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Coucou tout le monde. Je suis fière de moi, j'ai mis moins de six mois pour écrire ce chapitre.
J'ai répondu aux rares reviews sur cette fic.
Je tiens à dire que tout est à moi et que j'autorise pas le plagiat sur mes fics.
bonne lecture
Chapitre 11
Face cachée
Les yeux rouge sang de Rafaël se dilatèrent sous l’effet de la surprise. L’espace d’un instant, on pouvait lire de nombreuses choses dans son regard. Cela amusa Chilma.
- Comment ça, un travail pour moi ? Dit le jeune homme d’une faible voix.
- Oui. J’ai besoin que tu tues pour moi.
La seule réponse qui lui répondit fut le silence de Rafaël. Dans sa tête, de nombreuses choses étaient en marche.
- D’accord. Je le ferai.
- Bien.
Chilma glissa une main dans sa tenue de juge pour en sortir un parchemin scellé de cire rouge. Le sceau des juges était apposé dessus. Le juge tendit son bras, et l’objet glissa lentement de ses doigts pour flotter dans les airs. Il se posa délicatement sur les draps, devant son successeur. Rafaël le prit, enleva le sceau, et lut en silence. Pas la moindre émotion ne sortait de ce visage.
- Très bien, je le ferai.
- Ça ne te pose pas de problème ?
- Non. Ce passé est loin derrière moi, à présent. Et puis, je dois faire tout ce que tu veux, maintenant.
Le juge eut un soupir. Ce n’était pas ce qu’il voulait mais Rafaël semblait prêt. La place allait bientôt être cédée, mais Chilma sentit comme un pincement à son cœur resté froid pendant la majeure partie de sa vie.
- Je veux que ce soit fait ce soir, dit Chilma d’une voix qu’il voulait dure.
- Oui.
- Et le silence est de rigueur.
- Bien.
Rafaël ouvrit plusieurs fois la bouche pour en sortir des paroles sans son, jusqu’à ce que le juge lui demande à voix basse ce qu’il voulait.
- Mes vêtements, s‘il te plaît, dit Rafaël dont la voix semblait avoir un écho de honte et de rougeur.
Chilma prit les affaires qu’il avait soigneusement pliées quelques heures auparavant, et les posa sur le lit, à côté du jeune homme. Puis il s’en retourna, jusqu’à poser une main sur le chambranle de la porte de la chambre.
- Si jamais tu vois un homme aux vêtements de cuir noir, aux cheveux mauves et aux yeux gris clair qui semble avoir vécu depuis le début du monde, fuis le aussi loin que tu puisses. Le plus silencieusement du monde.
- Pourquoi ?
- C’est un fléau de mort.
Et le juge quitta la chambre sur ces mots énigmatiques, emprunt d’une peur profonde.
ooOOoo
Six ans. Presque six ans qu’il n’avait pas senti cet air pur qui courait dans la plaine de Laitris, au creux des montagnes. Les bâtiments de l’académie militaire de Bromale se dressaient fièrement en son sein. Rafaël se trouvait sous le plus grand arbre du parc, sous lequel étaient enterrés tous ses anciens camarades, tués de la main de Chilma. A présent, il n’arrivait pas vraiment à lui en vouloir, plus maintenant qu’il savait une partie de la vérité, apprise par la bouche de Malhirin, après lui avoir soutiré difficilement quelques informations.
Il adressa une prière silencieuse aux corps ensevelis, ainsi que des mots d’excuse, pendant quelques minutes qui pouvaient sembler une éternité. Puis il promena son regard sur ce lieu qui fut un temps son foyer. Les lumières étaient éteintes, il ne semblait y avoir aucune vie.
Cela lui semblait bizarre, mais il ne s’en formalisa pas plus. Une vieille douleur à l’épaule se réveilla, comme pour lui signaler de commencer ce pour quoi il était venu en ces lieux.
ooOOoo
Dans une grande salle de conférence, aux boiseries anciennes qui craquaient sous les pieds à chaque fois qu’on marchait dessus, une trentaine de personnes étaient présentes, soit assises sur des chaises à haut dossier marqué d’armoiries anciennes, soit debout dans une attente fébrile. Des représentants des deux mondes étaient présents, et leur sujet de conversation semblait déclencher l’agitation parmi toute l’assistance. La seule personne à rester calme était Gwen Raïne, assise, et les mains posées sur son menton.
- Du calme, s’il vous plaît, messieurs, mesdames, dit-elle au bout d’un moment, d’une voix autoritaire.
Sa seule voix eut le don de faire asseoir chaque personne à sa place respective. La directrice de Bromale eut un profond soupir, avant de se lever. Son tailleur était toujours aussi impeccable.
- Nous sommes face à une situation dangereuse, dit-elle, grave.
- C’est le moins que l’on puisse dire. La guerre vient d’être déclarée. Le continent de Guetaran, continent sur lequel nous nous trouvons, est à présent coupé en deux. Coupé en deux par les humains, dit un homme à l’allure fantomatique, un envoyé des métamorphosis, les manipulateurs de mort.
- Je sais cela, répondit Gwen.
- Notre situation est impossible. Nous sommes bloqués.
- Oui. Les divers états font pression pour que nous leur apportions notre concours à cette guerre.
- Mais cela est impossible, coupa Gwen. Nous y perdrions notre anonymat que nous avons mis tant de siècles à construire à travers le monde.
La situation était tendue, et l’atmosphère de la pièce s’en ressentait fortement.
- De plus, notre projet de créer des hommes de l’ombre à notre solde a échoué.
- Oui. Apparemment, un des juges a été mis au courant de nos projets. Seul Rafaël a échappé à ce carnage. Le juge avait pris soin de l’éloigner, commenta madame Raïne.
- Il est toujours en vie ? Demanda l’envoyé de métamorphosis.
- Non. Il est mort, il y a un an de cela.
- C’était lui notre plus grand espoir. Destiné à être auprès de l’empereur, et à le tuer quand le temps aurait été venu.
- Alors c’était à ça que vous me destiniez, mère.
Les intonations froides de la voix de Rafaël percutèrent les murs couverts de bois, sombre et travaillé par des marqueteurs de talent. Il était adossé contre la seule porte de cette salle, ses yeux rouges balayaient du regard cette foule de personnes aussi hétéroclite qu’étrange présente dans ce lieu. Les représentants du monde magique étaient plus nombreux, tous issus de clans ou de races déchus des siècles ou des millénaires auparavant. Sans doute rêvaient-ils de prendre une place qu’ils croyaient la leur.
- Rafaël, tu es en vie, dit la voix d’une mère qui, malgré un masque de froideur forgé par les années, laissait trahir une pointe de compassion.
- Oui, puisque mon corps peut bouger.
- Comme pour confirmer ses dires, il se décolla de son appui pour faire un pas léger.
- Que fais-tu ici ? Personne ne pouvait entrer sans détruire les barrières mises en place pour protéger cette réunion.
- Cela peut se franchir.
La peur qu’insuffla le jeune homme à sa voix gagnait tout le monde, même les plus aguerris. Puis quelques uns aperçurent, derrière les mèches de cheveux noir et blanc qui courraient sur sa joue, le sceau incomplet des juges. Un murmure craintif prit place parmi toutes ces personnes. Les visages déjà pâles perdirent toute vie.
Un sourire naissant, Rafaël s’avança, et murmura une parole dans l’ancienne langue. Un homme laissa la panique le gagner et se précipita vers cette porte salvatrice, mais la main de Rafaël s’interposa. Telle une poupée de chiffon, il l’amena dans ses bras, face à toutes les autres personnes présentes. Le jeune homme lui caressa une joue, d’une main, presque amoureusement, avant d’appuyer franchement sur celle-ci.
Un craquement sec et sinistre se fit entendre. L’homme que Rafaël tenait s’effondra à ses pieds dans une position quasi-fœtale. Tout le monde regarda, avec des yeux exorbités de surprise et de peur.
Les quatre envoyés des métamorposis firent une série de signes avec une main, au niveau du cœur. Une moitié de leur visage se couvrit de tatouages en forme d’arabesques, semblables à ceux des peuplades tribales du continent des vallées perpétuelles. Des fantômes des soldats mutilés par les guerres apparurent.
C’était là la spécialité de ce clan quasi-disparu. Leur art leur permettait de tirer les âmes des morts de leur repos éternel, pour en faire leurs serviteurs contre leurs ennemis. Mais ils avaient aussi des serviteurs personnels, des personnes qui avaient tué de leurs propres mains pour s’attacher à eux pour l’éternité, leur avatar apparaissant dans les mondes. Nul ne savait comment les tuer, sauf les anciens anges blancs. Mais ce secret avait disparu avec eux dans les méandres du temps.
Ils envoyèrent leurs avatars à l’attaque de Rafaël qui eut un sourire machiavélique. Celui-ci tendit les mains et les plia telles des serres. Les formes vaporeuses qu’étaient ces êtres, tirés de leur sommeil, se tordirent et disparurent aussi vite qu’elles avaient été invoquées. Les yeux du jeune homme passèrent d’eux aux envoyés, et il se délecta de ce qu’il vit : des corps qui se déformaient sous la douleur, avant de tomber raides sur le sol de grés. Rafaël était un des seuls qui savait que détruire les avatars, c’était détruire les envoyés.
C’est à ce moment-là que tout le monde réalisa qu’ils allaient tous mourir. De fines gouttelettes de sang apparurent, comme en suspension dans l’atmosphère de la pièce. Le jeune juge ramena ses mains à lui et serra les poings. Des cris brefs se firent entendre. Les corps se coupèrent en morceaux, et le sang se répandit sur toutes les surfaces. A présent, de minces fils étaient visibles, semblables à une toile d’araignée patiemment tissée par le temps.
Avec une aisance proche d’un danseur de l’ordre d’Oyama, Rafaël sauta sur la lourde table de bois massif, et marcha en direction de la seule personne qu’il avait épargnée. Sa mère. Il se félicita de la voir maîtresse de son calme. Elle était sa mère après tout.
Madame Raïne était enfoncé dans son fauteuil, et regardait avec une frayeur dissimulée sous un masque travaillé depuis des longues années l’être de chair sorti de ses entrailles. Le jeune homme s’abaissa pour être à la hauteur de sa mère.
- Alors, mère, cela vous a plu ?
- Pourquoi ? Articula-t-elle.
- Un contrat et une mission.
- Qui ?
- Vous n’avez pas à le savoir. Mais vous n’avez pas répondu à ma question.
- Quelle folie t’anime, Rafaël ? Tu n’es plus le fils que j’ai mis au monde.
- Mais je suis ce que vous avez voulu que je devienne depuis ma petite enfance.
- C’est faux.
- Oh non. Le destin que vous avez choisi est proche de celui que j’avais à la base. Et vous vous êtes trompé.
- Non.
Rafaël passa une main derrière lui, sous la veste longue qu’il portait, pour en tirer Dranhir. Gwen Raïne suivait des yeux l’éclat de la double lame. Le jeune homme posa une main sur l’épaule droite de sa mère, et de l’autre, il enfonça la pointe acérée de son poignard dans sa poitrine, au niveau de sa cœur. La surprise déforma les traits du visage de la femme, avant que du sang sorte de sa bouche.
- Un dernier soubresaut secoua son corps, et la vie la quitta définitivement.
- Voyez-vous, votre nom était sur le contrat que Chilma m’a demandé de faire, et j’ai promis d’exécuter ses ordres à présent.
Rafaël retira la lame doucement. Le sang rouge sombre s’épanouit sur les tissus du tailleur de sa mère, telle une fleur de nuit. Le jeune homme porta le poignard à son visage, en appelant à l’être qui l’habitait et qui était content d’avoir eu son tribut de sang. Un sang délicieux selon lui.
Délicatement, il sortit un grand mouchoir blanc crème que sa mère lui avait offert quand il était jeune, et essuya l’acier trempé pour lui redonner cet aspect semblable à de l’or blanc. Une fois cela fait, il le replaça dans l’étui d’où il l’avait sorti. Tout à coup, il éprouva une vive douleur sur la joue où son tatouage avait sa place. Il sentit comme si on lui traçait une ligne avec un couteau. C’était une douleur semblable à celle que Malhirin lui avait faite quand il lui avait tracé par magie les deux demi-lunes.
Pendant quelques minutes, il mit sa main sur cette brûlure. La chaleur s’insinua dans son corps à travers la paume tendre de sa main et réchauffa son être. Puis il comprit. Il comprit ce que lui avait dit Chilma à Rountara, qu’il devait perdre trois choses. L’une d’elle était le lien maternel.
Il eut un petit rire clair, avant de se relever pour murmurer un mot. Les fils disparurent immédiatement. Il n’y avait plus de témoins du massacre qu’il venait de commettre. Il marcha sur la table jusqu’à ce qu’il descende sur le sol, sans bruit.
Rafaël s’avança jusqu’à la porte, où il posa une main sur la poignée, et disparut en ne laissant qu’une feuille d’automne derrière lui.
Fin du chapitre
A suivre
Le 08.05.08