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Fiction » Supernatural » La tour de glace font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Cile
Fiction Rated: T - French - Supernatural/Fantasy - Reviews: 1 - Published: 03-04-06 - Updated: 03-04-06 - id:2125252

La tour de glace

L'hiver... J'aime cette saison magique où la nature semble endormie. La neige recouvre alors le monde de son grand manteau blanc et froid et le visage des passants se teinte de fines rougeurs... Enfant, ce détail m'amusait beaucoup ! Il y a sans doute plus d'une grande personne qui n'a jamais compris pourquoi je lui souriais bêtement. Mais l'une d'elle avait saisi... l'une d'elle avait gardé son esprit d'enfant et pouvait voir ce phénomène comme moi je le voyais... Ce nez rouge ridicule qui les transformait soudain en un clown de pacotille, ces petites tâches dispersées qui les maquillaient de peintures de guerre... Elle les voyait aussi. Elle m'avait sourit et tout à coup le paysage s'était illuminé, comme si le monde s'était ouvert à moi. Je n'étais qu'une enfant, mais cette journée restera gravée dans ma mémoire pour toujours. Quelqu'un m'avait compris ! Et aujourd'hui alors que j'observe le parc silencieux, je ne peux empêcher ce sentiment de mélancolie de m'envahir. Un vent froid souffle doucement dans les arbres effeuillés. Je frissonne légèrement. Tout est si différent que dans mes souvenirs ! Des enfants jouaient dans la neige, se chamaillaient, riaient. Quel doux son que le rire d'un enfant qui résonne au-dessus des murmures de la foule ! Je souris. Il me semble que je peux encore voir ce garçon qui s'amusait à lancer des boules de neige sur ses camarades. Son visage exprimait une telle espièglerie ! Et puis tout à coup, le souvenir s'évanouit comme un brouillard qui s'évapore sous les rayons du soleil... C'est comme si l'endroit avait gardé tous ces évènements en mémoire, comme une banque d'émotions que l'on se repasserait à loisir... Un éclat attire mon regard : le lac gelé. Je m'approche doucement. Cela m'a toujours fasciné, cette eau figée, comme si le temps s'était arrêté... Je me souviens de ce couple qui avait l'habitude de patiner ici. Une telle complicité émanait d'eux, une chaleur telle qu'elle aurait pu faire fondre cette glace... j'en étais déjà persuadée à l'époque puisque même mes yeux d'enfants s'en étaient aperçus. Je lève les yeux vers le ciel. Des nuages gris et blancs le recouvrent totalement. Il ne va pas tarder à neiger. J'ai vécu ici assez longtemps pour repérer les signes, ce léger frémissement de l'air, la couleur du ciel, la texture des nuages...

Je continue mon voyage dans le passé : je suis arrivée à l'orée du petit bois. De grands pins s'élèvent devant moi. Ils pourraient paraître menaçants pour beaucoup de personnes, mais pas pour moi. Non. Je les connais trop bien. J'ai passé des heures dans leurs branches, des jours parmi eux. Mes pas me mènent hors du sentier enneigé. Des glaçons se sont formés sur certains végétaux. Mes cheveux s'emmêlent aux feuillages glacés. J'ai froid. Plus jeune, je me faufilais aisément au milieu des fourrés. Ce n'est plus le cas. Je dois me rendre à l'évidence... mais ce n'est pas pour ça que je vais me résigner ! Il faut que je la trouve ! Il faut que je me prouve que tout ceci n'était pas un rêve...

Petit à petit, je me fraye un chemin au travers des fourrés. Des brindilles s'accrochent à moi mais ça n'a aucune importance. Mon instinct semble dicter mes pas, comme si la route était gravée dans ma mémoire... et tout à coup je me retrouve dans une clairière. Ce n'est pas une clairière comme les autres, c'est celle de mon souvenir. L'herbe est recouverte d'un voile blanc et un petit ruisseau coule en face de moi. Il n'est pas gelé. Je mouille légèrement mes doigts. L'eau est glacée. Evidemment. C'est à ce moment qu'un scintillement attire mon attention. Un éclat de cristal. Je relève la tête. Elle est là. Ma tour enchantée... si petite qu'il serait facile de la manquer. Sa surface brille malgré le manque de soleil. Comme un diamant épuré. Elle semble être faite de glace.. ou peut-être de verre. Des décorations ornent sa façade. Des liserais de fleurs, de fruits... un travail tellement minutieux ! Je me laisse tomber à genoux devant cette merveille, encore sous le choc de l'avoir trouvé si facilement. Ma main est comme attirée par sa pureté et je ne peux m'empêcher de l'avancer doucement vers la petite tour. Et si elle disparaissait avant que je la touche ? S'il ne s'agissait que d'une illusion ? Mais cette matière solide et froide sous mes doigts est bien réelle. Je me permets d'esquisser un sourire, lorsqu'une bien étrange musique retentit, si faiblement que je dois tendre l'oreille pour l'écouter. Je n'ai jamais rien entendu de semblable. Je m'étonne d'imaginer quels instruments ont été utilisés, quel est le compositeur de cette symphonie unique... Mais je retire soudain ma main, consciente que c'est mon intrusion qui a dû déclencher une sorte d'alarme. Je suis tentée pendant un instant de faire marche arrière mais je reste paralysée devant ma découverte. Les créateurs d'une telle beauté ne peuvent pas être mauvais. Je le sens. Je le sais. Pourquoi m'appelleraient-ils sinon ?

La musique se tait soudainement, laissant la place à un crissement sinistre. Une trappe qui s'ouvre. Un ray de lumière s'échappe alors du sommet de la tour. Il s'échappe vers le ciel dans une ascension infinie, telle que mon regard s'y perd et s'ébloui. Je dois fermer les yeux un instant. Lorsque je les ouvre à nouveau, la vision qui s'offre à moi dépasse tout ce que j'aurais pu imaginer, si bien que je reste interdite un moment. Je cligne des yeux, comme pour me persuader que je ne rêve pas, mais rien ne se passe. Un visage s'est formé au milieu du rayon lumineux. Je recule d'un pas pour l'observer, les yeux grands ouverts. Il s'agit d'un visage de femme. Ses traits sont extrêmement fins et sa peau dorée brille de milles feux dans le faisceau incolore. Ses paupières fermées font ressortir ses longs sourcils cuivrés et ses oreilles sont légèrement pointues à leur sommet ; elles mènent mon regard vers une chevelure si noire qu'elle se confond avec la forêt alentours. Je n'ai jamais vu une femme aussi belle. Mon regard se porte à nouveau sur ses yeux qui s'ouvrent lentement, comme par enchantement. Ce regard, cette expression... et ce sourire qui se dessine petit à petit sur ses lèvres. Je les connais. Je les ai déjà vus il y a longtemps. Je n'étais alors qu'une petite fille. Il s'agit de la femme de mes souvenirs, celle qui avait compris.

Je m'approche alors de l'apparition, me sentant tout à coup étrangement petite face à elle. Ses lèvres bougent mais aucun son n'en sort. J'ai beau tendre l'oreille mais je n'entends rien. Elle s'en aperçoit et son regard s'assombrit. Elle semble triste et tout à coup. Que se passe-t-il ? Ses yeux se referment et la lumière vacille. Je tends ma main pour la toucher, la retenir mais elle passe au travers. Et avant de n'avoir pu faire quoique ce soit, le faisceau se retire dans la tour. Un tintement attire mon attention. La petite tour devant moi s'est mise à trembler. Mes doigts tentent de la stabiliser mais le verre s'effritent à mon contact, si bien qu'il ne reste bientôt qu'un amas de cristaux. Je ne comprends pas. Je tombe en avant, mes mains me retenant difficilement, me blessant avec les débris. Mon sang se mêle à la pureté de la neige, et est bientôt rejoint par mes larmes amères. Un étrange sentiment de solitude m'envahit, la sensation qu'un être cher vient de disparaître. Le vent se lève sur la petite clairière de mes souvenirs. Il emporte dans sa folle course ce qu'il reste de ma petite tour de verre. Et Je me retrouve seule au milieu de cet hiver, les yeux gonfles et fatigués, comme si je venais de me réveiller d'un rêve étrange et douloureux.

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