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Réveille-moi quand je serais mort…
/ Chapitre 4 /
Nous marchons depuis de longues heures sur cette route pavée de pierre grisâtre. Je ne savais pas vraiment où nous nous rendions, mais pour tout vous dire, cela m’était bien égal. Isaak marchait tout devant avec Raya ; ils discutaient. J’ai bien essayé de comprendre de quoi ils parlaient mais cela m’était impossible. Le langage qu’ils employaient m’était totalement inconnu. Voulaient-ils me cacher quelque chose ? Depuis que je suis arrivée, je n’ai cessé de me poser des questions dont j’ai dû étouffer la plupart dans mon esprit. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis à l’écart, réfléchissant en silence à tout ce qui m’était arrivé depuis que je m’étais réveillé… Réveillé… Tout d’abord, pourquoi dit-on cela ? Est-ce parce que l’on nous a tiré du pays des morts ? De notre sommeil profond et éternel ? Pour éternel… ils ont déjà fait mieux quand même….Je voudrais tant comprendre, que tout ne soit que lumière dans mon esprit…
- Reiko, dépêche-toi un peu !! Grognait Raya en avançant à une allure d’athlètes malgré tout ce qu’elle portait sur son dos.
Je marchais un peu plus vite, soufflant comme un bœuf à cause du poids de l’épée. Depuis notre départ, je n’ai osé la toucher, comme si j’avais peur que mon père revienne en la sortant de son fourreau. J’admets cette peur qui me ronge, tout est tellement bizarre ici. A chaque coin de rue, on manque de mourir décapité, violé ou je ne sais quoi encore… J’ai entendu des paysans en parler tout à l’heure et croyez-moi… cela donne envie de rester… imaginer la perspective d’avenir, mourir décapiter par un ogre ou violé par une espèce de taureau… aie… ça doit pas faire du bien d’ailleurs…
La sortie, vous ne sauriez pas où elle est ? Non ? Bon, d’accord, je me tais….
Je me demande comment les gens peuvent aimer vivre ainsi dans cet endroit. Même en tournant ce problème dans tous les sens, je ne parviens pas à comprendre.
- Qu’est-ce qui vous permet de tenir dans ce monde ?
Cette question a passé mes lèvres bien malgré moi ne songeant pas forcément aux conséquences que cela pourrait engendrer.
- L’instinct de survie, c’est la seule chose qui t’empêche de mourir ici.
La voix de raya me glaça le sang. Elle avait dit ces mots en connaissance de cause. Je le sentais. Je ne saurais dire comment mais au fond de moi, j’entendais quelque chose, un murmure… Il me disait d’avoir confiance… mais confiance en quoi…ou en qui ? Elle ? Ce félin m’avait détesté à la minute où nos regards se sont croisés… Je le voyais par ses gestes à mon égard. Je ne réponds rien à sa déclaration et continuais mon chemin, plongé dans mes sombres et moroses pensées.
Je sens que le chemin va être long… très très long…
Alors que le soleil…. Pardon, les soleils, je n’avais pas vu qu’il y en avait plusieurs, prônaient déjà bien haut dans l’horizon, nous décidâmes de nous arrêter. Du moins, ils décidèrent de s’arrêter afin que je me repose, le poids de mon épée devenant insoutenable. Je ne sais pas comment faisait les grands guerriers de l’époque avec tout ce qu’ils avaient sur le dos, au bout de trois minutes ils devaient déjà ramper par terre ! A oui pardon c’est vrai…. Ils n’étaient pas aussi peu athlétiques que moi.
Je me laissais aller dans l’herbe et fermais les yeux en soupirant d’aise. La journée m’avait épuisé. Je ne savais pas que je pouvais marcher aussi longtemps sans me plaindre. Dix heures de marche, aucune plainte, juste mon silence. Mais n’oublions pas aussi que Raya m’effraie tellement que je n’ose émettre la moindre objection. Je n’ai pas envie de mourir… du moins pas maintenant. Un suicide m’a suffit ! Mes paupières doucement se fermaient ses lieux pour la première fois, espérons que cela ne soit d’ailleurs pas la dernière…
Lorsque je me réveillais, la nuit était entamée. Face à moi, un lac merveilleux au-dessus duquel de nombreuses lucioles voletaient. Ce spectacle était véritablement féerique. Ce fut la seule chose qui me permis de trouver cet endroit agréable et beau. Doucement, je me levais et allais m’asseoir au bord du lac, mes genoux contre ma poitrine, j’observais.
Paisible. Oui. Pour la première fois depuis des heures, je me sentais bien, reposé. Mon cœur, plus léger, semblait laisser libre court à ses sentiments. Tout est tellement différent ici. Qui n’aurait pas eu peur ? Peu de monde sans doute.
Je crois savoir pourquoi je suis ici…. Tout du moins, ce qui m’y a conduit : « réveille moi quand je serais mort ». Cette phrase, cette simple phrase m’y a mené. Maman, pourquoi m’avais-tu laissé ce bout de papier. Pourquoi l’ai-je écrit et prononcé avant de décéder. Oui j’en ai ressenti le besoin, comme si quelqu’un me poussait à le faire. Etait-ce ta voix maman qui un instant hanta mon âme avant que cette lame ne frappe ? est-ce toi qui a guidé ma main et mon cœur ? Oui j’ai tué. Mais ce que j’ai fait, cet homme le méritait. Trop de personnes sont mortes par sa faute. Si un jour j’ai fait une bonne action dans ma vie, je crois que ce fut celle-ci.
- Que fais-tu là ? Tu ne devrais pas te reposer ?
Je haussais les épaules.
- Et toi Isaak, pourquoi viens-tu me parler ?
En temps normal, je me serais senti agressé. Pourquoi venait-on me déranger alors que je débutais une réflexion importante ? Mais sa présence ce soir ne me dérangea pas. Justement, peut-être apaisa-t-elle mes dernières craintes.
- Je ne sais pas. Je me suis dit : « bon sang il n’a vraiment pas de chance ». Si tu es mort, c’est que tu as voulu échapper à quelque chose. Mais tu te retrouves dans un endroit pire. Etre heureux ici est une utopie. Du moins, tant que nous aurons des problèmes.
Le mot problème me fit réagir.
- Quels genres de problèmes ?
- Tu le sauras bien assez tôt…
Je déteste ce genre de phrase mais je me doute qu’il a raison. Fermant mes yeux, je posais finalement ma tête sur ses genoux sans demander mon reste. Il sembla peser le pour et le contre pour me rejeter mais ne fit rien. C’est gentil de ta part Isaak, j’ai besoin d’un peu de tendresse ces derniers temps. Je m’endormais contre lui, ne pensant qu’à sa main caressant tendrement mes cheveux, ne pensant qu’à cette nuit, que je souhaitai éternelle.