitôt, une tornade lui fonça dessus.

-Stéphane ! Stéphane ! Regarde dans le journal, c’est incroyable ! Ils disent…

-Bonjour, Connor, fit Stéphane en réprimant un fou rire.

Son ami s’arrêta juste avant de le percuter. Il secoua la tête pour chasser une mèche rousse qui lui tombait dans les yeux et sourit à son ami.

-Salut ! fit-il.

Inséparables depuis des années, Stéphane et Connor s’étaient connus à la maternelle. Ils avaient commencé par se battre pour un ours en peluche l’heure de la sieste, avant de s’endormir en lui tenant chacun une patte.

-Salut Castor et Pollux ! fit un de leurs amis en passant.

Les deux adolescents se regardèrent et éclatèrent de rire. Surnom hérité de leurs années de collège, il les avait poursuivis jusqu’au lycée ! Sans que personne n’ait été en mesure de leur expliquer en quel honneur ils portaient le nom des jumeaux mythiques…

-Maintenant que tu as appris la politesse, fit Stéphane, qu’est-ce que tu voulais me dire à propos de ce fameux journal ?

Connor lui tira la langue avant de lui coller les papiers sous le nez. Un gros titre attira aussitôt l’attention de Stéphane.

Troisième mort suspecte d’un adolescent

-Adolescent sans histoire, Antonin Preklian a trouvé la mort dans des circonstances suspectes, lut le jeune homme à voix haute. Tombé de la fenêtre de sa chambre au seizième étage, il s’est écrasé au pied de son immeuble. Effondrés, ses parents ne comprennent pas. Ils n’ont entendu aucun cri, aucun bris de verre. Lorsqu’ils sont entrés dans la chambre de leur fils, sa fenêtre était fermée, sa chambre sens dessus dessous. Cette mort étrange rejoint celles de Malia Opalina et Baptiste Lofire. Rappelons que les deux adolescents…

Stéphane leva les yeux du journal et croisa le regard doré de son ami.

-Trois en deux mois, ça fait beaucoup ! s’exclama-t-il en repliant le journal.

Connor hocha la tête. Passionné de surnaturel, il suivait l’affaire des morts suspectes depuis le début. Jusqu’ici, personne n’avait été capable d’établir la moindre relation entre elles, si ce n’est la tranche d’âge des victimes. Et surtout, pas l’ombre d’une explication. Le suicide était à écarter –à moins qu’Antonin n’ait refermé la vitre dans son saut, capable de faire du sur-place-, de même que l’accident. Le tueur en série également, les victimes étant toujours seules au moment de leur mort…

-Je n’y comprends rien du tout, soupira-t-il en suivant Stéphane dans la salle de classe.

-Quelle surprise, le Sherlock de Marc Lévy perdu dans une affaire ! railla son ami.

Connor lui tira la langue en s’asseyant.

-C’est ça, moque-toi ! En attendant, j’espère que personne de notre entourage ne mourra de cette manière !

L’arrivée du professeur de maths dispensa Stéphane de répondre. Le jeune homme soupira en sortant ses affaires. Quelle plaie, les cours ! Il n’en pouvait plus ! Heureusement que le week-end arrivait ! Le cours débuta, plongeant tous les élèves dans un silence plus ou moins studieux face aux équations. Soudain, trois coups légers frappés à la porte leur firent relever la tête.

-Entrez ! cria le professeur.

La porte s’ouvrit sur un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un costume gris. Dans un seul mouvement, tous les élèves se levèrent. Le proviseur hocha la tête.

-Excusez-moi de perturber votre cours, Mr Alianer, fit-il avant de se tourner vers les élèves. Bonjour jeunes gens. Je voudrais vous présenter une nouvelle élève, récemment inscrite à Marc Lévy. Mlle Daemon ?

Toutes les têtes se tournèrent vers l’embrasure de la porte. Une jeune fille entra, croisant le regard de chacun. Ses longs cheveux blond vénitien étaient ramenés derrière ses épaules et attachés seulement au bout, à l’exception de deux mèches passées devant ses oreilles à la manière indienne et retenues par un bandeau sur le front, une mitaine cachait sa main gauche. Vêtue d’un pantalon noir et d’un pull blanc, un collier noir serré autour du cou et un autre plus lâche, fine chaîne noire au bout de laquelle brillait une boule argentée, ce qui frappait pourtant le plus chez elle, c’était son regard. Vert émeraude, un peu en amande, on aurait dit des yeux de chat, méfiants et scrutateurs. Elle s’arrêta près du proviseur, sans cesser de soutenir le regard de tout le monde. Plus d’un élève détourna les yeux, vaincu à ce petit jeu. Le proviseur posa une main paternelle sur l’épaule de la jeune fille. Stéphane crut un instant voir le regard de la jeune fille flamboyer, mais cela disparut si vite qu’il se demanda s’il n’avait pas rêvé.

-Leara Daemon vient d’arriver et fera désormais partie de votre classe, fit-il en souriant, je vous demanderais donc de l’accueillir convenablement. Mr Alianer, je vous la confie.

Là-dessus, il sortit, laissant les élèves se relever puis s’asseoir. Le sac sur une épaule inclinée, Leara se tourna vers le professeur, le regard interrogateur.

-Bien Mlle, allez prendre place. Nous en étions à travailler sur des équations du deuxième degré. S’il y a quelque chose que vous ne comprenez pas, surtout demandez-moi !

La jeune fille hocha la tête puis traversa les rangs de tables vers le fond de la classe et s’installa à une table, sans paraître tenir compte le moins du monde des regards tournés vers elle. Puis fatalité oblige, les élèves durent retourner aux équations, et se détournèrent de Leara.

-Alors c’est lui… pensa Leara en fixant le dos de Stéphane, les mèches qui retombaient sur la nuque et l’expression concentrée du visage qu’elle ne voyait que de trois-quarts. D’accord, future Aile Blanche, regarde-moi bien, mon visage sera la dernière chose que tu verras…

Le dernier cours s’acheva enfin, arrachant presque un cri de joie à Stéphane.

-Pff, soupira Connor, elle devient folle cette prof ! Non mais franchement, un devoir comme ça, c’est du délire ! Par deux, fit-il en singeant le professeur, vous allez apprendre à vous connaître, passer du temps ensemble… Et gnagnagna et gnagnagna ! Avec qui tu es tombé ?

-Leara Daemon, répondit Stéphane en la cherchant du regard.

Il la repéra près de l’escalier, attendant que passe la foule des élèves et cherchant manifestement quelqu’un du regard. Stéphane l’observa, sans vraiment s’occuper de ce que disait Connor. Il avait un drôle de pressentiment au sujet de cette fille, comme si elle était une panthère dans la peau d’un chaton. Quelque chose l’attirait chez elle, en même temps qu’une petite voix lui disait de se méfier…

Leara soupira. Elle n’avait rien contre les humains en temps normal, mais qu’est-ce qu’ils pouvaient parfois être agaçants ! ça faisait dix minutes qu’elle était plantée là à attendre de pouvoir passer ! Elle avait repéré sa cible et se retrouvait même avec lui pour ce stupide devoir ! Apprendre à se connaître ! La jeune fille éclata de rire intérieurement. Ce serait amusant de voir sa tête lorsqu’elle répondrait à ses questions : Quand es-tu née ? Oh, il y a un ou deux siècles ! Ou bien : Quelle est ton ambition ? Elle est très simple : détruire tous les anges !

Soudain, une bande de collégiens dévala les escaliers à toute vitesse, bousculant Leara. Son premier réflexe fut d’ouvrir ses ailes, mais un bras passé autour de sa taille la retint et l’empêcha de tomber. La jeune fille sentit les plumes d’une de ses ailes heureusement encore invisibles frôler un bras.

-Merci, fit-elle en relevant la tête… et en repliant ses ailes.

Stéphane plongea dans une révérence exagérée.

-A votre service, gente dame ! s’exclama-t-il en souriant.

Malgré elle, Leara éclata de rire.

-Eh, Leara ! s’exclama un jeune homme brun en passant. Pour votre devoir, l’une des premières choses à savoir à propos de Stéphane c’est qu’il est complètement siphonné !

-Faux frère ! cria le jeune homme en tirant la langue à son ami qui s’échappa en riant. Si on se voyait demain après-midi pour travailler, fit-il en se tournant vers la jeune fille, ça te va ? Le bar La mouette assoiffée, tu connais ?

Comme Leara secouait la tête, Stéphane lui expliqua comment s’y rendre.

-L’un des barmans est un ami, ajouta-t-il, tu verras, c’est très sympa ! Allez, à demain !

Le jeune homme s’éloigna après un signe de la main et rentra chez lui, impatient de retrouver sa mère et sa sœur, sans voir que Leara le suivait de loin.

La ville scintillante s’étendait à ses pieds, étirée vers la mer au loin. Les cheveux soulevés et le visage giflé par le vent porteur d’embruns, Leara sourit. Assise tout en haut de la plus grande église de la ville, une véritable cathédrale, elle dominait toute la ville. Véritable océan de lumière, son bruit ne parvenait tout de même pas si haut. Si les humains qui s’agitaient en dessous avaient pu se douter qu’un démon des Enfers se baladait parmi eux et était même assis sur une de leurs cathédrales !

-Brave bête, fit la jeune fille en tapotant la tête de la gargouille à côté d’elle.

Elle sourit. Et dire que les humains croyaient que ces monstres de pierre repoussaient les esprits hostiles ! Ridicule ! Cela faisait d’ailleurs beaucoup rire Manéeï, avant…

Son regard retourna se poser sur la ville, et plus précisément sur une rue, celle où se trouvait la maison de cette future Aile Blanche. Stéphane… Les dernières recommandations de Cal lui revinrent à l’esprit. Son ami s’était assis près d’elle comme elle se brossait les cheveux.

C’est la première fois qu’une mission t’oblige à rester près de ta cible si longtemps, et en plus sous sa forme humaine. Conduis-toi comme une adolescente normale envers lui, il ne doit rien soupçonner. Mais ne te laisse pas abuser, Leara : s’il doit être un ange, c’est qu’il est un monstre au fond de lui, ou du moins qu’il en deviendra un, même s’il a l’air gentil. N’oublie jamais à quel point les anges sont des monstres. Ils nous tuent depuis des siècles, organisent des raids et des attaques surprises

Leara retira le gant qui couvrait sa main droite et caressa sa paume. Il y était imprimé au fer rouge le nom de Manéeï, aussi douloureusement que dans son cœur. La jeune fille le considéra un instant, puis ferma le poing si fort que ses ongles rentrèrent dans sa peau, faisant perler des gouttes de sang, comme les larmes à ses yeux. Je te vengerai, Manéeï, je te le promets… Les yeux fermés, elle se rappela sa sœur de cœur : rousse, le visage rieur, les yeux pétillants… Morte lors d’un raid d’anges, l’un d’entre eux l’avait froidement assassinée dans son sommeil, alors qu’elle était sans défense. Ce jour-là, beaucoup de sang et de larmes avaient coulé. Leara était alors devenue comme folle, et l’ange responsable n’avait jamais su qui l’avait tué…

Leara se leva en remettant son gant et se retourna. Sur le vitrail, face à elle, un ange au visage doux lui souriait, ses ailes blanches déployées. Il semblait respirer la gentillesse et la bonté. La jeune fille eut un rire sans joie. Quelle blague ! Les humains ne voyaient vraiment pas plus loin que le bout de leur nez, ils n’étaient que des enfants aveugles ! Résistant à l’envie de briser le vitrail, Leara resserra les lacets de cuir qui s’entrecroisaient sur son bras droit, ouvrit ses ailes noires et s’envola dans la nuit, plongeant silencieusement avec le vent sur la ville. Elle tournoya un moment, se laissant porter par la brise marine. Demain reprendrait sa surveillance. L’Oracle a vu l’accident un après-midi. Ne le lâche pas jusqu’à ce qu’il arrive ! Les paroles de Cal résonnaient encore à ses oreilles… Perdue dans ses pensées, la jeune fille ne vit pas venir l’attaque, et ne dut son salut qu’à un coup de vent violent qui la jeta hors de portée de la lame effilée qui l’attaquait. Tous les sens en alerte, Leara se redressa et reprit le contrôle de son vol.

-Montre-toi ! cria-t-elle en direction du ciel.

Des nuages masquaient la lune et quelques étoiles, derrière lesquels pouvait se cacher son agresseur. Soudain, l’un d’entre eux se déchira et un tourbillon fondit sur la jeune fille qui esquiva.

-C’est gentil de passer dire bonjour ! lança-t-elle en se retournant.

Face à elle se tenait un ange aux ailes blanches déployées, au nombre de quatre. La vache, j’ai droit à un commando d’élite ! Les cheveux roux noués en catogan, les yeux flamboyants, il pointait devant lui une longue épée translucide, à la lame striée de lignes obliques et verticales, d’arabesques compliquées et de cercles. Il ne prononça pas un mot, mais les message était clair : il ne la laisserait pas s’emparer de l’âme de Stéphane ! Ils devaient y tenir à ce futur ange pour le protéger de la sorte ! Un ange gardien aussi puissant ne se trouvait pas sous le sabot d’un cheval !

-Dansons, toi et moi, fit Leara.

Elle sortit son poignard de sa ceinture et fixa l’ange. Un duel muet s’engagea, les deux antagonistes restant immobiles. Un affrontement de volonté et de haine… Finalement, l’ange bondit en avant sur Leara, qui esquiva de côté. Mais l’être aux ailes blanches avait prévu sa réaction et agi en conséquence : le flanc de la jeune fille rencontra le tranchant de l’épée, qui l’entailla profondément. Serrant les dents, elle refusa de hurler de douleur, avant de contre-attaquer. Son poignard croisa l’épée, faisant jaillir des étincelles argentées. D’un coup d’aile, Leara déséquilibra son adversaire et lui planta sa lame dans l’épaule. L’ange riposta aussitôt, et la jeune fille se jeta en arrière, sentant la lame lui effleurer la gorge. Il est doué… L’ange continuait de plonger sur elle, la lame tournoyante. Si les humains en dessous avaient levé la tête, ils auraient pu voir un curieux ballet aérien, silencieux et meurtrier, dont les danseurs tournoyaient autour de la cathédrale…

Leara prit conscience que le jeune homme était plus puissant qu’elle et qu’il finirait par la tuer si le combat continuait ainsi. Jouant le tout pour le tout, elle lança son poignard sur l’ange qui volait vers elle. Il n’eut pas le temps d’esquiver et la lame alla se ficher dans son cœur. Ses yeux s’arrondirent de surprise, il lâcha son épée qui tomba et alla se planter dans la pierre de l’église, puis ses yeux s’éteignirent. Ses ailes blanches déployées le suivant comme un étendard, il s’effondra et s’abattit près de son épée, face au vitrail de l’ange. Leara atterrit silencieusement à côté de lui et retira d’un geste sec son poignard de la poitrine de l’ange. Elle essuya le sang sur les ailes blanches avant de se redresser.

-Voilà ce que tu aurais dû être, fit-elle à voix basse en contemplant le vitrail.

Réprimant à nouveau son désir de fracasser le vitrail, Leara déploya ses ailes et disparut dans la nuit. Elle disposait de quelques jours avant que les Ailes Blanches ne se rendent compte que l’ange gardien de Stéphane était mort. L’accident du jeune homme avait intérêt à arriver rapidement, sinon les anges reviendraient, et en nombre cette fois-ci. La valeur de Stéphane devait être grande à leurs yeux, car jamais encore Leara n’avait vu un ange si puissant protéger un humain. La jeune fille traversa les nuages, savourant la fraîcheur de l’air et les gouttelettes qui cinglaient son visage. Lorsqu’elle sortit des nuages, elle se retrouva face à une lune pleine et énorme, qui brillait d’une lueur spectrale. J’ai intérêt à faire attention dans les jours qui viennent. Après un dernier regard à la lune et aux étoiles, elle replongea vers la ville, oiseau noir et silencieux…

La mer venait briser ses vagues sur le sable doux de la petite plage, léchant les pieds des promeneurs. Stéphane sourit en voyant un enfant de trois ans à peine crier de plaisir en touchant l’eau et courir maladroitement après la vague qui se retirait. Il lui rappelait Sara au même âge. Jetant un coup d’œil à sa montre, l’adolescent sursauta. Mince, il allait être en retard ! Remontant la plage en courant, il déboucha sur une petite rue avant d’arriver devant un petit café. Une jeune fille aux longs cheveux blond vénitien était plantée sous l’enseigne bleu pâle, représentant une mouette au bec ouvert et sous laquelle s’étalait ‘‘A la mouette assoiffée’’.

-C’est sympa comme nom, tu trouves pas ? fit Stéphane en s’approchant.

-C’est marrant, répondit Leara en se retournant. Et bonjour quand même ! ajouta-t-elle avec un sourire.

-Excuse-moi, bonjour, dit Stéphane en se passant une main dans les cheveux. On entre ?

La jeune fille acquiesça. L’adolescent lui ouvrit la porte. Surprise par sa galanterie, Leara eut un instant d’hésitation avant d’entrer. Aussitôt, elle fut séduite par l’ambiance du café. Ancien et moderne s’y côtoyaient, les tables en bois ancien se mariant avec les vitres au design moderne, les photos variaient entre des paysages maritimes et des œuvres de fiction et la musique qui passait était contemporaine. Mais Leara vit dans la pile de C.D à côté de la minichaîne des disques qui avaient bien vingt ans. La voix de Stéphane la tira de ses pensées.

-Cyril ! appela-t-il.

Une tête surgit de dessous le bar, des mèches de cheveux plein les yeux. Un grand sourire illumina le visage aux fines taches de rousseur. Le jeune homme qui s’approcha devait avoir dans les dix-sept ans, estima Leara. Il s’approcha de Stéphane et lui serra la main.

-ça faisait longtemps qu’on ne t’avait pas vu ici, p’tite tête ! s’exclama Cyril. Comment tu vas ?

-Bien, répondit Stéphane en riant. Et toi ?

-Cyril ! appela une voix claire, empêchant le jeune homme de répondre.

Celui-ci se retourna, et Stéphane vit un visage couvert de farine émerger de la cuisine. Les cheveux noirs mi-longs, un œil turquoise et l’autre vert émeraude, la jeune fille attrapa un torchon et s’approcha d’eux, s’essuyant le visage.

-Stéphane, voici Gwen, fit Cyril en prenant la main de l’adolescente. Gwen, Stéphane et…

-Leara, répondit son ami. Excuse-moi, fit-il en s’adressant à la jeune fille.

Souriante, Leara secoua la tête et serra la main des deux autres. Soudain, son regard plongea dans celui de Cyril. Elle eut la désagréable impression que les yeux bleu foncé nébuleux fouillait dans son âme et lisaient en elle, sans qu’elle puisse rien faire. Heureusement, un éclat de rire détourna l’attention du jeune homme.

-Mes félicitations, mon grand ! s’exclama Stéphane. Tu as réussi à te déclarer ! Gwen, bon courage !

Gwen et Cyril rougirent, tandis qu’un garçon aux cheveux noirs et aux yeux verts pétillants s’esquivait derrière le bar en riant.

-Dylan, je vais te tuer ! s’exclama Cyril.

Tous les clients tournèrent la tête vers eux en souriant. Visiblement, ce genre de menace fusait souvent…

-Gwen ! appela une voix depuis la cuisine.

-J’arrive, Marie ! répondit la jeune fille. Cyril, il faudrait que tu viennes nous aider, s’il te plaît.

Le jeune homme s’inclina avec une grimace ironique.

-A vos ordres, princesse ! fit-il en souriant.

Gwen lui tira la langue, sourit aux deux autres et disparut dans la cuisine. Cyril conduisit Stéphane et Leara à une table en terrasse à leur demande et attendit leur commande. Mais Stéphane se contenta de fixer son ami en souriant. Intriguée, Leara fit passer son regard de l’un à l’autre.

-Quoi ? finit par demander Cyril.

-Non, rien, répondit son ami. Elle est adorable, et je suis content pour toi, c’est tout.

Cyril lui sourit. Il prit la commande des deux adolescents et disparut entre les tables. Stéphane sortit le questionnaire du professeur de son sac et le posa devant lui.

-Au boulot ! fit-il avec une grimace en regardant Leara.

La jeune fille soupira et sortit son exemplaire. Le questionnaire comptait quatre pages, de dix questions chacune. Elle ne l’avait même pas regardé la veille. On va dire que j’étais un peu légèrement beaucoup très occupée à sauver ma peau ! Cyril revint bientôt et posa les boissons sur la table, Perrier pour Stéphane et menthe à l’eau pour Leara. Penché au-dessus de l’épaule de la jeune fille, il jeta un coup d’œil aux feuilles. Avec une grimace, il leur souhaita bon courage avant de disparaître dans la cuisine dont il ressortit bientôt en courant, couvert de farine et poursuivi par un torchon volant. Tous les clients éclatèrent de rire, Stéphane le premier. Leara se surprit à sourire en le voyant ainsi. Secouant la tête, elle se morigéna. C’est un monstre en devenir, ne l’oublie jamais ! Regardant la première question, elle réprima un rictus. ça commence bien !

-On y va ? fit Stéphane.

-A l’attaque ! dit Leara. Quelle est ton ambition dans la vie ?

-Faire un métier qui me permettra d’aider le maximum de gens, répondit-il. Et toi ?

Détruire ton âme lors de ta mort et t’empêcher de devenir un ange !

-Trouver un moyen d’arrêter les guerres, dit-elle. Empêcher les morts inutiles pour des raisons idiotes.

Stéphane hocha la tête et écrivit sur son papier.

-Pourquoi penses-tu être sur Terre ? fit-il en lisant la deuxième question. C’est pas possible, où est-ce qu’elle a été nous chercher des trucs pareils ?!

Je suis pas sur Terre, je vis en dessous !

-Parce que mes parents avaient décidé d’avoir un enfant, répondit Leara en souriant.

-Bonne raison ! fit Stéphane en éclatant de rire.

L’après-midi passa en un éclair, au fil des questions plus ou moins farfelues du professeur. Enfin, ils arrivèrent à la fin du questionnaire.

-Quelle est la personne la plus chère à ton cœur ? demanda Leara.

Le jeune homme réfléchit un court instant.

-Ma petite sœur Sara, répondit-il enfin. Elle a huit ans. Et toi ?

Le cœur de Leara se serra. Quelques temps auparavant, elle aurait répondu Manéeï. Mais maintenant ? Qui était réellement la personne qui comptait le plus pour elle ? Sa famille était morte du temps où elle était encore humaine, sa sœur de cœur était morte… Pour la première fois, la jeune fille prit conscience du vide autour d’elle. Elle sentit des larmes lui brûler les yeux. Se levant brusquement, elle quitta le café et se précipita sur la plage sans répondre aux appels de Stéphane. Debout devant la mer, les bras serrés autour d’elle, elle s’efforça de retenir ses larmes. Pourquoi avait-il fallu qu’il lui pose cette question ? Quel imbécile ! Malgré tout, Leara avait conscience d’être injuste. Il ne servait à rien d’accuser Stéphane de tous les maux, cela ne ramènerait pas Manéeï. Mais qu’est-ce qu’elle lui manquait ! Des pas derrière elle la sortirent de ses pensées. Elle se retourna et se retrouva face à Stéphane. Les yeux interrogateurs, le jeune homme ne lui posa aucune question.

-Je suis désolé, dit-il doucement, je ne voulais pas te faire de mal.

Leara essuya rageusement les larmes qui perlaient encore à ses paupières et secoua la tête.

-C’est rien, fit-elle, ça va aller.

Stéphane hocha la tête. Soudain, face à ses yeux gris inquiets et perdus, Leara sentit une envie impérieuse de lui dire ce qui lui faisait si mal.

-J’ai perdu une amie il y a peu de temps, dit-elle avant de se rendre compte de ce qu’elle faisait. Elle était comme ma sœur.

Stéphane posa une main sur son épaule.

-Je vais dîner à La Mouette assoiffée avec des amis, Connor, Cyril, Gwen… Tu veux venir avec nous ?

Leara faillit refuser, mais sa mission n’était pas terminée. Le soleil n’était pas encore couché, l’accident pouvait survenir n’importe quand. De plus, elle n’avait aucune envie de se retrouver seule ce soir. La compagnie d’humains, si étranges et si différents d’elle, en même temps si proches, la tentait bien.

-D’accord, accepta-t-elle.

Marie sourit en regardant au fond du café. La table des dix adolescents était de loin la plus bruyante de toutes ! Elle vit Cyril dire quelque chose, se pencher vers Gwen et passer un bras autour de ses épaules, tandis que les autres éclataient de rire. Souriante, la jeune femme se détourna.

-Dites, les gars, fit Stéphane, y a pas quelqu’un qui voudrait m’aider, demain ? C’est l’anniversaire de Sara. On va être envahis de petits lutins de huit ans !

Un par un, tous les adolescents présents secouèrent la tête en s’excusant.

-Moi je veux bien, fit Leara en levant la main.

-C’est vrai ? s’écria le jeune homme. Tu me sauves la vie !

Tout le monde éclata de rire.

-Eh, Stéphane ! s’exclama Dylan. Sur quoi vous travailliez cet après-midi ?

-Un questionnaire tordu ! répondit le jeune homme avec une grimace. Je ne me souviens plus des questions. Leara ?

La jeune fille sourit. Elle avait eu du mal à se mettre au diapason au début de la soirée, mais maintenant tous la traitaient comme l’un des leurs. Il lui semblait qu’elle se trouvait au milieu de ses amis, au cours d’un dîner sous terre !

-Des trucs du style : Pourquoi pensez-vous être sur Terre ? Si le ciel n’était pas bleu, de quelle couleur le verriez-vous ? fit-elle en riant. Complètement disjonctée, cette prof !

Toute la tablée éclata de rire. Stéphane vida son verre de grenadine puis se pencha vers Leara.

-Tu m’excuses deux secondes, fit-il avec un clin d’œil, je t’abandonne avec la bande de zozos.

La jeune fille hocha la tête.

-J’essaierai de survivre !

Une serviette en papier s’écrasa sur son nez comme Stéphane s’éloignait. Surprise, Leara mit un instant à réagir. Elle faillit déployer ses ailes pour riposter, comme avec les siens, mais elle se retint. Faisant une boule de sa propre serviette, elle l’envoya dans la figure de Connor, responsable de la précédente ‘‘attaque’’. La figure ébahie du garçon la fit éclater de rire. Comme elle avait trop chaud, Leara retira son pull blanc.

-J’adore ton haut ! s’exclama Claire.

Surprise, la jeune fille haussa un sourcil et baissa le nez sur son ventre. Elle avait oublié de se changer ! Le haut qu’elle portait était celui des démons guerriers ! Noir et aux manches réduites à deux bandes qui barraient ses bras sous les épaules, trois fermetures à boucles, comme des ceintures, barraient son ventre. Elles cachaient son bandage au flanc qui, grâce aux pouvoirs de Cal, ne la gênait plus.

-Merci, fit-elle, un peu gênée.

Le retour de Stéphane la dispensa d’explications. L’air triomphant, il brandissait une guitare, suivi de Marie. Plus loin dans le café, quelques personnes déménageaient les tables, dégageant un espace rond au centre de la pièce.

-J’ai l’autorisation de la patronne, fit-il en posant l’instrument sur les genoux de son ami. Mesdames et messieurs, annonça-t-il d’une voix forte en se tournant vers les autres clients, j’espère que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que mon ami Cyril ici présent nous joue un air. Cyril, une chanson ! scanda-t-il en frappant dans ses mains. Cyril, Cyril !

Bientôt, toutes les personnes présentes dans le restaurant reprirent ses paroles, la tablée du jeune homme encore plus fort, bien sûr. Rouge comme une tomate, Cyril accorda sa guitare, se leva de sa chaise et s’assit sur la table, un pied sur sa chaise. Calant sa guitare contre lui, il commença de gratter les cordes, émettant une mélodie rythmée. Sa voix s’éleva, juste et douce.

-Ooh oh, Ooh oh oh

Ooh oh, Ooh oh oh

To the path they leave to distance

To the great unknown

Now we’re here to reach assistance

Now you’re on your own!

But if you’re looking for a new world…

Just stop and up your eyes…

Because it’s not

Quite paradise

You should feel like home

Tout le monde restait sous le charme. Soudain, Gwen se leva, attrapa la main de Claire et celle d’Emmanuel, et les entraîna sur la piste de danse improvisée. Eclatant de rire, les trois amis se mirent à danser, essayant d’improviser une chorégraphie. Mais Emmanuel s’ingéniait à faire le contraire des deux filles, ce qui fit rire toute l’assistance.

Cyril termina sa chanson sous les applaudissements, et descendit de la table. Il allait se rasseoir lorsqu’une musique au rythme syncopé s’éleva du fond de la salle. Tournant la tête, Stéphane vit Dylan à la sono, la main sur le volume. Les trois adolescents sur la piste se mirent à se déhancher au rythme de la chanson des Daft Punk, One more Time. Eclatant de rire, Stéphane vit Cyril se faire attraper par Gwen et entraîner sur la piste de danse. Mais ce fut Leara qui rit la dernière en voyant son expression lorsque Marie l’attrapa par le col de son T-shirt et le tira derrière elle ! Tout d’abord surpris et un peu gêné, Stéphane se laissa séduire par le rythme et se déchaîna bientôt au milieu des autres. Restée seule à sa table, Leara se surprit à sourire en le regardant. Mais que lui arrivait-il ?

Prise d’une intuition soudaine, elle voulut se lever, mais une main se tendit vers elle et un visage descendit à son niveau comme la musique se faisait plus douce. Un regard gris anthracite entrecoupé de mèches blondes plongea dans le sien.

-Mademoiselle ? fit Stéphane avec un sourire.

Le premier réflexe de Leara fut de refuser. Mais le regard du jeune homme la retint. Un elle ne savait quoi qui y brillait, une petite flamme y retint son attention. Au lieu de partir, Leara prit sa main et se leva, le suivant sur la piste avant de se déchaîner à son tour…

La soirée dura jusque tard dans la nuit, et peu à peu chacun se rassit. Soudain, Cyril s’approcha de Stéphane, assis avec les autres à une table dehors et lui colla la guitare dans les mains.

-Chacun son tour, mon grand ! fit-il avec un clin d’œil.

Il fit signe à Dylan de stopper la sono et appela les clients qui restaient. Tous se regroupèrent autour du jeune homme et suivirent Cyril qui réclamait une chanson. Marie éteignit les lumières et les rejoignit. Stéphane tira la langue à son ami et s’installa comme lui sur sa table, les pieds sur la chaise. Appuyant la guitare contre lui, il leva le nez en quête d’inspiration. Dans le ciel parfaitement dégagé brillaient les étoiles par milliers. Baissant les yeux vers Leara qui le regardait, il lui sembla que les siens brillaient autant que les astres. Une mélodie lui revint en mémoire, une chanson si belle que lorsqu’il l’avait écoutée pour la première fois, il avait senti son cœur se serrer et ses yeux s’emplir de larmes. Une mélodie douce et mélancolique s’éleva de la guitare comme le jeune homme pinçait les cordes. Sa voix s’éleva, plus grave et plus douce que celle de Cyril.

-Stay… with me

Don’t far to sleep too soon

The angels can wait

For a moment

Come… real close

Forget the world outside

Tonight we belong

It’s finally you and I

Ooh, it wasn’t made to feel like this

Ooh, not without you

Cause when I look at my life

All these pieces falling’to braise

Just wouldn’t rime without you

When I see how I try

Seem to rain up before your face

You’re staying in my heart

The place where we are

Was written in the stars

Leara sentit son cœur se serrer comme les mots échappés des lèvres de Stéphane s’envolaient vers les étoiles. La musique la bouleversait et réveillait quelque chose en elle, qui lui donnait une impérieuse envie de fuir loin d’ici. Malgré tout, la jeune fille resta assise à sa place, les yeux perdus dans les étoiles, bercée par la voix de Stéphane.

Stéphane monta les escaliers à pas de loup pour ne pas réveiller sa sœur. Sa mère l’avait déjà intercepté dès qu’il était entré dans la maison, avec un grand sourire. Le jeune homme avait rougi et lui avait tiré la langue devant son expression un peu moqueuse. Qu’est-ce qu’elle était agaçante avec sa capacité à tout deviner à mi-mot ou même sans paroles ! Alors qu’en lui, tout était si confus.

Le jeune homme poussa la porte de sa chambre et se laissa tomber tout habillé sur son lit. Les mains sous la tête, il contempla le ciel par la fenêtre ouverte qui lui faisait face. Il était différent de celui qu’il avait regardé du café. Peut-être parce que… Sa porte s’ouvrit, le tirant de ses pensées. Se relevant sur un coude, Stéphane vit entrer Sara en chemise de nuit blanche, un ours en peluche blond dans une main et l’autre sur la poignée. Les yeux pleins de sommeil, elle s’approcha de son frère qui lui tendait les bras.

-Allez, viens là, chaton, fit-il. Tu as fait un cauchemar ?

La fillette hocha la tête et vint se blottir contre lui.

-A quoi tu pensais ? demanda-t-elle en relevant le nez vers le jeune homme. Tu es amoureux ?

Son frère éclata de rire.

-Tu as trop d’imagination, ma puce, fit-il en lui caressant les cheveux. Rendors-toi.

Sara soupira et ferma les yeux, son nounours serré contre elle. Prenant soin de ne pas la bousculer, son frère se pencha vers le bout du lit et ramena la couette sur les épaules de l’enfant. Et si tu avais vu juste, petite fée ? Incapable de connaître la réponse, Stéphane ferma les yeux, sans se douter que, loin au-dessus de lui, assise sur sa cathédrale, Leara se posait les mêmes questions, avant de réagir comme lui : occultant ses pensées, elle s’envola et disparut dans les nuages.

Leara reposa les pieds sur le sol et inspira un fond en souriant. C’était ici, chez elle ! Sous terre, près des cascades souterraines et des lacs qu’elles formaient.

-Leara ! s’écria une petite voix aiguë comme un boulet de canon fonçait sur la jeune fille, manquant de la faire tomber.

-Bonjour Perita ! fit Leara en déployant ses ailes pour rétablir son équilibre.

L’enfant qu’elle tenait dans ses bras éclata de rire et s’écarta en battant des ailes. Les cheveux noirs, les yeux d’un bleu brillant, Perita était la sœur de Cal. Celui-ci arrivait d’ailleurs derrière elle, souriant à son amie.

-ça fait du bien de te revoir ! s’exclama-t-il en la serrant dans ses bras. Comment te sens-tu ? Tu as l’air fatigué.

-Je vais bien, ne t’inquiète pas, assura Leara.

La jeune fille sentit quelqu’un tirer sur le haut de son pantalon. Baissant les yeux, elle vit que Perita la regardait, cherchant à attirer son attention. Leara s’accroupit pour être à sa hauteur.

-Qu’est-ce qu’il y a, ma chérie ? demanda-t-elle en souriant.

-Tu veux bien dîner avec nous ? fit le petit démon en lui attrapant la main.

-J’ai déjà mangé, mais je veux bien venir avec vous, répondit Leara.

Perita poussa un cri de joie et sauta dans les bras de la jeune fille qui éclata de rire, imitée par Cal.

-Tu vas voir, fit-il en se mettant en marche, il y a toute la smala ! Ils vont être ravis de te revoir !

Leara sourit et suivit son ami. C’était ici sa vraie place, sa vraie vie. Son existence terrestre n’était qu’un souvenir entaché de douleur et de chagrin, qu’elle avait laissé loin derrière elle. Toutes les personnes, toutes les choses qui comptaient à ses yeux étaient ici et nulle part ailleurs. Maintenant qu’elle était rentrée à la maison, tout irait bien. Ce qu’elle avait cru voir au fond d’elle-même ne devait être qu’une hallucination, c’était impossible. Maintenant qu’elle était chez elle, tous ses doutes s’envolaient. Elle s’était trompée. En es-tu si sûre ? murmura une petite voix au fond de sa tête comme elle franchissait la porte de la maison de Cal. Mais les cris de joie et de bienvenue qui retentirent lorsqu’elle apparut lui firent oublier ses questions et elle se laissa happer par la chaleur qui se dégageait de la pièce.

Comme elle s’approchait de la maison, Leara entendait plus distinctement les cris des enfants et leurs éclats de rire. Elle arriva au portail de la maison de Stéphane, qui annonçait Les trois soleils sur un panneau de bois triangulaire. Trois soleils y étaient représentés, un jaune, un rouge et un orange. Amusée, la jeune fille poussa le portail et pénétra dans le jardin. Des cris provenant de derrière la maison lui parvinrent, et elle vit débouler Stéphane, poursuivi par une bande d’enfants armés de pistolets à eau, qui lui tiraient dessus.

-Leara ! s’exclama le jeune homme avec un grand sourire.

La contournant, il se cacha derrière elle.

-Protège-moi, je t’en supplie ! fit-il d’une petite voix. Y vont me tuer !

L’adolescente éclata de rire et étendit les bras de chaque côté. Les enfants s’arrêtèrent devant elle, toujours armés.

-Pourquoi l’attaquez-vous ? demanda Leara.

-Parce qu’il m’a attaquée le premier ! s’exclama une fillette aux yeux dorés.

-Tu es Sara, n’est-ce pas ? fit la jeune fille.

L’enfant opina et Leara se retourna vers Stéphane.

-C’est vrai, tu l’as attaquée ?

L’adolescent grimaça.

-Je voulais juste lui montrer comment ça fonctionnait, fit-il d’une voix de gamin en dansant d’un pied sur l’autre. C’était pas ma faute si Sara était sur la trajectoire du jet d’eau !

-Mauvaise excuse, fit Leara en secouant la tête. Les enfants, il est à vous ! ajouta-t-elle en faisant un pas de côté.

-Fausse sœur ! s’écria Stéphane en partant en courant, poursuivi par les enfants.

L’un d’entre eux colla un pistolet à eau dans les mains de Leara, qui resta un instant interdite, avant de se mettre à courir à son tour. Poursuivant Stéphane avec les enfants, elle les encourageait et lui tirait dessus. Avec un cri, le jeune homme accéléra et passa devant une porte. Sa mère éclata de rire et lui lança un énorme fusil à eau. Poussant un cri de joie, l’adolescent fit volte-face, le fusil pointé sur ses assaillants qui pilèrent. Avec un petit sourire, il les visa les uns après les autres. Eclatant de rire, il finit par arroser Leara. Surprise, la jeune fille mit un moment à réagir.

-A l’attaque ! s’exclama-t-elle.

Tous ensemble, les enfants tirèrent sur Stéphane qui se mit à reculer, une main tendue devant lui pour essayer de se protéger. Leara vit alors que derrière lui se trouvait une piscine gonflable pleine de mousse. S’approchant de côté de Stéphane, toujours aveuglé par l’eau, elle le vit buter contre la piscine et se rétablir. Elle bondit et le poussa, le faisant tomber dans la mousse. Son éclat de rire se changea en cri de surprise lorsque le jeune homme lui attrapa le bras et la fit tomber avec lui. Couverte de mousse, Leara se releva. Assis à ses pieds, Stéphane secoua la tête.

-Très jolie coiffure, fit-il en regardant Leara.

La jeune fille passa une main dans ses cheveux et les sentit couverts de mousse.

-C’est pas mal non plus chez toi, répliqua-t-elle en le repoussant dans la mousse.

Stéphane se releva et la fixa d’un regard faussement furibond, avant d’éclater de rire, imité par Leara. Les deux adolescents sortirent de la piscine sous les rires des enfants, trempés et couverts de mousse. Aliénor s’approcha d’eux et les enveloppa dans des serviettes.

-Séchez-vous bien, vous ne pourrez manger qu’une fois secs !

-Merci madame, fit Leara.

-Je t’en prie, appelle-moi Aliénor, Leara, répondit la jeune femme en souriant.

L’adolescente lui rendit son sourire et se sécha puis rejoignit les enfants avec Stéphane. Aliénor apporta le gâteau sur lequel brillaient les bougies. Sara sourit en entendant tout le monde lui souhaiter un bon anniversaire et souffla les bougies sans attendre sous les applaudissements. Elle ouvrit ses cadeaux, remerciant tous ses amis. Stéphane sortit un petit paquet de dessous la table et le lui tendit.

-Bon anniversaire, chaton ! fit-il comme elle l’ouvrait.

Sara découvrit une petite boîte et l’ouvrit. Elle en sortit une fine chaîne en or au bout de laquelle brillait un chaton aux yeux verts. Son frère le prit et, passant derrière elle, le lui attacha autour du cou. L’enfant regarda un instant son pendentif puis se retourna et sauta au cou de Stéphane.

-Merci ! s’exclama-t-elle en le faisant tomber à terre.

Le jeune homme éclata de rire en la serrant contre lui.

-De rien, ma puce !

Leara se sentit sourire en les voyant. Il y avait tant d’amour qui brillait dans leurs yeux à tous les deux !

-Je suis désolée, Sara, fit-elle avec un sourire d’excuse. Je n’ai pas eu le temps de t’acheter un cadeau.

-C’est pas grave, répondit la fillette. Tu es là, c’est déjà bien ! Tiens ! ajouta-t-elle en lui donnant une part de gâteau au chocolat.

Leara en resta sans voix. Elle ne sentit pas le regard de Stéphane qui la fixait, le sourire aux lèvres, tandis qu’elle assimilait les paroles de Sara. Souriante, elle finit par entamer sa part de gâteau, imitée par le jeune homme.

L’après-midi passa très vite, rythmé par les attaques des enfants, les parties de foot avec trois gardiens de but, où Stéphane s’illustra en faisant passer trois fois la balle dans ses propres buts. Il tomba une nouvelle fois dans la piscine et en ressortit à nouveau plein de mousse, ressemblant plus que jamais à un mouton. Enfin, les parents revinrent chercher leurs enfants. Le dernier parti, Leara aida Stéphane à ranger le jardin, complètement sens dessus dessous. Appelée par Aliénor, Sara les laissa se débrouiller seuls. Les deux adolescents rassemblèrent les jouets et les mirent en tas dans un coin.

-Merci d’être venue, fit Stéphane comme ils déposaient la dernière fournée.

-J’ai été très heureuse, répondit la jeune fille en souriant. Ta sœur est vraiment adorable.

Un sourire très doux naquit sur les lèvres de Stéphane.

-Je crois qu’elle t’a adoptée !

Leara éclata de rire, les yeux pétillants. Cela lui avait fait tellement de bien de jouer comme un enfant le temps d’un après-midi ! Elle avait oublié un temps son chagrin, sa mission, les guerres et les morts. En y repensant, son sourire disparut et elle détourna la tête. Qu’elle était stupide ! Avait-elle vraiment cru pouvoir y échapper ? Quelle ironie !

-Hé ! fit doucement Stéphane. Tout va bien ?

Le regard complètement perdu, la jeune fille tourna les yeux vers lui. En la voyant si désemparée, Stéphane sentit une envie irrésistible de la prendre dans ses bras et de la consoler, de la protéger pour toujours. Avant de se rendre compte de ce qu’il faisait, il lui caressa la joue et se pencha vers elle. Il s’arrêta un instant comme pour lui demander la permission, le visage si près du sien que la jeune fille pouvait voir tous les détails de ses iris. Leara tressaillit mais ne s’écarta pas, le regard plongé dans celui de Stéphane. Lorsque ses lèvres touchèrent les siennes, elle se laissa faire, fermant les yeux. Le jeune homme l’embrassa tendrement, libérant un amour qui était apparu si soudainement qu’il lui faisait peur. Soudain, Leara se détacha de lui et le repoussa.

-Non ! s’écria-t-elle, des larmes plein les yeux.

Elle s’enfuit en courant, laissant derrière Stéphane perdu et blessé.

Recroquevillée contre sa gargouille, en haut de la cathédrale, Leara tremblait de tous ses membres. Les genoux remontés contre sa poitrine, les ailes repliées autour d’elle comme un cocon, des larmes coulaient sur ses joues, sans qu’elle fasse un geste pour les essuyer. Elle sentait son cœur se déchirer entre les siens, sa mission, et Stéphane. Comment s’y retrouver ? Toute son âme n’était qu’un puit sans fond de douleur et de confusion, d’où il lui semblait entendre une petite voix crier. La sienne.

-Manéeï, pourquoi n’es-tu pas là ? sanglota-t-elle.

C’était impossible désormais, elle ne pouvait pas détruire l’âme de Stéphane ! Et dire qu’elle avait ri au nez de Cal lorsqu’il l’avait mise en garde contre ses sentiments dans cette mission ! Elle aurait mieux fait de l’écouter ! Voilà où elle en était, incapable d’accomplir ce pourquoi elle était là ! Oui mais… Pouvait-elle le laisser devenir un ange et une menace ? Il était doux maintenant, mais une fois que les Ailes Blanches auraient fait de lui l’un des leurs ? Avait-elle le droit de faire passer ses sentiments personnels avant la vie des siens ? Leara se leva et se tourna vers le vitrail de l’ange. Cédant à ses pulsions, elle le fracassa d’un coup de poing en plein dans la figure de l’être rayonnant. Le bras ensanglanté, elle déploya ensuite ses ailes et s’envola rapidement, comme si l’ange allait tenter de se venger. Il lui fallait trancher entre Stéphane et les siens et ce avant demain après-midi. Les yeux levés vers la lune, Leara hurla sa rage et son chagrin avant de disparaître dans les nuages…

Stéphane se fraya un chemin entre les lycéens à coups d’épaule. Il voyait danser devant lui la chevelure blonde de Leara. Il fallait absolument qu’il la rattrape, qu’il lui parle ! La jeune fille n’était pas venue en cours de la matinée, et depuis qu’elle était arrivée à ceux de l’après-midi, elle avait fait tout son possible pour l’éviter ! Elle s’ingéniait à disparaître dès qu’il s’approchait d’elle et quittait la classe dans les premiers ! A la sortie, Stéphane avait carrément planté Connor pour courir après Leara. Peu lui importait que ça paraisse ridicule et qu’on se moque de lui, il avait besoin de lui parler ! Enfin, après un dernier coup d’épaule, le jeune homme déboucha à l’air libre. Voyant que Leara allait disparaître dans un autre groupe, il bondit en avant et la rattrapa par le bras. La jeune fille ne se retourna même pas et se dégagea d’un mouvement brusque.

-Attends ! s’exclama Stéphane, hors d’haleine, les mains sur les genoux.

Devant lui, les cheveux blonds cessèrent de danser et s’immobilisèrent. Le jeune homme se redressa comme Leara se retournait. Les bras croisés, les yeux plus froids que la glace, elle le regarda sans dire un mot. Je l’ai donc blessée à ce point… Il ne pouvait bien sûr pas voir ce qui ce passait dans le cœur et l’âme de la jeune fille. Tout son être était à la torture de le voir face à elle. A cet instant, la seule chose qu’elle désirait plus que tout au monde, c’était qu’il la prenne dans ses bras et lui promette que tout s’arrangerait. Mais cela n’arriverait pas. Il s’approcha d’elle, se mordant la lèvre inférieure. Incapable de croiser son regard, Leara détourna les yeux, regardant la route derrière lui.

-Ecoute, Leara… fit-il d’une voix mal assurée. Je… Je voudrais m’excuser. Je ne voulais pas te faire de mal, je pensais que… Mais j’ai été stupide, exc…

-Sara ! s’écria soudain Leara en bondissant en avant.

Stéphane se retourna juste à temps pour la voir traverser la rue à toute vitesse. Au beau milieu, Sara marchait en lui faisant signe, un grand sourire aux lèvres, sans voir le camion qui lui fonçait dessus. Le conducteur ne la vit qu’au dernier moment. Il freina à mort en klaxonnant et patina sur la chaussée. Leara fit un dernier bond en avant et attrapa Sara par la taille, déployant ses ailes pour avoir plus de vitesse, la projetant avec elle sur le trottoir d’en face, hors de la trajectoire du poids lourd. Mais ce fut elle qui fut heurtée au bras et à la hanche par la carrosserie. Serrant les dents, elle s’efforça d’amortir leur chute à toutes les deux avec ses ailes, tout en s’efforçant de continuer à les rendre invisibles. Les deux filles percutèrent le bitume. Tout s’était passé si vite que les gens mirent un instant à réagir. Un homme empoigna son portable et appela une ambulance. Leara rouvrit les yeux un instant, juste pour voir Stéphane penché sur elle. Serrant sa sœur contre lui, il écarta les mèches de cheveux du visage de Leara, les yeux pleins de larmes. La jeune fille tenta de lui sourire mais sombra dans les ténèbres, emportant comme dernier souvenir les hurlements des sirènes des ambulances et comme dernière sensation une douleur lancinante à la hanche.

Leara battit des paupières. Elle voyait encore flou et ne reconnaissait rien. Où était-elle ? Elle tenta de se redresser brusquement, mais un mal de tête intense lui donna envie de hurler de douleur. Retombant sur son oreiller, elle leva la main droite pour repousser ses cheveux de son visage. Surprise, elle vit qu’un bandage recouvrait son bras. Essayant à nouveau de s’asseoir, elle en sentit un autre à sa hanche. La pièce cessant de danser la samba, elle vit des murs blancs, des fenêtres partout à sa droite qui continuaient derrière elle, une chaise… Je suis à l’hôpital ! Mais comment y était-elle arrivée ? Peu à peu, ses souvenirs lui revinrent. Stéphane, Sara, le camion… Elle avait dû s’évanouir après l’accident. J’espère que Sara n’a rien ! Si elle était morte… Soudain, une sueur glacée lui coula dans le dos. Un accident… Ce qu’elle réalisa était si énorme qu’elle dut se rattraper aux montants de lit. Ce n’est pas elle qui aurait dû bondir pour sauver Sara, mais Stéphane ! C’est lui qui aurait dû mourir, percuté par le camion comme elle l’aurait été sans ses ailes ! L’accident qui aurait dû lui coûter la vie était survenu aujourd’hui, mais il ne s’était pas déroulé comme prévu. Elle avait saboté sa mission !

Trois coups légers frappés à sa porte la tirèrent de ses pensées.

-Entrez ! fit-elle d’une voix blanche.

La porte s’ouvrit sur Stéphane. Encore très pâle, le regard hanté derrière ses mèches blondes, il s’assit à côté d’elle. Il prit sa main et la serra à lui faire mal.

-Comment va Sara ? demanda Leara.

-Bien, répondit-il d’une voix rauque. Elle s’en sort avec quelques égratignures et une belle peur. Tu lui as sauvé la vie, Leara ! ajouta-t-il en se tournant vers elle. Je ne pourrais jamais te remercier assez !

A ces mots, la jeune fille secoua la tête et se mit à pleurer. Les larmes roulèrent sur ses joues comme elle fermait les yeux. Soudain, elle sentit deux bras l’entourer, effleurant ses ailes, et l’attirer contre une poitrine ferme et une joue se posa sur ses cheveux. Leara sanglota contre Stéphane sans sembler pouvoir s’arrêter. La serrant contre lui, Stéphane regarda la nuit tomber par les vitres qui lui faisaient face. Il vit les étoiles se mettre à briller et la ville s’allumer petit à petit, vue imprenable depuis cette chambre située au sommet de l’hôpital. Au loin, il distinguait la forme effilée de la cathédrale. Sentant Leara se détacher de lui, il baissa les yeux vers elle. Elle leva la tête vers lui et l’embrassa, comme si c’était la dernière fois. Surpris, Stéphane se laissa faire avant de répondre. Mais la jeune fille s’écarta brusquement de lui et bondit par terre. Ebahi, l’adolescent la vit se tourner vers lui, deux ailes noires déployées derrière elle.

-Ecoute-moi, fit-elle précipitamment, il faut faire vite. Nous devons partir. Je suis un démon, l’accident de Sara est celui qui aurait dû tu tuer, j’étais chargée…

Un bris de verre l’empêcha de continuer. Elle se retourna et vit Cal se relever, un poignard à la main. Les yeux flamboyants, il retira les morceaux de verre fichés entre ses plumes.

-Bien joué, petite sœur ! s’exclama-t-il. Superbe, vraiment, du travail d’artiste ! Non seulement tu es tombée amoureuse de lui, mais en plus tu l’as empêché de mourir ! Sais-tu ce qu’a vu l’Oracle ? Elle l’a vu mourir de vieillesse et devenir un ange sans qu’on ne puisse rien y faire ! Alors encore bravo, traîtresse !

Il bondit brusquement sur Leara, le poignard en avant. Dans un réflexe, la jeune fille esquiva en s’envolant. Ce n’est qu’une fraction de seconde avant que Cal ne poignarde Stéphane qu’elle comprit. Il n’avait jamais eu l’intention de la tuer elle ! Il la connaissait par cœur, sur le bout des ailes ! Il pouvait prévoir ses moindres réactions, tous ses gestes. S’il avait fait mine de l’agresser, c’était pour pouvoir s’attaquer à Stéphane, et elle le gênait ! Avant qu’elle ait pu faire quoi que ce soit, Cal plongea son poignard jusqu’à la garde dans le cœur de Stéphane. Les yeux écarquillés, le jeune homme tomba sans un bruit en arrière, maculant de sang les draps blancs, tandis que Cal retirait son arme de sa poitrine.

-NON ! hurla Leara.

Elle vit l’âme de Stéphane se détacher de son corps. Le visage spectral du jeune homme affichait la plus totale confusion. Il ne voyait pas la main tendue de Cal, qui s’apprêtait à l’attraper. De toutes les forces de ses ailes, Leara plongea en avant et saisit l’âme entre ses bras, comme on porte un corps inanimé. Elle vit volte-face et fonça vers la vitre, qu’elle fracassa en fermant les yeux. Elle serra les dents en sentant les bris de verre lui lacérer les joues.

-Reviens ! cria la voix du démon.

Les yeux fermés, Leara fit exploser toutes les vitres de la chambre, empêchant le jeune homme de la poursuivre. Pardon, Cal... Elle s’envola plus haut que les nuages, serrant toujours contre elle l’âme de Stéphane qui ne bougeait plus. Leara accéléra, consciente que le jeune homme perdait toutes ses forces. Enfin, elle arriva face à d’immenses colonnes torsadées, environnées de nuages. Une fontaine trônait entre elles, faisant jaillir silencieusement une eau pure. Il se dégageait du lieu une telle impression de paix et de sérénité que Leara sentit ses larmes réprimées lui brûler les paupières. Elle déposa délicatement l’âme de Stéphane contre l’une des colonnes. Pardon, je n’ai pas su te sauver. Les doigts spectraux du jeune homme glissèrent de sa main et Leara s’enfuit en larmes au son des battements d’ailes des anges qui s’approchaient. Pardon, Stéphane…

Tout est flou. Où suis-je ? C’est étrange, je ne ressens plus rien. Que s’est-il passé ? Je n’arrive plus à me souvenir. Tout autour de moi, ce n’est que du brouillard. Je crois que je distingue des arbres… Leara ! Elle était là ! Elle avait des ailes, elle m’a dit… Je ne sais plus ! Il y a des stèles atour de moi. C’est un cimetière ! J’entends des voix… Oui, il y a un groupe, là-bas. Maman ? Sara ? Pourquoi pleurent-elles ? Connor, Cyril ? Que se passe-t-il ? Qui est dans le cercueil qu’ils regardent tous ? Ils ne me voient pas, ils ne m’entendent pas. Qui est mort ? Une main se pose sur mon épaule.

-Toi, me réponds une voix.

Je me retourne. Un homme me sourit. Il m’est impossible de lui donner un âge, mais ses yeux et son sourire sont très doux. Il semble rayonner depuis l’intérieur. Je vois deux ailes dans son dos. Est-ce un ange ? Il hoche la tête, comme s’il avait entendu ma question. Il me montre la pierre tombale puis m’entraîne. Je jette un dernier regard à la stèle :

Stéphane Gwestell

19 mars 1987-15 juin 2004

Je me détourne et je le suis. Tout s’efface peu à peu autour de moi. Voilà. Je m’appelle Stéphane, j’ai dix-sept ans et je suis mort.

Fin

(pour celle-ci, mais suite dans ‘‘Je m’appelle (…) et je suis un ange’’.

Enfin, si ça vous intéresse…)



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