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Fiction » General » Enfant Maudit font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Youkai Yuy
Fiction Rated: T - French - Mystery/Romance - Reviews: 190 - Published: 05-10-06 - Updated: 08-13-08 - id:2170884

De grands remerciements à vous tous pour vos avis : Micka, Moustiqua et odey.

Yume : Coucou. Milles merci pour toutes tes reviews. Le voilà enfin ton chapitre :p. Comme d’habitude, j’attends de toi que tu me dises ce que tu en penses, huh. Passe une bonne lecture.

J’ose espérer que cette lecture vous soit agréable :).

Enfant Maudit


Chapitre XXXVIII : Les Elans du Passé


Ylian ne pouvait que rester là, le regard perdu dans les légers rideaux envolés par les souffles du vent laissés passés par la fenêtre encore ouverte. Tout lui semblait s’être déroulé trop vite. Un instant il se demanda s’il n’avait pas été jusqu’à rêver la présence de Red à cause de sa fatigue continuelle mais il se convainquit qu’il ne serait certainement pas un sujet à ses rêves.

Il tenta alors de se concrétiser la situation en se repassant en tête leur échange…vraiment si peu éloquent, il fallait le dire. Déjà là, alors que le froid emplissait petit à petit la pièce, il se demandait ce qu’il lui avait pris. Pourquoi se mettre à énoncer de telles paroles ? Il ne savait pas lui-même où est-ce qu’il avait voulu en venir. Dans tous les cas, ça avait été un très mauvais moyen de préserver cette présence un peu plus longtemps. Il ne savait pas pourquoi mais il avait espéré obtenir davantage, peut-être rien que des mots qui sauraient lui en faire savoir plus sur ce garçon que Red était devenu. Probablement qu’il ne savait juste pas comment s’y prendre pour recréer une atmosphère familière. Encore une fois il avait eu cette impression de se retrouver devant une personne à l’identité inconnue.

Il pinça les lèvres, les yeux embrumés en se remémorant ses propres mots. Pourquoi avait-il fallu qu’il se relâche devant lui comme s’il le connaissait ?...Parce qu’il savait que ça aurait dû être ainsi. Et, maintenant, il était bouleversé de faire face à un aussi grand échec. Il ne pensait pas être vraiment si peu capable de gérer une situation, il en aurait presque laissé échapper un rire nerveux s’il n’avait pas été si blasé par tout cela.

Sans même décider d’y penser davantage, il s’avança en vitesse jusqu’à la fenêtre pour en refermer le battant dans un grand claquement. Il se sentait énervé, après tout, et ne savait pas comment montrer sa colère. S’il n’y avait pas eu cette soudaine migraine le prenant il s’en serait volontiers pris à ce mur un peu trop proche.

De ses deux mains il rabattit de manière sèche ses cheveux en arrière en laissant échapper un grand souffle. Il devait vraiment se calmer et passer à autre chose. Déjà, il n’aimait pas cet état dans lequel cette brève entrevue l’avait mis. Surtout qu’il ne saurait dire après qui est-ce qu’il était réellement énervé. Donc mieux valait pour lui de limiter ses réflexions là-dessus, car aucune réponse ne saurait lui plaire.

Il était probablement bien tard à présent alors il se posa sur son lit sans cérémonie, ne s’inquiétant pas de mettre le désordre dans les quelques coussins soigneusement placés tandis qu’il s’allongeait avec une certaine lenteur. Il lui semblait que tout devenait lourd. Il ne saurait dire de quoi il s’agissait réellement mais cela lui pesait. Et, actuellement, il avait juste l’envie de se tourner dans son lit pour faire dos à la grande fenêtre, avec résignation.

Cependant, même s’il ferma les yeux de temps à autres, il ne put se perdre dans le sommeil. Et cela ne pouvait lui apporter que plus de frustration et ainsi d’énervement, étant conscient de son besoin de dormir. La fatigue se faisait ressentir mais ses pensées davantage encore, elles semblaient vouloir le hanter pendant qu’il baissait encore sa garde. Mais il avait l’impression de perdre son temps à essayer de les suivre car il ne percevait pas toujours leur sens.

†...†...†

Quoiqu’il en soit c’est avec le regard las qu’il se redressa ce matin là pour jeter un coup d’œil vers la fenêtre, sans pourtant prévoir ce geste. Mais, en s’y rendant compte, il se leva avec agacement, pour rejoindre sa salle d’eau.

Il fit sa toilette machinalement, un peu indécis face à ce qu’il pourrait faire le reste de sa journée. Encore une fois tout lui semblait vide dans ce grand château, on aurait dit que les gens se forçaient à être au plus discret possible pour faire jouer ses nerfs face à l’angoisse que cela lui procurait. Etrangement, il se rendait compte de son besoin de présences autour de lui, comme si cette habitude de solitude s’était déjà envolée en quelques instants.

C’est pourquoi, lorsqu’il rejoignit la grande salle pour y prendre son petit déjeuner avant qu’on ne vienne lui faire remarquer son retard, il fit demi-tour en observant les chaises vides entourant cette table exagérément remplie de victuailles. Peu lui importa de ne pas leur faire honneur, il ne voulut pas réfléchir à ses gestes quand il se dirigea sans pensées quelconques vers les cuisines qu’il savait abondantes de monde.

S’il aurait réfléchi un instant il aurait pu prévoir ce sentiment d’embarras qui le prit alors qu’il se retrouvait une nouvelle fois devant la pièce déjà désorganisée, tous les yeux posés sur lui et s’interrogeant face à cette présence. Et, tout comme la journée dernière, lui-même ne savait plus s’il devait apprécier l’endroit ou se sentir étranger, près à mépriser chaque mot qui se dirait et qui ne saurait lui parvenir.

Il aurait bien aimé ne pas se poser de questions et simplement se laisser entraîner par le personnel sans rien n’avoir à quémander mais l’étonnement qui avait pris tous ces gens ne rendit pas la suite de leurs gestes fort logique. C’est pourquoi le même homme que la dernière fois s’avança vers lui, avec pourtant bien plus d’hésitations.

« Jeune Prince…Êtes-vous venus vous entretenir avec l’un de nous pour un quelconque soucis ? »

Visiblement, il n’osait pas espérer qu’une partie de l’impression qu’ils aient pu lui faire soit suffisamment bonne pour amener à son retour. Mais c’est alors là qu’Ylian se rendit pleinement compte de l’absurdité de sa venue. Cet endroit n’était pas pour lui. Pourquoi perturber ainsi les habitudes de ce château ? Il ne fronça que de peu les sourcils, cherchant à masquer un minimum les pensées qui le prenaient. A présent, serait-il correct de s’en aller ainsi ? Il ne souhaitait pas que l’étrangeté de son comportement soit reportée à qui que ce soit.

« Hm… » Il se mordit les lèvres sous la réflexion, ne s’inquiétant pas de son air absent. « La jeune femme qui s’est occupée de moi hier… »

« Ah, parlez-vous de Milliane ? »

Comment savoir ?

« Certainement. »

A l’énonciation de son nom la femme en question s’avança d’un pas lent. Tout dans son attitude montrait les interrogations qui l’emplissaient. Malheureusement pour elle, le Prince avait décidé de profiter de la situation pour quérir des renseignements, qu’importaient leurs propos.

Sans un mot de plus, la femme quitta son tablier pour le succéder dans le couloir. Lui avançait jusqu’à se satisfaire de la distance mise entre eux et les cuisines. A peine s’arrêta-t-il qu’il prit sur lui.

« Ne vous inquiétez pas face à cette situation, je ne crois pas que cela vous concerne tout spécialement mais seul votre regard a su me donner des doutes. »

Il fit bien entendu référence à cette manière dont elle avait su poser les yeux sur lui sans non-sens. Cette femme, qui lui avait paru si sûre d’elle dans son babillage la fois précédente, avait les lèvres bien closes à cet instant. Du coup, Ylian ne savait pas s’il devait d’abord attendre une réaction de sa part. Sûrement qu’elle s’en abstiendrait…

« Que savez-vous ? »

Il ne sut dire dans quel sens alla l’effet de sa question face aux yeux aussitôt exorbités de la cuisinière.

« Êtes-vous au courant d’évènements en particuliers ? »

Voyant son air devenir apeuré et l’hésitation la saisir totalement, il crut bon de répéter un détail.

« Je vous le rappelle, je ne crois pas qu’il y ait de raisons à ce que cela vous concerne, alors ce que vous me répondrez sera au nom de chacun des membres du personnel. »

Il ne sut malheureusement pas être plus patient devant l’air renfermé qui lui faisait face.

« Je voudrais simplement savoir ce qui reste inconnu à mes yeux. »

Le silence, encore et encore ! Mais qui était cette femme pour se taire ?!

« Pourquoi des gens comme vous devraient en savoir tellement plus ? »

Il commençait à s’avancer fermement vers la jeune femme alors qu’il se mordait l’intérieur des joues sous la colère.

« Je suis censé être de ceux qui ont le contrôle sur ce lieu…mais pourquoi sur aucun de ses secrets ? »

Elle n’osait même pas faire un seul geste de recul, c’est pourquoi elle ne put que parler.

« Nous…nous ne savons rien véritablement…Nous avons juste vu… »

Ylian espaça la distance les séparant, le souci marqué par cette phrase barrant son front.

« Comment cela ? »

Oh non, elle n’allait pas recommencer à se taire. Alors il la pressa.

« De quoi s’agit-il ? »

Sans comprendre pourquoi elle agissait ainsi, il la vit détourner le regard vers l’escalier perdu dans l’ombre qui se situait à quelques mètres d’eux. Et, tout en le fixant, elle continua d’une voix basse.

« Pourquoi posez-vous ces questions comme si vous ne saviez pas ? »

A présent, elle semblait autant perturbée que lui. Tous deux cherchaient à savoir celui qui en avait dit le moins et donc qui en cachait le plus.

« Je ne poserai pas les questions si je savais de quoi il fallait être au courant. »

Il s’était montré sec sur cette phrase car la remarque précédente ne lui avait pas plu. Voilà qu’elle se permettait maintenant. C’était trop d’audace pour lui.

« Mais pourtant… »

Consciente de l’air réprobateur du Prince à la voir continuer sur cette voie elle se reprit.

« Ecoutez, votre père, le Roi, ne sait pas que nous y avons assisté…Mais il y avait tant de bruits que l’on ne pouvait pas l’ignorer, la cuisine est si près… »

Il hésitait quant à sa propre façon de réagir en la voyant se justifier à propos de quelque chose qu’elle ne lui avait pas encore dit, alors il se permit de l’interrompre sans attendre plus.

« C’est à n’y rien comprendre…Explicitez le sujet ou cela ne restera que des énigmes à mes yeux. »

Il l’observa reprendre son souffle quelques secondes, sûrement cherchait-elle ses mots.

« Nous savons simplement que votre Père vous y a emmené. » Elle avala difficile sa salive, montrant la difficulté des prochains mots à sortir. « Dans cet endroit-là. »

Et elle eut un véritable regard apeuré quand celui-ci sembla se perdre plus qu’il ne le fallait dans les profondeurs des escaliers.

Mais face à ces mots, le Prince ignorait s’il devait laisser son esprit chercher à comprendre car, à chaque fois qu’il se prenait à le faire, comme cette fois-ci, une migraine venait prendre place et s’accentuait à chaque fois, jouant sur chacun des hémisphères de son cerveau. Il fit quelques pas de recul comme si s’éloigner de ce lieu, même de peu, pourrait lui éviter l’insupportable vers lequel tendait cette douleur.

« Prince Kalad… »

Il ignora cette voix inquiète, cherchant juste à savoir si les martèlement qui résonnaient dans son crâne venaient déjà de l’intérieur ou de son poing qu’il ne pouvait empêcher de cogner dessus comme s’il souhaitait enfoncer la souffrance par ses coups. Il sentait même ses cervicales se tendre tandis que la douleur se montrait plus aigue encore, comme si elle cherchait à venir en surface. Il n’entendit pas sa voix mais il espéra qu’elle avait su formuler ces mots :

« Aidez-moi à aller ailleurs. »

La femme comprit immédiatement. Mais Ylian lui-même ignorait si cette phrase concernait simplement cet instant ou plus encore, si le lieu ne s’étendait pas davantage qu’à ce couloir dont l’étroite ouverture de ses paupières rendait sa perception informe à ses yeux.

Il ne sentait pas ses pieds quitter le sol ou s’y reposer, il captait juste cette lourdeur qui s’y accumulait. Alors, sans laisser le temps à la cuisinière de l’amener plus loin, il se laissa tomber à terre, reconnaissant que le mur ne soit pas loin pour soutenir son dos. Actuellement, il voulait juste que son esprit cesse de fonctionner. Sur le moment, il ne tenait pas particulièrement à faire face à certaines images, car il ne pouvait même pas percevoir l’importance de ces souvenirs.

Lorsque sa vision des alentours sembla s’éclaircir il n’aurait su dire s’il avait sombré avant cela, il était juste conscient du regard particulièrement soucieux qui le fixait. Et, alors que son esprit reprenait de sa lucidité, il se demanda pourquoi cette incapable ne l’avait pas placé ailleurs que sur ce sol inconfortable. Et si son malaise s’était aggravé ?...Il ne voulait même pas en discuter, en fait. Plus ça allait et plus il se disait à quel point il aurait tant aimé que cet épisode ne ce soit pas déroulé, surtout devant un tel témoin. La faiblesse visible chez un Prince était une très mauvaise chose. Et, à présent, il lui était impossible de ressaisir ce qui lui avait valu cette réaction.

« Vous portez-vous mieux ? »

Sans donner d’attention aux paroles de la femme, il se repassa comme un mécanisme les paroles qui furent échangées plus tôt. Petit à petit son regard avait dévié de manière imperceptible vers l’escalier qui se tenait un peu plus loin sur sa gauche. Ses yeux se retrouvaient déjà hantés par la première marche.

Ne prenant pas compte de son engourdissement temporaire, il se releva sous l’air perdu de la jeune femme. Il ne la regarda même pas, mais sans pour autant l’oublier.

« Hm…Milliane, retournez à la cuisine et n’inquiétez personne, je vous prie. »

Il espérait très grandement qu’elle avait saisit le sens de cette simple demande. Sans même savoir si elle avait finit par rejoindre le lieu-dit, il se dirigea de lui-même vers l’escalier obsédant. Son pas ressentait cette obsession alors que son avancée lui semblait irréelle. Il se força à ne pas réfléchir, même pas lorsque les prémices d’une question voulurent s’instaurer dans son esprit au sujet de ce qu’il trouverait une fois arrivé,…tout en bas.

Alors qu’il commençait à descendre il se dit que, finalement, l’obscurité n’était pas si prenante que cela. Il la laissait toutefois l’englober avec douceur. Ses pas se faisaient plus présents dans leur résonance sur les marches recouvertes de pierres, cet endroit étant vidé de tout tapis.

Son regard était fixe et perdu, il n’avait pas besoin de savoir plus que le fait que ses pas se succédaient et le rapprochaient d’une plus vaste surface faiblement éclairée de torches trop longtemps restées allumées. Ses pupilles se rétractaient et se dilataient sans difficulté alors qu’il passait d’un milieu à l’autre.

Mais ce fut principalement lorsque ses deux pieds prirent contact avec le sol du couloir qu’il ressentit comme un problème. Que comptait-il faire, après tout ? Durant son trajet il s’était senti quelque peu ailleurs, voulant ignorer ce qui lui passait par la tête mais maintenant qu’il se retrouvait là, en se rendant à peine compte de comment, il était véritablement perdu. C’était comme si il s’était trahi lui-même à cause du fait qu’il n’avait pas pris le temps de s’autoriser à aller de l’avant ainsi.

Et, le regard fixé sur le sol il put voir très clairement une ombre déformer le reflet de la flamme. En levant les yeux avec une lenteur calculée, il se retrouva face à un garde dont il s’était plu jusque là à oublier la présence. Il avait même fallu qu’il soit trop ailleurs pour penser à cela.

Il ignorait ce qui lui prenait en ce début de journée mais cette continuité de faits était très mauvaise pour lui. Il lui fallait se reprendre, cette entrevue de la veille ne devait pas ainsi influencer sa façon d’être. Il ne pouvait pas le justifier mais il avait l’impression illogique que ses gestes étaient dictés par la simple existence de Red. Il ne put alors que se rappeler une fois de plus leur échange et la cause de sa venue. Sûrement qu’elle ne serait pas la dernière.

C’est alors là qu’il y repensa, car autant saisir l’occasion vu qu’il se situait non loin du lieu-dit.

« J’ai appris que de nouveaux prisonniers avaient été faits lors de ma recherche »

Son ton était peut-être faussement assuré mais tant qu’il paraissait l’être pour autrui c’était l’essentiel. Le garde ne put alors que lui répondre.

« Une seule, en fait. »

« Une femme ? » Il préféra faire son étonné comme il était coutume dans ce genre de situation.

Le garde parut déjà ennuyé face à cet échange, mais Ylian ne voulait pas laisser échapper l’occasion. Tôt ou tard il lui faudrait obtenir des renseignements sur l’emprisonnement d’Elie.

« Une simple gamine. »

Bien, c’était simple, mais ceci allait dans son sens.

« Y a-t-il vraiment de l’importance à ce qu’elle reste ici ? »

« Ca n’est pas à moi d’en décider. »

« Et bien, cela m’intrigue davantage encore. Amenez-moi jusqu’à elle. »

Il attendit alors que le garde esquisse le premier pas pour le suivre. Ils tournèrent sur la gauche du couloir tandis que les yeux d’Ylian ne pouvaient s’empêcher de glisser vers la droite, juste à l’endroit où une autre porte se tenait.

A suivre…

Cette suite vous convient-elle ? N’hésitez pas à vous manifester :), ce serait un plaisir pour moi.

Je vous embrasse.



© Copyright 2006 Youkai Yuy (FictionPress ID:490969).


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