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Fiction » Romance » Revers du destin font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: kokoroyume
Fiction Rated: K+ - French - Romance/General - Reviews: 10 - Published: 12-02-05 - Updated: 12-09-05 - id:2061029

Auteur : Kokoroyume

Base : Originale

Genre : Death yaoi

Disclaimer : Mes persos !

Alors voici ma toute première fiction originale (il y a cinq longues années déjà --' )... c'est pas génial je le reconnais... Mais si vous aimez les romances d'adolescent j'espère quel vous plaira malgré tout : )

Revers du destin

Chapitre 1

Bonjour, comment allez-vous ?

Moi, je n'ai peut-être plus beaucoup de temps à vivre, dans quelques jours tout au plus mon corps pourrait n'être plus qu'une enveloppe vide.

Mais oublions cette partie dramatique. Je consacre mon temps à l'écriture rapide de ce récit pour vous donner des instants de rêve. Bien sûr, certain le trouveront malsain voir écœurant mais je sais qu'il y en aura au moins une qui l'appréciera. Elle trouvera même, sans doute, cette histoire romantique. Même si le romantisme est pour elle une chose abstraite qui n'est attirante que dans une certaine limite.

Avant de vous raconter ce qui m'a amené prés du gouffre de la mort, je vais me présenter.

Je m'appelle François (mon nom de famille n'a pas vraiment d'importance), j'ai 17 ans, je suis un jeune homme aux cheveux courts et noirs ébène et je mesure un peu moins d'1m75. Je ne suis pas très musclé et parais même un peu frêle. L'acné de mon adolescence a disparu depuis bien longtemps déjà et je n'ai pas encore de poils au menton. Je tiens à ajouter que j'ai les yeux bleu sombre, le nez court et fin et que je porte quelques fois de discrètes lunettes rondes.

A présent que cette description vous permet de mieux me visualiser, je vais vous expliquer ma vie à partir du moment où elle a vraiment commencé pour moi.

C'était il y a quelques mois à peine.

Depuis toujours j'avais vécu une vie que la société qualifie de normal et de saine. Comme beaucoup d'enfants j'ai été à l'école maternelle puis, entrant en primaire, j'ai participé à de nombreuses fêtes d'anniversaire auxquelles m'invitaient mes camarades de classe. J'ai d'ailleurs perdu la trace de nombre d'entre eux en arrivant en secondaire. Mes meilleurs amis sont, pour la plupart, mes voisins de toujours même s'ils ne le sont pas tous restés n'acceptant pas la vie que j'ai menée ces derniers mois. Comme beaucoup de jeunes, nous sortions nous amuser le soir avec des permissions raisonnables. Nous avions presque tous la permission d'une heure, à condition que nos parents sachent où nous étions et qu'un adulte puisse nous ramener. Aucun de nous ne fumait mais certains exagéraient parfois avec l'alcool. Quant à moi, je l'avais fait une fois et cela m'avait suffi.

Nous vivions dans la normalité de la société.

Nous sortions la plupart du temps à cinq ou six et souvent le week-end. Paul, 15 ans, et son frère Marc, 17 ans, étaient mes voisins les plus proches ; ils étaient toujours prêts pour les sorties. Philippe, qui était dans ma classe, en 5ème année, avait le même âge que moi et je le connaissais depuis le primaire. Sa petite amie se trouvait aussi dans ma classe et je la connaissais depuis aussi longtemps que lui, elle s'appelait Elizabeth mais tout le monde l'appelait Lise. Elle n'était pas toujours présente lors de nos sorties tout comme sa cousine, Margot, qui était arrivée en ville depuis quelques années à peine. La plus joyeuse de notre petite bande était Emilia, ma voisine espagnole, elle était partante pour tous les rendez-vous et avait le don de remonter le moral à n'importe qui.

Petit détail qui étonnera peut-être certains à 16 ans je n'avais encore jamais eu de relation sérieuse. Toutes mes précédentes petites amies ne recherchaient pas de liaisons durables, moi non plus d'ailleurs. Les sentiments amoureux n'étaient pas vraiment une préoccupation importante pour moi.

Enfin, jusqu'au jour où j'ai fait une rencontre.

Il y a huit mois nous avons fêté l'anniversaire de Paul, le plus jeune d'entre nous. Pour une fois nous étions tous réunis et nos parents nous avaient accordé pour heure limite deux heures du matin.

Jusqu'à près d'une heure nous avons fêté dignement les 16 ans de Paul puis nous nous sommes un peu dispersés dans la boîte. Nous devions nous retrouver dehors à 1h30.

Je m'étais installé au bar pas plus heureux ni plus déprimé que d'habitude. Je me disais : " Dans moins de deux heures je serais dans mon lit et demain je ferai la grâce matinée ". Une pensée simple, courante, d'adolescent. Je m'étais retourné vers la piste de danse pour observer l'énergie que dépensait Emilia en dansant sur la musique techno que diffusaient les sonos. En reposant mon regard vers le bar j'aperçus un homme qui m'observait.

A première vue il devait avoir 20-25 ans et ne paraissait pas suspect. Mais qu'il me regarde ainsi me laisser quand même sur mes gardes, ses intentions ne me semblaient pas très claires. Je le quittai donc des yeux pour commander un autre verre.

Cinq minutes plus tard, il s'installait près de moi.

- Ne t'inquiète pas, je ne vais pas te sauter dessus, m'avait-il dit doucement. Je viens souvent, seul, ici et je m'aperçois qu'à chaque fois que tu viens, tu t'isoles seul au bar avant de repartir avec tes amis.

J'étais surpris que ce jeune homme ait remarqué ce comportement chez moi et je ne répondis rien

- J'ai l'impression que tu vides ton esprit de tous tes soucis lorsque tu t'assis ici, continua-t-il. Et que tu prends, seulement ici, le temps d'observer ce qui t'entoure.

Il n'avait pas l'air dangereux ; je me décidai à lui parler.

- Je suis jeune, répondis-je, il faut bien que je m'arrête de temps en temps. Cela vous arrive-t-il souvent d'aborder les gens ainsi dans les boîtes ? demandais-je alors.

Il parut amusé par le direct de ma question mais me répondit.

- Pour être sincère, dit-il, c'est la première fois que je le fais. J'ai plutôt l'habitude d'observer et pas d'agir. En tant que psychologue c'est ce que j'ai appris à faire. Mais quand je te regarde j'ai l'impression que la vie t'est indifférente, que tu n'en attends rien. Non pas que tu donnes l'aspect de quelqu'un qui veut se suicider, loin de là, mais lorsque je regarde les autres jeunes de cette boîte, ils semblent rechercher des choses précises dans leur vie. Toi tu me sembles ne pas attendre les événements mais simplement y faire face quand ils arrivent.

Il fit une pause puis continua :

- Mais peut-être que je me trompe. A toi de me le dire.

- Il me semble que vous avez raison mais je ne réfléchis pas trop de cette manière car pour moi c'est la route de la déprime assurée, lui dis-je. Vous ne devez pas être un mauvais psychologue pour comprendre tout ça rien qu'en observant les gens.

- Mes études m'ont entraîné dans ce domaine mais je n'exerce pas encore pour le moment. Je ne voudrais pas risquer de mal jugé un cas parce que je ne connais pas encore assez la psychologie humaine. C'est pour ça que je passe mon temps à observer.

- C'est intéressant, dis-je sincèrement. Je n'aurai jamais cru qu'un futur psychologue pouvait agir ainsi !

Je l'avais observé quelques instants.

Soudain je m'étais ressaisi. Je parlais à un inconnu, en toute franchise, et je ne me posai pas plus questions.

Plus réservé, je lui posai la question qui me semblait la plus appropriée.

- Quelle raison précise vous a poussé à venir me parler ?

Il fixa son regard sur le mien ; je détournai les yeux.

- Tu te méfies encore de moi, me répondit-il. Je t'ai abordé parce que tu agis comme moi à ton âge. Avant que je me fixe un but, je suivais le courant de ma vie sans réellement m'y impliquer. Bien sûr, je faisais ce que j'aimais et j'accomplissais mes obligations. Je le fais toujours. La différence c'est qu'aujourd'hui la psychologie occupe mon existence. Et j'espère qu'un jour elle me donnera l'impression d'être utile aux autres.

Il s'arrêta le temps de commander un verre.

- C'est étonnant. Je n'ai pas l'habitude de me confier si facilement, surtout à un inconnu. Dire que même à ma dernière petite amie, avec qui je suis resté plus de deux ans, je n'ai jamais parlé de cette partie de ma vision de la vie ! termina-t-il.

Lorsqu'il avait dit ça, j'avais été soulagé ; j'avais au moins la crainte de me faire draguer par ce jeune homme qui s'envolait.

- C'est vrai que je ne me complique pas la vie, dis-je simplement. Je ne sais même pas vers quelle perspective d'avenir me diriger. Je n'ai rien contre la psychologie mais je trouve l'être humain trop compliqué pour l'étudier en profondeur. Vous avez du courage de consacrer votre vie à une telle vocation.

- C'est vrai qu'à ton âge on peut voir les choses comme ça, déclara-t-il avec compréhension. Tu sais, tu peux me tutoyer, continua-t-il.

- D'accord, lui dis-je. Mais je ne connais pas encore votre... enfin ton nom.

- J'aurais dû me présenter dès le début, je m'appelle André.

- Moi c'est François et...

La musique avait baissé et j'avais pu entendre mon gsm. Je le pris, m'aperçus que j'avais trois messages et les lis. Les deux premiers me prévenaient que l'on me cherchait et le dernier m'annonçait que, ne m'ayant pas trouvé, le père de Philippe viendrait me chercher vers trois heures.

- Il est déjà deux heures ! m'exclamais-je. C'est l'heure à laquelle je devais rentrer...

- Tu veux que je te ramène chez toi ? me proposa-t-il.

Je lui répondis que j'habitai à une demi-heure de la boîte et je lui situai mon quartier.

- J'habite justement à cinq minutes de là, me répondit-il. Ca ne me dérange vraiment pas de te déposer.

Je finis par accepter et j'envoyai un message à Philippe pour prévenir son père que quelqu'un me ramener.

Sur la route, nous avons parlé de la vie qu'il menait lorsqu'il était adolescent. Celle-ci était d'ailleurs très similaire à la mienne. Donc très classique. Sorties entre copains, relations amoureuses peu sérieuses, parents présents lorsqu'il le fallait...

Puis, bizarrement, nous nous sommes dirigé vers ma perception de l'amour.

- Pour un psychologue, le plus difficile c'est de comprendre quelle idée chacun se fait de l'amour, m'avait-il dit à un moment donné.

- C'est vrai que ça doit être compliqué car, moi, personnellement je n'ai pas d'idée précise sur ce sentiment. Simplement, je pense que l'essentiel est de connaître et de comprendre la vision de l'amour de la personne que l'on aime.

Je m'arrêtai puis continuai :

- Mais je suis peut-être un peu trop présomptueux, après tout je n'ai que 16 ans et je ne suis jamais tombé amoureux.

- Pas du tout. Tu as une vision assez clair sur ce sentiment et je suis tout à fait d'accord avec toi, me répondit-il.

Nous avons continué ainsi durant tout le trajet à parler de banalités ou de sujets plus importants. Nous échangeâmes nos numéros de portable pour pouvoir nous contacter si nous voulions nous parler.

Arriver près de chez moi nous échangeâmes quelques mots avant de nous quitter.

- C'était très intéressant de discuter avec toi, lui dis-je. C'est rare de rencontrer un adulte si sincère.

- Je pourrais dire la même chose pour toi. On ne voit pas souvent des adolescents qui pensent comme toi. Au fait, j'espère que tes parents ne seront pas trop durs pour ton retard.

- Je leur dirais la vérité, que je n'ai pas vu le temps passé, et leur proposerai de me retirer mon retard sur ma prochaine sortie. C'est un bon moyen pour ne pas s'embrouiller avec ses parents.

Je posai ma main sur la portière de la voiture.

- On se reverra sans doute bientôt, dis-je. Bonsoir.

Avant que je n'ouvre la portière André s'approcha de moi et m'embrassa sur le front.

- Bonsoir, me répondit-il.

Je le quittai puis rentrai chez moi. Mes parents excusèrent mon retard comme je l'avais espéré. Ma dernière pensée avant de m'endormir fut : " Ce geste était celui d'un frère. Oui, un baiser fraternel. " Si je n'en étais pas certain, au moins j'essayais de m'en convaincre.

Dans les jours qui suivirent, je ne parlais pas d'André à mes amis.

Sauf un soir. Emilia, venue passer une soirée vidéos à la maison, me demanda pourquoi je ne les avais pas rejoint devant la boîte après l'anniversaire de Paul. Alors, je commençai à lui parler d'André en lui expliquant que je sentais qu'il pouvait vraiment devenir un excellent ami.

- Si tu penses t'en faire un ami, tu vas nous le présenter ? me dit Emilia. Il ressemble à quoi ? Avec un peu de chance se sera mon genre !

-On voit toujours ce qui prime avec toi, lui dis-je en riant. Il est...

Je réfléchis quelques secondes le temps de me remettre en mémoire le physique d'André. J'étais étonné par le nombre de détails dont je me souvenais. Un nez discret, des yeux vert émeraude, un sourire confiant et charmeur...

- Il doit mesurer à peu près 1m80, il a les cheveux mi-longs, châtain clair. Que pourrais-je te dire d'autre ? Ah oui, il est psychologue et il a à peu près 25 ans. C'est peut-être un peu vieux pour toi, non ?

- Mmh... 25 ans. C'est vrai que c'est un peu vieux ; ma mère ne serait pas ravie. Mais s'il est vraiment mignon, il y a toujours moyen. C'est un beau mec ? me demanda-t-elle alors.

- Mouais, il est pas mal. Mais n'en parle pas encore aux autres. Je me trompe peut-être, nous n'allons peut-être jamais devenir amis.

Plus j'en parlais et plus je m'apercevais que je n'avais jamais rencontré quelqu'un comme lui. Il me ressemblait plus que n'importe qui d'autre et m'avait percé à jour. J'ai compris aujourd'hui que j'ai toujours vécu dans la normalité de la société pour ne pas me compliquer la vie. Mais, même en vivant ainsi toutes ces années, je m'étais toujours accordé des instants pour observer la vie comme je le voulais. André m'avait surpris dans un de ces moments et avait tout de suite compris en m'observant, assis seul, au comptoir de la boîte.

En fin de soirée, après le départ d'Emilia, je décidai que je l'appellerai le week-end qui suivrait.

N'arrivant plus à dormir, le samedi matin je l'appelai. Je me rendis compte de l'heure seulement après avoir composé le numéro. 7h, j'allais sûrement le réveiller ! Avant que je ne me décide à interrompre la sonnerie, j'entendis sa voix.

- Allô ?

- Bonjour, c'est François. Désolé d'appeler si tôt, j'aurais peut-être dû attendre...

- Non, pas du tout. Tu ne me déranges pas.

- Ah, tant mieux ! Je voulais juste savoir si ça t'intéresse d'aller boire un verre cette après-midi. On pourrais se donner rendez-vous au Fleuret à 15h. C'est juste au coin de ma rue...

- Oui, je vois où ça se situe. Pas de problèmes, on se voit à 15h. A tout à l'heure.

- D'accord, à tout à l'heure.

Puis je raccrochai. Même au téléphone je trouvais qu'il avait une belle voix. Une belle voix ? Depuis quand me préoccupais-je de pareil détails ? pensai-je. Mais après tout, c'est vrai qu'il avait une voix agréable.

Je descendis pour déjeuner et croisai mes parents avant qu'ils ne partent travailler.

- C'est rare de te voir debout si tôt, me dit mon père. Mais c'est vrai que tu es rentré à 22h. N'oublie pas, ce soir et jusqu'à la fin du week-end c'est 22h au plus tard.

- Ne t'inquiète pas je n'ai oublié ma punition. Et je vous laisserai un message pour vous dire où je vais ce soir.

- Au fait, continuai-je, je vais boire un verre avec un ami à 15h et je ne rentrerai peut-être pas avant le soir.

Je parlai encore un peu avec mes parents puis je finis de déjeuner, seul.

Il était presque quinze heures et j'étais assis à une table du Fleuret. Je sentais le métal froid de ma chaîne contre mon torse. Mes parents me l'avaient offerte pour mes 16ans et je trouvais que c'était le bon jour pour la mettre.

A 15h moins cinq, André arriva et me salua en me serrant la main. Puis nous commençâmes à parler.

- Tu ne travailles pas encore comme psychologue, lui demandai-je à un moment donné, alors que fais-tu pour l'instant ?

- Je travaille dans une librairie à plein temps et dans quelques années j'espère bien ouvrir mon cabinet. Et toi, tu fais déjà des petits travaux à gauche à droite ?

- Non, lui répondis-je. Mes études ne sont pas extrêmement compliquées mais je préfère avoir toutes les chances pour mener à bien.

- Et puis c'est plus simple, comme ça tu ne te compliques pas la vie, n'est-ce pas ? Je connais bien.

- Eh oui, je ne suis pas pressé de rentrer dans le monde des adultes !

- Tu sais, me répondit André, tout n'est pas noir dans le monde des " adultes " comme tu dis. C'est vrai que certaines choses sont plus compliquées, les responsabilités sont plus lourdes aussi mais au moins tu peux faire tes propres choix. Tu es libre. Tu peux gérer les choses comme tu le juges le mieux.

- Faire des choix entraîne beaucoup trop de conséquences et puis à mon âge on a encore le droit d'agir selon ses émotions tandis qu'en grandissant...

- Je ne sais pas pour les autres adultes mais moi je n'agis jamais en excluant mes émotions, mes sentiments. Même lorsque c'est la logique qui prime, je laisse toujours intervenir mon instinct, me dit-il avec conviction.

- J'ai toujours pensé qu'il fallait laisser son cœur indiquait la direction à suivre, termina-t-il.

Nous restâmes un moment silencieux tandis que je l'observais plus attentivement que je ne l'avais fait lors de notre première rencontre. En fait, il était vraiment beau. Rasé de près, pas particulièrement musclé mais bien bâti, une mèche de cheveux lui tombant devant le visage...

Je m'aperçus alors qu'il me regardait avec autant d'attention que moi. Je détournai les yeux.

- C'est vraiment une passion pour toi, la psychologie ? dis-je pour faire disparaître ma gêne.

- Disons que c'est un de mes centre d'intérêt. Mais mes vraies passions sont différentes, me répondit-il

- Alors pourquoi ne pas avoir consacré tes études à ce que tu aimais vraiment ?

- Lorsqu'on choisit un métier pour gagner sa vie, il est malheureusement rare de pouvoir s'y exprimer avec toute la sincérité que l'on voudrait. Il y a trop de règles qui nous en empêche. La société nous impose la voie à suivre. Je ne voulais tout simplement pas limiter mes passions à ça, me déclara-t-il.

- Lorsqu'on s'est rencontré, continua-t-il, tu m'as dit que tu ne savais pas encore vers quel métier te diriger. Pourtant, je suis sûr que tu as déjà quelques idées et puis tu dois avoir des passions toi aussi, non ?

- C'est vrai, avouai-je. Je crois que j'aimerais beaucoup devenir menuisier ou architecte mais je ne sais pas si je serais prêt à y consacrer ma vie. Et puis, je suis vraiment passionné par la nature, dis-je sincèrement. Je la trouve parfaite. Même si créer et construire donne un sentiment d'utilité, j'ai toujours rêvé d'observer et de comprendre la nature.

Il me regarda quelques secondes avec enthousiasme.

- Tu es étonnant ! dit-il. Même si tu n'en a pas conscience, tu vois la vie avec une clarté incroyable. Tu sais ce que tu aimes et ça certaines personnes ne le trouve pas de leur vie. Déjà à notre première rencontre je le pressentais mais aujourd'hui j'en suis convaincu.

- C'est peut-être vrai, dis-je sans vraiment le penser. Pourtant, il y a un élément, que je ne prends pas souvent en compte, je dois l'avouer, qui peu modifier n'importe quelle vision des choses.

En me rendant compte des mots que j'avais prononcés, j'espérais qu'il ne comprenne pas de quoi je parlais.

- C'est vrai, dit-il simplement.

Je ne savais pas s'il avait compris que je faisais référence à l'amour mais cela me semblait plus que probable.

Nous parlâmes encore un moment.

J'appris que nous avions une passion commune pour l'Egypte ancienne et qu'André avait même passé six mois dans la région de Gizeh. Une ombre de tristesse passa sur son visage lorsqu'il m'expliqua qu'il avait entrepris ce voyage après le décès de sa mère. Son père était mort dans un accident de voiture vers la fin de son adolescence et sa mère l'avait suivi, quelques années plus tard, emportée par un cancer dont elle avait appris l'existence que trop tard. Mais son voyage en Egypte lui avait permis de ne pas perdre pied.

J'appris aussi qu'il avait une sœur de sept ans son aînée et je lui confiais que j'avais toujours regretté d'être enfant unique.

Il était presque 18h lorsqu'il me proposa d'aller jouer une partie de bowling avant de souper. J'acceptais volontiers et nous sortîmes du café.

Nous parlions toujours. Je lui décrivais mes parents.

Ma mère, avec ses longs cheveux châtain foncé, ses yeux noisette, sa passion pour la musique et comment elle interprétait, parfois, de magnifiques sonates sur l'imposant piano qui trônait dans le salon.

Et mon père, avec ses cheveux très courts blond foncé, ses yeux verts délavés, amateur de belles peinture et travaillant dans le milieu de la publicité ; ma mère, elle, donnait des leçons de piano à domicile.

- Tu as vécu dans un milieu où les arts avaient une grande place, tu n'as jamais voulu t'y essayer ? me demanda André.

- Lorsque j'étais très jeune, j'ai pris des cours de violon mais... disons que les essais n'ont pas été... très concluant, répondis-je avec un sourire légèrement gêné. Mais toi, tu n'as jamais voulu être un artiste ? Par exemple...

- François !

Je regardai autour de moi et soudain j'aperçus quelqu'un qui me faisait signe sur ma droite. Je l'observai attentivement puis, je la reconnus. Emilia.

- Salut François ! me dit-elle arrivée à mon niveau. Et salut... ?

Ah ! elle ne changerait pas ! Elle savait très bien de qui il s'agissait, je lui avais dit que je passais l'après-midi avec lui, mais elle me laissait le soin de lui présenter.

- Salut Emilia. André, je te présente Emilia une voisine et une très bonne amie. Et Emilia, voici mon ami André.

- Enchanté de vous rencontrer mademoiselle, dit-il sympathiquement.

- Moi de même, répondit-elle avec son entrain habituel.

Elle se tourna vers moi.

- Tu ne sors pas avec nous, je suppose, ce soir ?

- Non, désolé, lui répondis-je. Et puis, avec mon couvre-feu, je n'aurai pas pu rester plus longtemps qu'hier. Ce sera pour une autre fois.

- Ce n'est pas grave. On a déjà bien fêté la victoire de Philippe et de son équipe hier. Il ne t'en voudra pas. A plus. Au revoir André, bonne soirée.

- Bonne soirée mademoiselle, répondit André.

Elle passa à côté de moi et me glissa quelques mots à l'oreille.

- Il faudra que tu le présente à la petite bande. Au fait, il est vraiment mignon ! murmura-t-elle.

Puis elle s'éloigna rapidement.

- Bonsoir Emilia ! Et pas de bêtises ! lui criai-je dans son dos.

Elle se retourna et ma lança un sourire radieux avant de disparaître dans la foule.

Après son départ, André m'annonça qu'il trouvait Emilia très sympathique.

Le bowling terminé, nous finîmes la soirée dans une friterie du quartier et nous parlâmes encore un long moment.

En rentrant chez moi ce soir-là, je savais que je m'étais fait un nouvel ami, un ami unique.

Nous nous revîmes plusieurs fois et, en moins de deux mois, je me rendis compte que je le connaissais mieux que n'importe lequel de mes amis. D'ailleurs, j'avais décidé qu'il était encore trop tôt pour le leur présenter. Quelque chose m'empêchait encore de le faire.

Une après-midi, nous décidâmes de nous rencontrer une fois de plus au Fleuret.

Vers 20h, nous sortîmes et nous dirigeâmes vers un cinéma. Nous parlions de la foi que nous accordions respectivement aux horoscopes, voyants et autres croyances du même acabit.

- Je n'ai pas tendances à être superstitieux mais je m'intéresse parfois à l'horoscope. Comme beaucoup de monde je suppose, lui dis-je.

- C'est vrai que lorsque j'en vois un, moi aussi, je ne peux m'empêcher de le lire par curiosité, me dit-il. Moi je suis né un 2 décembre, je suis sagittaire, et toi ?

- Je suis taureau, mon anniversaire est le 4 mai.

Une brise glaciale me fit trembler un instant.

La journée avait été très agréable pour un mois de mars mais les températures de saison avaient rapidement repris leur place avec la nuit. François se rapprocha et me passa un bras autour des épaules. Je me laissais faire.

Nous entrâmes dans le cinéma et, comme je le faisais chaque fois que j'allais voir un film, j'achetais des pop corn et une limonade.

La salle où nous nous installâmes était quasi vide, à peines deux ou trois personnes l'occupaient.

Le film commença.

André m'avait laissé le choisir et j'avais opté pour un bon film d'action. Une demi-heure peut-être passa ; je ne regardais pas vraiment le film, je pensais à la façon dont je pouvais présenter mon ami au reste de la bande. J'y songeais depuis un moment déjà mais je ne trouvais pas le moyen qui me convenait vraiment.

Je passai une fois encore en revu tout ce que je connaissais d'André. Sa vie, ses passions, ses qualités...

Je me tournai un instant vers lui ; il m'observait. Je détournai les yeux puis de nouveau je reportai mon attention sur lui. Je plongeai alors mon regard dans le sien, dans ses magnifiques yeux verts. Et là, je fis un geste que je rêvais de faire inconsciemment depuis des semaines. Je levai ma main vers son visage, écartai doucement quelques mèches de son front puis laissai mes doigts parcourir la douce peau de son visage...

Il attrapa alors mon poignet.

Prenant conscience de mon geste, je voulus m'éloigner mais André me retint gentiment. Il me sourit, approcha son visage du mien puis m'embrassa langoureusement.

J'étais stupéfait.

Pourtant je ne fis rien et m'aperçus que j'appréciais l'instant, que je l'avais même toujours espéré.

Notre baiser prit fin. J'étais heureux. Je venais de comprendre qu'il était plus qu'un ami pour moi. Il avait des qualités et une personnalité qui s'accordaient tout à fait avec moi. J'avais des sentiments pour lui et apparemment il avait les mêmes pour moi.

Je le regardais de nouveau et son teint avait légèrement viré au pourpre ; sans doute en était-il de même pour moi.

Mais cette fois-ci ce fût moi qui choisis de l'embrasser. Je sentis sa main se presser tendrement contre ma nuque et je m'abandonnai durant de longues secondes à son étreinte.

Le film continuait mais nous sortîmes discrètement de la salle.

Une fois dehors un silence s'installa entre nous. J'allais me décider à le rompre lorsqu'il parla.

- Je ne crois pas que ce qui est entrain de se passer soit très sain pour toi. Je ne suis jamais tombé amoureux d'un...

- Je t'aime, lui répondis-je. C'est la première fois que ça m'arrive mais je le sais. Je t'aime et tu me connais assez pour savoir qu'une fois que je suis persuadé de quelque chose rien ne fait changer d'avis. Et puis, je sais que tu n'as pas honte de tes sentiments alors pourquoi le devais-je ?

Il rit doucement.

- Tu es toujours fidèle à toi-même ! Tu as raison. Je t'aime sincèrement et je voudrais que notre relation se passe au mieux. Nous avons toute la vie devant nous, j'espère que chaque chose se passera en son temps.

- Je suis tout à fait d'accord avec toi, nous laisserons le temps qu'il faudra à notre relation, répondis-je.

Je passai lentement ma main dans son cou et je sentis frémir sa peau sous mes doigts.

- Bon, je crois que je vais rentrer...

Il m'attira alors à lui et m'embrassa.

- Bonsoir François, me dit-il à quelques centimètre de mon visage.

J'étais plongé dans un pur moment de bonheur.

Il s'éloigna peu à peu de moi et je regardais son visage aux traits qui me semblaient si parfaits.

- Bonsoir, lui dis-je avec le plus charmeur des sourire.

C'est ainsi que se termina notre première soirée en tant qu'amants. N'était-ce pas d'un romantisme parfait ? Pour moi, ce fût vraiment le début d'un conte de fée moderne.

A suivre...

Alors ? Que pensez-vous de cette première partie ? Nul ? Pas si nul que ça ?(je rêve un peu là --' )La seconde partie vaut-elle le peine d'être publiée ? Tous les commentaires sont les bienvenus ...



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