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Author: Tseki
Fiction Rated: T - French - Romance/Romance - Reviews: 40 - Published: 04-04-06 - Updated: 06-15-08 - id:2146449

1ère journée, Jeudi.

« Je suis rentré ! »

Aujourd’hui, c’est Jeudi, et Daijiro venait de terminer ses cours. Tous les jeudis, c’était pareil, il finissait toujours vers 15h après avoir eu Français avec Motosa-senseï, mais ce n’était pas pour ça que sa journée était totalement finie ... Il avait judo après, de 17h à 18h30. C’était tout récent ce sport, mais il s’y plaisait beaucoup. Pourquoi ? Parce que ça lui permettait d’extérioriser tout ce stress qu’il ressentait pendant ses cours. Le week-end, ça ne voulait pas forcément dire « repos » chez lui, c’était pour cela qu’il lui fallait une activité autre, et entre la piscine, le kendo, le théâtre et le judo, son choix n’avait pas fait un pli.

Refermant la porte derrière lui pour ne pas que le vent rentre dans la maison et anéantisse les efforts des différents chauffages allumés, Daijiro enleva ses chaussures et enfila ses pantoufles avant d’enlever son manteau et de faire quelques pas dans la maison. Il n’y avait pas de bruits, c’était étrange. Bien vite, il se retrouva dans la cuisine et découvrit un petit mot :

« On est parties faire les courses. On t’a laissé un goûter dans le frigo, on rentre tard. »

Ah là là, sa mère et sa petite sœur étaient vraiment inséparables et fans des courses. A bien compter, elles allaient sûrement plus de 3 fois par semaine faire les courses et à chaque fois, elles ramenaient pleins de choses. A croire qu’ils étaient 40 dans la famille. Pourtant non, ils ne pouvaient se compter qu’au nombre de 4, et étaient heureux quand même.

Souriant, Daijiro ouvrit le frigo et prit un verre de lait, rien de plus. Ca faisait bientôt 2 ans qu’il répétait à sa mère qu’il ne prenait plus rien en rentrant de l’école, mais celle-ci semblait toujours voir en lui ce petit homme qu’elle avait connu jadis. Pourtant, il avait bien grandi et maintenant, il était presque l’homme de la maison. Daiji dépassait son père de quelques centimètres et il en était tout fier !! Il referma le frigo et, avec son sac sur les épaules, il monta dans sa chambre.

Arrivé en haut, il laissa son manteau sur le portemanteau, à l’entrée de sa chambre, et fit glisser la porte pour pénétrer dans son domaine. Aussitôt, son bureau lui fit face et son lit, un peu plus loin, resta à le narguer. Daijiro, à cet instant, n’avait qu’une envie, c’était de dormir, mais il savait très bien qu’il avait du travail à faire et qu’il ne devait pas manquer son cours de judo. Refermant derrière lui, il posa son sac et s’installa à son bureau, posant son verre de lait sur le côté. Doucement, il alluma sa lampe et sortit ses différents cours.

Ca faisait maintenant 2 ans qu’il était entré dans cette école, encore un an et il pourrait entrer dans le monde du travail ou continuer, dans le supérieur. A 18 ans, il avait un avenir encore inconnu qui l’attendait. Ce genre de situation à ne pas savoir ce qu’il voulait faire plus tard, avait tendance à effrayer ses parents alors pour les rassurer, il leur avait inventé une pseudo-future profession dans le commerce, en tant qu’intermédiaire. Un porte-parole moderne, le genre de métier qui ne l’intéressait pas du tout cependant ... Enfin bref, ça n’empêchait pas que son parcours scolaire était passable et ses résultats se maintenaient à un point au-dessus de la moyenne générale.

Alors qu’il planchait sur un devoir à rendre la semaine prochaine, Daijiro reçut un coup de fil. Il décrocha, et colla le téléphone à son oreille, tout en continuant d’écrire. C’était Jubei, un pote de classe. Daijiro esquissa un sourire en se disant qu’ils s’étaient à peine quittés depuis ... disons 25 minutes, que déjà il l’appelait ... Sortir ce soir ? Daijiro posa son crayon et se tourna vers son sac tout en lui tenant le grappin pour ne pas qu’il s’inquiète. Il prit son agenda pour voir ses différents horaires. Triomphant, il annonça bien vite :

« Ce soir, donc ? ... mmh ... Ben ouais, on se donne rendez-vous devant l’école ? ... Ah, devant chez toi ? Ok, j’y serais. Quelle heure ? ... Ok, à tout à l’heure. Ouais ! Salut ! »

Calmement, Daijiro raccrocha et reposa son agenda avant de reprendre ses occupations. Il n’était pas vraiment en avance par rapport à d’habitude, il allait devoir travailler un peu plus tard cette nuit, s’il rentrait. Ben oui, avec Jubei, rien n’était sûr ! Ce mec, c’était le roi de l’improvisation ! Heureusement que ses parents n’étaient pas au courant qu’il allait le rejoindre direct après le judo ! Ils l’interdiraient sûrement de sortir, c’était pour dire !!

Planchant sur le dossier, Daijiro laissa les deux heures passer sans qu’il ne les voit vraiment. Ce fut seulement quand son portable sonna automatiquement qu’il se rendit compte qu’il n’avait eu le temps de presque rien faire. Il laissa passer un juron de ses lèvres avant de se lever et de quitter la chambre en trombe, attrapant son téléphone au vol. Reprenant son manteau, il laissa toutes ses affaires comme ça, il les reprendrait ce soir, en revenant. Il ne laissa pas de message écrit, ses parents savaient très bien où il était le Jeudi.

En attendant, là, il était heureux, aujourd’hui, c’était Judo !

17h05, comme à son habitude, Daiji n’était pas en avance. Il arriva pourtant en courant et fila dans les vestiaires pour se changer. Enfilant vite fait sa tenue et surtout sa ceinture, il ne tarda pas à aller se présenter devant son maître pour s’excuser :

« J’ai fait aussi vite que j’ai pu, pardon monsieur ! »

Son senpaï était un homme formidable qui n’élevait la voix que pour crier « hajime » ou autre terme technique relié à sa profession. Comme il s’en doutait, celui-ci ne lui dit rien, se contentant juste de lui faire comprendre, comme à chaque fois, qu’il ne fallait pas que ça se reproduise. Ces retards étaient hebdomadaires, mais ça n’empêchait pas de faire de Daiji un élève studieux et très attentif. C’était sûrement pour cela qu’il ne se faisait pas vraiment réprimander.

Bref, l’heure et demie passa rapidement, le jour de la compétition approchait à grands pas et Daijiro craignait de ne pas être à la hauteur. Il ne doutait en rien de ses propres capacités, mais quand il voyait les différents devoirs à faire en cours, les soucis autres et les efforts de ses camarades ici, il se disait intérieurement qu’il ne méritait peut-être pas d’avoir la ceinture au-dessus ... Ce n’était peut-être que des chimères, mais malgré tout, ça le tracassait. Daijiro s’effondra presque dans les douches, sous les sourires de ses camarades. Encore aujourd’hui, il s’était défoulé. Une semaine sans se battre contre les ennuis, c’était dur ... Ca faisait quelques jours qu’il pensait à s’inscrire aussi aux cours du Samedi, mais pour cela, il allait devoir passer encore plus de temps le soir sur ses devoirs, et ça ne l’enchantait pas vraiment. Ce n’était, cependant, pas une solution à totalement supprimer.

Après quelques minutes, Daijiro était enfin propre et prêt. A peine quittait-t-il son cours qu’il prit son téléphone pour appeler chez lui. Il savait très bien qu’il n’y avait toujours personne, mais tout ça, c’était comme si c’était calculé. Le répondeur prit la place et Daijiro annonça à ses parents, d’une voix sûre et sincère, qu’il allait faire une soirée « games » avec des copains et qu’il ne rentrait pas. Il évita de dire les noms, ce n’était pas la peine. Raccrochant, il se mit à courir avec le sourire, vers la maison de son ami.

Celui-ci n’habitait pas tout prêt et Daijiro fut obligé de prendre le métro, le nouveau métro qui avait été installé l’autre jour. Les autorités n’avaient pas fait les choses à moitié, ce nouveau moyen de transport était superbe, il y avait même la télé devant chaque porte. C’était d’ailleurs une fois dedans et en regardant une de ces fameuses télés pour faire passer le temps, que Daiji entendit :

« Depuis quelques jours, une nouvelle circule chez tous les bar-tabac-presse de la région. Un homme, dont l’identité reste encore inconnue de tous, a laissé un message en avouant qu’il avait placé un ticket gagnant dans un des jeux de grattage au comptoir. Ce ticket serait un voyage dans une île paradisiaque pour une durée ne dépassant pas la semaine. A partir de cette annonce, des centaines de ... »

La suite, tout le monde la connaît : les gens se ruent dans tous les petits bars du coin pour croire en leur chance de gagner ce petit ticket. Ce genre d’annonces, ça faisait bien rire Daijiro qui n’y croyait pas du tout. Certains seraient capables de faire n’importe quoi pour faire parler d’eux, même s’il ne révélait pas son identité, ce n’était qu’une question de jours. On ne trafiquait pas un ticket comme cela ..

Le trajet était long, et Daijiro finit par se poser contre une des portes, se décollant à chaque arrêt pour ne pas s’affaler sur le quai des différentes stations. Il était fatigué et finalement, ce n’était peut-être pas une bonne idée que de vouloir faire la bringue ce soir. Soupirant, il se reboosta en voyant que son arrêt approchait et qu’il ne devait pas faire de faux plan à son pote. Quittant la rame à l’arrêt, Daijiro se remit à courir, juste après avoir regardé sa montre. Ca allait, il avait encore un peu d’avance mais ... ça lui ferait plus de temps avec celui-ci.

Sur le chemin, il regarda les différentes maisons même s’il les connaissait par cœur. Disant bonjour à certaines personnes aimables du quartier, Daijiro décida, au dernier moment de faire une pause dans le petit parc, pas loin de chez Jubei. Il n’y avait pas grand monde à y être en même temps que lui, mais c’était pas plus mal, il n’avait pas envie de revenir sur ses pas. Allant s’installer sur un tourniquet, Daiji laissa son pied droit pousser sur le sol pour commencer à tournoyer doucement, en fermant les yeux. C’était étrange, mais à chaque fois, il ne résistait pas à ce manège là. Les autres, ce n’était pas pareil mais les tourniquets, c’était presque une grande histoire d’amour avec eux. Peut-être parce qu’il y venait souvent avec son grand-frère ? Aoï lui manquait tellement ... pourquoi est-ce qu’il avait prit ce bus, ce jour-là ? Habituellement, il prenait toujours son temps, mais là, il avait été pressé de revenir et avait changé ses habitudes. C’était sans prévoir la différence de chauffeur, cet homme responsable de la mort de tout le bus et de lui-même ... Cet homme maudit à jamais par tant de gens, dont Daijiro à qui il avait emporté son grand-frère pour toujours. Daiji n’avait pas pleuré ce jour-là mais les jours suivants, il avait cru ne jamais s’arrêter. Manquant de longs jours d’école, c’était les nombreuses venues de Jubei qui avaient fait qu’il s’était remis. Ce mec ne l’avait jamais abandonné même dans les moments difficiles.

Soupirant de se rappeler tout ça, Daijiro rouvrit les yeux pour faire face ... au visage de Jubei !

« Qu’est-ce que tu fous là ? »

Cette question de la part de Daijiro, ce n’était peut-être pas la plus futée qu’il ait posé depuis qu’il était sur Terre, mais Jubei ne s’en formalisa pas et vint s’asseoir à côté de lui, avec toujours ce petit sourire sur les lèvres. Ce mec était exaspérant quand il gardait le silence et, ce soir, Daiji avait comme l’impression que c’était ce qu’il avait décidé de faire. Pourquoi est-ce que Jubei savait quand il fallait se taire ? Pourquoi est-ce qu’il était toujours là quand il le fallait ? Pourquoi est-ce qu’il trouvait les mots à dire aux bons moments ? Daijiro soupira, tout en continuant à tourner. Jubei devait savoir qu’il pensait à son frère, et c’était sûrement pour cela qu’il était venu là. Mais comment est-ce qu’il avait su ? Regardant sa montre, Daijiro comprit qu’il avait largement traîné et, s’inquiétant du retard de son ami, il avait dû venir voir là, non sans grande surprise.

Les minutes défilèrent avant que Jubei ne se lève et vienne se mettre devant lui, tout en regardant aussi haut que possible. Sûrement qu’il devait chercher les autres ? Daiji ne savait pas trop combien ils allaient être ce soir, mais ça importait peu. Tant qu’il y avait Jubei, c’était bon, les autres, il n’en n’avait que faire.

« Bouge, on va chez moi. »

Mauvaise imagination. Si les autres étaient sur le chemin, Jubei ne lui aurait jamais demandé de venir chez lui. Seraient-ce qu’ils n’allaient être que tous les deux, ce soir ? Baaa, c’était pas la première fois qu’ils se retrouvaient comme deux potes ensemble mais ... pourquoi ce soir ? Et la soirée games ? Mmh, elle allait sûrement se faire plus tard, après tout, ils avaient le temps, il n’était que 19h. Est-ce que son père rentrait ce soir ? Jubei avait des parents séparés, et en plus de ça, son père ( chez qui il vivait ) ne rentrait pas tous les soirs. Faut dire qu’il avait un boulot très prenant et pour réussir à entretenir sa vie et celle de son fils, il n’avait d’autres choix que de travailler de nuit, certains soirs. Heureusement, ce n’était pas toujours le cas. Malgré tous ces soucis, le père de Jubei restait un homme très agréable, toujours souriant et très apprécie dans le quartier. Fallait dire que c’était un bel homme, même s’il commençait à prendre de l’âge.

Se levant, Daijiro remit correctement son manteau et se mit en marche à la suite de son ami, connaissant le chemin par cœur. Ca faisait combien de temps qu’ils se connaissaient tous les deux ? Des années, certes mais pas depuis si longtemps que ça. C’était évident, vu que Jubei n’habitait pas là, auparavant. C’était suite au divorce de ses parents qu’il était venu s’installer ici, ça devait faire ... allez 3 ou 4 ans, mais pas plus. Ils ne s’étaient pas parlés dès le départ, sachant qu’ils ne se connaissaient pas, mais c’était en faisant le ménage après les cours, qu’ils avaient commencé à se parler et petit à petit, ils se fréquentaient de plus en plus, jusqu’à devenir de bons copains. Ils n’avaient pas fait les 100 coups ensemble, mais ils en avaient fait pas mal, et certains profs ne les appréciaient pas beaucoup, mais qui était parfait ? ...

Sur le chemin, ils avaient reparlé de leur journée d’hier. Ca avait été une sacrée journée, surtout quand cette fille était entrée ... La pauvre, elle n’allait plus jamais oser revenir dans l’école ! Hin hin, ils pouvaient faire tellement de conneries tous les deux ... Ce jour-là, ils n’avaient pas résistés à trafiquer les toilettes des filles, mettant de la sauce tomate partout, même sur Jubei qui avait joué le mort en plein milieu du carrelage. Une chance que ça avait été une fille naïve et bien popote qui était arrivée parce que sinon, ils se seraient ridiculisé

Tout en marchant vers la maison, Daijiro se demanda comment il ferait si Jubei n’était pas là. Evidemment, il n’était pas son seul copain dans l’école et hors école, mais quand même, c’était avec lui qu’il s’entendait le mieux. Allaient-ils se fâcher à mort un jour, ou resteraient-ils des potes de longues dates ? Et lorsque leurs chemins allaient se séparer, garderaient-ils contact ? C’était pas habituel pour Daiji de penser à cela, mais aujourd’hui, avec le souvenir de la mort de son frère, il venait de se rendre compte qu’il n’avait carrément pas envie que ça arrive aussi à Jubei. Bien sûr, il ne le souhaitait à personne, mais encore moins à Jubei qu’aux autres. Il soupira, vraiment pas pressé que ce jour vienne avant que son ami ne lui donne un coup d’épaule, encore en lui souriant. Tous les deux, ils vivaient au jour le jour, alors pourquoi penser à l’avenir ? Ca ne servait à rien de déprimer, valait mieux le faire tout seul.

« On arrive, cesse de penser. »

La honte, Jubei l’avait démasqué en plus ... Est-ce qu’il allait lui poser des questions ? Non, c’était pas son genre. Des fois, c’était bien mais parfois, ça n’arrangeait pas les affaires de Daijiro qui avait besoin de se confier. Ce n’était pas le bon soir vu qu’ils n’allaient pas être que tous les deux, mais pourquoi ne pas en profiter maintenant ? Peut-être que ce n’était pas le bon moment ... Daijiro se contenta d’hocher la tête, un peu têtu dans son genre. S’il en trouvait l’occasion, il n’allait pas manquer de remettre tout ça sur le tapis, et de forcer son ami à dire ce qu’il pensait vraiment !

Maintenant, ils étaient dans la maison et ça sentait le propre. Malgré ses airs de mauvais élève, Jubei était un garçon mature et ordonné. A chaque fois que Daiji avait mit les pieds dans cette maison, celle-ci avait toujours été propre et rangée. Comment est-ce qu’il faisait ?! La chambre de Daijiro n’était pas forcément un bordel digne de ce nom, mais elle n’était pas présentable non plus. Où est-ce qu’il trouvait le temps pour faire, non pas de cette chambre mais de cette maison, quelque chose d’agréable à regarder ou à visiter ? Ce n’était sûrement pas son père qui faisait ça, pas avec ce manque de temps de pire en pire ... Il haussa les épaules et suivit son ami, en haut, sans un mot. C’était peut-être ça qu’il aimait aussi chez son ami, il gardait un côté mystérieux, même entre eux, alors qu’ils ne se cachaient pas beaucoup de choses. Evidemment, Daijiro ne lui disait pas tout, mais c’était surtout par oubli que par manque d’envie ou de confiance.

Arrivé en haut, Daijiro dépassa son ami et tourna sur la droite pour aller directement dans la chambre de celui-ci, On pouvait aisément croire qu’il habitait ici tellement il connaissait la maison, mais c’était dû aux nombreuses venues qu’il faisait ici. C’était normal entre amis, après tout. Une fois à l’intérieur, l’ordre y régnait aussi. C’était presque un crime que d’y poser un pied mais en sentant le corps viril et imposant de son ami derrière son dos, Daijiro ne prit pas pitié de cette moquette et entra pour se jeter sur le lit. D’une main agile, il attrapa la télécommande qui traînait sur la table de nuit et alluma la chaîne hi-fi pour mettre son CD préféré, celui de Paul Hertzog. Les goûts musicaux de Daijiro n’étaient pas forcément ceux de Jubei mais comme ils se rencontraient souvent, Daiji avait fini par graver son CD préféré et « l’importer « chez son camarade pour pouvoir l’écouter sans penser à devoir l’amener à chaque fois. Celui-ci attrapait vite la poussière quand il ne venait pas, vu que Jubei était plus calé rock, Jpop et rnb. Il faut de tout pour faire un monde, et heureusement, ils étaient différents à ce sujet.

Assis sur le lit, Daiji ne le resta pas longtemps et se leva en laissant glisser ses chaussures avant de se mettre à sauter sur le matelas, comme un gosse de 10 ans. Il aimait faire ça, au moins, il avait l’impression de pouvoir faire ce qu’ils voulaient. Chez lui, ce n’était pas qu’il n’avait pas le droit mais s’il faisait ça, les lattes qui soutenaient son matelas risquaient de lâcher ... et puis, sa chambre se situait juste au-dessus de celle de ses parents, et il n’avait pas envie qu’ils entendent de drôles de bruits ... Se défoulant à sa façon, il regarda Jubei baisser le son et s’affaler sur sa chaise de bureau, exténué. Tiens ? Il revenait d’une activité extrascolaire ? Daijiro fronça les sourcils et le lui demanda, sans cesser. Jubei leva les yeux vers lui et répondit en bougeant la tête pour suivre ce regard sauteur :

« Non, mais je suis crevé. J’ai mal dormi cette nuit, et je me suis levé tôt en plus ... ça aide pas. »

« Tu veux te reposer ? Je peux te laisser quelques temps, on a toute la soirée, tu sais ! »

« Ouais, mais non. Reste, quand t’es là, ça va. »

Et voilà, il ne suffisait pas d’en dire beaucoup et encore une fois, Jubei avait trouvé les mots pour que Daijiro ne dise rien et accepte ce que celui-ci voulait. Après tout, ce n’était pas plus mal, sachant qu’il n’avait pas vraiment envie de laisser son ami tout seul, en train de dormir. Il avait dit ça juste pour lui faire plaisir, et Jubei devait bien le savoir mais ... Daijiro était comme ça et n’avait pas envie de changer. A bien regarder, on pouvait voir quelques petites cernes sous les yeux de son ami, alors il était hors de questions qu’ils se couchent trop tard ce soir ! Les games n’allaient pas durer longtemps, juste histoire de s’amuser, ce serait déjà ça !

En attendant, Daiji se demanda ce qu’il aurait pu faire si Jubei avait dit qu’il était vraiment fatigué. D’accord, il était souvent venu ici, mais jamais tout seul. Peut-être aurait-il visité ? Naaaan ! Il connaissait déjà la maison ! Il aurait regardé la télé, sûrement. Sans doute aurait-il fini par s’endormir lui aussi. Il se sentait si bien dans cette maison. Contrairement à lui, Jubei n’était pas beaucoup venu chez lui. Ses parents n’étaient pas aussi « absents » que les siens, alors il n’avait pas forcément le droit de faire venir n’importe qui, surtout que son père était de plus en plus fatigué et n’avait pas envie de devoir se tenir correctement et de garder le sourire devant un invité. Daiji lui avait expliqué tout ça et Jubei avait souri en disant que ce n’était pas grave, mais ... en lui-même, il avait quand même senti que ça l’ennuyait et c’était compréhensible. Daijiro se sentait bien chez son pote, alors évidemment, Jubei devait sûrement se sentir bien chez lui. Un de ces 4, ils allaient commettre l’interdit et venir en fraude chez lui ...

Alors que seule la musique rompait le silence dans la pièce ( et c’était peut-être pour éviter ces fameux silences bien gênants que Daiji mettait tout le temps de la musique ), la voix de son ami s’éleva, bien masculine et sans appel :

« Mon père ne rentre pas, on est seuls ce soir. »

Ah là là, son paternel allait encore être fatigué ... Daijiro cessa de sauter partout sur le lit, et s’installa en tailleur pour donner un sens plus sérieux à la conversation et ne pas en venir à porter sur les nerfs de son ami. Le temps qu’il comprenne, de longues minutes avaient passé. Seuls ? Ainsi, les autres n’allaient pas venir ? Ils allaient passer une soirée, rien que tous les deux ? Tant mieux ! Mais et les games alors ? Ils n’allaient pas y aller ? Ils allaient s’emmerder tous les deux ! Daijiro fronça les sourcils et sans attendre, il envoya :

« T’as bu ou quoi ? Pourquoi je suis venu alors ? »

« T’es pas bien ici ?! »

« Si, mais c’est pas la question ... On va se faire chier ! »

« Mmh. »

Raaaaaaah, ce qu’il pouvait être énervant avec ses tics à ne répondre qu’aux questions que par d’autres questions ou à dire ses « mmh » pourris, là ! Un jour, Daiji allait les lui faire avaler ! Il fit la grimace et détourna les yeux en cherchant déjà une occupation. Se voir en cours, d’accord, ils pouvaient discuter et se taper des fous rires sans problèmes, mais chez eux, c’était différent. Il n’y avait pas cette ambiance scolaire et malgré lui, ça en venait à mettre Daijiro mal à l’aise. Le sentiment « inconnu » lui venait tout le temps dans la tête ... Soudain, il eut une illumination ! Ce qu’il avait dit à Jubei, de suite, ça n’avait pas dû lui faire plaisir. Ca voulait presque dire que Daiji se faisait chier en la compagnie de son ami, et si Jubei s’était avisé de lui dire quelque chose comme ça, il serait passé par la fenêtre ! Le réalisant, Daijiro mit sa main devant sa bouche avant de tourner les yeux vers le visage de son ami, et de voir que celui-ci le regardait. Il se leva en se mordant la lèvre et marcha vers lui avant de lui tendre sa main. Ils avaient une façon bien à eux de se réconcilier, parce que ça ne servait à rien de le cacher, ce n’était pas la première fois qu’ils se « fâchaient », à proprement parlé.

Daiji restait à fixer Jubei dans les yeux, yeux froids et sans faille. S’il le voulait, Jubei aurait pu être une vraie terreur. Beaucoup de filles le réclamaient dans l’école et lui consacraient déjà un fan club, mais il semblait s’en contrefaire. D’accord, il avait la fille qu’il voulait, quand il le voulait mais quand même ... Daijiro attendait toujours, sachant pertinemment qu’il ne devait pas craquer pour ne pas subir la moquerie dévastatrice mais habituelle de son camarade. Cependant, il ne tint pas et lança un « allez ! » bien vif. Un sourire de vainqueur se dessina sur les lèvres de Jubei et il lui serra la main en lui broyant les doigts. Daijiro retira vite sa main, pour la garder entière avant d’entendre :

« Tu squattes ce soir, ou pas ?

« Mouais. »

« Bon, on mange quoi alors ? T’as une idée ?

« Hum ... j’ai envie de ... attends, je cherche ! »

« Lasagnes ? Pâtes ? Chicken ? Grouille, j’ai la dalle rien qu’en y pensant ! »

« Oh, la ferme ! Je veux pas ça ! »

Et s’en suivit un long débat sur ce qu’ils allaient bien pouvoir manger. Il ne fallait pas grand chose pour qu’ils en viennent à se chercher des ennuis, mais dans des cas comme celui-là, ça n’était jamais grave. Ils se taquinaient rien de plus et l’entente après n’en n’était que meilleure. Finalement, après maintes hésitations et supplications, ils décidèrent de manger pizzas et boissons gazeuses, sur le canapé ! Ca promettait encore de belles parties de rigolades ! Peut-être allaient-ils s’amuser comme la dernière fois, à décortiquer les pizzas et à faire des expériences dessus. Evidemment, ils finissaient par tout jeter, mais ils en ressortaient avec un fou rire général. Les pauvres pizzas qui ne ressemblaient plus à rien par la suite ...

A force de parler de nourriture, et ne pouvant plus attendre, ils descendirent rapidement les marches des escaliers et s’installèrent dans le canapé. Jubei attrapa le téléphone et bien qu’il ne soit que 19h30 ( à peu près ), il commanda une pizza aux olives avec les boissons. Pendant ce temps-là et voyant surtout que son ami commençait à se taper la discute avec la fille au téléphone, Daijiro se leva et alla fermer tous les volets. Ce soir, en plus de manger comme des gamins, ils allaient regarder la télé en même temps ! Ben oui, manger sans rien faire, il n’y avait rien de plus désagréable. Jubei raccrocha au moment où la télé illuminait la pièce. Laissant son ami venir se rasseoir à côté de lui, Daijiro lui demanda :

« Alors, t’a commandé la pizza et la nana qui va avec ? »

« Hin hin ... t’es jaloux ?»

“T’aimerais bien, hein ?”

Jubei ricana et lui donna un coup sur la tête avant de commencer, direct, à critiquer ce qu’il y avait sur les différentes chaînes de télé. Avec ce mec, c’était presque impossible de regarder la télé en paix. Il fallait juste lui mettre un film qu’il avait déjà vu et dont il ne trouvait plus d’intérêt à critiquer, mais c’était pas simple tous les jours ... Lassé, Daijiro se leva et alla fouiller sans honte la collection de film du paternel de son ami. Cet homme était le bon Dieu pour Daiji, vu qu’il avait encore des goûts de jeune, même à son âge. Un père presque parfait !! Les minutes passèrent, Daijiro en venait à mettre pleins de DVDs de côté mais bientôt, il se tourna vers Jubei avec des yeux de merlans fris et avoua :

« Je veux regarder Battle Royale ... Jubei.»

Ce film, Daijiro l’avait vu des millions de fois, mais ... c’était son préféré et il ne pouvait pas s’empêcher de vouloir le regarder à chaque fois qu’il se mettait devant la télé. Il faisait le coup à tout le monde et si les autres ne voulaient pas le regarder et bien, il savait très bien le faire tout seul ! Evidemment, Jubei l’avait déjà vu, et revu et ne voudrait sûrement pas le regarder mais ... tous les deux, ils se connaissaient assez bien pour savoir que s’ils se battaient là-dessus, Daijiro allait rentrer chez lui. Il n’était pas vraiment joueur au fond, et quand il voulait quelque chose, c’était dur de lui donner le contraire.

Ne voulant pas gâcher l’ambiance mais espérant secrètement ne pas avoir à le regarder jusqu’à la fin ( bien que quand on le commence, on s’arrête plus . ), Jubei esquissa un petit sourire, fait d’avance et accepta. Sa joie fut grande et sincère quand il vit le sourire que cela donnait à Daijiro. Ce mec n’était qu’un gamin capricieux, ça faisait pas un pli. Il revint s’asseoir près de lui avant qu’un gros « BR » rouge se dessine à l’écran. Le film commençait et Daijiro avait les yeux rivés sur l’écran, récitant certaines paroles en même temps que les images. Evidemment, ils se mataient la version japonaise, et s’amusaient à mettre les sous-titres néerlandais en dessous, c’était amusant.

De longues minutes passèrent dans le silence le plus total et il y avait déjà des tonnes de mort, alors que Shuya Nanahara demandait « Pourquoi ? » en pleurant. Daijiro se mordait la lèvre à ce passage ... Bientôt, il sentit un poids léger sur son épaule et détourna les yeux pour voir les cheveux de Jubei. L’enflure . Il venait juste de s’endormir. Daijiro faillit le repousser en le réveillant assez brutalement, mais il se rappela que celui-ci était fatigué alors il le laissa comme cela, caressant ses cheveux à certains moments. La tête de Daiji reposa bientôt contre celle de son ami. Il n’était pas fatigué ( quoique ... ) mais c’était tentant de poser sa tête contre la sienne, rendant l’ambiance un peu tendue mais si agréable.

Le film se termina et Jubei dormait toujours. Daijiro ricana et éteignit la télé de loin, avant de poser sa main sur son épaule pour tenir la tête de son camarade et de se lever en le laissant doucement s’allonger. C’était bien la première fois qu’il voyait Jubei dormir de la sorte ... Celui-ci avait l’air si fatigué ... son petit visage d’ange endormi donna le sourire à Daiji, qui était sur le point de partir chercher une couverture quand il entendit :

« Daiji ? »

Pilant en reconnaissant la voix de son ami, Daijiro revint vers lui et s’accroupi devant lui en amenant sa tête près de la sienne pour ne pas le forcer à parler trop fort. Jubei lui expliqua alors qu’il était désolé de s’être endormi comme un vieux à la retraite et Daiji lui fit comprendre que ce n’était pas grave, mais qu’il n’avait pas envie d’aller dormir en haut alors que celui-ci semblait vouloir squatter le canapé. Il ricana avant de se motiver pour éventuellement aller en haut. Il n’avait plus envie de bouger, mais de toute façon, il était hors de question qu’il dorme habillé alors ... S’appuyant sur son camarade comme un bourré sur un mur, Jubei monta très lentement les marches avant de se laisser tomber sur son lit. Daijiro soupira et lui ordonna d’enlever ses vêtements avant, mais Jubei n’avait plus envie. Il venait de changer, il allait dormir comme ça !

Daijiro secoua la tête et lui tapa sur le crâne avant d’enlever ses propres vêtements et d’aller faire un petit tour aux toilettes et dans la salle de bain. Lorsqu’il revint, Jubei était endormi et c’était pas étonnant. Seigneur, il ressemblait à un ivrogne à ne pas pouvoir attendre plus de 10 minutes ! Daiji tenta de se coucher à ses côtés, mais il n’arrivait pas à avoir la place qu’il voulait, et puis, il ne pouvait pas laisser son ami habillé. Quitte à se faire traiter de gay ( ce qu’il était de toute façon ), il entreprît de déshabiller son ami, de façon à lui permettre de passer une nuit encore meilleure. Il risquait de tomber malade, vu qu’il n’était pas non plus sous les couvertures --. Revenant se mettre accroupi devant le lit, en boxer et frissonnant, Daijiro déboutonna un par un, les petits boutons de la chemise de son ami. Il faisait en sorte de ne pas toucher sa peau, ni même de la frôler pour ne pas le réveiller et pour ne pas se mettre de mauvaises idées dans la tête. Bientôt, le torse de Jubei lui apparut et Daiji fit une pause. Ce n’était pas la première fois qu’il le voyait, vu qu’ils étaient ensemble en sport, en cours, mais dans ces conditions, ça le gênait beaucoup ... Heureusement pour lui, Jubei dormait encore. Daiji passa sa main près des aisselles pour faire glisser les manches de la chemise vers le poignet. C’était pas simple et ça risquait de le réveiller alors il laissa passer et aller s’occuper du pantalon. Mon dieu, mais que faisait-il, à la fin ? On aurait dit un père et son fils, sauf qu’ils avaient presque le même âge et qu’ils allaient plutôt être considérés comme de futurs amants. Il se tapa la tête et déboutonna la bouton du jean, avant de faire glisser la braguette. Ce n’était rien, pas besoin de se sentir coupable pour ça. Les pans du pantalon de son ami furent abaissés sur le côté mais maintenant, il allait devoir tirer sur ce maudit pantalon pour l’enlever. Daijiro se mordit la lèvre et commença doucement à tirer dessus, en retenant sa respiration comme si ça pouvait changer quelque chose.

Il était très concentré sur sa tâche, surtout en voyant que le pantalon commençait enfin à descendre, mais il sursauta quand il entendit :

« Mais Daiji, qu’est-ce que tu fous ? »

Relâchant le pantalon de son ami, et sentant le rouge lui monter aux joues, Daijiro leva les yeux vers son camarade sans réussir à s’expliquer. Est-ce que Jubei était au courant de ses penchants ? Il espérait que non et qu’il allait pouvoir s’en tirer en blaguant sur le sujet, mais il avait déjà des doutes.

Se redressant, Jubei s’appuya de ses mains derrière son dos et constata que sa chemise était aussi ouverte. Ses yeux descendirent aussitôt vers son pantalon et il vit que les limites de son boxer commençaient à descendre à leur tour. Il ouvrit des yeux révulsés avant de se mettre à poser mille et une questions à son ami. Pourquoi tu fais ça ? Tu voulais quoi ? T’attendais que je sois endormi, ou quoi ? Qu’est-ce qui te prend ? Tout ça, Daijiro avait envie de lui envoyer dans la figure, mais il se contenta de baisser les yeux en murmurant :

« T’avais qu’à le faire avant, aussi ... je voulais juste t’aider. »

« M’aider ? Attends, j’ai 19 ans, je sais me déshabiller tout seul, merci ! Non mais sérieux, tu cherchais quoi ? Tu me fous la honte, putain ! »

« Ben et moi, alors !! Tu crois que j’ai pas honte ? Je passe pour quoi, là ? »

Daijiro savait bien que Jubei devait penser « il est gay » mais après tout, c’était vrai, seulement il était prêt à dire que « non » si ça pouvait lui faire conserver son amitié avec celui-ci. Tout ça, ce n’était qu’un quiproquo qui avait mal tourné mais hormis le fait de ressentir des papillons dans le ventre, Daijiro n’avait pas eu l’intention de « toucher » à son ami. Décidé à ne pas gâcher l’ambiance, il le lui expliqua sans plus tarder. Ce n’est qu’après qu’il réalisa qu’il avait dit que ça lui avait fait quelque chose. Il se mordit la lèvre jusqu’à sentir du sang dans sa bouche, avant de sentir Jubei lui relever le visage, sans sourire, comme s’il regardait son pire ennemi :

« Ca t’excite, là ? Espèce de pervers, tu me déçois Daijiro ! Tu pensais peut-être que j’allais te dire « continue, c’est pas grave » ? Tu t’es planté, j’ai pas tes penchants moi, je déteste les gays, alors tu vas me faire le plaisir de te rhabiller et de foutre le camp ! »

« Mais Jub ... »

« Me parle plus, Daiji, je veux plus t’entendre. Sors de chez moi ! »

« Laisse-moi t’expliquer ! Jubei ! Attends !»

Mais c’était sans compter la force de Jubei qui le fit sortir de la chambre en un rien de temps, avant de refermer la porte. Daijiro donna des coups contre celle-ci avant de se laisser tomber, à genoux, sentant les larmes lui monter aux yeux. Ce n’était qu’un quiproquo limite véridique mais tout ça, ça n’aurait jamais dû arriver. Jubei était son ami, et jamais il ne serait devenu son amant ... Pourquoi est-ce qu’il avait pu penser ça ? Pourquoi il n’aimait pas les gays ? Ils étaient quand même amis, ils pouvaient l’écouter ne serait-ce que le temps qu’il s’explique, non ? Daijiro posa bientôt ses mains sur son visage avant de fondre en larmes ... Il venait de réaliser que Jubei lui faisait la gueule et qu’il venait de perdre cet ami qu’il voulait pourtant garder encore de longues années. Est-ce qu’il avait fait quelque chose de mal pour mériter ça ? Est-ce que c’était si grave de faire des bêtises de gosses dans les toilettes ? Est-ce que ça voulait dire qu’il était puni ? Ses sanglots s’entendaient dans toute la maison et Jubei devait aussi les entendre, mais il semblait bien qu’il jouait sa sourde oreille car la porte restait close, immense et morte.

De longues minutes passèrent encore avant que Daijiro ne se lève, sur ses jambes frêles et sans motivation. On pouvait penser qu’il allait abandonner, mais ... non ! Il était hors de question qu’il perde son meilleur ami pour quelque chose d’aussi stupide ! Il frappa alors de grands coups contre la porte avant de s’égosiller en explications fausses, mais pourtant si sincères :

« Jubei !! Jubei, écoute-moi, je ne suis pas gay ! Je t’assure que je ne voulais pas te toucher ou quoique ce soit, mais tu pouvais pas dormir habiller ! Tu allais tomber malade, et puis, tu n’étais pas sous les couvertures de toute façon ... Je voulais juste t’aider, je te le jure, mais je voulais pas te réveiller alors je faisais doucement et en silence ... pardonne-moi, je te réveillerais maintenant, mais s’il te plaît, ne me raye pas de la sorte, je ne faisais rien de mal, je pouvais pas faire autrement ! Jubei ! On se connaît depuis longtemps, tu sais bien comment je suis ! Si j’avais voulu quelque chose, je l’aurais fait depuis longtemps ! Jubei, ouvre-moi, s’il te plaît ! Pardonne-moi … »

Seulement quelques secondes passèrent ensuite, mais celles-ci avaient durer des heures pour Daijiro. Tout espoir s’était écroulé, il ne pouvait plus qu’aller se rhabiller et quitter cette maison, le cœur gros et les yeux rouges. Alors qu’il commençait à descendre les escaliers, la porte de la chambre de Jubei s’ouvrit et celui-ci en sortit. Daiji fit demi-tour et s’apprêtait à se jeter dans les bras de son ami, mais celui-ci lui dit juste :

« Te fais pas de faux espoirs, je vais juste pisser ... »

Tout ça, ce n’était que blague et Daijiro l’aurait compris habituellement mais là, il explosa et s’avança vers Jubei avant de lui foutre un coup de poing. Sa technique au judo n’était pas inutile, la preuve. Jubei perdit l’équilibre et se cogna contre le mur derrière, avant de se laisser glisser contre, en portant sa main à son menton, mais sans rien dire. C’était étrange qu’il ne disait rien ... sûrement allait-il se relever et foutre sa plumée à Daijiro, mais peu importe, il n’avait plus rien à perdre et il était hors de question qu’il fasse des fleurs à cet homophobe ! Jubei allait payer pour toutes ces larmes qu’il venait de laisser couler et Daiji allait enfin pouvoir rentrer chez lui avec un sentiment de fierté un peu plus grand. Pourtant, il ne pouvait pas empêcher ses membres de trembler de partout, et son visage de se transformer en rictus triste et malheureux. C’était la première fois qu’il frappait Jubei et il savait déjà que ça allait changer quelque chose entre eux. Plus rien ne serait comme avant ...

Voyant qu’il se relevait, Daijiro ne perdit pas de temps et s’avança pour lui donner un autre coup de poing, mais dans le ventre, coup de poing que n’essaya même pas d’éviter Jubei. Beaucoup suivirent, tous de moins en moins forts, jusqu’à ce que Daijiro se retrouve serré contre le torse de son camarade qui lui murmurait « Arrête Daiji, c’est fini. T’es pardonné, crétin ! ». Les larmes revinrent à nouveau alors qu’il donnait toujours des petits coups contre le torse de son ami, en envoyant des « t’es con, je te déteste … Jubei ... ». Celui-ci savait bien qu’il ne lui en voulait plus et que leur crise était finie, mais ça empêchait pas que tout cela avait bien eu lieu.

Ne voulant pas rester dans le couloir pour toujours, Jubei les fit à nouveau entrer dans la chambre et le lâcha enfin pour refermer la porte. Daijiro avait la tête baissée, et s’occupait à essuyer ses larmes. La fatigue lui donnait un air de chien battu en plus ... Ses sanglots finirent par lui donner un petit hoquet qu’il camoufla en se jetant sur l’oreiller de Jubei, y enfouissant sa tête pour cacher sa honte. Là, Jubei ne savait pas trop lequel des deux devait avoir honte. Après tout, il avait aussi sa part de culpabilité dans l’histoire, vu qu’il avait cru que son ami était gay. Il baissa les yeux et vint se mettre près de lui, s’allongeant à ses côtés avant d’éteindre la lumière pour faciliter la conversation. Passant une main sur son visage pour effacer tout sentiment contradictoire, il commença :

« Daiji, j’y ai vraiment cru, je suis désolé. T’étais à califourchon sur moi, les joues rouges ... Je ... putain, j’ai eu peur, si tu savais ! Je voulais pas dire autant de choses mais sous le coup de la colère, je me suis emporté. Pardonne-moi ... »

« Tu te rends pas compte à quel point tu peux être blessant ... Je voulais juste t’aider et tu le savais très bien. Je suis pas ... gay, j’aime les filles comme toi. T’es vraiment con ! »

« Mmh, c’est du passé, ok ? »

« Mmh. »

C’était à Daijiro de lui balancer un « mmh » au visage. Il n’allait pas se gêner pour lui en faire baver maintenant ... En attendant, il ne pouvait pas s’enlever de la tête le fait que Jubei avait eu peur ... Il avait eu peur que son ami soit gay comme si c’était la peste. C’était peut-être le moment de lui demander ce qu’il avait contre les gays, mais Daijiro ne se sentait pas assez en confiance pour lui poser la question tout de suite. Le silence se faisait et peut-être que son ami attendait qu’il lui souhaite un « bonne nuit » mais il pouvait toujours rêver. Malgré lui, Daiji était déçu de ce qu’il venait d’apprendre de son ami ... Un homophobe, c’était le premier qu’il rencontrait et comme par hasard, fallait que ce soit son meilleur ami. Daijiro savait bien qu’ils n’allaient pas restés aussi longtemps amis qu’il l’avait souhaité. Un gay et un homophobe ne pouvaient pas s’entendre à moins que l’un ne change, mais c’était peu probable. Pourquoi est-ce que ça tombait sur eux ? Ils s’entendaient si bien ... avant ...

Se glissant sous les draps en même temps que Jubei, Daiji ne mit pas longtemps à sentir la chaleur de son camarade contre lui. Jubei ne le savait pas gay alors il se permettait de se coller à lui comme deux frères, mais ... c’était trop pour Daijiro qui se décolla, rien que pour le vexer et pour bien prouver « faussement » qu’il n’était pas gay. Il se tourna de façon à être dos à lui et ne tarda pas à s’endormir. Pleurer, ça faisait du bien mais pas dans ces moments-là ...



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