|
|
| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Titre : Kare no tenshi, ore no hime
Auteur : Tomoyo
Genre : Slash, Romance, Angst
Cette fic contient du slash (non explicite). Homophobes s'abstenir.
Kare no tenshi, ore no hime
Kineko traîna les pieds en ronchonnant lorsqu'il se rendit un matin de plus en cours. Il avait passé une nuit épouvantable durant laquelle il n’avait pu s'endormir qu'une malheureuse heure avant de devoir se lever pour se préparer. D'y repenser le rendit d'une humeur encore plus massacrante et il shoota de rage dans un gros caillou qui roula pathétiquement sur quelques centimètres. Fâché de cette piètre performance, il jura avant de délivrer un nouveau coup de pied hargneux qui rata cette fois-ci complètement la cible. Se réjouissant de cette nouvelle journée qui commençait si bien, il renfonça son menton dans sa longue écharpe et renfourna ses mains gantées dans ses poches, prenant garde de ne pas laisser tomber son sac qui glissa tout de même le long de son bras pour tomber sur le sol boueux. Respirant une grosse goulée d'air glacé qui vint lui brûler la gorge, il se mordit sauvagement la lèvre intérieur pour s'empêche de craquer.
Lorsqu'il arriva dans la salle de classe, une demi-heure à l'avance, comme à son habitude, il trouva quelques uns de ses camarades déjà installés. Il les salua d'une rapide poignée de main avant d'aller s'asseoir à l'une des places aux premiers rangs. Il sortit un créterium de la poche avant de sa sacoche toute sale pour griffonner sur la table en bois vierge de toute écriture. Se faisant, il tendit l'oreille à la discussion de ses collègues.
-Hier y avait une soirée spéciale au Place, c'était sympa! Vous y êtes pas allé, vous?
-Nop, moi j'suis allé sur le net un peu, chercher des idées pour notre prochain projet. Et toi?
-Bah j'ai fait ma fiche de synthèse pour les PPPE...
-Tssssss, c'est sérieux tiens! J'espère au moins que tu l'a apporté dans son casier?
-T'es con toi, il y a encore personne chez les profs à cette heure-ci.
Kineko cassa la mine de son crayon pour la énième fois et son souffle s'accéléra. Il avait complètement occulté cette histoire de fiche de synthèse et ne l'avait pour ainsi dire même pas commencée. Cela devait bien faire deux semaines maintenant que le professeur leur avait demandé ce travail qui n'avait somme toute rien de bien compliqué. Il n'osa même pas penser à la prise de bec qu'il pourrait avoir avec ce "maître de conférence" antipathique au possible qui leur servait d'enseignant en PPPE. PPPE... Mais qui était la personne qui avait eu l'idée d'intégrer cette chose là dans leur programme? Ces sessions de deux heures, complétées par du travail en dehors des heures de cours, bien évidemment, avait pour but d'aider l'étudiant à s'extérioriser et à se sentir apte à gérer et à s'exprimer face à un groupe. La bonne blague! Kineko aurait donné n'importe quoi pour échapper à ces heures de tortures psychologiques. Il pensa à la tête du professeur découvrant qu'il n'avait pas fait le travail demandé. Il aurait sans doute droit à tout un tas de sermons. De toute façon, la malchance semblait s'être attachée à lui depuis le matin.
C'était dans les moments comme celui-ci que l'étudiant aimait à rêvasser. Il s'imagina tout d'abord arriver sous une pluie de flocon, marchant dans une neige blanche et pure, sentant dans son sac le poids d'une note de synthèse faisant quatre bonnes pages et devant laquelle le professeur resterait bouche bée, ne pouvant rien sortir d'autre qu'un mot de félicitation. Arrivant à l'arrière du bâtiment, il rencontrerait un groupe de trois voyous qui le provoquerait et sur lesquels il pourrait se défouler avant de rentrer dans la bâtisse pour rejoindre une salle de cours vide plongée dans le calme et l'obscurité. Il resterait près de la fenêtre à scruter les autres élèves pour pouvoir apercevoir parmi eux la personne qui l'intéressait...
Kineko fut tiré de son délire par la voix de la professeur annonçant le début du cours. Elle pria les jeunes gens de se calmer avant de saisir son gros cahier pour trouver le programme qu'elle avait préparé. Lisant rapidement les quelques lignes, elle marcha vers le tableau pour se saisir de la craie qu'elle fit jouer entre ses doigts.
-Je vois ici que je vous avais demandé de finir des exercices pour aujourd'hui. Kineko, veux-tu bien venir les corriger s'il te plait. Explique-nous bien ton raisonnement.
-
Contrairement à ce à quoi il aurait pu s'attendre, l'étudiant bagarreur n'avait pas passé une matinée aussi horrible qu'il le prévoyait. Il était plutôt soulagé de la tournure qu'avaient prit les événements. Il sourit stupidement en repensant à la chance inouïe qu'il avait eu quand il avait entendu que l'exposé qu'il devait présenter avait été repoussé à la semaine d'après. De plus, lorsqu'il arriva devant le panneau d'affichage, il put se remémorer avec délectation que les trois derniers jours de la semaine, il n'avait cours que le matin. Il manqua de tomber à la renverse quand une furie aux cheveux de jais se jeta sur son dos.
-Neko, tu viens manger avec nous à midi? Hein, hein, hein?
-Jazz, descend de là, tu va lui démolir la colonne vertébrale!
Kineko fut rejoint par cinq de ses camarades de classe avec qui il partageait une passion particulière: la baston. Tous se retrouvèrent le midi pour partager un bon repas avant d'attaquer la rude après-midi. Ils avaient décidé de s'installer au Resto U et purent voir défiler ainsi une ribambelle de connaissances. Kineko enfournait une fourchetée de poisson quand il vit une sublime apparition traverser la salle, un plateau entre les mains. Il ne put s'empêcher de suivre la silhouette des yeux jusqu'à rencontrer celle de Jazz assise à côté de lui. Il avala promptement sa bouchée avant de plonger son nez dans l'assiette. La jeune fille été morte de rire devant la mine de son ami et lui tapota sur l'épaule sous les regards interrogateurs du reste de la troupe.
-Kineko, t'es pas vrai! Si tu continues comme ça, tu vas te faire griller en beauté un jour!
-Rien à foutre, je fais c'que j'veux!
-J'vois franchement pas c'que tu lui trouves n'empêche... J'aime pas ses cheveux, coupé comme ça, c'est pas joli.
-Mah si.
-Et la couleur... Les pointes bleues, faut oser.
-Euh... Jazz, t'as vu la couleur des miens?
-Et pis ses épaules sont trop larges. Ca fait trop... "barraqué".
-Tu racontes n'importe quoi, l'est très bien comme ça.
Kineko jeta un nouveau coup d'œil en direction de la personne concernée. Cette dernière plaça ses lunettes sur son nez pour continuer la lecture d'un livre de poche tout en mangeant. Il ne pouvait détacher ses yeux de la silhouette et il s'interrogea sur sa santé mentale avant de se remémorer les premières fois où il avait attiré son attention, ce garçon...
Il se rappelait l'avoir remarqué dès le début, simplement à cause de ses cheveux. Quand il le voyait passé dans le réfectoire, il était content seulement par le fait de l'avoir aperçu pendant quelques secondes. Il y avait aussi une jeune fille dans sa classe sur qui il avait eut des vues mais l'histoire s'était mal terminée pour lui et elle s'était trouvée un copain avant même qu'il ait eut le temps de tenter quoi que ce soit. C'est quand il avait appris qu'elle sortait avec quelqu'un qu'il s'était intéressé de plus près à Matt. Il savait très bien de quoi il s'agissait: il s'était fait avoir une fois, il voulait profiter de pouvoir tripper à loisir avant qu'il ne soit trop tard. Car oui, il ne ferait rien de plus que de se faire ses films "angst" à l'eau de rose sans rien entreprendre de sérieux, il avait trop peur d'être déçu et de décevoir.
Il soupira lourdement devant ces pensées sombres et se força à les chasser plus vite pour quelque chose de plus gai. Il se prit ainsi à rêvasser pendant le reste du repas sur tous les plans possibles et imaginables pour le faire tomber dans ses filets.
Pendant le reste de l'après midi, il n'avait cessé de penser à lui, dessinant un portrait très caricaturé en haut de chaque page de cours. Rentré chez lui, se retrouvant seul dans son appartement, il se saisit d'un bloc et d'un crayon pour laisser son imagination vagabonder. Après une heure de travail acharné, il admira son œuvre avant de refermer brusquement son calepin, le rouge aux joues. Il n'avait pas pu s'empêcher de marquer cette expression sur ses traits. Comment pouvait-il se permettre de dessiner Matt ainsi? Il ne faisait rien que l'avilir et lui manquer de respect. C'était mal, non? Et puis, plus il le représentait et plus il l'idéalisait, n'est-ce pas? Combien de dessins avait-il fait de lui? Il chercha un peu partout dans ses cahiers et s'amusa à retrouver des esquisses qu'il avait oubliées. Il secoua la tête de dépit avant de saisir un paquet de Mikado tout en sortant ses affaires afin de préparer ses cours pour le lendemain. Il commença à lire l'énoncé mais bien vite, son stylo se perdit sur la feuille de brouillon pour couché sur le papier un nouveau portrait de celui qui le hantait.
Kineko descendit du bus avec entrain en chantonnant. Il sentait que cette nouvelle journée serait des plus prometteuses. Il avait aussi prévu de faire quelques courses en ville l'après-midi pour profiter une dernière fois des décorations de Noël. Pendant la matinée, il fut heureux de croiser par deux fois son cher Matt. Quand il lui passait à côté, il aimait à se retourner pour voir la silhouette s'éloigner de dos, les reflets bleus jouant sur les cheveux originellement noir corbeau. Il avait bien entendu un pincement au cœur de ne pouvoir seulement que le regarder mais c'était déjà énorme de pouvoir poser ses yeux sur lui et Kineko remercia toutes les divinité de lui avoir permis ce privilège ce jour là. Réalisant alors ce qu'il faisait, il se sermonna sur sa conduite. Il ne devait rien tenter s'il ne voulait pas être déçu, il ne fallait donc pas qu'il pousse le jeu trop loin, sinon, il tomberait dans son propre piège. Mais n'était-ce pas déjà le cas?
-Sûrement pas!
-Kineko, arrêtes de parler tout seul tu m'inquiètes...
-
-Dis Jazz, tu crois que l'amour, ça existe?
-Qu'est-ce que tu racontes?
L'interpellée resta sans voix avant de comprendre que son homologue était très sérieux. Elle prit une gorgée de lait à la fraise tout en réfléchissant.
-Je pense que ça dépend ce que tu places derrière ce mot...
-On ne voit que des histoires débiles où un homme rencontre une femme qui se trouve être celle de sa vie, mais ça n'existe que dans les films, hein?
-Pas forcément... Chacun à sa propre façon de concevoir l'amour. Ce n'est pas quelque chose de définitif, ça évolue avec ta personnalité, ta façon de voir les choses et le monde je pense. !!tilt !! Ne me dis pas que tu nous fait un complexe... Kineko?
-Mais! Ils sont tous là à nous envahir, à se monter dessus avec des "jet'aimeplusquetoutbébéj'tequiterraijamais" en plein milieu des lieux publics. C'est normal de se poser des questions, non? Puisque je ne fais pas partie de ces gens là, je me demandais simplement si il y avait quelque chose que j'avais mal compris. Je ne pensais pas que l'on pouvait dire "je t'aime" à quelqu'un si légèrement... Je doit être trop romantique.
-Une vraie fleur bleu mon pauvre, ça craint! Tu t'poses trop de questions, mec... Si t'as envie d'une personne tu la prends et quand tu la veux plus tu la jettes!
-Tu la prends même si tu es déçu après? Tu la jettes même si tu sais que ça peut la blesser énormément? C'est insensé comme façon de voir les choses!
Jazz ne sut quoi répondre devant l'enthousiasme de son ami à vouloir à tout prix chercher une réponse. Ce garçon été vraiment trop... Pas étonnant qu'il soit resté célibataire si longtemps. Il avait quelque chose d'incroyablement naïf et fort à la fois. Il était beaucoup trop sensible.
-
Pendant le reste de la matinée, après la pause durant laquelle il avait parlé avec Jazz, l'étudiant ne cessa de fixer le plafond nuageux qui s'obstinait à ne laisser filer aucun flocon. Il désespérait d'avoir des fêtes de fin d'année sous la neige, il aurait pourtant tellement aimé. Si jamais il devait neigé un jour de cours, ce serait sûrement une journée emplie de chance; un jour idéal pour dire à tout le monde ce que vous avez sur le cœur sans vous faire jeter... Vraiment?
-Eh, jazz! Faisons une sorte de pari.
-Quoi donc? Plus rien ne m'étonne avec toi.
-S'il neige, je ferais comme tu as dit: je la prendrais parce que j'aurait envie de cette personne. J'essaierais de me rapprocher de Matt malgré ce que je redoute.
-Si ça peut te faire plaisir...
Kineko afficha un sourire franc avant de replonger son regard à l'extérieur. C'était décidé, pour une fois, il prendrait son courage à deux mains si les divinités le permettaient. Il avait davantage hâte qu'il neige cette année.
Le jeune homme tourna les robinets pour laisser jaillir un jet suffisamment chaud et puissant pour le détendre. Il lâcha ses longs cheveux qu'il portait habituellement attaché, encadrés par des mèches courtes puis frotta énergiquement après avoir appliqué du shampoing. L'odeur de figue se répandit dans la petite salle de bain et Kineko laissa encore une fois son esprit vagabonder.
Les vacances n'étaient plus qu'en fin de semaine maintenant et ensuite se serait le pied pendant une quinzaine de jours. Il était impatient de rentrer chez lui pour les fêtes afin de revoir la famille et profiter de la console et de ses livres. Il passerait le plus clair de son temps à dessiner, sans aucun doute, il avait pleins d'idées en tête avec l'hiver qui venait de s'installer. Et puis, à la rentrée, ce serait la deuxième partie de l'année. A la même période, les étudiants de deuxième année partiraient en stage pour clôturer leur cursus. ... Quoi??
Réalisant ce qu'il venait de penser il cessa tout mouvement, laissant ses bras retomber lentement de chaque côté de son corps mince. Il fixa le vide, hébété de ne se rendre compte que maintenant. C'était la dernière semaine où il pourrait voir Matt. Semaine était un bien grand mot puisqu'il ne lui restait que trois demies journées. Se soumettant à l'évidence, il se remit à laver ses cheveux, beaucoup moins motivé qu'au début.
Malgré tous les efforts mis en œuvre, le temps continua sa course, impitoyable, pour emmener Kineko au vendredi matin sans qu'il n'ait pu apercevoir une nouvelle fois la silhouette qu'il cherchait désespérément. Que pouvait-il y faire de toute façon? Il ne voulait pas faire de faux pas, il ne devait pas se lancer tête baissée, il fallait qu'il attende le signal. Et le signal, s'était les premiers flocons de la saisons qui se refusaient toujours à descendre de leurs épais nuages.
L'étudiant se trouvait incroyablement stupide, il avait finalement cédé, il s'était eut lui-même. A force de regarder Matt de cette manière particulière, il avait fini par s'y attacher sans rien savoir sur lui. C'était dangereux, et il s'en rendait bien compte, sinon, il n'aurait pas été aussi perdu ce matin là. Il se sentait incroyablement triste à l'idée de ne plus pouvoir admirer cette personne, c'était idiot. Seulement la regarder de loin, sans interagir avec lui lui suffisait. Il voulait encore le voir évoluer parmi les autres étudiants pour un bon moment mais, c'était impossible. Il était midi, les derniers cours se terminaient.
-
Kineko était dans le train, son sac sur ses genoux, ses yeux fixés sur le paysage gris immobile. Perdus dans les pensées qu'il ruminait depuis plusieurs jours, il attendait que le train démarre et le ramène le plus vite possible chez lui pour qu'il oublie tous ses problèmes. Il se noierait dans les dessins et les écrits et ne penserait à plus rien de tout ça, comme s'il s'eut agit d'un simple mauvais rêve, c'était débile. Il sentit sa cuisse vibrer et dut se contorsionner pour atteindre le téléphone qui s'était malicieusement glissé au fin fond de sa poche. Lorsqu'il vit que Jazz l'appelait, il décrocha, l'air morne.
-Oui?
-Neko, c'est moi. Je... J'ai une nouvelle à t'annoncer. C'est... Ca risque d'être dur.
-Qu'qu'ya?
-Et bien, je suis au marché de Noël et j'ai croisé Matt...
-... Mmh?
-Il était avec... avec une fille. Ils ont l'air très proches.
-Alors là, ce que tu veux, c'est que je descende sur la voie et attende qu'une âme charitable daigne laisser sa locomotive me passer dessus, c'est ça?
-Neko, je voulais justement éviter que tu continues à te soucier de ça. Oublie-le, c'est absurde.
-Complètement, bonnes fêtes de fin d'année.
Le jeune homme raccrocha au nez de son amie avant d'éteindre complètement son téléphone. Une légère secousse se fit sentir et le train se décida enfin à quitter la gare. Lorsqu'il releva ses yeux orange pour admirer le paysage, il put distinguer dans le grisâtre du décor et la mauvaise luminosité, des flocons blancs venir mourir lentement sur le sol.
C'était pathétique.
C'était tout lui.
Comme d'habitude.