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Fiction » Thriller » Chronicles : Prélude au 21eme Siècle font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: farence
Fiction Rated: T - French - Supernatural/Sci-Fi - Published: 05-09-06 - Updated: 05-14-06 - id:2170210

Chapitre 1

Domicile du commandant Allan Korevitch, Gary, Indiana.
22 Juin 1995, 03h49…

C'était une belle nuit sombre. Tout semblait calme dans la ville à l'exception d'un petit coin de rue. Il y avait là une grande maison de deux étages, tout ce qu'il y a de plus classique aux Etats-Unis : une cour avant au gazon fraîchement coupé et des fleurs dans leurs bacs en plastique imitation pierre, donnant un côté charmant et personnel dans ce foisonnement d'habitations clonées. Le garage adjacent était bien sûr fermé, et au-dessus de la porte, un panneau de basket apparemment jamais utilisé, juste pour rappeler qu'il n'était pas forcement bon d'être trop personnel. Autour de la bâtisse, les autres demeures étaient effectivement identiques, exceptée peut-être la couleur des volets ou les aménagements apportés aux cours avant.

Tout ceci aurait sans doute été assez agréable à regarder s'il n'y avait eu, alentour, tous ces véhicules illuminés. Les gyrophares des voitures de police déchiraient la nuit, et donnaient à l'endroit une atmosphère particulièrement peu accueillante. Le nombre impressionnant de véhicules et la présence d'une ambulance n'ajoutaient évidemment pas à l'utopique sentiment de quiétude du décor….

Parmi les véhicules officiels de la police de Gary, on distinguait aussi quelques voitures banalisées, trahies par leur gyrophare bleu, symbole des forces de l'ordre. Quelques policiers montaient la garde et plaçaient des barrières pour empêcher les quelques badauds présents sur les lieux de trop s'approcher de la maison du commandant. Il y avait peu de spectateurs à une heure si avancée. Seuls quelques sans abris et voisins, réveillés par le bruit des véhicules de police à leur arrivée, étaient réunis là afin de glaner quelques informations susceptibles d'éveiller un quelconque intérêt lorsqu'ils rapporteraient ce dont ils avaient été témoins cette nuit-là.

Certains d'entre eux parlaient déjà de tueries et de règlements de comptes. C'était un commandant de l'armée américaine qui habitait là, mais il était aussi vrai que la simple présence d'une ambulance et de cette armada de policiers suffisait à déclencher les plus absurdes des rumeurs, et cela, même au domicile d'un quelconque quidam. Mais la presse n'ayant pas encore débarqué sur les lieux, les dites-rumeurs restaient encore sourdes et peu exubérantes.

Un meurtre. Voilà ce que qui ressortait des différentes conversations autour des barrières de sécurité. On échafaudait déjà des théories de conspiration terroriste. Certains se demandaient pourquoi ce commandant à la retraite aurait été assassiné. D'autres pensaient que c'était justement cela qui en avait fait une cible privilégiée. Un débat éclatait déjà entre deux voisins qui n'habitaient pas la rue et ne connaissaient la victime que de vue.

Ce fut dans cette ambiance peu habituelle qu'arriva une nouvelle voiture. Assurément une belle voiture, mais pas très bien entretenue. C'était un coupé sport de couleur sombre et de marque japonaise. Une jeune femme était au volant et renonça finalement à se frayer un chemin parmi les voitures déjà en place et les riverains surexcités. Elle sortit donc de son véhicule, exhibant une carte du FBI aux hommes en faction près de la barrière afin qu'ils la laissent passer. Là, elle demanda à parler à l'inspecteur responsable. On lui indiqua l’intérieur de la maison. Elle s’y rendit donc et se fit accompagner à l’intérieur pas un agent en uniforme.

A l'intérieur, tout était propre et net. A la réflexion, le mot parfaitement eût pu être rajouter… S'il y avait eu une femme de ménage, il semblerait qu'elle eut travaillé tard ce soir-là…

Le style du salon était assez moderne avec des canapés de cuir de couleurs vives. Il n'y avait pas de télévision dans le salon, quelques tables basses ici ou là. Un bar aux très beaux verres de cristal et une grande bibliothèque faisaient face à la porte d'entrée. Des hommes en uniformes relevaient les empreintes alentours tandis qu'un homme en civil prenait des photos du cadavres, encore pendu au grand lustres du salon : le commandant.

L'ex-officier américain était un homme d'une cinquantaine d'années, assez costaud, le cheveu gras et coupé court. Même mort, on pouvait ressentir la force qui émanait du personnage en habit de cérémonie. Sous le corps, un tabouret renversé laissait penser à un suicide.

Accroupi près de ce tabouret, un homme en imperméable semblait intrigué et rechercher quelque chose. L’agent de police accompagné de la jeune femme vint l’interpeller.

La jeune femme devait avoir une trentaine d'années maximum. Cheveux courts et sombres, elle ne semblait pas très éveillée. Sûrement avait-elle été tirée de son sommeil par un patron la priant de se rendre sur les lieux. Le jeune policier la présenta, interrompant l'inspecteur dans ses observations, pour lui signaler la présence d'une femme. Ce dernier ne réagit pas immédiatement et la salua distraitement tout en continuant son travail.

Lorsque le jeune homme lui apprit qu'elle était du FBI, l'effet ne se fit pas attendre.

- Le FBI ?!, s'étonna-t-il.

- Oui ! Rebecca Jacobs, répondit la jeune femme assez froidement en lui serrant la main. L'instant d'après, elle sortait sa carte et la lui présentait.

- Steve Mc Tiernan, bredouilla-t-il encore sous le choc. Qu'est-ce qui amène le FBI ici à une heure pareille ?
- Le Commandant Korevitch était un homme assez important et placé sous le secret. Je suis là pour vous chaperonner et vérifier que vous n'empiéterez pas sur notre terrain justement.

- Je vous préviens…

- Ne vous donnez pas cette peine lieutenant, l'interrompit-elle. Je ne suis pas là pour vous empêcher de faire votre travail, mais pour le contrôler. Il n'est pas prévu que j'intervienne à quelque moment que ce soit dans votre enquête. Faites simplement comme si je n' étais pas là….

Le lieutenant se replongea dans son investigation à peine rassuré par les propos de l'agent du bureau fédéral.

- Je suppose que je devrai vous faire un rapport en triple exemplaire ?

- Non, répondit-elle, amusée par la remarque de Mc Tiernan. Un simple rapport oral me suffira. Je me chargerai de faire mon rapport sur votre rapport à mes supérieurs.

- Très bien.

Le lieutenant Mc Tiernan était maintenant plus serein quant à sa nouvelle collaboratrice. Il se releva, ses cheveux longs lui battant l'arrière du crâne. Il était de taille moyenne et ne semblait pas spécialement éveillé non plus, mais examinait avec attention le corps pendant du commandant. L'homme était dans ses habits d'apparat. Son costume était parfaitement repassé, ses chaussures impeccablement cirées. Il n'était apparemment pas mort depuis très longtemps car son teint était encore bien rose. Il exhibait de nombreuses médailles sur sa veste, dont la croix de guerre. Décoration gratifiante s'il en était. Mc Tiernan reprit la conversation en continuant ses observations sur le corps de l'homme d'armée. Cette attitude lui donnait surtout un peu de contenance face à l'agent fédéral. En réalité il n'y avait rien à observer de plus qu'il n'ait déjà vu.

- Nous somme arrivés sur les lieux après qu'un voisin aie appelé la police. Il avait trouvé la porte d'entrée ouverte et a voulu prévenir le commandant. Il est tombé nez à nez avec ça, dit-il, désignant de la main le corps du commandant Korevitch. D'après ses dires, le cadavres était tel quel et il n'a touché à rien.

Rebecca fit également le tour du cadavre et l'observait en écoutant le lieutenant. Elle fit silencieusement ses propres observations.

- Nous avons pris sa déposition puis on l'a laissé rentrer. Il habite juste à côté si vous vous le voir…
- Ce ne sera pas nécessaire.

Elle marqua une pause et semblait réfléchir, continuant de scruter le corps et les alentours. Enfin, après une petite minute, elle demanda au policier son avis sur la question. Le lieutenant était surpris de la tournure des choses ! Comme s'il était étonné qu'un agent du FBI lui prêtât la moindre attention : il avait toujours entendu dire que ces agents arrivaient généralement en terrain conquis, ne donnant aucun crédit aux policiers déjà sur les lieux. D'ailleurs, à bien y réfléchir, les agents du FBI allaient généralement par paire. Pourquoi cette Rebecca n'avait-elle pas de partenaire ? Peu importait pour le moment, il répondit à la question.

- A première vue, c'est une suicide évidemment. Le tabouret en est la preuve flagrante. La porte ouverte pourrait aussi être une preuve. Mais regardez ses mains, dit-il en montrant les mains de la victimes, paumes vers le haut, et plus particulièrement les rougeurs sur les articulations des doigts. Je ne suis pas un expert mais pour moi, un homme qui se suicide par pendaison ne tenterait pas ensuite de retarder sa mort en tirant sur la corde.

- Il pourrait s'être fait ces marques autrement, répondit-elle perplexe.

- C'est pour ça que j'ai demandé une expertise. J'aurai la réponse dès que le corps aura été décroché et emmené chez le coroner…

Le lieutenant quitta la pièce, suivi de Rebecca. Ils montèrent un escalier de béton couvert d'une épaisse moquette sombre. Là encore, la décoration était assez sobre. Un petit tableau à mi-hauteur, un reproduction de 'VUE DE L'ESTAQUE' de Cézanne, éclairé par une petite ampoule. Rien d'autre. Le lieutenant et Rebecca arrivaient dans le bureau du commandant. Il s'agissait d'une grande pièce de style colonial avec un imposant bureau de bois vitrifié trônant au centre de la pièce, et un autre plus petit face à la fenêtre. Les murs étaient recouvert de photos, médailles, diplômes et autres coupures de presse relatant le parcours glorieux de la victime. On y apprenait que l'homme avait fait des études de médecine générale dans sa jeunesse. Il avait également reçu un prix à la même période pour un article scientifique publié dans la gazette de son école. La plupart de ses médailles lui avaient été remises pour sa participation à la guerre du Vietnam. Assurément, il s'agissait d'un homme d'influence dans le domaine militaire. Rebecca ne pouvait s'empêcher d'être impressionnée par tant de décorations.

Il y avait, là aussi, des inspecteurs qui fouillaient les lieux sans grande conviction, à la recherche d'indices éventuels. Deux autres épluchaient attentivement des liasses de papiers, probablement des factures et autres relevés de comptes bancaires, tandis qu'un dernier homme fouillait les tiroirs du grand bureau. Enfin, deux officiers étaient penchés sur l'ordinateur du petit bureau.

- Pour moi, c'est un meurtre, reprit le lieutenant. Et dans ce cas, je ne dois rien laisser au hasard. Son ordinateur par exemple. Vous qui êtes du FBI savez bien tout ce qu'on peut trouver dans un ordinateur… Et bien, dans celui-ci, il n'y a rien. Nous avons l'ordinateur d'un commandant de l'armée américaine ayant officié pendant la guerre du Golfe et il n'a pas le moindre document à l'intérieur. Pourtant, c'est une belle bête : un 150 Mhz équipé d'un disque dur SCSI. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire, mais lui là-bas dit que c'est du matériel de très bonne qualité. S'il a tout ça et qu'il ne s'en sert pas, c'est quand même louche, non ?

- C'est un expert votre gars ?

- Non. Il s'y connaît mais ce n'est pas un expert. Ceci dit, j'en connais un d'expert qui bosse pour vos copains des services secrets. J'ai demandé à ce qu'on me démonte le disque dur dès qu'ils auront fini de l'inspecter pour que je le lui emmène. Il pourra peut-être récupérer des données utiles.

- Qu'y-a-t-il pour l'instant sur ce disque dur ?

-Rien la nouvelle version de Windows et rien dans les dossiers à part le strict nécessaire pour allumer l'ordinateur.

Les deux inspecteurs redescendirent au salon, d'où le corps suspendu avait à présent disparu. Des ambulanciers étaient en train de l'enfermer dans un grand sac noir alors que des agents de police récupéraient la corde et la mettaient dans un sac transparent. Par la porte ouverte on pouvait voir les journalistes qui étaient donc maintenant au courant de l'affaire. Ils étaient encore peu nombreux et il n'y avait pour le moment aucune caméra, ce qui rassurait très nettement Rebecca qui ne voudrait pas avoir à leur interdire d'approcher. Elle avait toujours eu horreur de faire cela. Elle fit un rapide tour d'horizon afin de vérifier que rien d'important ne lui avait échappé et prit également une seconde pour observer le lieutenant Mc Tiernan. Il avait tout l'air d'une caricature de Colombo, avec son imperméable couleur sable et ses vieilles chaussures. Elle remarqua aussi qu'il mâchouillait un stylo. Sûrement qu'il le faisait depuis le début, pensa-t-elle. Et pourquoi mâchouillait-il ce stylo, il n'avait même pas de papier. Enfin… Il avait quand même meilleure allure que Colombo, se dit-elle encore en retenant un rire.

- Très bien Mc Tiernan, finit-elle. Quand comptez-vous prendre contact avec votre gars des Services Secrets ?
- Je l'ai déjà appelé. Je le vois demain à la première heure et je lui donne le disque. Après ça dépendra de son temps libre.

- Ok ! Tenez-moi au courant de tous les faits nouveaux. Voilà mon numéro, dit-elle en lui tendant sa carte de visite cartonnée. Vous pouvez m'y joindre 24 heures sur 24. Je vous fais confiance ?

- Pas de problème, je vous tiens au courant.

- Bonne nuit lieutenant…

Et sans ajouter un mot, elle quitta la maison. Mc Tiernan la regarda s'éloigner. Elle était évidemment prise d'assaut par les journalistes mais parvint à s'en sortir avec un certain tact sans prononcer plus de trois ou quatre mots. Après ce trajet tortueux, elle finit par atteindre son véhicule. Mc Tiernan rangea sa carte dans sa poche et retourna vers l'intérieur de la maison comprenant que sa prochaine sortie ne serait pas aussi facile que celle du jeune agent fédérale. Quelle chance elle avait, pensait-il. Il resta un instant sur le pas de la porte et suivit la voiture du regard, s'étonnant de voir une femme, jolie de surcroît, travaillée sur le terrain pour le compte du Bureau Fédéral d'Investigation. Il avait encore beaucoup trop d'idées préconçues et pas forcément en adéquation avec la réalité, se dit-il, concernant le FBI.

Dans sa voiture, Rebecca prit un vieux gobelet, à moitié plein de ce qui devait être du café en des temps reculés, et qui traînait sur son siège, parmi son fouillis. Elle but une gorgée en faisant la grimace : le café froid n'était décidément pas son truc pensa-t-elle. Il faudrait vraiment qu'elle arrête. Ensuite, elle prit son dictaphone, qui traînait lui aussi dans un coin…

- Lieutenant Mc Tiernan. Penser à vérifier l'orthographe de son nom. Il pense que c'est un meurtre. Vérifier ses états de service. Il a trouvé des traces de résistance chez la victime. Demander confirmation coroner dès que possible… Ah oui ! le disque dur aussi. Il a envoyé un disque dur au SS…

Elle jeta son dictaphone au pied du siège passager et continua de rouler dans la nuit en réfléchissant à cette affaire. Qu'es-ce qui aurait pu pousser un homme tel que le Commandant à se suicider ? Elle n'avait pas du tout étudié le dossier du commandant Korevitch. Il faudrait qu'elle le fasse dès le lever du jour pensa-t-elle. Et pourquoi ne pas avoir fermé la porte de chez lui ? Il voulait peut-être qu'on le retrouve vite ?… C'était une attitude assez bizarre. Et cette caricature de Colombo, Mc Tiernan…

- J'espère qu'il est doué. Il est plutôt mignon mais n'a aucun goût en matière d'habillement…

Rebecca continuait de se poser toutes sortes de questions sur cette nouvelle affaire. Elle était un peu en colère. Il allait bientôt être cinq heures du matin et elle n'avait pas beaucoup dormi. De plus, collaborer avec la police était souvent une punition pour les agents du FBI. Non pas que les policiers fussent moins doués, même si la majorité des agents le pensaient. Mais le Bureau avait une très mauvaise réputation auprès des forces de police et leur collaboration en faisait souvent les frais.

Elle finit par s'arrêter devant un Dunkin' Donut pour prendre un petit déjeuner…



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