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Fiction » Thriller » Dans la ville sombre font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Shammy
Fiction Rated: T - French - Suspense/Drama - Reviews: 2 - Published: 04-28-06 - Updated: 04-28-06 - id:2163209

And now the dark is rising...

Dans la ville sombre

Il pleuvait. Depuis combien de temps ? je n’aurais pas su le dire. C’était comme une averse ininterrompue depuis des semaines, des mois peut-être. Quand pour la dernière fois avais-je vu le soleil ? le temps était bas, sombre et couvert. Les nuits orageuses succédaient aux nuits sans lune. La clarté scintillante des étoiles n’était plus qu’un souvenir lointain ; quand les nuages s’entrouvraient, c’était pour dévoiler un espace d’un noir absolu où semblait s’engloutir toute lumière.

L’atmosphère était moite, chargée d’humidité ; les pales des ventilateurs brassaient cet air malsain sans parvenir à procurer une sensation de fraîcheur. J’ouvris une fenêtre. Du sol montait une odeur de bitume mêlée à des miasmes de pollution automobile ; l’eau grise ruisselait dans les caniveaux ou stagnait en grandes flaques où l’essence formait des ocelles iridescentes. Sur l’avenue, les arbres n’avaient plus de feuilles, et pourtant ce n’était pas l’hiver. Les gouttes mêlées de poussière traçaient leurs longs traits en diagonale sur les vitres sales ; dans les rues obscures, les drapeaux mouillés de quelque célébration oubliée pendaient lamentablement.

Le filament incandescent des ampoules devenait de plus en plus terne, et la clarté qu’il diffusait était comme voilée, bien que le verre fût propre. Le papier, humide, ne voulait plus passer dans les machines à écrire, et le bois des meubles gonflait, avant que ne s’y développe la pourriture.

Il devenait de plus en plus difficile de conserver des aliments, car des moisissures vertes et cotonneuses s’y étalaient à une vitesse effrayante. Nous achetions la nourriture au libre-service automatique d’à coté ; je me demandais d’où venait la salade, car depuis longtemps aucun maraîcher n’était venu de la campagne, et je ne voyais pas où pouvaient se trouver des serres. Et puis, quelle plante pourrait pousser dans l’obscurité ?

- Commissaire, un appel pour vous !

- J’écoute. Comment, rue du Dragon ?

Je fixais bêtement la grasse fleur rouge d’un gloxinia qui achevait de dépérir dans un pot vernissé.

- Falk, vous m’accompagnez !

- De quoi s’agit-il ? Demandais-je, comme nous marchions sous nos parapluies sur lesquels ricochaient les gouttes tièdes.

- Une prostituée sauvagement assassinée dans un immeuble bourgeois. Pas de mobile apparent. Encore un psychopathe !

Les réverbères luisaient faiblement comme de grosses lucioles le long des façades noires des bâtiments. Je ne reconnaissais pas le quartier. Par exemple, j’aurais juré que cette gargouille en tête de poisson ne se trouvait pas là hier, et que ce balcon semi-circulaire venait d’apparaître. Les devantures des magasins ne correspondaient à rien dans mon souvenir, et puis, pourquoi n’aurais-je jamais remarqué cette bijouterie à la vitrine si brillante ?



© Copyright 2006 Shammy (FictionPress ID:459312).


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