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Author: Meanne77
Fiction Rated: K+ - French - Angst - Reviews: 8 - Published: 04-29-06 - Updated: 04-29-06 - Complete - id:2163696

Titre : Dix ans de plusAuteur : Meanne77
Genre : Vous savez ce qu’on dit : angst un jour… Vignette (ma préférée) pour l’histoire de Gaël et Akim. Si vous n’avez pas lu Aux hommes de bonne volonté (?storyid2092017) avant, vous ne comprendrez rien à ce texte !
Claimer : Oui, eux aussi sont à moi et oui, j’y tiens également, lol. J’assume et revendique chacun de mes perso :p

NdA : Ça fait partie de ces courtes scènes que j’ai besoin d’écrire pour rendre justice à certains de mes personnages… Pardonnez-moi, je suis faible… Mais il n’y a pas de « méchants », il n’y a que des êtres humains. Qui suis-je pour leur ôter leur droit de parole ?

Dix ans de plus

Elles sont déjà rentrées lorsqu’il arrive. Il ouvre la porte-fenêtre et flatte le chien venu lui faire la fête. Mathilde, qui était à l’étage, descend voir ce qui se passe et a une expression de reproche lorsqu’elle voit que c’est lui.

A ses yeux, elle est toujours aussi jolie, sa femme, et il lui ressemble toujours autant…

« Où est-ce que tu étais ? Tu devais venir nous rejoindre après ton coup de fil ! »

Il s’approche, pose une main sur sa taille et un baiser sur sa joue.

« Excuse-moi, ça a duré plus longtemps que prévu, ment-il.

– Mais tu reviens de dehors ?

– On a dû se croiser… »

Mathilde pousse un soupir. Le pli de sa bouche est plein de réprimandes.

« Fais un effort, Jacques ! Marie Elise est très déçue ! Tu travailles tout le temps alors lorsque tu es censé être en vacances, sois-le ! Passe un peu de temps avec ta fille !

– C’est promis. »

Il lui caresse brièvement la joue puis prend un verre sur le buffet et passe au salon. Il ouvre le bar et s’empare de la bouteille de Whisky. Il sent le froncement de sourcils désapprobateur de Mathilde dans son dos et ne se retourne pas.

Marie Elise délaisse ses jeux sur le tapis pour lui sauter à la taille, le saisir par le bras.

« Papa ! Viens jouer avec moi !

– Pas maintenant, ma chérie. Mais demain je te promets qu’on ira se promener.

– Promis promis ? »

Il lui caresse la tête, démêle un bref instant ses cheveux blonds, une nuance plus foncée que ceux de sa mère, et donc aussi que les siens.

« Oui, c’est promis. »

Il se penche et lui embrasse le sommet du crâne puis dit à la ronde : « Je vais dans mon bureau », sous-entendu « qu’on ne me dérange pas ».

-

Il s’y enferme tout de même à clé et s’écroule lourdement dans son fauteuil.

Le verre qu’il se sert est généreux. Le soupir qu’il pousse, épuisé.

L’alcool lui brûle la gorge.

Il ferme les yeux. Il lui semble que le tic-tac de l’horloge, régulier, oppressant, résonne de plus en plus fort. Lorsqu’il rouvre les yeux, la pièce tourne un bref instant.

Face à lui, sur son bureau, une photo de sa femme et de sa fille, prise deux ans auparavant. Elles sont assises sur la plage, près des rochers ; Mathilde tient Marie Elise dans ses bras. Elles sourient.

Il pose son verre et prend le cadre à la place, qu’il fixe un moment avant de le retourner. Il redresse les attaches de métal et ôte le support solide du cadre, prend la petite clé plate cachée derrière la photo. Avec, il ouvre le tiroir du bureau dont la clé a été perdue il y a des années. Il en sort l’unique dossier qu’il contient, délaisse pour cette fois les books et albums photos.

La feuille du dessus est la première page du second compte-rendu de l’année. Quelques jours auparavant, Monsieur Bairol lui a téléphoné sur son lieu de travail, comme toujours et comme il en a été convenu, afin de l’avertir de l’envoi. Comme à chaque fois et deux fois par an, à moins d’un rapport exceptionnel, Jacques a laissé trois jours à la Poste pour faire son travail avant de passer relever son courrier dans la boîte postale louée exclusivement à cette fin.

Il effleure du bout des doigts la feuille du dessus puis retourne le dossier et feuillette rapidement son contenu. Finalement, sept années se résument à bien peu de pages, à encore moins de photos. C’est lui, aussi, qui ne désire pas en savoir trop. Monsieur Roux puis Monsieur Bairol qui a pris sa suite sur Paris l’ont bien compris. En sept ans, il n’a pas eu à se plaindre de leurs services, mais c’est aussi pour cela qu’il les paie. Tout de même, il se demande parfois comment font ces gens pour obtenir tous ces renseignements, se demande si toutes les méthodes employées sont bien légales… Mais là encore, il ne veut pas en savoir trop.

Ses yeux passent rapidement sur la copie de sa dernière convention de stage, s’accrochent un bref instant sur la photo la plus récente, et poursuivent jusqu’à revenir au compte-rendu de ce semestre. Il le parcourt des yeux, s’arrête un instant sur une phrase en particulier. Ses sentiments sont mitigés. Il n’a pas envie d’y réfléchir maintenant.

« Entretient une relation stable depuis la fin du mois de juin », accompagné d’une petite note demandant s’il souhaite en savoir plus.

Une relation stable, c’est une première en sept ans. Probablement le jeune Beur aperçu un peu plus tôt à ses côtés.

Jacques secoue la tête et ouvre un second tiroir, duquel il sort un cigare cette fois. Il l’allume, tire quelques bouffées, fixe la fenêtre. La fumée s’élève doucement vers le plafond.

Il baisse les yeux, tire du dossier la photo dont le coin dépassait et la fixe à son tour. Elle a été prise dans la rue, sans qu’il s’en rende compte. Probable qu’il n’était pas seul – encore le Beur ? – car sur la photo, il sourit. Jacques le regarde un long moment puis, d’un geste lent, pose la photo à côté du cadre, sur son bureau.

Ainsi, la famille est presque réunie.

Il se laisse aller en arrière, tire une nouvelle bouffée et laisse lentement la fumée lui échapper des lèvres. Il passe une main sur son visage fatigué.

En une heure, il vient de prendre dix ans.

(fin)

-

NdA : ... ce qui devrait peut-être donner un nouvel éclairage à la conversation entre Gaël et Jacques dans Bonne année...
Ceci dit, je me rends compte que si ça nuance le personnage de Jacques, ça n'explique pas vraiment quoique ce soit... vv J'écrirai peut-être une autre vignette, je verrai...



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