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C’est vrai que je trouvais que Marie était étrange, enfin, aussi étrange qu’elle pourrait l’être pour que cela soit bizarre.
Parfois,alors que nous regardions un film, ou alors même que nous ne faisions que faire du lèche-vitrine, elle se mettait à me tenir si fort la main que j’avais l’impression que sans ce contact,elle s’effondrerait en pleurs, ou simplement, s’envolerait pour ne jamais revenir.
Souvent, lorsque nous sortions dehors, pour marcher ou aller faire une course, elle semblait si nerveuse, comme si quelqu’un allait soudain surgir d’une poubelle, ou d’une auto pour l’emmener loin, très loin de moi, que soudainement, je me sentais nerveux, enfin, comme si ses émotions prenait le pas sur les miennes.
C’était alors le temps de rentrer.
Je ne savais pas encore la vérité sur elle. Je ne connaissais pas encore son secret, la raison pour laquelle elle était apparue dans ma vie, la bouleversant à jamais. Je n’étais à l’époque qu’un étudiant, se prenant pour un philosophe, croyant tout savoir sur une vie qu’il n’avait jamais vécue.
Mais sa présence m’avait ouvert les yeux, me permettant de voir la vie sous un autre angle, plus clair et net, m’aidant à mieux comprendre les gestes des gens et leurs sentiments.
Et comme elle était arrivée, ou plutôt s’était incrustée, elle est partie, en un coup de vent. Me laissant avec un trou immense à la place du cœur, mon cœur, qu’elle avait dû emporter comme souvenir.
Mais tout cela, c’était fini, je n’ y repensais plus, enfin, j’aimais croire qu’elle était partie pour de bon, cessant de hanter ma vie comme un fantôme, omniprésent dans chaque mouvement que je faisais. Mais c’était le cas .Je ne pouvais penser à quelque chose sans qu’une partie de mes pensées se tourne vers elle.
Ce n’est que plusieurs années plus tard, alors que mon DEC était terminé, que mes études en langue étrangère étaient loin derrière moi, que je recommençai à penser à sortir avec d’autres filles, enfin, ce n’est que lorsque je commençai vraiment à ne plus ressentir ce vide immense, que tout a vraiment commencé.
Elle m’avait appelé .Son appel, quoique très court, me plongea dans une tonne de souvenirs. Certains heureux, d’autres tristes, tous me laissant dans un état mélancolique.
Sa voix était changée, sûrement comme la mienne, vieillie.
Pourtant, ce n’est pas ce n’est pas ce qui m’avais frappé le plus; elle donnait l’impression qu’elle avait peur, peur non pour elle car comme elle le disait, «Pourquoi avoir peur pour soi, si les autres peuvent le faire?», mais pour quelqu’un de sûrement très chère à son cœur .Jusqu’alors, je n’avais jamais compris le véritable sens de cette phrase mais maintenant, alors que mes mains moites essayaient d’essuyer l’énorme quantité de sueur que mon front produisait, je commençais à comprendre, écrasé pas l’inquiétude.
Pourquoi avoir peur pour elle alors qu’elle t’a abandonné, trahi, alors que tu en avais le plus besoin?
Et si, à cause de moi, elle mourrait, ou serait blessée gravement parce qu’avec ma rancune, je n’aurai pas essayé de l’aider?
Une chose me dérangeait dans tout cela; elle ne m’avait jamais demandé explicitement de l’aide.
Enfin, c’est vrai que pendant toute la durée de son séjour dans ma chambre, soit trois mois, elle ne m’avait jamais demandé quoi que ce soit. D’une paire de chaussette à cinq dollars emprunté, jamais rien.
Bien entendu, si je la voyais frissonné quand nous marchions dehors, avec sa pauvre petite laine sur le dos, je nous inventais une sortie au centre commercial et pendant que nous nous inventions top model, je la regardais mettre tous ces manteaux bien chauds, et finissait pas lui acheter celui qui lui allait le mieux, parce que«Tu es trop belle dedans, on l’achète!».
Non, ce ne pouvait qu’être important.
Mieux vaut aller dormir, peut être que la nuit, ou Morphée me porteront conseil.
J’ai fait un rêve, sur elle. Elle n’arrêtait pas de me chuchoter à l’oreille les deux phrases qu’elle avait prononcées durant son appel téléphonique.
-Jonathan, c’est Maryse, je …je ne voudrais pas te déranger mais, le silence se fut, comme si quelqu’un serait arrivé et qu’elle avait dû se cacher…Johnny, il faut que, que tu viennes, j’ai, j’ai quelque chose de très très très important à te confier, viens, viens là ou nous allions, aux arbres te souviens?
Le reste était prononcé beaucoup trop bas pour que je puisse le comprendre.
Je n’avais pas pu répondre, je n’avais fait qu’écouter les premières suppliques que cette femme, pour la première fois me faisait.
La rejoindre aux arbres amoureux.