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Auteur : Chat de Minuit
Je remercie toutes celles qui m'ont laissé les messages pour cette fiction, et je fais un petit clin d'oeil à Lu qui avait découvert dès le chapitre 5 à propos du Comte que...enfin, vous verrez quoi !!!
J'espère que ce chapitre vous plaira, car il vous en apprendra un peu plus sur les origines de Lucia et la fameuse lettre du début. Merci encore de me lire et à bientôt !!!
Chapitre 7 : Révélations
Quelques jours après mon véritable premier baiser, j’en conservais encore la saveur sur mes lèvres.
L’objet de mes pensées, quant à lui, n’avait pas l’air de s’en souvenir puisque j’étais de nouveau redevenue la petite servante du château, celle à qui on ne prêtait pas attention.
Je savais qu’il était fort occupé en ce moment, qu’il était souvent invité chez les châtelains voisins.
Taylor naviguait beaucoup entre le château des Winter et celui des Fageôlles. Il rendait visite à Laurine quasiment tous les jours, et le bruit courait qu’un mariage possible pourrait unir les deux familles.
Pourtant, je n’avais pas eu l’impression que mon maître n’apprécia spécialement la jeune fille car il semblait s’ennuyer tout le temps en sa présence. Mais elle était belle et noble, et cela devait sans doute lui convenir.
Un jour, j’entendis dans la cuisine deux serviteurs discuter : il était encore question de ce fameux mariage. Il paraissait même que l’annonce des fiançailles aurait lieu dans les prochains jours.
Cela me faisait un pincement au cœur de savoir que Taylor allait se marier et je repensais à notre baiser dans le parc du château. Après m’avoir embrassé, nous étions rentrés sans échanger un mot, moi tremblante comme à l’accoutumée quand je me trouvais en sa présence, lui distant comme il savait si bien l’être.
Ce baiser m’avait extrêmement troublée, mais je savais pertinemment que je ne pouvais pas rivaliser avec une dame de la haute société.
Je tentais de chasser mes pensées importunes tandis que je lustrais la cuisine.
Je n’entendis pas Lola entrer dans la pièce.
-Tu travailles encore ! Laisse donc, c’est mon travail ! Vas te reposer un peu !
-Je ne suis pas fatiguée, je peux bien le faire !
-Non, répondit fermement Lola qui me prit d’autorité l’éponge des mains. Je suis sérieuse, prends donc une pause, sinon à ce rythme, tu ne feras pas de vieux os !
Je poussais un soupir mais obéissais à mon aînée. Elle avait raison, je travaillais trop, mais c’était la seule chose capable de me faire oublier Taylor et son futur mariage.
Je montais donc dans ma chambre et m’allongeais sur le lit. J’étais épuisée mais c’était de la bonne fatigue, celle qui nous fait nous endormir tôt.
Je pris mon unique livre sur la table de chevet et le feuilletais. C’était tout ce qu’il me restait du curé de Montfaucon, l’homme qui m’avait recueilli et pratiquement élevée. Cela faisait longtemps que je ne l’avais plus lu. Il faut dire que je n’en avais pas vraiment eu le temps.
Je remarquais alors qu’il y avait quelque chose dans la doublure de la couverture. C’était une lettre pliée en quatre. Elle devait être là depuis fort longtemps puisque je ne l’avais jamais remarquée.
Je l’ouvrais lentement, consciente qu’il pouvait s’agir de quelque chose de très important. Mais j’entendis soudain du bruit dans le couloir et glissa rapidement le papier dans la poche de mon tablier.
Je me levais précipitamment et sortis de la chambre pour voir Valentine en train de se faire enguirlander par Taylor. Il paraissait furieux.
En m’apercevant, il le fut davantage.
-Et toi, où étais-tu donc ? Croyez vous que l’on vous nourrisse à ne rien faire ? Il y a du travail en cuisine, dépêchez vous donc, fainéantes !
Nous descendîmes à la hâte et vîmes Martine et Lola complètement affolées.
-La Comtesse a invité les Fageôlles à dîner ce soir. Evidemment, on nous prévient à la dernière minute et en plus, il faudrait que tout soit parfait ! Grogna la cuisinière qui s’activait avec ses casseroles.
En l’espace d’une heure, nous préparâmes le fameux repas, puis avec Valentine, nous partîmes dresser la table dans la salle à manger. Je remarquais que l’on nous avait ordonné de rajouter un couvert supplémentaire. Qui cela pouvait il bien être ?
A huit heures précises, les convives arrivèrent. Je regardais du coin de l’œil la future épouse. Elle était splendide dans sa toilette. Elle portait une robe bleue éblouissante, et sa coiffure était digne des parisiennes.
Elle s’accrocha d’emblée au bras de Taylor qui la guida en souriant vers la grande salle. L’invité surprise n’était autre que l’homme qui était arrivé le premier jour en compagnie du maître, Luc. Il semblait mal à l’aise, surtout en présence de la Comtesse, qui ne cessait de le regarder d’un air dédaigneux.
Tous prirent place autour de la table. Bien entendu, Laurine se plaça en face de Taylor, tandis que Luc prit place à la droite de son ami.
-Tiens ! Voici la petite sauvageonne, fit la jeune demoiselle en me reconnaissant, alors que je servais les entrées.
-Dépêche toi donc ! M’ordonna la Comtesse d’un ton autoritaire, trouvant que je n’allais pas assez vite.
Je passais rapidement d’un convive à l’autre, versant une louche de potage dans chaque assiette.
Quand ce fut au tour de Laurine, celle-ci, engagée dans une grande discussion avec la Comtesse, m’envoya (par mégarde ou pas) un grand coup de coude en plein dans le visage.
Je tombais lourdement à la renverse, avec ma soupière. Mon visage était extrêmement douloureux.
-Quelle empotée cette fille ! S’écria alors la demoiselle d’un air outré. Elle a failli gâcher ma jolie robe !
La Comtesse me regarda méchamment, ce qui ne présageait rien de bon. Elle se leva et m’empoigna par le bras, m’entraînant vers la cuisine.
Elle me donna une paire de gifles retentissantes.
-Espèce d’idiote ! Tu es en train de gâcher un repas dont tu n’imagines pas même l’importance ! Je ne veux plus que tu remettes les pieds dans le salon, tu ne sais même pas servir correctement ! Tu vas aller te changer, et aller aider Martine à la cuisine. Après le repas, je te promets que tu paieras cher ton erreur de ce soir, ajouta t-elle en me fixant cruellement de ses yeux noirs.
J’avais peur. Après son départ, je racontais à Martine ce qu’il s’était passé dans le salon. Je pleurais dans les bras de la cuisinière qui me réconforta du mieux qu’elle le pouvait.
-Je suis sûre qu’elle l’a fait exprès, cette pimbêche, s’écria Martine, qui était fort en colère. Ces gens là n’ont aucun respect pour les domestiques.
Je fis la vaisselle en pleurant, tandis que Lola et Valentine, qui entraient et sortaient régulièrement, me lançaient des regards réconfortants.
En sortant chercher de l’eau du puit, je tombais sur Monsieur Luc, qui prenait le frais sur la petite terrasse.
Il m’adressa un petit sourire avant d’engager la conversation.
-Comment vas-tu ? Me demanda t-il.
-Je vais bien, je vous remercie, répondis-je en lui renvoyant moi-même son sourire.
-Tu peux me tutoyer, je ne suis ni plus ni moins qu’un domestique comme toi, sauf que je porte un bel habit pour les convenances.
-Vous n’êtes pas de noble famille ?
-Non. Je ne suis même pas de la classe bourgeoise. J’ai rencontré Taylor sur un chemin. Il allait se faire détrousser par des brigands et je l’ai aidé à s’enfuir. Depuis, il m’a donné sa sympathie et il me considère comme un ami.
-C’est donc pour cela que la Comtesse semble ne guère vous apprécier…
-Exactement, me répondit-il. En général, ces gens là ne côtoient que leurs semblables. La Comtesse m’a vite démasqué. Il est vrai que je manque de distinction et de maintien…
-Non, je trouve que vous vous en sortez très bien ! On dirait un vrai gentleman !
Il mima une posture de dandy et nous nous mîmes à rire joyeusement. Je remarquais que Luc avait vraiment beaucoup de charme. Sa voix était apaisante et sa compagnie ne me déplaisait pas, bien au contraire.
-Je dois rentrer…Si la Comtesse me trouve ici en train de bavarder avec vous, je ne sais pas ce qu’elle me ferra…
-On continuera cette discussion plus tard alors…Et n’oublies pas, tu peux me tutoyer désormais !
-J’essayerai de m’en souvenir pour la prochaine fois, dis je en riant à l’adresse de Luc, qui m’adressa un petit signe de la tête.
Cette conversation m’avait un peu réconforté mais à mon grand dam, je m’aperçus que les invités venaient de quitter le château. La Comtesse allait donc venir me punir, comme convenu, à moins qu’elle ne préférât aller se coucher.
Mais l’heure n’était pas tardive, et j’entendis son pas sec déchirer le silence du château.
Elle demanda à Henry de me fouetter, ce qu’il fit.
Cela faisait diablement mal et je ne pouvais retenir un petit cri à chaque coup.
Puis cela s’arrêta soudainement. J’entendis la voix de Taylor.
-Cela suffit, Mère. Cette fille n’y est pour rien, et tu le sais. Cette stupide Laurine l’a certainement fait exprès, puisqu’elle l’a pris en grippe depuis le bal.
-Tu oses prendre la défense de cette servante et non celle de ta future femme ! S’indigna la Comtesse d’une voix haut perchée.
-Je ne prends la défense de personne. Je dis juste la vérité. J’estime que la sanction n’est pas méritée, c’est tout.
-Et bien soit ! Cela suffit Henry ! Puis s’adressant à son fils : Je veux bien t’accorder ta demande, mais je ne te demanderai juste de ne pas gâcher tes chances avec la fille des Fageôlles. Si tu te comportes bien, ta fortune est assurée.
Elle me regarda d’un air dédaigneux.
-Et toi, finis de nettoyer cette cuisine au lieu de nous regarder comme une empotée !
Puis, tournant les talons, elle sortit de la pièce laissant les deux jeunes gens seuls, Martine s’étant éclipsée discrètement.
-Merci, dis-je timidement, ne sachant pas trop quoi dire, tandis qu’il me fixait de sa haute taille.
-Je t’ai vu parler avec Luc tout à l’heure. Tu t’entends bien avec lui ? Me demanda t-il sans me lâcher du regard.
-Je…Je ne le connais pas vraiment. Nous avons juste échangé quelques mots tout à l’heure. Il est très gentil.
Un silence pesant s’installa entre nous. Je ne savais pas quoi faire de mes mains et les fourraient dans mes poches.
-Ma mère t’a demandé de nettoyer cette cuisine, il me semble ? Me demanda-il d’un ton sec.
-Excusez moi, Monsieur le Comte.
Je fis une révérence respectueuse envers mon maître, puis lui tournais le dos pour débarrasser et nettoyer la table.
Soudain, je sentis deux bras m’encercler par derrière. Je m’arrêtais de bouger. Taylor posa sa tête sur mon épaule et me berça doucement contre sa poitrine.
Puis sans un mot, il me lâcha et sortit à son tour. Je restais perplexe sur son attitude.
Puis je m’aperçus en sortant mes mains de mes poches que j’avais perdu la lettre du livre.
oOo
Taylor frappa à la porte du bureau personnel du Comte de Winter puis entra dans la pièce.
Le Comte avait chaussé ses lunettes de vue, et observait des papiers éparpillés devant lui, à la lueur d’une bougie.
Il leva les yeux vers le jeune homme et lui sourit.
-Tu n’es pas encore couché mon garçon ?
-Non, pas encore. Je dois m’entretenir de quelque chose avec vous.
-Si c’est au sujet de ton mariage avec la délicieuse Laurine, je t’assure que tu n’as pas à avoir d’inquiétude. Et puis, ta mère t’a sans doute dit que la dot de ta future épouse représente une somme colossale, plus des terres dans la région. Tu vas devenir l’un des hommes les plus riches de la contrée, mon fils !
-Ce n’était pas de cela dont je voulais vous parler.
Taylor prit sa respiration et sortit un petit papier de sa poche.
-J’ai trouvé ceci par terre tout à l’heure en sortant du salon. Cela appartient à Lucia, l’une de nos servantes. Elle a du faire tomber cette lettre durant sa chute.
Le Comte le regarda d’un air interrogateur.
-Je ne serai pas venu vous déranger à cette heure si votre nom n’était pas mentionné à l’intérieur…
Monsieur de Winter devint à cet instant tout pâle.
-Je devine donc à votre teint livide que le contenu de cette lettre est bien réel…Murmura le jeune homme.
-Puis-je lire ? Demanda d’une voix blanche le noble à son fils.
Taylor tendit la lettre à son père qui prit la peine de s’asseoir avant de débuter sa lecture.
Chère Lucia,
Je t’écris cette courte lettre car je sens que mes forces m’abandonnent. Comme tu le sais, je suis très vieux et je ne tarderai pas à te laisser seule en ce triste monde.
Tu es encore jeune, à peine 10 ans. Il te faudra trouver une place pour pouvoir vivre. Mais je te sais courageuse et je suis sur que tu t’en sortiras.
Avant de mourir, je me dois te dire la vérité sur ta naissance. Même si je suis un homme d’église, il y a des vérités qui sont parfois bonnes à cacher. Je te juge trop jeune à l’heure d’aujourd’hui pour te confier ce secret, alors je glisse cette lettre dans ce livre en espérant que tu la trouveras un jour.
J’ai connu ta mère. Elle s’appelait Louisa. C’était une femme très belle avec de beaux cheveux roux. Elle travaillait non loin d’ici, au château des Winter. Tu sais, celui dont tous les gens du village parlent. Elle tomba amoureuse du comte Charles de Winter. Le péché consommé, ta mère fut enceinte de toi. Du comte. C’est ce qu’elle m’a dit le jour où elle s’était enfuit du château, lorsqu’elle avait senti la vie en elle.
J’ai tenté de la sauver le jour de ta naissance, mais elle est morte en te donnant la vie. Comme je l’avais recueilli, j’ai décidé d’en faire de même pour toi et je t’ai élevé jusque ici.
Je te conseille de ne jamais t’approcher du château. Ton père connaît ton existence mais tu sais que les enfants bâtards ne sont pas bien vus, surtout chez les gens nobles.
Je sais que c’est difficile à comprendre, mais je te dis cela pour ton bien. Je sais que tu trouveras le courage nécessaire pour surmonter les obstacles, comme l’a fait ta mère avant toi.
Je te souhaite bonne chance et t’aime très fort.
C’était signé du Père Jean.
Le Comte prit sa tête entre ses deux mains et s’affala sur le bureau.
-Vous étiez au courant ? L’interrogea Taylor.
-Oui…C’est moi qui ai fait venir cette enfant au château après la mort du curé de Montfaucon. J’avais peur qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains.
-C’est la fille de Louisa, mon ancienne nourrice ?
-Oui, sursauta le Comte en entendant ce prénom qui n’avait pas été prononcé depuis de longues années.
-Je comprends pourquoi elle est partie si subitement maintenant…
Taylor fixa son père puis dit : C’est quand même horrible, votre propre fille est domestique et vous sert, vous son père !
Devant le regard apeuré du Comte, le jeune homme ajouta : Ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien à mère. Vous avez été généreux avec nous quand vous vous êtes remarié avec elle en m’accueillant comme votre propre fils.
Je ne saurai jamais assez vous montrer ma gratitude de m’avoir fait élever comme si j’étais votre enfant légitime.
-Tu es un bon fils, Taylor. Seulement, maintenant que je sais que cette enfant est au courant, je dois dire la vérité à la Comtesse.
Le Comte se leva difficilement et s’accrocha aux meubles. Mais subitement, il tomba par terre, inanimé, après s’être tenu la poitrine d’un geste d’intense douleur.
Des gens accoururent, alertés par les cris de Taylor. Lorsque Lucia arriva, le jeune homme la guida vers le Comte qui était en train de mourir et glissa la petite main de la servante dans celle du vieil homme.
oOo
Je ne comprenais rien à ce qu’il était en train de se passer. Je savais juste que Monsieur le Comte, cet homme qui avait toujours été bon avec moi, était très mal en point.
Je serrais sa main dans la mienne et je sentais son regard de mourrant sur moi, un regard doux et terriblement triste.
-Lucia,…par…donnes…moi…
Ses dernières paroles furent pour moi. Je laissais échapper des larmes chaudes le long de mes joues, sans comprendre ce qu’avait voulu dire le Comte.
La Comtesse, qui était arrivée, arracha ma main de celle de son époux, puis me gifla sans ménagement. Je m’éloignais d’eux, tout en sanglotant de plus belle.
Fin du chapitre 7