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Fiction » Romance » Un été de romances : Les filles de Madame Estelle font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Thaele Ellia
Fiction Rated: K - French - Romance - Reviews: 7 - Published: 09-05-05 - Updated: 09-08-05 - Complete - id:2001434

Les filles de Madame Estelle

Et oui, notre été de romances devait être terminé, mais je n'ai pas résisté à l'envie irrépressible de poster cette ultime (cette fois, c'est à peu près sûr) romance de l'été… Bonne lecture !


A ma mère, à mes grands-mères et à toutes les femmes de ma famille.


Je vis je meurs ; je me brûle et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremêlés de joie ;

Tout à coup, je ris et je larmoie,
Et en plain maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
il me remet en mon premier malheur.

("Je vis je meurs", Louise Labé)


Si Mariane avait découpé cette petite annonce dans le journal, c'était plus pour se donner bonne conscience que par un intérêt véritable. Elle vivait seule avec sa mère, ses études coûtaient cher et elle se devait de chercher un moyen de joindre les deux bouts. Les petits boulots classiques auxquels elle avait d'abord pensé n'étaient pas compatibles avec ses horaires de cours et n'offraient que de maigres rémunérations. De plus Marianne, du haut de ses 22 ans n'avait que peu d'expérience professionnelle, et cela ne facilitait pas la tâche.

C'était l'originalité de cette annonce qui lui avait plu. Elle n'avait jamais songé à exercer ce genre d'emplois. Elle ignorait même que cette profession existât. Au début, elle avait trouvé cela un peu ambigu, peut-être même dégradant. Mais, comme le disait souvent sa mère, il n'y avait pas de sot métier. Elle avait donc découpé cette annonce et l'avait soigneusement rangée dans son portefeuille. Cependant, occupée ailleurs, elle l'avait vites oubliée.

Ce jour-là, tandis qu'elle triait le contenu de son sac à main, le petit morceau de papier gris et froissé tomba à ses pieds. Elle le ramassa et le lut attentivement. Elle l'avait presque oublié…

"Madame Estelle recrute des jeunes femmes élégantes et cultivées pour escorter des messieurs bien sous tous rapports. Contacter le 06 xx xx xx xx."

Cela faisait déjà plusieurs semaines que l'annonce traînait dans son portefeuille. Et si… Après tout, pourquoi pas ?

Marianne s'assura que sa mère était absente. Puis elle composa le numéro et attendit une réponse.

Une heure plus tard, elle était pile à l'heure à son rendez-vous dans le bureau de Madame Estelle.


C'était un joli petit bureau, simple et chaleureux, comme celui de l'assistante sociale de la faculté de médecine où Mariane faisait ses études. Elle avait régulièrement visité ce bureau au cours des dernières années et, de ce fait, elle se sentait vaguement mal à l'aise devant Madame Estelle, comme si elle allait devoir lui expliquer que sa mère avait du mal à payer le loyer ce mois-ci.

Madame Estelle avait pourtant l'air affable et le sourire d'une femme qui avait été belle autrefois. Aujourd'hui, des rides d'expression marquaient son vidage fané, mais ses yeux exprimaient une douceur et une gentillesse qui auraient rassuré Marianne si l'expression "mère maquerelle" ne lui avait pas trotté dans la tête.

Elle avait beau se dire que cette sympathique Madame Estelle n'était rien de tel, que les photographies de splendides jeunes femmes accrochées aux murs jetaient un froid en elle. Serait-elle, elle aussi, un jour, ainsi affichée aux regards des clients ?

Madame Estelle parlait de sa voix aimable et lui expliquait patiemment en quoi consistait la profession d'escort girl, en essayant de lui faire comprendre qu'il s'agissait surtout de sourire, d'être agréable et de savoir soutenir une conversation.

Mais Marianne hésitait. Le travail était bien payé, mais que dirait sa mère ? Elle avait beau être ouverte d'esprit, elle serait sans doute sceptique à l'idée que sa fille s'affiche comme une poule de luxe. Marianne fit part de ses doutes et de ses réserves à Madame Estelle.

- Ma chère petite, répondit Madame Estelle, si tu veux, je peux parler avec ta mère et lui expliquer que ce métier n'a rien à voir avec la prostitution.

Madame Estelle avait pincé les lèvres, comme si elle rechignait à comparer ses nobles employées à de vulgaires filles de joie.

- D'ailleurs, ajouta-t-elle, toute relation, disons, hum… intime, avec un client, sera considérée comme une faute grave et serait passible d'un renvoi.

Cette nouvelle rassura un peu Marianne.

Madame Estelle continua à lui parler du travail et des règles qui s'y appliquaient, jusqu'à ce que l'une des employées, une belle rousse aux yeux en amandes, frappe à la porte. Madame Estelle lui répondit gentiment puis proposa à Marianne de discuter avec son hypothétique future collègue. Marianne accepta, pensant que la jeune et jolie rousse serait peut-être plus objective que son employeuse. Celle-ci les laissa seules, dans une petite pièce bourrée d'accessoires de coiffures, de robes de soirée et de produits cosmétiques.

Marianne lui posa de nombreuses questions auxquelles la jeune femme répondit en souriant. Concrètement, être escort girl consistait à sortir un ou deux soirs par semaine, manger des petits fours confectionnés par des grands chefs, boire du champagne, parler actualité et culture générale avec des gens charmants, sympathiques et intelligents, tout en portant des robes merveilleuse et hors de prix, sans même à avoir à débourser un centime. Au contraire, on était même payé pour ce travail de rêve !

Présenté comme ça, ce poste était une aubaine et Marianne n'hésita pas plus longtemps. Elle sauta sur l'occasion.

Les filles de Madame Estelle constituaient une société hautement reconnue et sécurisée, où Marianne ne devait a priori courir aucun risque.

Madame Estelle, Marianne et Armande, la jolie rousse, étaient toutes les trois heureuses et souriantes lorsque Marianne signa au bas de son contrat de travail.


Malgré son appréhension, Marianne apprécia immédiatement son nouveau travail et s'en sortit parfaitement. Madame Estelle était adorable, les clients étaient en général fort sympathiques et Marianne s'était fait de nouvelles amies parmi ses collègues.

Armande, la jolie rousse aux yeux verts était l'une des plus anciennes employées et était toujours là pour la conseiller. Carmen, une espagnole émigrée, arrivée un peu avant elle même, la charmait pas son accent et sa splendide chevelure bouclée couleur d'ébène. Ling su, une jeune fille d'origine chinoise, était la plus jeune recrue de Madame Estelle et toutes les autres la considéraient avec un soin quasi maternel. Mais la préférée de Marianne était Indira. Avec sa peau ambrée et ses grands yeux brillants, elle avait un air exotique, dû à son origine indienne et qui plaisait tant à Marianne.

Madame Estelle avait employé des filles en provenance de tous les coins du monde, pour satisfaire les goûts et les attentes de chaque client. Chacune d'entre elle était rebaptisée d'un prénom professionnel qui garantissait la confidentialité et l'anonymat vis-à-vis des clients. Marianne avait choisi Marie, le prénom de sa grand mère maternelle.

Sous ce nom d'emprunt, en quelques semaines, elle avait déjà effectué plusieurs "missions" comme les appelaient les filles. Elle était étudiante en médecine, et, pour cette raison, elle accompagnait préférentiellement des médecins et d'autres clients issus du secteur médical. Ainsi elle avait toujours un sujet de conversation prêt à l'emploi.

Ce soir là, elle s'apprêtait à escorter un médecin étranger à un gala de charité. Elle était en train de se faire coiffer par Indira lorsqu'elle demanda :

- Mais pourquoi ces hommes ne peuvent-ils pas se rendre seuls à ces soirées ? Pourquoi ont-ils besoin de nous ?

Indira haussa les épaules. Elle travaillait depuis plus d'un an chez Madame Estelle et elle ne s'était jamais posée cette question.

- Je suppose que la présence d'une femme à leur côté leur donne une image de prestige !

Les deux jeunes filles éclatèrent de rire.

- Pas du tout… répondit une voix calme et posée.

Madame Estelle entra dans la pièce et commença à ranger les cosmétiques sur les coiffeuses.

- Nous représentons la stabilité et le sérieux de ces messieurs, reprit-elle. Grâce à nous, ils paraissent complets et entiers. Ils donnent l'impression d'avoir une vie personnelle plus étoffée qu'elle ne l'est en réalité, en plus de leur réussite professionnelle.

Marianne ressentit un petit malaise en entendant ces mots. Elle participait à l'élaboration d'un mensonge. Plus que l'image ambiguë de l'a profession, c'était cela qui la gênait. Elle aimait l'honnêteté et redoutait le mensonge. Aussi éprouvait-elle une certaine gêne à l'idée de jouer un tel rôle, d'être impliquée dans cette mascarade.

Mais elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur ce sujet. Une sonnerie retentit. Madame Estelle s'éclipsa et revint quelques secondes après.

- Ton chauffeur est là, Marianne, ma puce.

Indira termina rapidement la coiffure et aida son amie à fermer sa robe. Chaque fois qu'elle passait l'une ou l'autre de ses luxueuses tenues, Marianne avait l'impression de rêver.

Indira l'observa un instant et murmura :

- Tu es sublime, Marianne… J'envie ce client !

Marianne rougit.

- Merci, Indira. Tu es un amour. Bonne chance pour ta soirée !

- Toi aussi ! On se raconte tout demain…

C'était leur grand plaisir. Chaque lendemain de soirée, les deux jeunes filles se téléphonaient pour se raconter leurs aventures, principalement les personnalités célèbres qu'elles avaient rencontrées et les mets délicats auxquels elles avaient goûtés.

Marianne fit un clin d'œil à son amie et disparut par la porte de derrière. Dans la petite cour de l'immeuble, une belle et grande voiture noire l'attendait. Il pleuvait un peu et le chauffeur se précipita vers elle, un large parapluie déployé à la main. Marianne lui sourit poliment pour le remercier et s'installa à l'arrière de la voiture après qu'on lui eut ouvert la portière. Il n'y avait personne d'autre sur la banquette. Elle prit ses aises, tandis que la voiture redémarrait en direction de l'hôtel du client.


A suivre…



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