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Author: Lexy-Kun
Fiction Rated: K - French - Romance - Reviews: 4 - Published: 12-20-05 - Updated: 12-20-05 - id:2073245

Auteur : Lexy-Kun

Note : Allusions à de l'amour entre hommes et entre femmes.

Colin-maillard

Assis au fond de la salle, il observait de son regard à la fois vide et inquisiteur la foule d’adolescents qui tournoyait allégrement dans une danse sans queue ni tête et tentait en vain de réprimer les gloussements que provoquait cette joie délirante qui les emportait. Il regardait le magnifique jeu de lumière sur leurs tenues chatoyantes et leurs visages heureux, donnant à la scène une magie si particulière dont il se sentait totalement exclu.

Son regard s’attarda un instant sur la jeune fille aux yeux bandés qui, mains tendues, gloussant et sautillant, tentait d’attraper un de ces danseurs allègres. Son rire s’intensifia lorsque ses longs doigts fins se posèrent sur un corps, se refermant sur un morceau de tissu. Attirant la personne souriante un peu plus près d’elle, elle commença à parcourir son visage du bout de ses mains blanches. Ne trouvant pas le nom de sa proie, elle déposa sur sa joue un tendre baiser qui fit rougir son destinataire, avant de retirer le bandeau noir qui couvrait tout le haut de son visage. Ses yeux brillèrent lorsqu’ils tombèrent sur la jeune fille qui lui faisait face, et elle esquissa un sourire doux qui fit remonter ses pommettes rougies.

Le jeu continua, un nouveau « colin » fut désigné, et il observa les jeunes danseurs aux visages sublimés par la lumière qui les éclairaient, remarquant comme certains d’entre eux semblaient veiller à ne jamais se tenir trop loin du « colin », comme s’ils espéraient plus que tout se faire attraper, que des doigts chauds et doux caressent leur visage et peut-être, s’ils ne sont pas reconnus, sentir la tendre chaleur d’un baiser déposé sur leur joue.

Ses yeux se plissèrent légèrement. Son esprit n’était que confusion alors qu’il tentait de comprendre ces personnes qui semblaient chercher constamment le contact humain, comme s’il leur était vital. Pour lui cela ne représentait qu’agression et douleur, transgression de son espace vital, atteinte portée à son existence.

Son regard s’attarda plus longuement sur une silhouette agile qui sans cesse se dérobait loin des mains tendues qui tentaient de l’atteindre. Il se sentit un instant proche de ce jeune homme qui semblait faire partie intégrante de cette foule, dansant, tournoyant allégrement, un sourire de joie intense planant sur ses lèvres rougies et pleines contenant un rire d’allégresse ; adolescent qui semblait également se démarquer par sa si grande agilité qui il le voyait bien en décevait plus d’un, comme si lui aussi tentait par tout moyen d’éviter le contact que tous semblaient désirer ardemment, par la façon dont il rayonnait, la lumière tombant sur ses cheveux aux reflets ors et son sourire illuminant son visage, mais également par cette part d’ombre qu’il parvenait à déceler dans son regard d’ambre, qui s’attardait parfois sur son visage et dans laquelle il se fondait si facilement lorsque l’on essayait de le saisir.

Et puis, on le désigna comme le « colin », étant le seul qui ne soit encore passé. Il le vit accepter le foulard sans jamais se départir de son sourire heureux, tendre ses mains comme les autres l’avaient fait avant lui et se lancer dans sa recherche. Il sentit curieusement un sentiment proche de la déception l’envahir, et ne cherchant pas à s’attarder sur la raison de celui-ci il se leva, se sentant soudain incroyablement las. Il n’aspirait qu’à retrouver la douce quiétude de son lit. Traversant la pièce comme l’ombre qu’il était au milieu de ces gens lumineux, il sursauta au toucher d’une main sur son épaule. Il entendit un rire qui le fit doucement frissonner retentir dans son dos, la pression se fit un peu plus forte encore sur son épaule avant de l’inciter à se retourner. Comme une poupée de chiffon dépourvue de volonté il céda à cette pression et pivota sur lui-même, et soudain deux mains parcouraient son visage.

Il se tendit, paralysé, les yeux écarquillés, un torrent d’émotions confus l’envahissant alors que le bout de ces doigts chauds caressaient le moindre de ses traits. Il ne comprenait plus rien, il ne savait pas ce qu’il ressentait, ne savait pas ce qu’il lui arrivait, en oubliait même où il était alors que le moindre de ses muscles étaient tendus, crispés à l’extrême. Sa seule certitude était que dans ce tourbillon de sentiments plus étranges et indéfinissables les uns que les autres, il n’y avait ni douleur, ni sensation d’agression, ni même le sentiment qu’on transgressait son territoire, son espace vital. Il entendit de nouveau ce même rire qui envoya encore des frissons le long de sa colonne vertébrale, frissons qu’étrangement il ne haïssait pas, et qui furent intensifiés par une voix douce, chaude, un peu rauque mais qui semblait si délicieusement candide et innocente qui murmurait des paroles qui étaient à son oreille complètement indistinctes et dépourvues de sens.

Soudainement des lèvres couvrirent les siennes, et ses lèvres étaient envahies par une sensation de douceur et de chaleur intense qui firent exploser dans son ventre et au creux de ses reins un feu si fort mais à la fois si doux, si sauvage et agréable, une chaleur dont il ignorait tout et qu’il n’avait encore jamais ressentie. Il sentit ces lèvres s’attarder encore et ses paupières se baissèrent. Puis la peau tendre qui touchait la sienne se détacha de lui, doucement, lentement, comme à regret, et ses yeux s’ouvrirent avec dolence pour rencontrer les mains si douces qui avaient parcouru, caressé son visage, puis les lèvres qui avaient créé cette chaleur qui continuait à vivre dans son ventre, et ce doux picotement qui envahissait maintenant la peau qu’elles avaient touchées. Il regarda ces mains soulever doucement le bandeau noir pour découvrir le visage du jeune adolescent dont il s’était senti un instant si proche. Ses yeux se plongèrent dans ceux de l’autre jeune homme, se plongeant dans l’ambre brillante et profonde, où l’ombre autrefois présente avait laissée place à une douce et chaude lumière.

Il se sentit alors si proche de celle-ci, si sûr que cette même lueur brillait dans ses yeux à lui, qu’il lui semblait soudain qu’il appartenait bien plus à cette lumière qu’à l’ombre dont il avait toujours fait partie intégrante, dont il avait toujours pensé faire partie intégrante. Et il sut que, même si jamais il n’apprécierait le contact humain, il aimait, adorait, désirait de toute son âme le contact de cet homme.



© Copyright 2005 Lexy-Kun (FictionPress ID:495052).


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