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Fiction » Romance » Cola Mailla font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Lexy-Kun
Fiction Rated: K+ - French - Romance - Reviews: 8 - Published: 12-20-05 - Updated: 12-20-05 - id:2073419
Cola Mailla

Lucas resta assis ou plutôt affalé sur le canapé, faisant tourner sa canette de bière tiédie dans ses mains. Il comprenait vraiment pas comment la soirée avait pu tourner comme cela. Au début, tout allait bien, c’était une soirée normale avec les trois-quarts des gens du bahut, il y avait de la bière, de la musique à fond sur laquelle tout le monde délirait. Au fil du temps, ça avait commencé à se vider, et puis alors qu’ils n’étaient plus qu’une vingtaine et que la plupart se connaissait relativement bien, une fille petite aux cheveux longs avait émis une idée totalement délirante. Ces mots résonnaient encore dans sa tête : « Et si on jouait à Colin-maillard ? Et si on n’arrive pas à deviner qui on a attrapé, le gage c’est un smack ! » Bien sûr, lui avait trouvé l’idée totalement débile et avait immédiatement refusé, surtout qu’il ne connaissait presque personne et que personne ne le connaissait.

Pas les autres. Tout le monde avait accepté dans un éclat de rire général, les yeux brillants et le sourire aux lèvres. Même son meilleur ami. Au début, lui aussi avait hésité vu que comme lui il ne connaissait personne, mais après ils s’étaient tous présentés et apparemment ça avait suffit à le convaincre. Et lui il était là, à les observer d’un œil morne, totalement dégoûté. Comme s’il allait embrasser ou se laisser embrasser par le premier ou la première venue ! Non parce qu’en plus, on pouvait attraper (ou se faire attraper) aussi bien par des garçons que par des filles. Ils avaient tous l’air de penser que se faire smacker par quelqu’un ce n’était rien du tout. Comme un bisous sur la joue quoi. Ils étaient tous bi ou quoi ? Bon, c’était pas que ça le dérangeait, ç’aurait été un comble vu qu’il était lui-même bi. Mais quand même ! Un peu de décence quoi.

Soupirant, il bu une gorgée de sa bière bien chaude, putain dégueulasse et fronça les sourcils, dardant son regard sur la silhouette fine mais délicatement musclée de son meilleur ami. Il observa le sourire qui planait sur ses lèvres pleines, la rougeur qui colorait ses joues, ses cheveux totalement emmêlés à force de bondir partout pour éviter de se faire attraper et ses yeux qui brillaient. Dieu ce qu’il pouvait haïr cette lueur. L’idée de recevoir un smack par une personne qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve lui plaisait donc tant que ça ? Il poussa un petit reniflement de mépris et se renfonça un peu plus dans son fauteuil. Non mais quel imbécile, vraiment. Peut-être qu’il était saoul ? Pas possible, Linou (de son vrai prénom Eline) n’avait bu qu’à peine deux verres, et il tenait bien mieux l’alcool que ça.

Du coin sombre de la pièce où il se terrait, Lucas l’observa courir, tournoyer et bondir avec agilité afin d’éviter les mains tendues qui ne cherchaient qu’à se saisir de lui, et sa jambe droite commença à sautiller hystériquement. Cette dernière n’arrêta son mouvement que quand le chasseur finit par attraper quelqu’un, une fille que Lucas avait du croiser une fois dans les couloirs. Le mec palpa ses longues boucles et la reconnu immédiatement – faut dire, c’était pas très difficile étant donné que c’était la seule à avoir les cheveux bouclés. N'empêche il était persuadé que personne n’avait eut le temps de retenir le nom de Linou, surtout qu’il était un peu particulier (bah ouais, on rencontre pas des Eline à tout les coins de rue hein). Et puis il connaissait son meilleur ami par cœur, il arriverait jamais à se rappeler du prénom d’une vingtaine de personnes comme ça. Il avait sûrement déjà tout oublié d’ailleurs.

Bizarrement, sa main se resserra sur sa canette juste assez pour la déformer légèrement lorsqu’il vit que l’ancien chasseur avait parcouru la pièce des yeux à la recherche de quelqu’un, pour s’arrêter sur son Linou qu’il avait fixé d’un air déçu – genre il aurait trop voulu l’attraper. Il fronça les sourcils en fixant inconsciemment l’adolescent d’un air meurtrier, et sa jambe recommença à tressauter hystériquement lorsqu’une nouvelle chasseuse fut désignée. Une rouquine à la poitrine plus que généreuse et au décolleté plus que pigeonnant et portant une jupe, si on pouvait appeler ça ainsi. A son humble avis, il s’agissait plutôt d’une ceinture. A ce niveau-là elle aurait aussi bien pu ne rien porter du tout. Vulgaire, vulgaire, vulgaire. A vomir, vraiment. Il la vit regarder son Linou avant de glousser. Et étrangement, il eut soudain une énorme envie de lui ouvrir le ventre et de l’étrangler avec ses tripes. Sa jambe sautait plus haut que jamais alors que Linou riait joyeusement, commençant à se déplacer dans la salle.

La fille avait agrippé quelqu’un. Un mec lui bloquait la vue mais il était sûr que cette garce tenait Linou. Cette fille allait embrasser son Linou ! Sa main se crispa un peu plus sur sa cannette sans qu’il n’en ait conscience, avant que le connard qui bloquait sa vue ne se décale un peu. Ce n’était pas Linou qu’elle avait attrapé, mais une fille juste à côté de lui. Une fille qui n’avait d’ailleurs rien avoir avec Eline : petite, avec des rondeurs et des cheveux blonds presque blancs. La rouquine parcourait maintenant son visage de ses mains, déclara en riant qu’elle n’avait aucune idée de qui c’était (et bizarrement, ça sonnait assez faux) avant de retirer son foulard et de poser ses lèvres sur celles de l’autre fille. Elles se séparèrent un peu plus tard que nécessaire, portant toutes les deux une petite rougeur sur les joues. Lucas se rassit sur le fauteuil qu’il n’avait pas conscience d’avoir quitté, et sa jambe recommença son tressautement hystérique.

Au bout d’une demi-heure, la jambe de Lucas atteignait des hauteurs phénoménales à chacun de ses sursauts et sa canette ne ressemblait plus à rien. Dans l’intervalle, trois couples s’étaient formés – dont la blonde et la rouquine, qui n’avait pas l’air si mal que ça finalement –, et il avait surpris au moins dix personnes regarder Linou avec déception ou envie. Il commençait à en avoir plus que marre, mais il tenait le coup… Pour combien de temps encore ? Et là, le chasseur attrapa quelqu’un d’autre, devina son nom, mais ne lui donna pas le foulard. A la place, il se tourna vers Eline et lui dit : « Allez Eline, c’est à ton tour ! Tu es le seul à ne pas avoir été chasseur… » putain, ce gars était tellement peu subtil ! Sa voix soit disant « séductrice », le genre de voix à dire « Alors, heureuse ? », ce regard lubrique et ce petit sourire pervers… aucun doute que ce connard allait se faire un plaisir de se mettre juste dans la ligne de mire de son Linou. Il regarda, paralysé, Eline prendre le foulard sans se départir de son sourire et le nouer sur ses yeux.

Putain, putain, il en avait trop, trop marre ! Il balança sa canette au sol et se décida de traverser cette putain de pièce pour atteindre cette putain de porte et rentrer chez lui, où l’attendait de bonnes bouteilles d’alcool bien fort. Il avait parcouru la moitié du chemin lorsqu’une main se posa sur son épaule. Il se retourna brusquement, prêt à envoyer chier celui qui avait eu le malheur d’oser l’importuner, mais ces mots moururent sur ses lèvres quand il vit qui lui faisait face.

Eline. Son Linou. Avec son foulard sur les yeux. Soulagé (Linou n’aurait pas à poser ses lèvres sur un vicieux ou une mangeuse d’homme sans scrupule, c’était son meilleur ami alors normal qu’il s’inquiète pour lui), il le laissa parcourir son visage puis ses cheveux de ses mains, sachant qu’il le reconnaîtrait tout de suite. Après tout, il se connaissait depuis près de 6ans, et puis il était le seul à avoir cette coupe de cheveux si particulière, tombant sur ses joues sur le devant et long jusqu’au milieu de son crâne derrière. Eline passa ses mains dans ses cheveux, s’y attardant longuement, et il ne se contentait plus de palper… il massait. Lucas ferma les yeux, se retenant à grandes peines de se mettre à ronronner comme un chat. C’était réellement très agréable. Il fut surpris en entendant le rire mélodieux de Linou retentir dans la pièce, et encore plus lorsque la voix douce et chaude de celui-ci murmura : « Non vraiment, je ne vois pas… ».

Il resta planté là, les yeux un peu écarquillés, sans voix lorsque son meilleur ami retira son bandeau, posa doucement les yeux sur lui avec son plus beau sourire et l’attira plus près de lui. Il sentit soudain son souffle chaud caresser ses lèvres, qui furent vite recouvertes par d’autres, chaudes, brûlantes, douces, tendres, et bordel ce que c’était agréable… Ses paupières se fermèrent d’elles-mêmes alors qu’une chaleur intense envahissait son ventre et le creux de ses reins. Le corps d’Eline se rapprocha du sien, à moins que ce soit lui qui se rapprochait du corps de Linou, et ils semblèrent s’épouser parfaitement. Comme s’ils avaient été fait pour être l’un contre l’autre. Doucement, lentement, ‘Line se détacha de lui. Lucas garda les yeux fermés, passa sa langue sur ses lèvres comme pour goûter encore la saveur d’Eline et il lui demanda d’une voix rendue un peu rauque :

« - Pourquoi ?

Eline rit doucement.

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi as-tu fait semblant de ne pas me reconnaître ?

- Pour avoir le privilège de t’embrasser. Parce que j’en avais envie. Parce que tu en avais envie aussi. »

Son ventre le brûlait comme jamais, et jamais cela n’avait été aussi agréable. Il ouvrit alors les yeux, les laissant plonger dans ceux de Linou. Ses yeux brillaient, et il se rendit compte que cette lueur-là, contrairement à celle qu’il avait vu plus tôt dans la soirée, il l’aimait.



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