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Author: Killy
Fiction Rated: M - French - Drama/Romance - Reviews: 80 - Published: 02-13-06 - Updated: 06-09-06 - Complete - id:2111680

Auteur : Nothing

Notes : Merci beaucoup pour toutes les reviews :) Et puis ben voilà quoi… C'est le dernier chap :p

Pandora

Chapitre 13

It's a song to say goodbye

(1)

Avec un demi sourire sarcastique, Yoan lança la couverture miteuse sur le canapé tout aussi miteux de … Comment s'appelait-il, déjà ? Nath, … Nathan ? Ca devait être ça. Ca ne faisait même pas dix minutes qu'ils se connaissaient, songea-t-il, et il avait quand même réussi à le convaincre de l'héberger pour une nuit. Une nuit courte, parce qu'il était déjà deux heures du matin, ok, mais c'était quand même pas mal. Il devenait expert en manipulation amicale de gens, songea Yoan, ironique. Si au moins ça marchait avec tout le monde… Pour l'instant, ça ne marchait, et encore, plus ou moins, qu'avec les clients potentiels. Ce que n'était pas Nath, du moins en apparence – il finissait par ne plus leur faire confiance. Tout ça le déprimait.

Il y avait ce pseudo ridicule. 'Blue'. Avec un nom pareil, pas étonnant qu'on le taxe de manque d'originalité. Tout ça parce qu'un beau jour, il avait décidé qu'il aimerait voir ses cheveux en bleu océan, style fond de lagon du Pacifique sud, quelque chose dans un style estival, qui lui rappellerait les vacances qu'il n'avait jamais pris, tout ça. En fait, plus ça allait, plus Yoan détestait sa tête, sa vie, et tout ce qui allait avec. S'il avait pu, il serait parti très loin, dans un endroit où personne ne le connaissait, où il n'aurait pas ces souvenirs, perpétuellement attachés à lui, tous les jours, …

Au lieu de ça, pensa Yoan, il était là, à traîner ses problèmes sans trop savoir comment s'en sortir, comment démêler tout ça, ni même par où commencer. Il fallait qu'il arrête la came, un de ces jours. Qu'il arrête donc d'avoir pour meilleur 'ami' un dealer d'héro trop sympathique qui le poussait un peu trop sur la mauvaise pente. Qu'il arrête de faire la pute pour se payer l'héro en question. C'était plus facile à dire qu'à faire… Au fond, il n'avait même pas la motivation pour ça. Et pendant ce temps, Vivian devait se la couler douce, quelque part à la fac, toujours en bons termes avec ses parents et le reste du monde, lui. Mais comme Vivian le lui avait gentiment fait comprendre, il était juste plus malin (ou moins stupide) que lui, voilà tout.

Alors il restait là, à vivre en attendant la prochaine fois que Val (son dealer favori) se pointe et lui fasse signe de passer. - Quelle vie de merde…

"T'as dit quelque chose ?" demanda Nath en relevant la tête. Il était allongé sur le lit, à regarder le plafond depuis une bonne demi heure. A faire semblant de dormir, mais ça ne prenait pas. Il pensait à quelque chose.

"Non", fit Yoan, à peine conscient qu'il venait de parler à voix haute.

Inconsciemment, il sourit. C'était devenu un réflexe, essayer de sourire quand il n'en avait pas du tout envie. Comme ça, en général, on lui foutait la paix, et on ne se préoccupait pas de ses problèmes. Qui aurait pu vouloir s'intéresser à lui, de toute manière ? Pour qui avait-il encore de l'importance ?

Yoan se réveilla en sursaut, avec l'impression d'avoir fait un mauvais rêve. Ces souvenirs qui disparaissaient, maintenant, flous, … Ce sentiment étrange, la veille, d'avoir de nouveau rencontré Nathan… Un rêve. Il était seul, dans le salon, sans même Snej qui était parti il ne savait trop où. L'appartement était désert, il était midi, et bientôt, Soy allait se pointer et réclamer qu'il se remue un peu. Il n'en avait aucune envie – pas après avoir fait ce genre de cauchemar. Le pire, c'était que quoi qu'il y fasse, ils revenaient régulièrement, c'était comme ça.

Un rêve. Certainement. Mais son mauvais souvenir persista toute la journée, au point qu'il n'en était plus très sûr, finalement, que c'en soit bien un. Mais au fond, est-ce que ça aussi, avait de l'importance… ?

Il croisa Nath par hasard dans le métro, ce jour là. Même pas un regard, rien. Comme d'habitude. En fin de compte, un peu à contrecoeur, Yoan finit par aller lui dire bonjour – il faillit se raviser au dernier moment, vu la tête qu'il tirait, mais comme d'habitude, Yoan était motivé pour faire encore ce qu'il ne fallait pas.

"On se connaît ?" demanda Nath au premier abord, pas très crédible.

"Arrête de jouer la comédie", soupira Yoan. "J'y crois pas une seconde… Je suis persuadé que tu te souviens parfaitement de tout, non ? Et que ça fait bien plus longtemps que tu ne veux bien le prétendre."

Il ne répondit pas tout de suite. Quelque part, Yoan comprit qu'il venait de toucher juste – et autre chose également : peu importait ce qui avait bien pu se passer, avant, la veille, l'avant-veille peut-être, dans l'état où il était, il n'arrivait parfois plus à faire bien la différence entre les trips sous coke et la réalité. Quelque chose lui disait qu'il y avait une part de "vrai", de réel, dans ses souvenirs, et une part complètement imaginaire aussi. En toute honnêteté, Yoan pensait que le "vrai" en question s'arrêtait au moment où il avait essayé de se rapprocher de Nath, pas très discrètement. Dans ses rêves, bien entendu, ça s'était fini en truc sexuel. Dans la réalité… Il ferma les yeux, dépité. Ca faisait à peu près dix ans qu'il se disait qu'il fallait qu'il arrête la coke. Et voilà où il en était, aujourd'hui, complètement incapable de faire la différence entre les trips et le reste. Lamentable.

Dans la réalité, bien entendu – il s'en souvenait, maintenant – Nath avait fait un bond de deux mètres en arrière et s'était tiré peu après. En beuglant qu'il avait de la chance qu'il ne lui casse pas la gueule. C'était son tour de se sentir perdu, songea Yoan. Est-ce qu'il était en train de devenir cinglé ? Tout ça parce qu'il faisait une obsession sur une personne qui n'existait manifestement plus ?

"Bien sûr", soupira Nath, "Et alors ? Je te l'ai déjà dit, j'ai pas vraiment envie de te revoir, …"

"Tu m'as dit ça ? Quand ça ?"

Le pire, c'était que les rêves avaient la consistance de la réalité. Au point que Yoan arrivait à prêter des sentiments aux fantômes qui venaient le hanter lorsqu'il fermait les yeux. Qu'il s'imaginait penser à la place de Nath. C'était à son tour d'avoir des problèmes de mémoire, semblait-il. Rien n'était à sa place, et il se sentait confus, un peu embrouillé.

"Hier, je crois."

"Je ne me souviens pas."

"Tu m'étonnes, …" commença Nath, sans finir.

En fin de compte, ils se mentaient à eux-mêmes. Et peut-être moins Nathan que lui-même, pensa Yoan. Depuis le début… Ou plutôt, depuis la fin de leur amitié et de tout ce qui allait avec.

"Depuis quand est-ce que tu sais ?"

"Depuis que je t'ai vu avec Teddy", répondit Nath. "La première fois. Enfin, je savais plus ou moins… Consciemment. Et d'ailleurs à ce propos, … T'es vraiment qu'un pauvre type."

"Pour quoi ? Pour Teddy ? Alors que t'aurais fait la même chose que moi", se défendit Yoan.

"La différence, et ça tu le comprendras jamais, c'est que moi, je n'ai rien fait. Mais t'as toujours eu du mal à voir ce qui distinguait tes rêves de la réalité, je me trompe ?"

"Non. Mais je suis pas le seul dans ce cas."

"Mais il n'y a que toi pour te faire des idées depuis que tu t'es incrusté dans ma vie."

Des idées ? Quel genre d'idées, se demanda Yoan, perdu. A propos de quoi ? Il croyait sincèrement que Nath, à l'époque, tenait énormément à lui. C'était de ça dont il voulait parler ? Il voulait lui dire que ça n'avait jamais été le cas ? Yoan était prêt à entendre beaucoup de choses, mais ça, il n'en était pas question. Il pouvait encore faire la différence entre ses souvenirs et ses rêves. Du moins, il le pensait encore.

"Je ne sais pas de quoi tu parles", murmura Yoan, "Et je veux pas savoir."

Il descendit à la station suivante, laissant Nath derrière lui, aussi loin que possible. Ce ne fut que lorsqu'il sortit à l'air libre qu'il réalisa qu'il venait de débarquer à moins de dix mètres de l'appart de Val.

Ca devait arriver, songea Nathan. Au fond, il n'était même pas surpris. Il regardait Teddy le narguer, maintenant. Elle était aux anges, évidemment. Natalie était partie, chez une amie, lassée de le voir. En fait, c'était arrivé tout simplement, comme ça ; elle était rentrée du boulot, lui avait annoncé dans la foulée qu'elle le quittait. Qu'il avait une semaine pour se trouver un autre appart. Teddy jubilait. Sans aucune explication, Natalie lui avait dit que c'était fini ; mais il n'avait besoin d'aucune explication, il savait pourquoi, il savait que c'était entièrement de sa faute et qu'il n'avait pas besoin qu'elle le lui dise pour le reconnaître.

"Ca devait arriver un jour ou l'autre", ricana l'ado rebelle, plantée devant la télé avec un paquet de biscuits. "Adieu adieu !"

"Mêle toi de ce qui te regarde."

"Mais ça me regarde", grogna-t-elle. "Tu me pourris la vie depuis que t'es avec ma mère. Ben tu vois, ça pouvait pas durer éternellement, parce que elle aussi, elle a fini par en avoir marre, que tu t'en prennes à moi pour rien. Genre pour mon histoire de copine, tu t'es pris pour qui ? Pour mon père ? Bah c'est raté. Tout ça parce que j'ai dit que j'étais avec une fille, y'avait pas de quoi faire un drame, c'est pas comme si j'étais enceinte ou que je me droguais tu vois… Bref voilà, elle a choisi, entre toi et moi, ben c'est moi of course, bien fait, espèce de vieux con. Elle a dit qu'elle voulait trouver quelqu'un d'adulte et de responsable pour s'occuper de moi."

Nath ne répondit pas, persuadé que de toute façon, s'il avait tort, Ted n'avait pas raison non plus. Et que Natalie fasse son choix, si ça lui disait tant que ça.

Ted s'en alla peu après, pour rejoindre Natalie. Il resta seul dans l'appartement désert et obscur, étrangement calme. Mais il ne pensait à rien de spécial ; juste qu'après tout, c'était logique, et il ne ressentait rien non plus.

"Ecoute, Yoan, je voudrais pas te vexer, mais… Ca fait peut-être que deux mois que je suis avec Olivia, d'accord, mais j'aimerais que tu arrêtes de te pointer chez moi – chez nous – tous les soirs, parce que, … Enfin tu comprends", lui dit Nath, "J'aimerais, des fois, être seul avec elle…Non, c'est même pas ça, en fait. J'aimerais que des fois, tu ne sois pas là."

Au fond, Yoan s'en doutait plus ou moins, mais le fait de l'entendre le lui dire… Ca changeait tout. Il avait beau se nourrir d'illusions, il savait très bien qu'elles ne dureraient pas éternellement. Il fallait bien que tout se termine à un moment où un autre… Et voilà. Il essaya de se rappeler tous ces moments où il avait cru que quelque chose était possible… Mais il n'y avait rien, rien que des projections de son imaginaire sur la réalité, des moments qui auraient pu se passer, qui n'étaient jamais arrivés, en réalité. Cette fois, lorsque cette fille s'était noyée, par exemple. Rien, strictement rien ne s'était passé. Nath avait dit deux mots à propos de Benjamin, assez évasif. Et puis ils étaient rentrés. C'était l'imaginaire de Yoan qui commençait à déteindre sur Nathan…

"Depuis le début, c'est la même chose", murmura Yoan, affalé à genoux sur le sol, le nez sur la table basse. "Comment est-ce que j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte ?"

"Tu veux dire que c'est toi, en fait, qui ne te souviens de rien ?" demanda Snej, perplexe. "Et Nathan ?"

"Lui non plus. Sauf que lui ne s'est pas inventé n'importe quoi à la place… "

"Et lui ne se souvient pas à cause de son accident. Toi, c'est juste à cause de … ça", fit Snej en désignant l'air autour de lui.

"Peut-être, je sais pas…"

Il se leva tout à coup, l'air décidé.

"Je vais voir Nathan", dit-il.

"Pour quoi faire ?" demanda Snej, blasé. "Pour qu'il te redise ce qu'il t'a déjà dit cent fois ?"

Mais il n'écoutait pas. Yoan partit, l'air décidé, soudainement. Il venait de comprendre.

"Mais je t'aime !" protesta Yoan, dépité. "Tu t'en fous, c'est ça ?"

"Bien sûr que non, mais… Qu'est-ce que tu attends de moi, au juste ?"

Il ne savait pas. A part une chose : tout ce qu'il pouvait espérer, au fond, ça se réduisait à peu, à quasiment rien, l'espoir de conserver une amitié qui de toute façon partait en lambeaux… encore quelque temps. Avant que quelque chose n'arrive.

Lorsque Yoan arriva chez Nath, la porte était entrouverte, l'appartement plongé dans l'obscurité. Il frappa à la porte, attendit, entra finalement sur la pointe des pieds. Et il tomba sur Nath, dans le salon, en train de méditer en regardant la télévision éteinte.

"Encore toi ?" demanda-t-il, même s'il n'avait pas l'air surpris de le voir arriver. "Qu'est-ce que tu me veux ?"

Toujours la même question. A laquelle Yoan n'avait toujours pas de réponse. Non, il ne savait pas, ce qu'il attendait, exactement. Peut-être rien. Peut-être toujours des rêves, comme d'habitude, comme dès le début. Il avait l'impression que ça avait été différent, un moment… Dans une autre vie, peut-être. Quelque chose comme ça. Dans une autre vie où tout était différent… Et dont il lui semblait se souvenir, encore, étrangement. Même si ça n'était jamais arrivé – mais un instant en regardant Nath, il comprit qu'il pensait la même chose.

Et peut-être que ça lui suffisait.

Cet espèce de doute. Qui jamais ne disparaîtrait, de toute façon. Cette impression, qu'ailleurs, ça avait été différent.

"Je venais juste te dire adieu", murmura Yoan.

Nath le regarda un moment sans répondre, puis il finit par acquiescer.

Dans un autre monde, songea Yoan, ça aurait sans doute fini différemment. Mais pas dans celui-ci : ici, ça ne pouvait se terminer que de cette manière. Il n'en voulait pas à Nath. De toute façon, dès le départ, dès qu'il l'avait connu, il savait qu'ils finiraient par en arriver là. Le problème, ce n'était pas Nath ; c'était lui-même, uniquement. Maintenant, c'était juste terminé. Une page tournée. Quelque chose comme ça. Des illusions à laisser tomber. Peut-être grandir un peu, aussi.

Il rentra chez lui sans trop se presser. Il supposait que Snej et Soy devaient l'attendre, impatients de le voir revenir. Et pour une fois, lui aussi avait hâte de les revoir.

Fin



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