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Ce jour là, Tan’rakk tua, une fois de plus.
On le traita d’assassin, comme toujours.
Et il s’en fut, sa mission accomplie.
Le matin même, il pensait avoir échoué, et il était près à s’en retourner, en quête d’une nouvelle mission.
Et puis, il rencontra Inrad, un jeune villageois, qui le saluait tous les matins, alors que la plupart des autres habitants le fuyaient.
Il s’approcha de lui, dégaina sa longue épée recourbée, typique des contrées du sud dont il était originaire, et lui planta dans la poitrine, sans autre forme de procès.
Tan’rakk, en dépit des apparences, était un être miséricordieux, il planta la lame juste entre les côtes, et la fit ressortir dans le dos du jeune homme ébahi, pour qu’il ne ressente rien d’autre que le froid de la mort qui le prenait.
Il nettoya alors son épée avec le bandage que sa victime portait à l’épaule et s’en fut, un poids en moins sur ses larges épaules.
Le guerrier ne faisait jamais grand cas des paysans qui le traitaient de meurtrier et le menaçaient de leurs fourches, sans jamais pour autant s’approcher de trop près.
Il est vrai que Tan’rakk avant de quoi intimider, avec sa musculature, ses cheveux et ses yeux plus noirs que la plus noire des nuits sans lune, son épée qui pendait dans son dos et surtout des tatouages, arabesques emberlificotés qui couraient sur son dos nu et son bras gauche.
Il partit donc, sous les quolibets et les injures des villageois, seul à travers la forêt, jusqu’à un temple ou il se mit à prier.
D’abord pour sa mère, comme tous les jours, puis pour le salut de l’âme du jeune garçon qu’il avait tué.
Petit à petit, les souvenirs lui revinrent en tête.
OoOoOoOoOoO
C’était un religieux qui lui avait indiqué le village où il s’était rendu sur le champ sans même prendre le temps de se préparer.
Arrivé là-bas, il prit une chambre à l’auberge et se prépara pour la chasse.
Il lui restait 27 jours pour tout connaître du mal qu’il était venu vaincre.
Pendant les jours suivants, il posa maintes et maintes questions et se lia d’amitié avec le jeune Inrad, qui lui ne pouvait lui donner les réponses qu’il souhaitait mais qui l’introduit auprès du maire qui lui fournit de précieuses informations.
Le jour J, au crépuscule, il se rendit à l’endroit indiqué par le maire, dans la forêt.
Il se percha en haut d’un arbre et attendit patiemment, l’épée au clair.
Au bout de quelques heures, alors que la nuit était déjà bien installée, il entendit un grognement et des craquements de bois.
« Allez….approche… »
murmura le guerrier entre ses dents tout en se recroquevillant sur sa branche, bandant ses muscles, se préparant à bondir sur le sol.
Au bout de quelques minutes qui lui parurent interminables, le monstre apparut de derrière un rideau d’arbres, humant l’air.
La bête était immense, de morphologie vaguement humaine, il avait une figure de loup.
Il se tenait sur ses pattes arrières légèrement fléchies, à la manière des grands singes, et il restait sur son dos recouvert, comme tout le reste de son corps, d’une fourrure gris foncée, presque noire, les restes d’une chemise, probablement arrachée.
Le cœur de Tan’rakk battait la chamade, et tous les poils de son corps étaient hérissés d’excitation.
En bon chasseur, il avait pris soin de se placer sous le vent, pour que le monstre ne le sente pas.
Des qu’il fut passé sous la branche où le chasseur se tenait perché, celui-ci bondit et, d’un geste ample, abattit son épée dans l’épaule du monstre.
Celui-ci poussa un hurlement et se retourna, l’écume aux lèvres.
Il faisait au moins le double du chasseur, et se tenait l’épaule dans laquelle la lame s’était profondément enfoncée.
Il fixait Tan’rakk de ses grand yeux verts et commençait à gronder.
Le chasseur, quant à lui, l’épée encore sanguinolente, fixait les crocs luisants du monstre et enfin se décida à porter le second coup.
Il leva une deuxième fois son épée mais, au moment de l’abattre, le loup se baissa brusquement et se déporta sur le coté.
Tan’rakk, décontenancé, fut emporté par son élan et laissa son coté droit à découvert.
Le loup en profita pour se jeter sur lui et manqua de refermer sa mâchoire sur la nuque de Tan’rakk.
Le chasseur l’esquiva au dernier moment et les crocs de la bête ne rencontrèrent que du vide.
Sa blessure saignait abondamment et tout son torse était déjà englué de sang.
Tan’rakk quant à lui était collé tout contre un arbre et était trop près pour pouvoir frapper à nouveau.
Le monstre profita de cet instant pour essayer de lacérer le torse nu du chasseur à coups de griffes, mais Tan’rakk se glissa sur le coté, entre deux arbres, sans pour autant pouvoir éviter un coup de patte rageur qui lui entailla profondément le bras gauche.
Cependant il put enfin se reculer et frapper à nouveau l’épaule du monstre, qui hurla si fort que tous les oiseaux de la forêt s’envolèrent.
Le loup battit en retraite, s’enfuyant à travers les arbres, trop blessé pour continuer à se battre.
Tan’rakk le poursuivit toute la nuit à travers la forêt mais ne le trouva pas, l’instinct de survie du loup avait pris le pas sur sa rage.
Tan’rakk s’en retourna donc dans le village, déçu.
C’était la dernière nuit de pleine lune de ce cycle, il avait perdu.
Et puis il vit Inrad.
I l vit son bandage à l’épaule.
Il ne l’avait pas la veille.
Il s’approcha.
Il le tua.
Il s’en fut.
OoOoOoOoOoO
Tan’rakk, toujours agenouillé dans le temple, serra les poings, dans son cœur livraient bataille la joie d’avoir tué un membre de plus de la race honnie et la tristesse d’avoir perdu un ami.
Il se souvint encore, comme pour justifier la mort d’Inrad, de se mère, morte éventrée devant ses yeux.
Il se souvint aussi de son frère qu’il voyait s’enfuir, a quatre pattes, poursuivi par les villageois brandissant pieux et fourches, criant « au loup ! au loup ! »
Il se souvint aussi de la résolution qui, ce jour là, était née dans la brume de colère, de douleur et de tristesse qui baignait son esprit, éliminer tous les représentants de la race honnie.
Tuer tous les loup-garous.
Et s’il ne réussissait pas, il mourrait en essayant.
Oui, Inrad devait mourir, pour que jamais, plus jamais personne ne revive ce qu’il avait vécu.
Ce jour là, Tan’rakk tua, une fois de plus.
Il n’en éprouva aucun remord.