| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Trahison
Chapitre Trois : Longue attente
Je suis présentement sur un banc de parc. Le ciel est bleu les oiseaux chantent, sous mes pieds, l’herbe pousse, les écureuils mangent, les enfants jouent et dans tout cet été en éveil, ma vie s’écroule sous mes yeux. Je ne sais pas si ce qui m’arrive est déjà arrivé à un autre, mais je sais très certainement que le moindre autre bouleversement dans ma vie causera un drame dont personne et là, je dis bien personne, même le sadique qui a crée mon existence, ne voudrait voir.
Je pense que tous ont pu le constater durant la soirée « entre amis ». Si certains ne savaient pas ce que voulait dire « péter sa coche », je pense qu’avec ma formidable performance, plus personne n’ignore cet état des choses. Je crois avoir donné assez d’informations.
Tout cela, tous ces changements dans ma vie, cette vie que je ne trouve plus vraiment mienne, ont été déclenchés par une seule personne.
C’est d’ailleurs après elle que j’attends, assis sur ce banc.
C’est étrange comme la durée d’un temps peut être relative. Ces années sans Marie, passé le temps qui m’a fallu pour reboucher le trou qu’elle avait fait dans mon cœur, étaient passées diablement vite comparé aux longues minutes qui maintenant nous séparait.
Sur le banc, deux vieillards, tenant chacun leur sac de peanuts, s’assirent à côté de moi. Leur conversation, qui avait été interrompue par la venue intempestive d’écureuils étant venus chercher leur pitance, reprend. Je ne peux m’empêcher, en les regardant converser à propos d’un sujet quelconque, certainement au sujet d’une partie de poche ou de peppermints volées, de penser que si un jour, Marie et moi, devenus vieillards, pouvions parler ainsi de tout et de rien, sur un banc, en donnant des peanuts à des écureuils, je ne pourrais qu’avoir apprécier ma vie vécue et vouloir profiter de l’avenir.
Peut importe le fait que nous soyons en couple ou simplement amis. Tant que je pourrais profiter de sa présence, m’abreuver à même sa source de jovialité, je sais que je serai heureux.
Cela, l’importance que Marie a dans ma vie, je ne l’ai réalisé que lors de la soirée. Cette soirée.
-Flash-Back-
D’un style assez cossu et limite champêtre, ce salon représente assez bien la personnalité de mon vieil ami. Enfin, de ce qu’en ai vu, ce sont surtout le dvd haute définition et la télévision au plasma qui lui ressemblent. C’est sûrement ce que Marie appellerait la touche « féminine ». Les rires des gamins, que j’ai lâchement abandonnés en bas, me parviennent difficilement. Seul le sien, son rire à elle, parvient à attirer mon attention.
- Non, t’as pas le droit !
Le son de sa voix…
Je ferme les yeux, puis les ouvre soudainement.
Il a le droit de poser ses mains sur ton corps…
Non, pas cette chanson…
Sur l’écran plasma, le visage souriant de Marie prend toute la place. Elle s’adresse à la caméra.
- Oh, viens-vite, c’est ma chanson!
Et ça fait mal, crois moi, une lame enfoncée loin dans mon âme
Regarde en toi, même pas l'ombre d'une larme
Et je saigne encore, je souris à la mort
Tout ce rouge sur mon corps
Je te blesse dans un dernier effort
Je me vois la rejoindre, enfin, soupirant, traînant les pieds. Mais elle sait qu’intérieurement, je souris face à sa joie.
La chanson continue, et la caméra tourne. Elle va de couple en couple, puis revient vers nous.
C’est Paul qui filmait, je m’en souviens. Durant l’une des soirées du club… à moins que ce ne soit lors d’un bal spécial.
La réponse me vient de Paul qui, tout bas, murmure en souriant :
- Tu te souviens de ça, Jo? L’anniversaire de Fabienne.
Oui, je m’en souvenais de cet anniversaire, c’était là que tout avait vraiment commencé.
Nous étions déjà ensemble à l’époque, mais jamais encore, nous ne nous avions vraiment dit l’amour que l’on éprouvait pour l’autre.
Ça avait été spécial.
La caméra de Paul s’approche de Marie. La chanson s’est terminée et maintenant, un jazz endiablé a pris la place.
- Alors Marie, tu t’amuses?
- Très. J’suis happy!
Je sais ce qui va se suivre…
- Be happy, don’t worry, baby…
Ils entonnent ensemble, d’une façon très « Marie » la célèbre chanson.
À chaque fois que quelqu’un prononçait « happy » ou « worry », ils chantaient, sur un ton toujours différent, leur chanson qui, selon Marie, était devenu leur étendard et leur devise.
Ça, c’était bien l’un des délires de Marie. C’était étrange de voir comment avec toutes mes connaissances, elle avait lié des liens d’amitié qui parfois, me faisait la jalouser. C’était d’ailleurs deux semaines plus tard que j’avais un peu coupé les ponts avec Paul. Il faut dire que j’étais assez méfiant et jaloux de leur amitié. Bien entendu, lorsqu’il revint, pour présenter sa nouvelle petite amie, qui devint ensuite sa femme, je ne pus que l’accueillir les bras grands ouverts. Et puis, comme disait Marie « on ne se réinvente pas, on améliore juste la recette! ».
Paul et Marie, sur la cassette, continuait à discuter, balançant de temps à autre un beau « happy » pour reprendre ensuite leur chanson, sous les yeux blasés de mon moi plus jeune de six ans.
Ensuite, Paul changeait de cible et allait embêter la belle Fabienne, ainsi que son chum, le beau Roberto.
Dès la fin de la vidéo, je sortis de la pièce, tétanisé.
Je ne pense à rien. Rien d’autre que son rire, et sa chanson. Cette chanson, ce groupe, je l’avais toujours détesté, avec leur poésie à deux sous, mais Marie me les avait fait redécouvrir. Avec elle, j’avais assisté à la renaissance de l’amour grâce à leur musique. Nous étions supposés aller regarder un de leur spectacle, mais… Elle était partie avant.
- Hé, Jo…
- Pourquoi t’as fais ça Paul?
Il me regarde, l’air assuré et grave. D’une voix lente,il me demande :
- Tu l’as pas oublié, hein?
Je ne réponds pas. À quoi serviraient toutes mes excuses alors qu’au moment où il prononce ses paroles, il sait déjà la réponse?
Je rengaine.
- Pourquoi t’as fais ça? Tu … Tu le vois pas? J’y arrive presque, à revivre sans elle, et toi… toi…
Je ne finis pas ma phrase. Ce n’est pas nécessaire. Nous savons parfaitement ce que je veux dire.
Durant notre adolescence, peu avant que je ne découvre ce qu’était l’échelle sociale et ma place dedans comparé à la sienne, qui était inférieure bien sûre, nous nous étions posés des multitudes de questions qui nous avaient paru existentielles. Nous n’étions qu’alors que des gamins pré pubères qui essayaient de paraître plus mature que les autres. Quand j’y pense, je me souviens m’être posé la question sur l’amour éternel.
Paul disait, non, affirmait que seul le premier amour comptait, et qu’alors il fallait bien le choisir alors que moi je supposais que l’amour n’était que passion et tendresse. Ainsi, nous pouvions retomber plusieurs fois en amour et peu importait quel était notre premier amour.
En désaccord sur la question, nous avions décidé de lire, parmi les magazines auquel nos mères étaient labourées sur la question. Nous avions fini par savoir que notre type de peau était très gras et que les gâteaux aux carottes étaient meilleurs pour la santé que ceux aux bananes. Autant dire que nous n’étions pas avancés.
Tout cela, cette anecdote me refit penser à son intéressante thèse.
- Tu le savais, hein?
- Quoi?
Il ne sait pas de quoi je parle. Cela ne fait rien.
- Tu sais, ton histoire sur le premier amour…
Il prend un air pensif, puis, d’un ton scientifique ajoute :
- C’était vraiment vrai ce truc! Le premier amour, c’est ton amour de toujours.
- Ouais, mais pour ça, il faut savoir quel est notre premier amour…
- Ça, tu ne le sauras jamais. Peut-être que la femme que j’aime n’éprouve qu’une grande tendresse et passion pour moi. Peut être que dans cinq ans, tu me retrouveras, en train de me batailler pour savoir qui aura les chaises de jardin. Je ne sais pas. Mais moi, je sais que je l’aime. Parce que sans elle, la vie ne mérite pas d’être vécue.
Je réfléchis. Son idée fait son chemin et je ne peux m’empêcher de penser que c’est sûrement mon cas, à moi aussi.
- Marie aussi, elle y croyait. Et je sais que tu y crois maintenant.
Le silence s’installe. Je ne veux plus parler, ni revoir les visages curieux des autres, qui doivent se demander si j’ai pété ma crise. Alors, je sors.
C’est que tout a basculé.
Certains disent que les gens ne changent jamais, mais ne font que dissimuler certaines partie de leur personnalité. Des qualités, des défauts, peuvent être cachés, mais ils existeront toujours. C’est ce à quoi je pense quand Meredith, l’ancienne pipelette de notre classe commence à me parler.
- Ohé Jonhy! Tu t’en vas déjà? Pourtant, on a encore pleins de films avec comme premier rôle Miss Marie!
Je me retourne, aussitôt, l’air se glace, l’ambiance, plombée, alourdit l’atmosphère.
- Ta gueule Merry, parce que sinon…
Rageur, je prends mon manteau et me dirige vers la porte.
- PIS ARRÊTEZ DONC AVEC MARIE. JE M’EN FOUS DE CETTE FILLE, OK?!
Personne ne m’arrête ou ne parle.
Tant mieux.
-Fin Flash-Back-
La chanson dont l’on retrouve un extrait s’appelle Je Saigne Encore, de Kyo. Elle ne m’appartient pas.