|
|
| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Titre : La politique du chat écorché
Auteur : Cerbère
Disclaimer : Les personnages m’appartiennent, merci de ne pas y toucher ou alors de m’en demander l’autorisation.
Note 1 : Parallèle à « Alone in the day». Vous voici en mesure de savoir plus sur Idris et de ce qui l’a poussé à arrêter ses cours d’espagnol avec Angel et Etna.
Note 2 : Tout comme la politique de l’Autruche ou du Mouton, il existe un tas d’autres politiques. J’ai nommé celle-ci ainsi puisque c’est le nom que j’ai entendu de la bouche de deux personnes qui ne se connaissaient pas, lorsqu’elles ont été confrontées à la même personne. Peut être le terme existe-t-il vraiment ou peut être est-ce un pure hasard, mais la politique est là. Je vous laisse la découvrir.
La politique du Chat écorché
Définition : Politique ou mode de vie consistant à s’auto-mutiler mentalement plutôt que de blesser les autres par la parole.
OoO
Idris entra dans les toilettes. Peu d’élèves venaient dans ceux-ci. La plupart des portes n’ayant plus de verrou et les autres étant toujours cassés. Mais pour un gars… À quoi bon verrouiller ? Il s’avança vers l’une des cabines lorsqu’une autre s‘ouvrit, le faisant sursauter. Une jeune fille lui fit un fébrile sourire et alla se laver les mains avant de partir. Le jeune garçon la regarda partir. Lors de sa première, il l’avait déjà croisé. À ce moment là, elle souriait pleinement, avait ses cheveux bruns, bouclés, lui retombant joliment sur les épaules. Aujourd’hui, elle n’avait qu’un sourire fade, ses cheveux étaient tel qu’ils avaient du l’être à son réveil : complètement emmêlés. Son visage pâle ne laissait, quant à lui, aucun doute de ce qu’elle était venue faire ici. Mais après tout, cela ne le regardait pas. Il allait être en retard en cours et avait toujours autant envie de pisser. Sans plus d’autres pensées, il s’enferma dans l’une des cabines. Il arriva à son cours à temps et vit l’assistant d’espagnol. Un jeune brun au visage agréable. Ils n’étaient que cinq dans la salle et les trois secondes n’allaient pas faire long feu. Etna, elle, était toujours présente depuis sa seconde et il s’installa à côté d’elle. Il l’aimait bien. Lors de ce cours, elle était totalement différente de ce qu’il avait pu voir des autres matières lors de son année de première. Plus vivante, plus communicative. Angel, l’assistant, les laissa partir très tôt, n’ayant rien préparé en ce début d’année. Les trois secondes furent les premiers à quitter la salle. Etna pas longtemps après, et Idris, bon dernier, comme toujours, avec sa manie de s’étaler partout. Il rejoignit Etna sur la plate-forme. Un commentaire à l’adresse des trois seconde se rendant chez la principale et il s’installa à côté de la rouquine sans adresser plus de mots. Tous deux aimaient le silence. Le jeune garçon regarda un groupe de fille devant lui qui s’esclaffait. Il reconnu la fille des toilettes parmi elles. Riant comme ses amies, mais ce tenant un peu à l’écart quand même… Et finalement, en regardant bien, souriant pour la forme. Lorsque la cloche sonna, Idris parti vers sa salle. Il rattrapa un garçon de sa classe qui venait de discuter avec ce groupe de fille.
« Eh ! Antoine, Antoine ! Dis, tu les connais bien les filles avec qui tu parlais ? ».
« Ça dépend de ce que tu appelles bien connaître. Certaine oui, d’autres non. Qu’est ce que tu veux savoir ? ».
« Celle qui… » A l’air perdu, pensa Idris avant de se rattraper. « Celle qui a les cheveux bruns et qui part toute seule ».
« Qu’est ce que tu lui veux ? » L’agressa alors à moitié Antoine.
« Juste son prénom… Pas besoin de m’agresser ».
« T’as des vues sur elle ? ».
« Non, je l’ai juste croisé deux fois aujourd’hui et j’aimerai pouvoir mettre un nom sur son visage, rien de plus ».
« Naeka ! Et je te préviens, elle a un copain, c’est pas la peine de te faire des idées ».
J’allais pas m’en faire, pensa le brun. Antoine entra dans la salle et Idris s’installa entre lui et la fenêtre.
OoO
Naeka regarda sa classe entrer dans la salle et soupira avant de faire de même. Elle avait mal à la tête et le cours de mathématique n’allait pas tout arranger. Mais elle savait aussi que c’était la dernière heure de la journée. Au moins, elle avait un bon emploi du temps à défaut de la classe.
OoO
Idris suivait son cours d’espagnol d’une oreille distraite. Cela faisait déjà deux mois que la rentrée était passée. La fin de la semaine annonçait les vacances de la toussaint et ses pensées étaient bloquées sur le même sujet que le premier jour. Pourquoi Naeka avait-elle cet air si… Perdu ?
OoO
« Tu viens manger Nae ? ».
« Non, je suis devenue externe, je rentre chez moi, on se retrouve à 1 heure, ok ? ».
« Comme tu veux, on y va les filles ».
Naeka regarda sa meilleure amie partir avec les filles de sa classe. Elle aurait voulu lui dire qu’elle crevait de jalousie de la voir tout le temps avec ses filles qu’elle n’aimait pas. Qu’elle voulait passer plus de temps avec elle. Mais elle ne voulait pas lui prendre sa liberté. Une fois que son amie fut entrée dans le réfectoire, elle alla s’installer en permanence pour essayer de faire ses mathématiques. Elle releva la tête lorsque son frère vint lui parler.
« Bah Nae, pourquoi t’es toute seule ? Tu manges pas ? ».
« Non, pas aujourd’hui, j’ai pas très faim ».
« Je comprends… Je te laisse, mais si ça va pas, tu peux venir me voir, tu le sais, hein ? ».
« Oui, oui, merci Antoine ».
Naeka regarda son frère retourner vers son groupe. Non, il ne comprenait pas. Et personne ne pouvait comprendre. Que son copain est cassé durant le week-end avait été une libération pour elle alors qu’elle s’y accrochait depuis plus de deux ans. Mais cela ne changeait rien à son mal-être. Les repas ne restaient toujours pas. À cela, elle avait trouvé la solution : dire à Magalie, sa meilleure amie, qu’elle était devenue externe. Après quelques minutes à chercher à comprendre, la brune se leva et sorti. La salle était trop bruyante pour pouvoir y comprendre quoique ce soit. Malgré début novembre, il ne faisait pas froid et le soleil était bien présent, aussi elle alla s’installer dans un coin. Dans le silence, elle se rendit compte qu’elle ne comprenait pas pour autant. Puis une ombre vint lui cacher le soleil. Relevant la tête avec lassitude, elle s’attendait à voir son frère ou Magalie. Mais non, il s’agissait simplement d’Idris. Un gars qu’elle n’avait vu qu’une fois dans sa vie : le jour de la rentrée dans les toilettes. Pour une fois, elle prit le temps de le détailler. Il avait de longs cheveux bruns-blonds, décoloré par le soleil, jusqu’aux épaules et en larges boucles. De grands yeux très noirs et un sourire un peu colgate blancheur. Il ne portait qu’un tee-shirt à manche longue moulant un torse assez musclé, et un jean à la mode des jeunes : en dessous des fesses, dévoilant un caleçon bleu peuplé de fleur d’ibiscus rose.
« Ça va ? » Demanda-t-il timidement, se sentant détaillé.
« Comme quelqu’un qui fait ses math et qui y pige que dalle » Grogna-t-elle.
« J’vais t’aider ».
Sans qu’elle ai pu accepter ou refuser, le brun s’était installé à son côté et avait jeté un œil sur son exercice, lui expliquant où était son erreur qui faisait que tout était faux. Il enchaîna avec elle trois autres exercices pour être sûr qu’elle ai bien compris et regarda sa montre.
« Je dois y aller, j’ai cours… Tu devrais aller manger, t’as mauvaise mine ».
« Ça ira. Merci pour les maths ».
« Y’a pas de quoi ».
Le brun parti vers sa salle, juste de l’autre côté de la cour. De sa fenêtre, il pouvait voir la brune travailler ou rêvasser, mais qui ne bougeait pas. Il vit ses amies la rejoindre puis il revint sur son cours. Etna lui adressa un regard interrogateur.
« C’est rien ».
Elle haussa les épaules et retourna à son exercice. Idris essaya de faire de même, mais son estomac en décida autrement. En décidant d’aider Naeka et de lui tenir compagnie un petit bout de temps, il n’avait pas eu le temps d’aller manger.
OoO
Naeka referma son cahier quand Magalie arriva. Elle ne participa pas plus que d’habitude à la conversation, pensant au jeune garçon qui l’avait aidé et qu’elle ne connaissait pas. Mais elle l’avait vu entrer dans la salle avec l’assistant d’espagnol et une rouquine. Elle ne la connaissait pas personnellement, mais son copain faisait rêver. Du moins, elle aimait bien le regarder quand il était dans le coin.
OoO
Lundi après lundi, Idris répétait la même chose. Il loupait son repas de midi pour s’asseoir au côté de la brune. Ils ne parlaient pas, ou juste d’un problème de math. À une heure, il partait à son cours et la suivait du regard pendant le déroulement de celui-ci. Il ne savait pas pourquoi cette fille était si présente dans son esprit. Il la sentait mal et ne pouvait rien faire.
OoO
Le premier lundi de janvier, Idris s’assit à sa table et sortit ses feuilles. Les maths l’ennuyaient. Il griffonnait sur sa feuille des mots qui lui venaient à l’esprit. Peu de temps avant la fin du cours il jeta un œil sur ce qu’il avait écrit du cours, puis sur ce qui remplissait la marge et pour finir, son poignet, orné d’un bracelet noir en caoutchouc. Il sourit tristement et sortit de la salle dès la sonnerie pour rejoindre Naeka. Il venait de faire son choix. Il ne mangerait pas tant qu’elle n’irait pas elle-même.
OoO
La brune était perdue dans ses pensées. Les vacances de Noël c’était passé tristement et elle avait rencontré une sorte de Kinésiologue du nom de Thierry que son père avait contacté. Son père qui n’était jamais là mais qui savait qu’elle n’allait pas bien. Celui qui était le moins présent mais qui s’occupait le plus d’elle. Du côté de la famille bien sûr, car elle ne pouvait pas oublier le garçon de terminale –dont elle ne connaissait toujours pas le prénom- et qui passait tous ses lundis avec elle.
FLASH BACK (POV Naeka)
La première chose qu’ai fait Thierry en entrant dans la pièce, fut un pas en arrière avec un pincement de lèvre. Je l’ai entendu dire à mon père que j’étais semblable à un chat écorché. Lui. Lui qui me voyait pour la première fois et qui ne me connaissait pas. Un chat écorché. Malgré tout, l’expression m’a fais sourire. Non, elle na rien d’amusante si ce n’est qu’elle me colle à la peau. Un ami de la famille avec qui j’aime bien discuter m’a dis la même chose il y a quelques mois. Par ‘chat écorché’, cet ami –et Thierry aussi- veulent dire que plutôt que de dire aux autres ce qui me blesse dans leur attitude, je préfère le garder pour moi et ainsi, je me laisse bouffer. Thierry appelle cela de l’automutilation mentale. Pour ma part je sais qu’elle est aussi physique puisque ce doit être ce ressentiment qui m’empêche de manger ou de garder mes repas. Je ne veux pas dire ce qui me fait mal car je ne m’estime pas le droit de blesser ou de faire souffrir les autres par mes paroles. C’est comme ça. Et c’est ainsi que je suis rentrée dans cette politique. La Politique du Chat Écorché.
Nous avons parlé. De ce qui me bouffait. Ce n’est pas bien dur, mais le problème est là. Depuis la rentrée, je vois Magalie s’éloigner. Jours après jours elle est avec ses filles que je n’aime pas et s’il n’y avait pas le lycée, nous ne nous verrions jamais. La preuve : deux semaines de vacances à Noël et je ne l’ai vu qu’une fois en coup de vent et par pur hasard. Cela me bouffe et je ne peux rien y faire. Je ne veux pas la priver de sa liberté. Je ne veux pas lui imposer de devoir rester avec moi si elle n’en a pas envie. Thierry a posé ses mains un peu partout. Appuyant parfois ou juste effleurer à d’autres moments. Ce dont je me rappelle le plus ce sont ses doigts appuyant fortement sur mon sternum. J’ai sifflé de douleur.
« Tu as mal ? » M’as-t-il demandé.
J’ai acquiescé.
« Tant mieux » A-t-il sourit « Ici, ce sont les non-dits… Il est temps de lâcher du leste et d’arrêter de faire bouffer par les autres. Tu n’es pas inférieure. Tu as besoin d’un coup de pouce. Je vais t’aider un peu mais c’est à toi de comprendre. Dis-toi que tu as deux jambes et deux bras et que de ce fait tu es plus chanceuse qu’un bon million de personne si ce n’est plus ».
Je ne sais pas si tout cela changera quelque chose, mais j’attends. Ça s’arrêtera un jour, je n’en doute pas. Et alors, ou je m’arrêterais avec, ou je continuerais sans. Cependant, merci papa d’avoir appelé Thierry.
Fin du FLASH BACK (Fin POV Naeka)
Idris s’avança vers la jeune fille et la fit sursauter.
« Désolé, je voulais pas te faire peur ».
« Y’a pas de mal ».
« Tiens, cadeau » Dit-il en lui tendant un bracelet noir qu’elle attrapa intriguée. « Il me fait penser à toi ».
« Hope ? » Lut-elle « Espoir ? ».
« Oui, « Au poignet l’espoir, aux yeux le noir. Du temps pour réfléchir, du temps pour souffrir ». C’est pas très optimiste, je suis désolé ».
« Poète à tes heures ? » Demanda la brune en enfilant le cadeau et esquissant un petit sourire.
Idris s’assit à côté d’elle et hocha la tête.
« Quand je m’ennui et comme ton frère n’est pas bavard… ».
« Tu connais mon frère ? ».
« On est dans la même classe. D’ailleurs je peux te dire qu’il te protége hardiment de tous les détraqués de la classe qui ont des vues sur toi ».
« Pas tous apparemment, toi tu es passé entre les mailles » Sourit-elle gentiment.
« Mais moi je ne suis pas intéressé ».
« Alors pourquoi tu es là ? ».
« Secret… Je dois y aller ».
« Mais tu n’as pas mangé ».
« Je sais, mais j’ai décidé qu’à partir d’aujourd’hui, je ne mangerais qu’avec toi ».
« … ».
« Je sais que tu ne manges pas le midi. Je passe du temps avec toi le lundi et après je te vois de ma fenêtre. Et vu ta taille, j’irai même penser que tu ne manges pas plus le soir ».
La brune baissa la tête comme prise en faute. Elle fixa le bracelet. Comment pourrait-il comprendre ?
« Je ne te juge pas Naeka… Tu n’as rien à justifier » Déclara-t-il en posant une main sur sa tête puis partant vers sa salle de cours.
OoO
Naeka était assise dans son coin. La cloche avait sonné midi depuis plus de trois quarts d’heure. D’un côté, elle était heureuse de ne pas voir le garçon, cela voulait peut-être dire qu’il était parti manger avec ses amis. Mais d’un autre, elle était inquiète : celui-ci maigrissait à vue d’œil et devenait plus pâle de jour en jour. Elle observa son bracelet. Ceux-ci étaient à la mode. Elle ne les aimait pas, mais celui-ci était différent. C’était plus dans les paroles qui l’avaient accompagné qu’elle s’était retrouvée. Ces quatre petits vers étaient sur son cahier. Celui-ci ouvert devant elle, elle les relu. L’absence du garçon se faisait ressentir. Elle avait pris l’habitude de l’avoir près d’elle et il lui manquait. Et plus que tout, elle s’inquiétait. Elle s’inquiétait pour ce garçon dont elle ne connaissait même pas le prénom. Et ce même après plus de trois mois à ce voir quotidiennement. Naeka se leva d’un air décidé et croisa Magalie en chemin.
« Tu vas où ? » Demanda-t-elle.
« Quelque chose à savoir » Répondit-elle simplement, sans douceur.
Elle en avait marre d’être gentille avec quelqu’un qui la laissait se détruire sans même le voir. Non, elle ne lui demandait rien. Elle ne se détruisait pas volontairement pour avoir de l’aide, mais après sept mois, si une de ses amies avaient perdu près de quinze kilos, elle s’en serait rendue compte. Mais difficile quand on ne se voit pas, pensa-t-elle avec amertume en cherchant son frère des yeux. Alors que Naeka s’avança dans le tas de garçon, ignorant les œillades que ceux-ci lui lançaient, Antoine vira pâle et l’éloigna assez violemment en la tirant par le bras.
‘Hardiment protégé par ton frère’ Avait dit Idris. Et il avait raison.
« Qu’est ce que tu veux ? » L’agressa-t-il à moitié, jetant un œil courroucé à ses amis.
« Un renseignement » Répliqua-t-elle aussi froidement en dégageant son bras. « C’est au sujet d’un gars de ta classe… Il a des yeux noirs et des cheveux bouclés, longs jusqu’aux épaules brun blond ».
« Idris ? ».
« Je ne connais pas son prénom… Je sais juste qu’il est absent ».
« Il est pas absent, il est à l’infirmerie, il s’est écroulé au sol pendant le cours de sport à 11 heures. Qu’est ce que tu lui veux ? Qu’est ce qu’il t’a fais ? Eh Nae ! Reviens là » Cria le brun alors que sa sœur partait en courant vers l’infirmerie.
OoO
Naeka arrêta sa course en vue de l’infirmerie et se remit à marcher normalement, se mordant la lèvre, se sentant coupable pour Idris, -si c’était bien son prénom. Elle tenait en ne mangeant pas le midi parce qu’elle ‘pratiquait’ cela depuis plus de deux ans, mais lui, du jour au lendemain… Elle avait était stupide de ne pas l’avoir dissuadé ou insisté à manger quelque chose. Elle pouvait ‘jouer’ avec sa vie, mais certainement pas avec la sienne. La brune s’avança vers l’infirmière.
« Oui, il est couché. Sa mère ne devrait plus tarder. Tu peux aller le voir en attendant si tu veux. Mais j’aimerai te voir ensuite ».
Naeka hocha la tête. Voilà pourquoi elle évitait obstinément l’infirmerie. Elle ne voulait pas de ce foutu tête-à-tête que l’infirmière essayait d’arranger à chaque fois qu’elles se croisaient dans les couloirs. Mais cette fois, c’était pour Idris. Elle entra dans la pièce, soudainement gênée d’être présente. Après tout elle ne lui avait rien demandé. Elle s’avança néanmoins.
« Salut ».
« Oh Nae ! Ca me fait plaisir de te voir. Je voulais te voir, mais l’infirmière n’a pas voulu me laisser sortir… Je suis désolé, je suis moins fort que toi ».
« Je suis désolé » Déclara-t-elle se sentant de plus en plus coupable.
« Faut pas ! Il s’agit de mon choix !… Je sais que tout te paraît bizarre et que l’on ne se connaît pas, mais… J’ai envie de t’aider ».
« Tu as déjà fais beaucoup » Répondit-elle en étirant un coin de sa lèvre.
« Pas assez je crois ».
La brune s’avança un peu plus et vint s’assoire sur le lit. Ses yeux la piquaient, elle avait envie de pleurer. Contre toute attente, Idris se redressa et la pris dans ses bras. Elle éclata alors.
« Tu sais Naeka, depuis la première fois que je t’ai vu cette année, je ne peux m’empêcher de me dire que tu ressembles à un animal blessé, qui se cache pour ne pas que l’on s’inquiète ».
« Je sais » Hoqueta-t-elle, pensant au chat écorché. « Mais alors, pourquoi est-ce que toi tu m’as vu ? ».
« J’étais dans les mêmes toilettes que toi. Et au lieu de voir la jolie Naeka que j’avais déjà vu un an auparavant, j’ai croisé un animal blessé qui essaye de sauver les apparences. J’ai pas plus de facultés que les autres. Je me suis juste trouvé au bon endroit au bon moment… Si on peut dire… Naeka, j’ai envie de t’aider. On ne se connaît pas et je te demande juste… Peut-être de me raconter ce qui te fait tant souffrir… J’ai pas la prétention de comprendre… J’ai envie de te libérer d’un poids. Je ne te jugerais pas, je te le jure ».
Naeka resta silencieuse. Elle était dure cette main tendue. Cela faisait tellement de temps qu’elle l’attendait de Magalie sans jamais oser la demander. L’infirmière entra alors.
« Naeka, je t’attends dans mon bureau, Idris, ta mère est dehors, elle t’attend ».
Le garçon déplaça son bras des épaules de son amie et la poussa gentiment vers la femme qui était déjà parti. Naeka entra dans le bureau, ferma la porte derrière elle, et s’assit, mal à l’aise.
« Naeka… Nous avons eu un relevé de la cantine récemment. Voilà déjà plus de quatre mois et demi que tu ne manges plus à la cantine ».
« Je suis devenue externe à l’insu de ma mère » Bredouilla-t-elle.
« Je viens d’entendre la même excuse de ton ami, ou petit ami, peu importe. Seulement… Chez toi, c’est flagrant. Tu ne manges rien. Combien pèse-tu ? ».
« Je ne sais pas » Grogna la brune pestant contre le manque de délicatesse de la femme.
Naeka se rendit compte qu’elle aurait mieux fait de donner un poids fictif lorsque l’infirmière lui désigna la balance. Obligée, la brune monta dessus. La trentenaire s’exclama rudement :
« Mon dieu Naeka ! Te rends tu compte que tu pèse quinze kilos de moins que tu ne le devrais ? Je dois prévenir tes parents ».
La jeune fille haussa les épaules. Cela devait bien arriver un jour. La femme prit alors un ton très maternel en incitant sa patiente à s’asseoir.
« Naeka, si tu as un problème, il faut en parler, tu sais ? C’est avec tes parents ? ».
« Non ».
« Avec ton frère ? ».
« Non ».
« Avec ton petit ami ? ».
« Non ». Pourquoi s’obstinait-elle à croire qu’Idris était son petit ami ?
« Avec qui alors ? ».
« Pourquoi voulez-vous absolument qu’il y ai un problème avec quelqu’un ? » S’insurgea la brune.
« Parce qu’il y a forcément un problème avec quelqu’un. Et il faut que tu m’aides. Si tu ne dis rien je vais être dans l’obligation d’appeler tes parents ».
« Que je parle ou non, vous le ferez, alors qu’attendez-vous ? Au point où j’en suis, je suppose qu’il ne me reste plus que la perfusion ».
L’infirmière joignit ses mains.
« Naeka, je ne comprends pas. L’année dernière encore, tu étais pleine de vie. Que s’est-il passé ? ».
« Marre de donner l’illusion ! Je peux y aller ? J’ai cours » Grogna-t-elle.
« Non, tu restes ici ! J’appelle ta mère. Tu as besoin d’être suivi. Tu as entraîné quelqu’un dans ta déchéance et cela est grave. Tu ne sais pas à quel point la mère d’Idris était scandalisée ».
« Je n’ai entraîné personne » Protesta alors l’adolescente en se relevant.
Puis elle se rassit. Si bien sûr, c’était de sa faute : il attendait qu’elle aille manger. L’infirmière tomba sur le répondeur et laissa un message. Chose stupide, mais plus rien n’étonnait Naeka quant à cette infirmière qui était totalement dépourvu de pédagogie et de diplomatie. Elle raccrocha enfin.
« Bien, quant à toi, tu vas rester ici, et prendre un petit déjeuner. Tu ne sortiras pas d’ici tant que tu ne l’auras pas fini ».
Sur ces mots, elle composa un plateau d’un yaourt, de deux pains avec diverses confitures. Ce que Naeka regarda avec dégoût.
« J’aime pas ce qui est sucré » Déclara-t-elle.
« Peut être, mais c’est de sucre dont tu as besoin » Grinça la femme en faisant entrer un élève dans son bureau.
La brune jeta un œil sur le garçon venu accompagner son ami.
« T’as faim ? » Demanda-t-elle en lui montrant le plateau.
OoO
Arrivée chez elle, la première chose que fit la brune, fut d’effacer le message du répondeur. L’infirmière n’était pas dupe mais l’avait laissée partir, n’ayant trouvé ni le pain, ni le contenu du yaourt où que ce soit. Le matin suivant, la brune ne fut pas en mesure de se lever, prise d’une grosse fièvre. Ce qui lui fit un week-end de trois jours, allongés dans son lit à lire ses cours, et à broyer du noir.
OoO
Le lundi soir, alors qu’elle était encore restée toute la journée chez elle, Antoine entra dans sa chambre sans frapper et la regarda comme si elle l’avait insulté de la pire manière possible. En se décalant de l’entrée, le brun laissa Idris apparaître et s’avancer dans la pièce. Alors Naeka regarda son frère :
« Antoine, s’il te plait ».
Le frère possessif parti sans un mot et claquant à moitié la porte.
« Ton retour c’est bien passé ? ».
« Il m’a pas parlé et semblait très contrarié, mais il ne m’a pas tapé, je te rassure ».
« Je parlais avec ta mère ».
« Ah !… Bah, elle a beaucoup gueulé. J’ai essayé de lui expliquer. Mais je ne suis pas sûr que cela ai suffit ».
« Je suis désolé ».
« Non c’est moi. J’ai dû t’attirer de belles emmerdes ! Si j’avais pas fais un malaise tu serais encore tranquillement à poireauter dans un coin sans manger ».
La brune se sentit mal et le garçon le ressentit. Il vint s’asseoir à côté d’elle.
« Je voulais pas dire ça comme ça. Désolé. Mais ne t’en fais pas. C’était mon choix et ça l’est toujours ».
« Tu vas pas continuer quand même ! ».
« Pourquoi ? Toi tu le fais bien, non ? ».
« Mais c’est différent. Je ne mange pas parce que je ne peux pas. Toi tu te prives volontairement. Tu as faim et tu t’empêche de manger ».
« J’ai dis que je ne mangerais qu’avec toi. Si tu ne veux pas me laisser mourir, tu sais ce qu’il te reste à faire ».
OoO
À sa façon, Idris avait beaucoup aidé la brune. Désormais, ils allaient au self ensemble. Naeka était libre de manger ce qu’elle voulait, tout en sachant que son ami n’en mangerait pas plus. Les premières semaines, son estomac se manifesta beaucoup, mais jours après jours elle commençait à retrouver l’appétit. Idris récupérait ses couleurs. Il avait décidé d’arrêter les cours d’espagnol, pour passer plus de temps avec Naeka. Celle-ci ne pu rien faire pour l’en dissuader. Week-end sur week-end, Naeka allait en boîte avec son nouvel ami et passait la majorité de ses samedis soir chez lui. Ce qui ne plaisait ni à Antoine, ni à sa mère, mais la brune s’en moquait, elle commençait à vivre. Idris avait réussi à mettre un terme à la politique du chat qui était bien encrée.
FLASH BACK
« Pourquoi tu ne dis rien à Magalie ? ».
« Je ne veux pas l’embêter avec ça. C’est de ma faute de toute façon, je suis trop possessive. C’est comme pour Arthur… J’étais tellement accroché qu’il s’est senti étouffé. Donc si je l’ai perdu c’est de ma faute et… ».
« Ta faute, ta faute ! Je n’entends que ça ! Et les autres, ils n’ont pas de torts ? Magalie, elle n’a pas vu que t’avais perdu plus de quinze kilos en quelques mois ? Non, elle l’a pas vu ? Tu crois sincèrement qu’elle ne l’a pas vu ? Si ! Elle le voyait, et elle n’a rien fait. Le Arthur il était juste dépourvu de sentiment. Quand on aime, on ne se sent pas étouffé. Alors arrête un peu avec ta faute ! T’es pas plus en tort que les autres ! ».
C’était la première fois que Naeka voyait Idris dans un tel état d’énervement.
Fin du FLASH BACK
Naeka n’était pas tombé amoureuse comme le lui avait conseillé Thierry. Elle avait simplement gardé pour ami quelqu’un qui avait su voir au-dessus des illusions. Magalie n’avait fait aucune remarque et elles ne se voyaient plus du tout. Antoine ne lui adressait plus la parole et sa mère ne le faisait que pour lui rappeler de se protéger, perdue dans l’illusion qu’Idris était son petit ami.
OoO
« Il n’y a finalement qu’Idris qui ait su voir au-delà des apparences. Il prend soin de moi comme un grand frère. Mais plus cela va, plus je m’en veux. Je n’ai jamais essayé de le connaître avant la journée à l’infirmerie. Je ne connaissais rien de sa vie. J’ai appris qu’il avait une copine. Celle-ci l’a quittée il y a deux semaines. Cela ne l’affecte pas beaucoup, mais je me sens responsable. Idris me rassure en me disant que ce n’était pas sérieux. Cette fille est stupide. Idris est un gars en or que je ne voudrais perdre pour rien au monde. Pour le moment nous profitons de notre temps libre pour faire ce qui nous plaît. J’enchaîne les boîtes de nuits, fêtes, cinémas et nuits blanches sans me soucier du reste. Je ne suis plus qu’à deux kilos de mon poids normale, mais la différence ne se voit pas. Je ne me vois pas plus ‘grosse’. Comme quoi, je n’ai jamais était anorexique. Ou du moins, pas volontairement.
Alors que juin passe et qu’Idris est dans ses examens, je pense à l’année prochaine. J’ai beaucoup de temps libre, je pense. Trop. En tournant les pages de mon cahier, j’ai retrouvé les quatre vers qu’il m’avait dit en novembre « Au poignet l’espoir, aux yeux le noir. Du temps pour réfléchir, du temps pour souffrir ». Comme l’a si bien dit Stendal, penser fait souffrir… Aujourd’hui je réfléchis. L’année prochaine, lorsque je serais toute seule dans ce bahut, quand Idris ne sera plus là, est-ce que je replongerais ? Alors que je tournais les pages de mon cahier, il y a quelques heures, je les aient retrouvés : les quatre vers y étaient encore, écrits de sa main, avec quelques ratures : « Le poignet vide, l’esprit vide. Le temps a passé, le dédain a coulé ». C’est vrai que j’ai retiré le bracelet. Je n’avais jamais fais attention à ce poème… Merci Idris. Merci grand frère ».
Naeka referma son journal, le rangea entre ses cahiers et pris ses affaires pour se rendre à son épreuve orale de français. Antoine l’emmena et lui souhaita bonne chance alors qu’elle descendait. Il eu le droit à un sourire. Quelque chose qui lui avait manqué. Il n’avait pas vu qu’elle avait cessé depuis bien longtemps et que c’était grâce à Idris qu’elle l’avait retrouvé. Dans la cour, assise sur un banc, la brune vérifiait qu’elle avait bien tous ses papiers. Une ombre se positionna devant elle, elle leva les yeux pour croiser le regard de Magalie.
« Je suis désolé Nae ! Tellement désolé » Murmura-t-elle.
La brune secoua la tête.
« Ne pense plus à ça… Tu veux t’asseoir ? » Demanda-t-elle alors en retirant ses affaires du banc.
Fin
J’espère que cet extra vous aura plu… Il n’a pas grand chose à voir avec « Alone in the day » Mais c’était pour introduire une histoire que j’avais en tête depuis longtemps, puis… Qui ne s’est pas posé de question sur Idris dans le chapitre 15 ?
Note 2 : Une grande partie des personnages « d’Alone in the day » sont visibles sur le blog « Yaoistes » dont le lien est sur ma biographie. Vous pourrez aussi y trouver Idris (Mieux plus tard). Peut être Naeka un jour, qui sait ?
Merci à Sahad pour ce travail, je sais que j’ai été très chiante avec ça, mais c’est pour ça que tu m’aimes, ne ? Puis t’y a pris plaisir dans les extras, hein ? (Extra bientôt visible ).
Réponses aux review de « Choix de vie » :
Paprika Star : Ouah, je me rends compte que tu as lu presque tout ce qui touche à Alone. Cela fais vraiment plaisir. Et bien oui, tout le monde n’est pas tolérant. Je fréquente des italiens qui me disent que dans leur ville, c’est aboli. Homo, tu dégages. Estimons au moins qu’en France y en a qui sont plus évolué. Mais les mœurs reste les mœurs. D’ici cent ans, cela devrait être passé, surtout avec la génération que nous sommes à écrire et lire cela à longueurs de journées. Non, les parents ne sont pas au courant, ils ont coupé les ponts avec Don. Seule Rebecca garde contact, plus qu’on ne peut le croire et cela se verra dans le one-shot consacré à Adrien qui ne tardera pas (Bye-Bye). Puis bon, ils savent que l’Insolite est spécial vu que c’est Chris qui l’a offert à son neveu… Et Chris est tous sauf normal… Puis Jeremy, qu’il dégage. Par la suite, Donyphane rencontrera du beau monde. A bientôt.
Fat : Hello ! Au plaisir de te lire une autre fois aussi. Merci pour le commentaire, cela fait toujours plaisir.
Milii : Ouais Pauvre Chris, mais je voyais pas comment finir. Méchant Jeremy, mais c’est mieux comme cela, dis toi que grâce à lui, Don’ est un homo qui va rencontrer pleins d’autres homo bien, et moins bien, cela va de soi… Tu verra cela plus tard
À la prochaine, s’il y a des intéressés bien sûr…
Cerbère