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Société
C'est
drôle de se répugner à faire certaines choses si
banales et nécessaires. Quoi de plus "simple" que de
faire ses courses dans un supermarché ? Mais ça
m'arrive de plus en plus souvent, ces sensations bizarres...
Sortir
du parking (sans se faire écraser), prendre son caddie, entrer
par les grandes portes de verres et traverser le hall. Après
ça on erre dans les rayons, déambulant pour trouver LE
produit désiré.
Tout d'un coup ça m'agrippe
vite et bien ! Tu marches et tout d'un coup tu te sens perdu. Essaie
de comprendre et d'imaginer. Tu regardes les gens autour de toi, qui
se pressent avec leurs paniers ou caddies. Ca fourmille de partout.
Tu te sens tout petit. Mais l'horloge s'arrête pas pour toi
alors tu t'enfonces toujours plus loin pour trouver ce dont tu as
besoin. Et tu as l'impression que ça remue à
l'intérieur.
Les nausées. Elles sont toujours au
rendez-vous. Tu passes ta main sur ton ventre pour t'assurer que
c'est pas bien grave, et tu continues de marcher mais ta vision se
brouille et le sol danse sous tes pieds : Les vertiges aussi, sont
là. Ils arrivent au grand galop rejoindre les nausées
pour former un cocktail fou.
Comme tu t'arrêtes en plein
milieu, la foule s'agglutine. Elle t'englobe et te rejette. On te
presse, te pousse, te bouscule. Violence inconditionnelle. Ton regard
se réfugie vers le sol, mais là encore c'est un heurt.
Les pavés luisant te narguent en renvoyant les sons que font
les talons de tous ces gens exaspérés. Et ils
réfléchissent aussi une masse d'ombres presque sans fin
entrecoupée d'une lueur jaunâtre. Successions
d'agressions qui semblent n'en plus finir. Physiques ; sonores ;
visuelles.
Tu relèves alors les yeux en quête de
mieux et tu tombes sur la source de cette lumière jaunâtre
: Les étagères infinies où sont étalés
sans vergogne des produits qui te dégoûtent. Tu les vois
alignés là, et tu imagines les usines dans lesquels ils
ont été fabriqués, à la chaîne
parfois, et les pauvres gens qui ont été payés
trois fois rien pour ça. On parle de révolte mais
personne ne fait rien. Même ici, ce supermarché, est un
reflet de notre société. Dominants dominés. Le
tout régi par l'argent. Les pauvres gens qui tentent de
résister et de prendre les articles les moins chers et de
partir vite fait. Face à face avec les inégalités.
J'ai envie de hurler. De pleurer presque. Regarder certains caddies
pleins et leurs mines suffisantes pendant que d'autres à côté
sont encore en train d'étudier les prix... Ca me donne encore
plus envie de vomir.
Parce qu'aujourd'hui même pour ton
bien, pour te nourrir, quand t'achètes un truc au supermarché,
tu fais du mal à quelqu'un.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres hein ?