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Les filles de Madame Estelle
Bonne lecture !
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Le lendemain était un lundi et c'était habituellement un jour de repos pour Madame Estelle et ses filles. Marianne, qui avait passé une bonne partie de la nuit à pleurer, s'éveillé tard dans la matinée, les yeux gonflés, la tête lourde, affalée sur le canapé de Madame Estelle. Ses cheveux emmêlés étaient humides de larmes. Elle était toute courbaturée et elle avait froid. Ses souvenirs étaient un peu embrouillés, maintenant qu'elle était redescendue sur terre, mais sa tristesse, elle, était parfaitement perceptible.
Elle resta désœuvrée jusqu'au début d'après midi, ignorant sa faim et sa fatigue. Son portable sonna plusieurs fois. Indira tentait de l'appeler. En vain. Marianne ne se sentait même pas coupable de l'anxiété qu'elle allait provoquer chez son amie et sa mère. En réalité, elle était tout simplement incapable de penser.
Dans le cours de l'après midi, la porte du bureau s'ouvrit. Epuisée d'avoir tant pleuré et de s'être tant tourmentée, Marianne leva à peine les yeux lorsqu'Indira et Madame Estelle pénétrèrent dans l'appartement.
- Marianne ! s'écria Indira en se précipitant vers elle. Que s'est-il passé ? Que t'est-il arrivé ?
Marianne se contenta de secouer la tête pour toute réponse, refusant d'être plus loquace. Mais ses larmes, qu'elle croyait pourtant taries après toutes ces heures de sanglots, se remirent à couler de plus belle.
- Oh, mon Dieu ! Marianne, ma chérie… Est-ce qu'on t'a fait du mal ? demanda Madame Estelle, la voix pleine de compassion.
Marianne n'eut même pas la force de nier. Oui, Hassan lui avait fait du mal. Ce n'était pas ce que les deux femmes croyaient, mais il lui avait tout de même brisé le cœur.
Madame recula en étouffant un cri horrifié. Indira resserra son étreinte autour de son amie.
- Je m'en doutais, murmura Madame Estelle. Je savais bien que j'aurais dû me méfier de cet homme. Dès le début, il m'a semblé louche…
Marianne voulut protester mais n'en trouva pas le courage. De toutes façons, cela ne changerait plus rien. Le mal était fait et il lui paraissait irréparable.
Madame Estelle saisit un énorme registre et s'assit à côté du téléphone. Puis elle demanda à Indira de raccompagner Marianne chez elle et de la consoler. La jeune femme, à bout de forces, se laissa faire comme une enfant.
Pendant tout le reste de la journée, Indira essaya de la faire parler. Mais Marianne garda obstinément le silence. Comment aurait-elle pu avouer à sa meilleure amie, elle qui l'avait mise en garde, qu'elle était tombée amoureuse d'un client, qu'elle était tombée dans ses bras et qu'elle s'était laissée berner par lui ?
En fin d'après midi, Marianne finit par s'endormir. Elle ne se réveilla que le lendemain matin assez tard. Indira avait prétexté à la mère de la jeune femme que celle-ci ne se sentait pas bien et préférait gardé la chambre.
Peu après, le téléphone sonna. Madame Estelle voulait voir Marianne immédiatement. Bien qu'un peu inquiète, cette dernière accepta. Elle avait réfléchi et était fermement résolue à démissionner de chez Madame Estelle.
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- Ecoute, Marianne, lui dit Madame Estelle après que Marianne lui eut fait part de sa décision, ce que tu as fait est une faute. Dans d'autres circonstances, j'aurais accepté ta résolution sans chercher à te faire changer d'avis. Mais je t'aime beaucoup, j'ai beaucoup de respect pour toi. Tu ne travailles ici que depuis quelques mois. Je sais que ce qui t'est arrivé est terrible, mais c'est un accident. Si tu peux me jurer que ça ne se reproduira plus, je ne m'opposerai pas à ton retour parmi nous.
Mais Marianne refusa la proposition.
- Non, répéta-t-elle. Je veux partir. Je suis désolée, mais je ne veux pas continuer ainsi…
Madame Estelle soupira.
- J'ai vu Hassan ce matin, dit-elle en désespoir de cause.
Marianne frémit.
- Je voulais lui demander de venir s'expliquer, mais il est venu de lui-même prendre de tes nouvelles avant que je l'appelle.
Madame Estelle leva la tête vers sa protégée.
- Il m'a tout raconté, expliqua-t-elle. Et… Il s'est excusé. Il m'a dit qu'il repartait dans son pays dès demain. Il m'a laissé ça pour toi.
Elle lui tendit une lettre. Marianne fit non de la tête et recula.
- Prends là, Marianne. Sinon, tu le regretteras tôt ou tard…
D'une main tremblante, Marianne prit l'enveloppe et la fourra dans son sac à main.
- Je suis vraiment navrée pour tout ce qui s'est passé, dit-elle. Je ne voulais pas vous causer tous ces problèmes.
- Oh Marianne, soupira Madame Estelle. C'est moi qui suis désolée…
Elle s'approcha d'elle et la serra dans ses bras.
- Tu nous manqueras…
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Quelques semaines plus tard…
Il était déjà 21heures mais la journée était encore loin d'être terminée pour Marianne. Elle venait à peine de quitter son travail et elle devait rentrer à pied chez elle car elel s'était vue obligée de vendre sa voiture. Depuis un peu plus d'un mois, elle travaillait comme caissière tous les soirs, dans un petit supermarché de quartier, à une bonne demi-heure de chez elle.
Une fois arrivée chez elle, elle s'avachit sur son lit. Des tas de cartons s'amoncelaient tout autour. Elle était sur le point de déménager et passait une bonne partie de ses soirées à empaqueter ses effets.
Après avoir soufflé un instant, elle se releva et s'avança vers son bureau. Elle ouvrit le premier tiroir, en répandit le contenu par terre et s'agenouilla par terre. Au milieu d'un fouillis de stylos, de trombones et d'agrafes, une lettre attira son attention.
Marianne frissonna. La lettre d'Hassan…
Lorsqu'elle était rentrée chez elle, après que Madame Estelle la lui ait donnée, elle l'avait jetée au fond de ce tiroir, espérant l'oublier,; ainsi que toute cette aventure. Un flot de souvenirs l'envahit. Elle n'avait presque plus repensé à cette époque, pourtant pas si lointaine, depuis un certain temps. Elle avait bien croisé Madame Estelle une fois ; elle revoyait également Indira de temps à autre. Mais il lui semblait que cette vie était passée et terminée.
Elle caressa délicatement la lettre. L'enveloppe était douce et satinée, luisante sous la lumière tamisée de la chambre. Elle hésitait. Devait-elle l'ouvrir ? Devait-elle laisser ses souvenirs refaire surface ?
Lentement, elle saisit l'enveloppe et la décacheta. Elle mit plusieurs minutes avant de sortir la lettre de son contenant. Elle déplia avec précautions le papier. Une courte page d'une écriture fine et élégante attendait d'être lue depuis des semaines.
Pinçant les lèvres pour éviter de succomber aux larmes qui lui serraient le cœur, Marianne commença à lire :
"Ma chère Marianne,
Comment te montrer à quel point je m'en veux, à quel
point j'ai été stupide et aveugle ?
Je t'aime. Je t'ai aimée dès que je t'ai vue et il me semble que je t'aimerai
toute ma vie.
Mai sil aurait été incroyablement vaniteux de ma part de croire qu'il put y avoir une part de réciprocité dans cet amour. Toi, si
belle, si jeune, si parfaite…
Et pourtant, je ne pouvais renoncer à toi. Il fallait que tu m'appartiennes. Si
seulement j'avais su… Si seulement j'avais réfléchi…
Comme j'ai honte, comme je me sens coupable… Pourras-tu me pardonner un jour
cet affront, que je n'ai provoqué que parce que je n'imaginais pas que tu
puisses m'aimer ?
Si tel est encore le cas quand tu liras cette lettre, ne m'oublie pas et prie
pour moi.
Avec tout mon amour,
Hassan."
Suivait une adresse au Liban.
Bouleversée, Marianne prit de longues minutes pour se recueillir et remettre ses idées en place. Son coeur la brûlait comme une flamme et elle avait désespérément envie de pleurer. Ainsi, il l'aimait… Et elle, elle l'avait rejeté…
Le visage au sourire triste d'Hassan se dessina dans son esprit.
Alors, doucement, elle prit une feuille de papier, une enveloppe, s'assit face à son bureau et commença à écrire son amour pour Hassan.
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Fin !
La suite l'été prochain !
Merci d'avoir lu ces romances de l'été !