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Chapitre 1
Nouveau Centre de Recherche Médical de la LOTUS, Massif Central, France...
13 Novembre 2001, 14h30
Le cadre était magnifique. Perdu dans les montagnes, à quinze kilomètres du premier village, un laboratoire de recherches médicales avait ouvert ses portes. C'était une très grande bâtisse à plusieurs niveaux dans un matériau d'un blanc aveuglant. De grandes baies vitrées au rez-de-chaussée alimentaient un immense hall très peu décoré en lumière naturelle. Il y avait cinq niveaux visibles de l'extérieur, chacun un peu moins étendu que celui du dessous donnant à l'ensemble une allure pyramidale. Il y avait également un sous-sol qui servait d'entrepôt et un second sous-sol pour les véhicules.
Dans cet endroit retiré du monde, et à cette période de l'année, on se sentait complètement libre et serein. C'est pourquoi la LOTUS avait choisi cet endroit précisément pour placer ce qu'elle appelait désormais le SRC II. Ce centre de recherche était dédié à des essais cliniques de toutes sortes commandés par différents chercheurs de par le monde. Contrairement au premier SRC, situé dans le Jura, ce dernier ne devait pas recevoir de patient ce qui expliquait qu'il fut si éloigné des habitations. C'était avant tout un choix stratégique qui permettait de se prémunir d'une quelconque attaque surprise.
Mais qui pourrait en avoir après un centre de recherche médicale ? Celui-ci ne faisaient aucune expérience sur des cobayes, humains ou animaux. Il n’y avait donc, en théorie, aucune raison flagrante de tenter une attaque contre ce bâtiment. Mais le directeur de la LOTUS, John Ducrane, préférait être trop prudent au niveau de la sécurité plutôt que d'essuyer un désastre. La destruction du SRC du Jura avait été une excellente occasion pour remettre à niveau la politique de sécurité dans ce bâtiment. Et il en était satisfait.
Le SRC II était à n'en pas douté un complexe plus important qu'il n'y paraissait. Le laboratoire d'essais clinique était, tout comme l'hôpital du SRC premier du nom, une couverture à des activités clandestines. La plus importantes d'entre toutes était sans aucun doute le Projet V...
Le directeur du centre de recherche de la LOTUS accueillit son patron avec diplomatie et ce dernier semblait parfaitement satisfait de ce nouveau building qui cachait en son sein toutes les dernières trouvailles technologiques dont il pouvait jouir. On y trouvait un système de surveillance à détecteur de mouvement et de chaleur. Il y avait peu de caméras mais toutes étaient entièrement pilotables à distance avec des zoom très puissants. Le sol de certaines pièces, particulièrement sensibles, était truffé de capteurs de pression, de chaleur ou d’humidité. De cette façon, même un flacon qui fuyait aurait été repéré en moins de dix minutes.
John Ducrane et Robert Kibovitch avançaient dans un couloir suffisamment large pour y laisser circuler une voiture sans soucis. Ce couloir menait du parking aux ascenseurs et devait mesurer 150 mètres environ. Il était aussi propre que si personne n'en avait jamais foulé le sol et des caméras en jalonnaient le plafond dans toutes les directions. Devant l'ascenseur, d'apparence classique, Robert Kibovitch plaça sa main sur un scanner d'empreintes digitales et une trappe cachée dans le mur apparut alors. Cette trappe permettait de faire venir un ascenseur différent dans la même cage. Cet ascenseur, plutôt que de monter vers le premier sous sol et les étages, était uniquement prévu pour descendre. En plus de ne pouvoir aller aux étages supérieurs, cet ascenseur était deux fois plus profond que l’autre. Il fallait pouvoir y faire entrer un véhicule en cas de besoin. Tous les ascenseurs de l’immeuble étaient très larges, mais celui-ci faisait près de sept mètres de long. Malgré tout, il était parfaitement propre, et ses formes arrondies et ses moulures tout en rondeurs en matière plastique lui donnait un air futuriste que semblait apprécier John Ducrane.
La descente jusqu'au troisième sous-sol ne dura pas très longtemps. Une minute tout au plus. Ce sous-sol était le coeur du bâtiment. C'est ici que se tenait le véritable SRC II. Il était planté à 200 mètres sous terre et était équipé de ce qui se faisait de mieux en matière de sécurité. Des hommes armés se tenaient à la sortie de l'ascenseur ainsi qu'à plusieurs points jugés importants du complexe sous terrain. La surface de cette partie immergée du bâtiment était égale à la surface totale des cinq étages. Et le tout avait été construit en un mois...
-Nous n'avons toujours pas mis la main sur Rose ? commença le grand chef de la LOTUS en entrant dans le bureau de Robert Kibovitch.
-Je ne comprends pas pourquoi vous vous acharnez à la rechercher, répondit le directeur du centre. L'explosion ainsi que l'incendie ont développé une chaleur intense au sous-sol. C'était bien pire qu'un crématorium si vous voulez mon avis. Il est donc normal de ne pas retrouver son corps.
-Vous savez aussi bien que moi que même dans un crématorium un corps ne disparaît pas totalement. Il reste toujours des traces, des dents, des amas graisseux et j'en passe. En un mois et demi on n'a rien trouvé du tout. Et rien du tout c'est pas assez.
-Et pourquoi ne se serait-elle pas manifestée alors ? demanda naïvement Robert Kibovitch.
-C'est très simple, répondit-il visiblement agacé. Elle a sûrement dû en avoir marre de ce travail. Après tout, elle est sur ce projet avec vous depuis pas loin de vingt ans, et elle n'a toujours pas trouvé ce qu'on lui demande. Elle savait qu'on ne la laisserait pas partir et a donc décidé de nous faire croire à sa mort.
-En détruisant du même coup le labo et une bonne partie
de ses travaux ? Non je ne pense pas John.
-Vous savez, si elle ne
veut plus travailler, ses travaux elle s'en fout. En plus, elle sait
parfaitement que nous avions une sauvegarde de tout ce qui était
traité informatiquement. Et tout est traité
informatiquement ! conclu-t-il.
-C'est vous le chef de toute façon. Mais je pense que vous perdez votre temps...
-Tant que je n'aurais pas la preuve de sa mort, je garderais ce dossier ouvert. Une équipe des unités B est prête pour intervention en permanence. N'oubliez pas que nous parlons de Rose de Wittford. Un vampire schizophrène de quatre cents ans...
Banlieue de Londres, Royaumes Unis...
13 Novembre 2001, 23h45...
Dans ce quartier de la banlieue de Londres, l'ombre régnait en maître et ce soir, un épais brouillard avait envahit la ville. Au fond d'une impasse, Lilith était en train de déguster les entrailles d'un chat qu'elle venait de tuer à l'aide d'une bouteille qu'elle lui avait brisée sur le crâne. Elle s'était ensuite servie d'un des morceaux de verre pour ouvrir la gorge de la bête et s'abreuver de son sang. Maintenant, elle se nourrissait de son foie.
Elle n'aimait pas cette viande sans saveur mais devait s'en contenter pour l'instant…
Quelle n'avait pas été sa surprise, en revenant à la vie, que de constater que tout brûlait autour d'elle. Elle avait maudit Rose, la propriétaire initiale du corps qu'elle occupait. Elle avait voulu la tuer sans même lui demander son avis. Elle, Lilith, un des vampires les plus respecter de la place Londonienne.
Un suicide.
Rose avait réussi à trouver un antidote et les avaient transformer toutes les deux en être abjecte et fragile. Il lui avait fallu trouver rapidement une sortie si elle ne voulait pas brûler vive. Malheureusement, elle n'avait pas pu trouver suffisamment vite et ses vêtements avaient commencés à brûler. Ses cheveux ont également pris feu. Finalement, elle ne se rappelait quasiment plus comment elle avait bien pu sortir de cette enfer. La chaleur étouffante de l’endroit, la fumée qui lui obscurcissait l’esprit et emplissait ses poumons de suie. Le douleur de la chair qui brûle. Elle s’était rapidement débarrassée de ses vêtements qui lui collaient à la peau. Pour chaque parcelle de peau qu’elle arrivait à sauver des flammes, une autre commençait à brûler. Après avoir éteint l’incendie de son cuire chevelu, elle s’était enveloppée d’une blouse qu’elle imbiba d’un liquide qu’elle savait non-inflammable et partie en courant dans les flammes. Là s’arrêtait ses souvenirs. Le reste n’était que brouillard et fumée opaque.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle souffrait de tout son corps cachée dans un jardin tout près des ruines de l'hôpital encore en proie aux flammes...
-Espèce de salope, chuchota-t-elle entre deux bouchés infâmes de viande crue. T'as voulu nous tuer toutes les deux. Mais non… J'ai vécu cachée pendant plus de 300 ans à ne pouvoir sortir qu'une fois de temps en temps. Je n'allais pas rater une occasion pareille ma chère.
Malgré sa condition, Lilith souriait. Son visage était
partiellement brûlé sur tout un côté. Sa
peau garderait à jamais les traces des infections qu’avait
engendrées ses brûlures. De ce même coté,
elle n'avait plus de cheveux. La peau de ses deux bras avait
également souffert des flammes et seul le bas de son corps
semblait avoir miraculeusement été épargné
par le feu.
Elle avait réussi à survivre au prix
d'immenses sacrifices. Elle avait du s’introduire par effraction
dans une maison afin de s’administrer les premiers soins. Elle vola
également le peu d’argent qu’elle trouva dans la demeure
pour se procurer, le plus rapidement possible, le nécessaire à
une guérison correcte de ses plaies.
Lorsqu'elle découvrit qu'elle n'était plus un vampire le monde s'était écroulé devant ses yeux. Elle n'avait jamais connu une autre condition que celle de vampire. Et à présent, elle allait devoir s'abaisser à manger ? C'était hors de question. Et pendant une semaine elle ne mangea pas. Elle goûtait pour la première fois à la faim telle que la ressentent les humains. Elle connaissait par coeur les tiraillements de la soif. Mais, ceux de la faim… L’estomac qui se noue si fort qu’elle en souffrait plus que de ses brûlures. Les pertes de connaissances inhérentes à la situation. Tout ceci étaient nouveau pour elle. Voyant ses forces diminuer malgré le sang qu'elle ingurgitait chaque jour, elle n'eu d'autre choix que de se rendre à l'évidence et chercher de la nourriture solide. Ce ne fut pas facile et c'est ainsi qu'elle se mit à chasser les animaux errant des villes. Les rats et les chats constituaient son principal apport nutritionnel. Mais sa santé se dégradait de jour en jour. Elle en était consciente. Elle ne pouvait pourtant pas se résoudre à chercher de la nourriture autre. Le sang, même sans saveur véritable, était tout ce qu’elle connaissait. Tout ce qu’elle supportait, du moins le pensait-elle. Il lui fallait donc sa dose quotidienne. Et de tels repas n'avaient pas aidé ses blessures à cicatriser. Au contraire, elle avait déjà attrapé un étrange virus qui lui avait valu un séjour de trois jours dans un hôpital dont elle s'était finalement enfuit. Il fallait bien se rendre à l'évidence : ce séjour lui avait fait le plus grand bien. On l'avait lavé et nourrit comme il se devait. On lui avait nettoyer correctement ses plaies et soigné ses infections. Elle avait été nourrit par perfusions. Ses forces étaient revenues à vitesse grande V. Malgré tout, ce qu'elle désirait par-dessus tout, boire du sang. Du sang humain autant que faire se pouvait. Elle n'avait pour cela qu'une seule alternative : elle devait redevenir vampire. Et pour ça, il fallait qu'elle se fasse contaminer. Le seul endroit où elle savait pouvoir trouver des vampires à coup sûr était Londres.
Elle connaissait bien Londres et ses environs pour y avoir sévit pendant sa jeunesse de vampire. Elle avait là-bas de nombreuses connaissances qui pourraient peut être l'aider à retrouver sa véritable nature. Un problème de taille subsistait : il fallait qu'elle les retrouve. Sa nouvelle forme ne lui permettrait pas de le faire rapidement. Et elle était parfaitement consciente que dans cet état, elle ne survivrait pas longtemps.
Elle se faisait honte. Ses vêtements étaient en loques mais ce n'était pas le plus grave. Sa nouvelle condition apportait de nouvelles nécessités. En tant que vampire elle ne mangeait ni ne buvait jamais. Quelle ne fut pas alors sa surprise lorsqu'elle fut prise d'une inévitable envie de déféquer. Elle fut prise d'une panique convulsive et dû se soumettre à cette contrainte humiliante en pleine rue. Elle trouva un coin où il n'y avait pas de passage et se mit à l'ouvrage. Passé la honte du geste et la douleur de l'action qu'elle découvrait, vint la puanteur. Une odeur qui ne la lâchait désormais plus. Son régime à base de sang et de foie cru lui valait des diarrhées chroniques et son manque de maîtrise de certains muscles qu'elle n'avait jamais eu à utiliser jusqu'à présent lui valurent quelques désagréables surprises. C'étaient le comble de la honte pour elle qui avait toujours été bien au-delà des considérations bassement matérielles humaines.
La vie des êtres humains normaux n'est qu'une vie de honte et de douleurs pensait-elle. Il lui fallait retrouver la trace des vampires de la région et ce, le plus vite possible.
Après avoir terminé le foie de ce pauvre félin,
elle décida qu'elle avait assez mangé. Le foie, était
probablement la chose la moins indiquée à manger crue
mais peu importait. Bientôt elle serait de nouveau vampire, et
alors toutes ces maladies qui germaient en elle disparaîtraient.
Elle
se releva et décida de continuer son chemin vers la capitale
anglaise. Elle connaissait là-bas un lieu où se
réunissait autrefois nombre de vampires...