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Author: azarus
Fiction Rated: T - French - General/Fantasy - Reviews: 12 - Published: 05-23-06 - Updated: 02-28-07 - id:2179168

Chapitre 2 : La rencontre

« Un peu de silence…Ecoutez… »

« Calmez-vous… »

Un homme se tenait sur un promontoire taillé à même la pierre, il surplombait une caverne qui s’emplissait à mesure de murmures et parfois même de grognements, signes flagrants d’un mécontentement grandissant. La foule, qui l’avait jusque là écouté attentivement, commençait à s’agiter. Il était hésitant sur le choix de ses mots et parlait d’une voix tremblotante ce qui n’était pas pour arranger les choses : chacun de ses mots laissait transparaître ses sentiments de peur et de tristesse. Mais la tâche qui lui avait été confiée, aussi difficile fut-elle, devait être menée à bien. Ce n’était que le début, les premières phrases, les premières révélations et déjà les réactions étaient vives, alors comment allait-il annoncer le reste, lui qui était tombé à genou, la veille, en entendant ces mêmes mots de la bouche de la Porteuse.

Alors que sa respiration se faisait haletante et que la panique commençait à le prendre, il aperçut un homme se détacher du groupe. Il était grand et fort, ses cheveux grisonnant soigneusement coiffés, sa façon de se tenir malgré la situation actuelle, son regard, tout en lui reflétait un calme inébranlable. Tous le connaissaient et le respectaient pour sa sagesse, alors, lorsqu’il prit place sur le promontoire, les quelques centaines de personnes qu’il surplombait commencèrent à le regarder les yeux pleins d’espoirs attendant de lui une solution. Il toussa légèrement pour s’éclaircir la voix, prélude du discours qui restera marquer dans les mémoires de tous et ce même après plusieurs millénaires :

« Les choses sont ainsi. Nous avons nous même fait naître cette situation. »

Tout le monde avait alors baissé les yeux.

« Nous ne pouvons rester plus longtemps enchaîner à notre passé et à nos fautes. Abandonnons nos regrets et nos remords, nous devons penser à ce que nous pouvons encore faire. »

Personne ne bougeait. L’assemblée semblait rechercher le sens profond de ces mots. La caverne où ils s’étaient tous regroupés, s’était vu imposer le silence, un silence gêné. Des regards se croisaient, chacun voulant savoir qui oserait poser la question qui leur brûlait les lèvres. Quelqu’un franchit le pas… Qui ? Personne ne le savait vraiment mais la question fut posée :

« Que pouvons-nous faire sans avenir ? »

Je n’entends quasiment plus rien, un léger murmure de temps en temps. L’image devient floue. Je me serai cru en train de regarder un film au cinéma. Un film ancien, parasité par le temps, dont la bande sauterait régulièrement. Les images qui défileraient rapidement, deviendraient de moins en moins nettes et à mesure que le film se déroulait les contours de celles-ci passeraient d’un rectangle noir à un ovale dont la blancheur agresserait les yeux.

J’ouvre les yeux mais les referme immédiatement ne supportant pas la lumière trop vive à mon gout. Le soleil sur le déclin nous gratifie de ces derniers rayons et certains ont pris pour destination mon visage, m’éveillant ainsi de la manière la moins enviable. Je relève les paupières plus doucement pour voir l’heure qu’il est : 17h00.

Je sens mes yeux me lancer et mon crâne me semble, comment dire, embourbé. Je pousse un long soupir et me sers de mes bras pour me cacher de la lumière. Je me sens replonger vers l’obscurité. Déjà, j’ai l’impression de retomber dans un autre monde. Je revois la caverne, les gens entassés et l’homme. Je n’entends plus rien et je discerne moins bien les événements, je vois juste l’orateur faire de grands gestes, son visage toujours sérieux mais maintenant son regard était flamboyant.

Je me redresse d’un coup. J’ai le cœur qui bat à toute vitesse et des pensées qui se bousculent dans l’anarchie la plus totale. Ce n’était pas un rêve ordinaire. Un rêve, on a toujours du mal à s’en souvenir mais là, j’ai encore des images plein la tête, de simples images parfois indistinctes mais pourtant j’y vois parfaitement une scène. J’ai, en plus, l’étrange sensation d’avoir perçu les pensées des gens, leur détresse, tous leurs sentiments s’étaient comme immiscés dans ma tête. J’ai encore cette impression désagréable qui revient, celle d’avoir quelque chose qui m’échappe, quelque chose que je devrais savoir mais que je ne parviens pas à retrouver.

Une douleur dans le dos me sort de ma torpeur. Je me suis endormi un peu n’importe comment donc normal que j’ai des courbatures. Je décide de m’occuper de mes douleurs dans un premier temps, de toute façon, je n’ai pas vraiment envie de me rappeler du rêve.

--

J’entends taper à la porte, pas gentiment mais plutôt avec insistance et bien fort. Bien sur, je me demande quel est l’excité qui tambourine ainsi. J’arrête de frictionner mes cheveux, j’envoie la serviette dans la salle de bain et me dirige vers la porte en enfilant ma chemise à la va vite. J’ouvre pour découvrir le gros Jo, un peu étonné et essoufflé.

Mais qu’est ce que…commença le Jo avant de se tourner vers le couloir.

Je remarque alors qu’il n’est pas tout seul. La campagnarde est là aussi, elle aussi a grand mal à respirer.

Argh… c’est pas bientôt fini de me faire des frayeurs pareilles ? » reprit Jonathan.

Qu’est ce que vous avez tous les deux ?

John regarde Audrey avec un regard mêlant interrogations et reproches. Elle n’y prête aucune attention, ce qui déplait grandement au concerné. Elle pousse un soupir et inspire bruyamment avant de m’offrir un grand sourire plein de soulagement.

Elle est venue me voir tout à l’heure, un peu paniquée. Elle était passée et avait entendu des voix bizarres chez toi et comme tu ne répondais pas quand elle tapait à la porte…

Des voix ?

Euh, c’est possible de s’asseoir, j’en ai marre. Elle m’a convaincue qu’il y avait un truc bizarre alors j’ai couru mais bon là j’aimerais bien me poser un peu si possible.

Ouais, bien sur…

A peine, je me suis à peine décalé pour les laisser entrer que j’eus le droit à la plus sincère des exclamations de surprise : « Ouaaah ! »

Je me retourne pour voir John figé avec une mine qui me fit sourire. Je lui demande alors le pourquoi de sa réaction en évitant difficilement de pouffer de rire.

Ta chambre !

Ah ouais… » je réagis enfin. « J’avais besoin de réfléchir en rentrant et sans trop m’en rendre compte, je m’y suis mis.

Je ne doute plus, il y a quelque chose de bizarre ici !

Le ton ironique n’échappa à personne. C’est vrai qu’il me connaissait depuis maintenant près de 2 ans, donc forcément, il commençait à s’habituer à certaines choses. Je pense que si je n’étais pas autant obnubilé pas ces quelques feuilles, je me serais fait la même réflexion : je constate, en même temps qu’eux, le résultat de cette nuit et j’en suis moi-même étonné. Depuis mon emménagement, j’avais entassé plus ou moins proprement des livres de toutes natures, des cours et diverses notes, des essais personnels et une grande quantité d’objets divers et variés dont l’utilité en ces lieux n’était pas toujours évidente. Disons le franchement, je ne me souviens pas avoir rangé ma chambre plus de trois fois et pourtant les situations critiques, où la place minimale vitale manquait, ne se comptaient plus. Je comprends très bien sa réaction et finalement j’aurais pu m’y attendre. D’un petit sourire, je passe à un rire franc, vite repris puis amplifié par Jonathan enfin remis de son émotion. On se retrouve pris, à trois, dans un fou rire. Je pense qu’il était nécessaire de rigoler un bon coup comme ça après la frayeur qu’ils avaient ressentit. Une fois calmés, je les invite à s’asseoir sur les chaises entourant la table qui me servait en même temps de bureau.

Bon, j’aimerais bien savoir pourquoi j’ai couru ?

Euh…

Ouaip, moi aussi !

Euh… j’étais à la porte et j’ai entendu des voix… je crois.

Attends, tu crois ?

Hein, pourquoi t’étais devant ma porte ? » Je n’avais laissé aucun blanc entre la question de John et la mienne.

Le regard d’Audrey passe de mon ami à moi sans arrêt puis elle baisse les yeux et je comprends tout de suite sa gêne. Normale, après tout, elle nous connait à peine et nous l’assaillons avec nos questions. Ce qui nous semblait naturel, après tant de délires ensemble, ne l’était pas forcément pour la nouvelle venue. Elle avait fait notre connaissance il y a peu, même la veille en ce qui me concerne et maintenant, elle était assise dans mon appartement à subir un interrogatoire.

Elle regarde et défroisse son jean en un geste quasi frénétique. A la voir, comme ça, je m’en suis voulu de l’avoir brusquée. Elle a toujours eu un sourire aux lèvres, en tout cas depuis que je l’ai rencontré. Quel que soit le sujet de conversation ou la situation dans laquelle elle se trouvait, elle gardait la mine radieuse des gens heureux de vivre. Dans ces cas-là, difficile de l’imaginer timide et pourtant…

Je change de sujet pour un peu calmé les choses :

Ouoh, au fait, je suis désolé de pas vous l’avoir proposé avant, mais vous voulez boire quelque chose ?

Euh…oui, un jus de fruits, si t’as… »

A croire qu’elle attendait que ça « Et toi, Jo ?

Pareil

Je prépare tranquillement les boissons en demandant ce qu’ils ont fait après notre séparation, la veille au soir. Je pensais trouver un sujet commun où l’on aurait exagéré un peu l’état déplorable dans lequel nous nous sommes retrouvés, juste pour rire un peu. Il faut dire que, moi-même, j’ai eu pas mal le tournis et j’étais pas le plus vaillant du groupe en ce qui concerne la boisson, mais non. La demoiselle a de nouveau son regard fuyant et ses pommettes prennent un teint écarlate. Elle commence à nous expliquer qu’elle ne se souvenait plus d’une partie de la soirée et qu’elle avait eu affreusement mal à la tête au réveil. Moi qui voulais détendre l’ambiance… c’est pas gagné. Malgré tout, Jo avait compris le message et c’est avec un regard tendre et plein de sympathie qu’il détourna la question, plus sous forme d’humour :

Loin d’avoir suffit, tu nous as rajoutés à tout ça une petite frayeur que l’on doit, comme de bien entendu, à ce monsieur !

Nian, nian… et t’es heureux ?? » J’ai l’habitude d’utiliser cette formule pour répondre à l’ironie de mon ami.

Finalement, à cause de la douleur incessante qui annihiler toutes ses pensées, Audrey avait décidé de sortir en quête d’un remède, nous explique-t-elle. A l’entrée de la résidence, elle avait aperçut un groupe d’étudiant qui aurait pu lui indiquer le chemin. Elle ne voulait pas les déranger dans leur conversation si bien qu’elle prit son mal en patience. Prendre une conversation en cours sachant que l’on n’est pas concerné, sans en connaître les tenants ni les aboutissants, n’est pas forcément chose aisée. Elle comprit qu’une jeune femme cherchait quelqu’un avec juste une vague description physique. Audrey nous épargna le long passage où le groupe d’étudiants discutait et blaguait en essayant de se présenter comme meilleur parti que la personne recherchée. Elle ne se rendit pas compte qu’elle était complètement prise dans ce dialogue de sourd. Finalement, quelqu’un demanda s’il était possible d’avoir une description plus détaillée. Roux tirant sur le châtain clair, cheveux mi-long, de petits yeux marrons sans pouvoir vraiment affirmer la couleur, l’air fatigué, mal rasé, on pourrait presque dire négligé. Audrey s’était alors mise à penser à moi, sans trop de raisons particulières nous précise-t-elle, peut-être parce que je suis le seul roux qu’elle connaisse ici. Toujours est-il que cela ne devait pas être la réponse souhaitée, le groupe voulait connaître le « pourquoi », la raison de cette recherche somme toute acharnée. Elle ne voulut d’abord rien dire puis finalement, donna une explication assez bancale : la personne qu’elle tentait de retrouver avait été mêlée à un accident à la bibliothèque, qu’une de ses amis avait été blessée et qu’on avait besoin de lui pour mieux comprendre ce qui s’était passé.

Audrey avait eu la quasi-certitude que c’était moi qui étais décrit. Elle avait du mal à réfléchir et surtout à se souvenir mais la discussion avait fait remonter quelques bribes d’un instant passé. Parmi les méandres brumeux de sa mémoire, sans pour autant savoir quand ni où cela s’était passé, elle se souvenait d’un bout d’une conversation. Je ne me souviens plus moi-même de qui m’a posé la question, on m’avait demandé ce que je tenais constamment en main. J’avais alors répondu, brièvement et sans donner de détails, que ce n’était que quelques feuilles « récupérées » à la bibliothèque. Avec ça, Audrey avait tiré, tant bien que mal, ses conclusions et elle avait opté pour venir directement m’en parler. C’est une fois arrivée devant ma porte qu’elle commençait à trouver ça bizarre. Elle avait tapé doucement pour voir si j’étais réveillé et elle avait écouté. Ce qu’elle avait entendu ? Je ne sais pas et elle non plus mais elle peut affirmer que ce n’était pas ma voix.

Je me lève. Pourquoi ? Parce que j’ai besoin de bouger. Je ne sais pas trop quoi penser de tout ce qui a été dit. Je propose de remplir les verres maintenant vides de mes invités. Je réfléchis, je réfléchis : quelqu’un me cherche ? Elle… ses yeux… des voix qui viennent de ma chambre ? J’ai rien entendu, je dormais ? Mon rêve étrange… étrange, oui, ce qui l’est encore plus c’est cette sensation, non, je ne sais pas trop ce que c’est mais c’est là. Mon corps, mon esprit, et les mots… je ne comprends pas. Une danse à la fois douce et entêtante, les mots tournent dans ma tête, ce n’est pas douloureux, j’ai l’impression d’être sur un fil au-dessus de tout, prêt à tomber mais immobile. La sensation de vide m’entoure, le noir, le noir totale des profondeurs abyssales, ténébreuses et pourtant chaleureuses, accueillante même. Tout n’est que contradiction. Ai-je les yeux ouverts ou bien sont-ils fermés ? Je revois la caverne, une main tendu vers l’assemblée silencieuse, les doigts tendus et bien en évidence, puis ils se resserrent petit à petit. D’un coup, ils forment un poing reflétant détermination et force.

« Hé »

L’espace d’un instant, tout se fige. Où suis-je ? Qu’est ce qui se passe ? J’inspire profondément comme quelqu’un qui a faillit se noyer. Je me remets : je suis devant le frigo, une main sur la poignée, prêt à l’ouvrir mais quelque chose cloche. J’ai du mal à bouger, les courbatures de tout à l’heure ? En plus, je transpire et je suis engourdi comme après avoir couru dix kilomètres à fond. Je ne comprends pas…

« Hé, ça va ?? »

Combien de temps ? Depuis combien de temps suis je là, immobile ? Je suis comme un spectateur dans mon propre corps. Bouges. Je sens les regards de mes amis, ils doivent sûrement se poser des questions. BOUGES. Un doigt, deux, ma main se crispe sur la poignée, je le sens, ça fait presque mal. Mon avant-bras, le bras, petit à petit, mon corps me revient. Je bouge, je bouge comme un malade resté alité quatre mois durant, sans force, lentement.

Qu’est ce que je faisais devant le frigo ? Ah oui, le jus de fruit. Je l’ai, j’utilise rapidement ma deuxième main pour éviter de tout renverser, il me semble peser une tonne et je ne me vois pas tout nettoyer. Allez, un petit effort. Maintenant j’essaye de fermer la porte du frigo avec le coude. Je lutte difficilement à chacun de mes mouvements. Je me retourne, il me faut faire quelques pas pour arriver à la table, 5 ou 6, mais ça me semble si loin. Je rassemble toute ma volonté pour pouvoir mettre un pied devant l’autre, la table se rapproche mais trop doucement à mon goût, j’arrive enfin et pose mon fardeau bien soulagé d’en être débarrassé. Après un soupir tout ce qu’il y a de moins discret, je constate leurs regards pointés sur moi. J’y lis de l’inquiétude voir même de la peur. Je ne veux pas répondre à leurs questions ni être épié comme une bête étrange.

« Vous m’excusez, je dois aller au toualet ! » Dis-je faiblement.

Ma bouche était pâteuse et ma voix avait difficilement passé mes lèvres. La phrase devait être accompagnée d’un grand sourire mais au vue du froncement de leurs sourcils, je dus faire une mauvaise grimace. Je veux être au calme, alors je me dirige vers le coin douche. L’obscurité qui y règne à mon entrée me met mal à l’aise, mais la lumière apparaît et me laisse face à mon reflet. Je n’imaginais pas que ma peau puisse prendre une telle couleur, je ressemble à un cadavre. Je secoue la tête pour chasser mes idées et toutes les questions en suspens. Ce simple mouvement me demande une concentration et une volonté énorme, ne me laissant ainsi pas le temps de penser à autre chose. Je me passe un peu d’eau sur le visage mais ça ne change rien, je me sens toujours engourdi, ou plutôt, comment dire, pas maître de moi-même. Mon esprit est comme un marionnettiste et mon corps une poupée d’une tonne.

Il faut que j’arrête de me voiler la face, je suis inquiet depuis mon réveil. J’essaye de l’ignorer, de le fuir mais j’ai peur, peur de ce que j’ai vu et qui persiste, peur de ce que j’ai ressentit, peur de ce que je ne ressens presque plus… Jo, Audrey, eux aussi doivent avoir peur, ça se lisait dans leurs yeux, ça se voyait sur leur visage, la peur, cette même peur qui maintenant déforme mon image dans le miroir. Je dois les rassurer, ils se sont inquiétés pour moi et maintenant, c’est encore pire. Je dois trouver quelque chose à leur raconter… J’actionne la chasse d’eau et je sors, toujours avec la même lenteur. J’évite de les regarder, je me dirige vers le lit et m’y assois lourdement.

« Pff… Je suis fatigué, je crois que je n’aurais pas du ranger la piaule… »

« Ouais, peut-être mais… » commença le gros Jo, sa voix laissé deviner un semblant de pitié, de celle que l’on ressent face une personne au seuil d’une mort certaine. Je ne veux pas en entendre davantage…

« Si ça vous dérange pas, je crois que je vais repartir pour un petit somme. On pourra toujours en reparler après. » En disant ça, j’ai passé une main dans mes cheveux, la tête baissée pour ne rien voir, pour fuir leurs regards. Je me tais, je scrute les différentes impuretés du sol, chose inutile, mais que faire d’autre en cet instant ? J’écoute, j’essaye de capter le son d’une chaise qui bouge, de la porte d’entrée qui s’ouvre puis se referme. Mais rien. Des questions alors ? Ils en ont à poser, j’en suis sûr. Non, toujours rien, juste le silence et les bruits du quotidien, des sons auxquels je n’avais jamais prêté aucune attention mais qui maintenant me font l’effet d’une cacophonie irritante. Une minute, deux… leur indécision m’exaspère, mon manque de franchise encore plus. J’aspire au calme mais je sens mes nerfs sur le point de lâcher. Cette situation m’énerve, je ne comprends pas ce qui m’arrive et c’est peut-être ça le pire.

« Je ne sais pas ce qui t’arrives mais vu ta tête, il te faudrait pas mal de repos. Je ne te cacherais pas que je trouve tout ça des plus étranges. Audrey semble partager cet avis. Mais je vais…, non, nous allons garder toutes nos questions pour plus tard. »

Un blanc… Non, ne t’arrêtes pas. Je n’ai rien à dire, n’attends pas une réponse de ma part, c’est inutile.

« Tu fais comme d’hab, tu ne fermes pas ta porte. Je repasserais dans…disons deux heures… on ira tous manger un bout. Il te faudrait aussi un bon repas pour te requinquer. »

J’hoche la tête en espérant que ça lui suffise. Je ne la relève toujours pas, j’attends leur départ pour ça.

Audrey chuchote : « Tu es sur que ça ira ? »

Jo chuchote : « On en parle après. »

« Bon, alors, on se voit tout à l’heure. » Il a dit ça tout en se levant. J’entends, quelques seconde plus tard, la miss en faire autant, j’attends toujours. Après ses premiers mots, j’ai eu l’impression de perdre le poids qui pesé sur mes épaules. Je n’ai qu’une hâte : c’est qu’ils s’en aillent, qu’ils me laissent dans le silence et le calme. Le frigo s’ouvre puis se ferme.

Audrey s’exclame : « Allez, on y va ! »

Au son de la porte, je commence à relever la tête. Je vois les pieds du Jo tournés vers moi, immobile. Audrey doit déjà être dehors, je me demande si je dois le regarder ou non, je crois que c’est ce qu’il attend de moi. Je ne veux pas, je ne peux pas. Ma lâcheté m’exaspère mais j’aspire beaucoup trop à la solitude pour y prêter la moindre attention. Il se décide enfin à bouger après avoir laissé échapper un long soupir. Je n’attends même pas qu’il est refermé la porte pour m’allonger d’abord sur le coté puis pour le confort, je me mets sur le dos. Je regarde le plafond, je n’ose pas fermer les yeux. Maintenant, je peux tout reprendre du début.

Une voix inconnue parvient à mes oreilles : « Ah ! C’est pas lui ? » Je ne réagis pas, à quoi bon ?

« Ah ! » Je reconnais la voix d’Audrey et, instinctivement, je tourne la tête. Je vois la porte à moitié entrouverte et mes deux amis se lançant des regards que je suppose étonné. Laisses, ça ne te regarde pas. Je ferme doucement les yeux, je tends la main, à tâtons, j’arrive à retrouver les feuilles. La veille, je m’étais endormi sûrement en les relisant une énième fois, elles se trouvaient donc naturellement sur mon lit. Mais chose bizarre, je n’ai même pas eu besoin de cette réflexion, je les sentais toutes proches, je les savais à coté de moi et mon bras se dirigeait naturellement dans la bonne direction. En réalisant cela, de nouvelles questions apparaissent. J’essaye de me calmer. J’entends encore des voix, familières et inconnues, faibles et lointaines. Puis des mots, je les ressens en moi : je veux dire que ce ne sont pas des sons, ça ne vient pas de mon oreille, c’est à l’intérieur de ma tête. Mémoire…Sceau…Terre… Non, n’y pense pas. Je m’efforce de chasser ces pensées, ne rien voir, ne rien entendre, ne rien penser.

« Hé »

Je sens une présence et une soudaine douleur au mollet. Je rouvre les yeux pour découvrir le plafond, toujours identique à lui-même. Puis en cherchant l’origine de la voix qui m’a dérangé dans ma quête de tranquillité, je tombe sur elle. Je ne peux pas me tromper, je me souviens parfaitement de son regard, du moindre détail de son visage. Celle de la bibliothèque. Je ne peux pas énumérer toutes les questions qui me passent par la tête, non plus les suppositions et les théories qui émergent et disparaissent à une vitesse folle.

« Ah ! Ça, c’est à moi ! »

Elle se rapproche, son genou touche ma cuisse quand elle se penche pour attraper les feuilles. A travers mon jean, je ressens la chaleur de son corps ou plutôt je remarque à quel point le mien est froid. Un cadavre. Complètement hébété, je la regarde attraper les feuilles, je les sens glisser sous mes doigts et je m’étonne de ne rien tenter pour les retenir. Non, mon esprit est comme attiré, je sens comme une présence. Un sourire se dessine sur le visage de la demoiselle mais ce que je regarde, ce que je n’avais pas remarqué jusqu’à présent, c’est le vieux livre qu’elle tient. Je ne pense plus, je ne cherche même pas à comprendre cette envie soudaine, j’agis. Je prends l’ouvrage qu’elle tenait posé sur sa poitrine, retenu par son bras droit. S’en suit un « Ah ! » long, à moitié, étonné, à moitié, énervé, mais que j’entends à peine. J’ouvre le livre sur une page au hasard. Je sens instantanément mes doigts se crisper, mes yeux me piquer. Je baisse les paupières, je fronce les sourcils, je sens tout mon visage se contracter. Je veux fuir, je cherche l’obscurité que j’espère salvatrice. L’espace d’un instant, je me vois voler dans un monde gris terne qui me semble infini, je regarde une boule colorée, aux teintes jaune pale, orangé. J’observe sans trop savoir ce que je fais ici. Au début, je vis des tâches noires qui se succéder, des impuretés sur cette sphère que je trouvais parfaite. Mais, petit à petit, cela devenait plus distinct. Elle était entourée de symboles, les mêmes que ceux présents dans les pages que j’avais arrachées. Ils formaient des cercles, de nombreux cercles, qui tournoyait de plus en plus vite à la surface de la boule.

Je penche la tête et rouvre les yeux. Je venais d’entendre un cri, un cri puissant et aigu, je vois des visages, des regards apeurés, ils se posent sur moi et à coté de moi. Qu’est ce qui se passe ? Je tourne la tête, elle se tient toujours là, elle n’a quasiment pas bougé, elle a juste posé une main sur le livre. Celle de la bibliothèque. Mes yeux s’agrandissent, je ne peux pas croire ce que je vois. J’ai moi aussi envie de hurler mais je ne peux pas. J’aimerais me débattre, me reculer dans un coin éloigné, fuir loin de ce monde qui me semble devenir fou mais je ne peux pas. Je sens ma peur grandir alors qu’une question hante mon esprit. Qu’est ce qu’il lui arrive ? Je voudrais courir mais mon corps ne réagit pas. La contraction incessante de mes doigts me fait mal, je suis comme attaché au livre. Je détourne les yeux du corps tremblant de la jeune femme. Là, tout m’échappe, ma peur s’amplifie, une larme coule le long de ma joue, une nouvelle terreur m’envahit, mes jambes tremblent inexorablement, je ne me contrôle plus. Tout est réel, ce n’est pas un rêve, je le sais bien.

La présence, que je ressentais jusqu’alors, semble m’entourer peu à peu. Une sensation de douceur, une chaleur accueillante, je serais apaisé et je me sentirais bien si seulement je n’avais pas porté mon regard vers mes mains. Je devrais faire comme la miss, fermer les yeux et ne plus penser à rien, me laisser aller. Mais je n’arrive pas à décoller mon regard de mes mains mais aussi mes bras, ils sont couverts de symboles, toujours les mêmes symboles, et ils tournent, ils bougent lentement, très lentement, en suivant une spirale dont je ne perçois ni le début, ni la fin. Tout devient flou, j’ai les larmes au bord des yeux, pourtant je perçois la faible lumière qui émane de la demoiselle à mes cotés. Je bats des paupières pour la distinguer un peu mieux, elle a, maintenant, les mêmes marques noirâtres que les miennes sur tout le corps. Elles sont immobiles et elles prennent une teinte qui me rappelle étrangement la boule que je m’imaginais survoler. Tout ça n’a aucun sens. Mon cœur s’arrête brusquement. Il battait si vigoureusement, à un rythme frénétique, quelques instants auparavant. Il s’est arrêté tout simplement. Une douleur est en train de naître en moi, elle s’amplifie, elle gronde, mon corps semble transpercer de toute part, il est comme prêt à exploser. J’en ferme les yeux, je veux crier, un cri de désespoir qui ne sortira jamais. Les yeux clos, je me retrouve devant la sphère. J’ai l’impression de voler et c’est plaisant même si cela entre en contradiction avec la terreur qui ne m’a pas quitté. Je ne peux pas bouger, je flotte suivant un courant qui m’entraîne vers la boule qui, elle, réagit en devenant de plus en plus lumineuse. Je ne peux toujours faire aucun mouvement, pourtant mon bras se lève, mes muscles se tendent indépendamment de ma volonté. Je me rapproche encore, j’ai peur, la lumière orangé est devenue si intense que l’on en croirait la boule enflammée. Je voudrais fuir mais mon corps reste inerte malgré mes nombreux essais. Je ne suis plus qu’à un doigt de l’objet et c’est à mon index de se mouvoir maintenant. J’aimerais pleurer, je sens la terreur s’amplifier davantage, si cela est possible, j’appréhende le contact avec la sphère rougeoyante. Que se passera-t-il ? Tout cela m’est inconnu. Je ne comprends rien de ce qui m’arrive. L’instant fatidique approche, j’aimerais fermer les yeux, ne rien voir et les rouvrir une fois tout terminé. Mais ils restent exorbités pas la terreur. J’effleure légèrement la boule. Celle-ci se met instantanément à trembler, elle se lézarde. Des fissures, innombrables, comme issue d’une réaction en chaîne, parcourent la surface de l’objet. Je suis un spectateur impuissant, tout s’accélère, le bout de mon doigt devient brûlant, les cassures grossissent en produisant un son affreux, le rayonnement qui en sort m’aveugle.

Et soudain, tout explose, tout devient noir.

Et plus rien.


Mea Culpa : c'était long, très long et je m'en excuse... (si vous voulez taper... bin taper...niarf niarf niarf) j'ai voulu prendre un mois sabatique pour préparer noël et autres ... et voilà le résultat... triste

Avis à tous : cette histoire est mienne mais si vous trouvez que vous pouvez faire mieux, que mes choix sont mauvais, ou que vous voulez participer à la suite... PM ou review ou mail... j'ai quelques idées mais pas le temps de tout développer...

Réponses aux reviews :

Assaya : V'là la suite en espérant que tu trouveras toujours ça intéressant.

Demane : moins de perso, plus de ... je sais pas quoi en fait mais bon v'là.

tordue : la suite en espérant qu'elle te plaise.

Merci beaucoup gros fort à tous les gens qui ont lu cette histoire.

Donnez votre avis sur le style, ou si c'est pas assez détaillé à certains endroits... j'ai plus vraiment de correcteurs donc galère galère...

auto correction - auto flagellation...



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