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Fiction » Fantasy » Au Secours des Terres de Brume font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Fania
Fiction Rated: K+ - French - Fantasy/Sci-Fi - Reviews: 8 - Published: 06-09-06 - Updated: 11-25-09 - Complete - id:2189210

AU SECOURS DES TERRES DE BRUME

AUTEUR : Fania

GENRE : Aventure; Fantasy/SF. Un peu de romance aussi.

COPYRIGHT : C'ta moi, c'qu'y'a là-dedans ! Et je ne parle pas du caleçon de Myra, qu'on soit bien clairs là-dessus !

RAR :

Mouf-Mouf: A mon humble avis, et quoi que ce soit regrettable, j'ai bien peur qu'il faille plus qu'une paire de baffe pour que les Tlisk changent d'avis, en particulier Nath et Mawanya. Surtout Mawanya, en fait.

Azarus: Je suis contente que tu les aimes Moi aussi je les adore, même si la fréquence (enfin, fréquence...) à laquelle je poste ne le laisse guère voir, j'en ai peur. En tout cas, j'espère que tu apprécieras ce chapitre

Tiloo: Merkiiiiiiii

Moby: Hem… Je crois que tu as mal compris quelque chose. Nathanaël cherche de quoi se défouler, quand il tombe sur Yam… donc à priori, non, ça n'ira pas mieux pour lui ! Mais à part ça, je te remercie d'avoir lu et je suis contente que tu apprécie (un jour, peut-être, j'irais lire les fics originales des gens du Poney. Un jour.)

NOTE DE L'AUTEUR: Gné. Merci à tous ceux qui m'ont laissé un petit mot pour le premier chapitre. Et merci à ceux qui se souviennent de l'existence de cette histoire. oO Un gros bisou tout spécial pour Calad, ma bêta, qui est drôlement patiente entre deux chapitres #Calin Calad#

Chapitre II :

La Chose venue du Ciel

/Archives de Secours N°3758/

/13 Mai, 153ème année du 2ème voyage du Space Whale/

/Rédacteur : Lieutenant-Chef Lee-Ann Phelps/

Il y a maintenant plus d'une centaine d'années que le Space Whale a quitté Ebona, la Terre I.

Je suis née à bord de ce vaisseau, il y a maintenant trente-trois ans de cela, et j'ai déjà eu l'occasion de découvrir quatre planètes différentes, dont une habitable par l'Homme, que nous avons baptisée Gaéa, la Terre II.

L'Homme, ou plus exactement l'espèce Humaine, est apparue dans un système solaire de la Voie Lactée, il y a maintenant vingt-deux millénaires, sur une planète baptisée Terre O. Ci-joint une localisation précise des Terres O, I et II.

Il y a maintenant trois siècles et demi, les dirigeants de la Terre O lançaient un projet fou : la construction d'un vaisseau d'exploration spatiale suffisamment vaste pour accueillir plus de sept-cent personnes –la limite minimale pour éviter la consanguinité en cas d'union se situant aux alentours de six cent (1)- et pouvant voyager à la vitesse de la lumière. Ainsi naquit le Space Whale "Version Un".

Voici maintenant cent cinquante trois ans, le Space Whale fut rénové, remis au niveau technologique de l'époque, et envoyé à travers l'espace pour une deuxième mission.

Notre vitesse de croisière atteint désormais trois fois la vitesse de la lumière. L'équipage du Vaisseau comprend deux cent personnes seulement sur près de mille-cinq cent voyageurs, et nous transportons avec nous suffisamment de bétail, de terre et d'eau pour nous auto suffire, ceci grâce à nos techniques agricoles avancées.

Notre population est régie ici par les même lois que sur Gaéa, et nos administrations sont en tout point semblables à celles que l'on trouve sur cette planète : Mairies, Transports en commun –le Vélocipède et l'Automobilus ont été remis au goût du jour- Services Postaux, Eglises etc… Nous voyageons de système solaire en système solaire, afin d'explorer la galaxie, et d'étendre l'influence de l'Homme. Certains parmi nous continuent d'espérer que nous rencontrerons d'autres espèces pensantes, mais ils sont considérés comme de doux rêveurs par la majorité des habitants et de l'équipage.

Quoi qu'il en soit, hier les Sondes que nous avions envoyées en reconnaissance sur les planètes que nous approchons nous ont signalé la présence d'une planète habitable par l'Homme. D'après les données, la composition de l'air est à peu-près semblable à celle d'Ebona, avec toutefois une légère supériorité de la teneur en oxygène. Elle comporte six Iles-Continents réparties sur les mers de la planète. La plus vaste d'entre elle fait à peu près la taille des continents européen et Asiatique de la Terre O réunis. La plus petite a la surface de la Russie et de l'Allemagne rassemblées.

Les préparatifs d'atterrissage sont en cours. Conformément au code de procédure, une étude préliminaire sera effectuée par une équipe réduite de cent cinquante personnes. Puis, si les résultats sont satisfaisants, huit-cent volontaires –hommes, femmes et enfants- seront parachutés afin de fonder une nouvelle colonie.

Dieu veuille que l'Homme réalise encore une heureuse conquête.

Lee-Ann relut le texte qu'elle venait de taper sur le clavier de son ordinateur, corrigea quelques fautes ici et là puis, satisfaite, envoya le tout à la Graveuse Laser qui se chargerait d'inscrire tout ceci dans des plaques de Marbres en douze langues différentes. Ainsi la Mémoire Humaine pourrait-elle être préservée et transmise intacte aux générations futures, même en cas de disparition de la technologie…

o0O0o

"MMMPF !"

Nalissie eut un soubresaut, serra les dents puis, ayant inspiré à fond, lança un regard brûlant à l'Elfe aquatique qui serrait un bandage sur son épaule.

"Tu me fais mal, Yamaël !"

Ce dernier eut un sourire contrit, mais tira néanmoins d'un coup sec sur le bandage, ce qui provoqua à la fois un craquement sonore –provenant de l'épaule- et un grognement étouffé –venant de la gorge de Nalissie. Elle fit pivoter son épaule afin de la dégourdir, avant de s'adresser à son ami :

"Comment va ta gorge ?"

L'Elfe aquatique hocha la tête en silence, puis leurs deux regards se tournèrent vers Myranael qui gisait, endormi, dans son hamac. Endormi, ou inconscient, il était difficile de se prononcer. Son corps semblait relativement épargné –deux ou trois bleus de la taille d'un poing l'ornaient encore, certes, mais ils s'estompaient rapidement. Pourtant, il ne s'était pas réveillé plus de dix minutes d'affilée depuis leur départ une semaine auparavant.

Ils avaient quitté le village de Myranael avec précipitation, après qu'il s’était battu avec son frère. Yamaël ne savait pas exactement ce qui s'était passé. Nathanael avait tenté de l'étrangler, et la chaleur de ses mains contre ses branchies lui avait rapidement fait perdre connaissance. Il s'était réveillé deux jours plus tard avec l'impression d'avoir avalé un sac de sable, des maux de crânes à faire fuir un jawack, et la sensation étrange d'être une poupée de chiffon.

Reseph s'était alors chargé de lui raconter sommairement ce qui était arrivé. Apparemment, en voyant son frère quitter la forge précipitamment, Myranael avait voulu lui parler, lui faire entendre raison… au lieu de quoi il l'avait surpris agenouillé sur un Yamaël déjà inconscient, les mains crispées sur sa gorge. Autant dire que, désormais, les jumeaux ne risquaient plus de se reparler de si tôt !

Depuis, tous quatre avaient embarqué pour Port Meirion, où ils logeaient à présent depuis trois jours. Leur chambre, de dimensions modestes, était néanmoins chaleureuse et accueillante, ce qui était un minimum vital dans leur cas. Le petit groupe, salement amoché, avait même effrayé le patron, le premier soir, et la serveuse avait faillit s'évanouir en les voyant arriver blessés et crottés. Imaginez : une elfe sylvestre, l'épaule démise, portant sur son dos un elfe noir inconscient et accompagnée non seulement du frère de l'elfe en question –lequel arborait un œil violacé- mais aussi d'un elfe aquatique muet, le cou marqué par des brûlures… il y avait tout de même de quoi être surpris ! Mais au moins, désormais, ils étaient tranquilles, et pouvaient se reposer.

L'elfe aquatique passa un linge humide sur le front en sueur de son amant et repoussa une mèche de cheveux égarée sur sa joue. Sa respiration était calme, sereine, comme s'il avait lui aussi sentit qu'ils étaient désormais en sûreté.

Le bleu poussa un soupir. Qu'allaient-ils faire désormais, tous les trois ? Reseph, depuis leur arrivée, ne cessait de leur reprocher à Nalissie et lui de ne pas chercher de travail. Aucun d'eux n'avait encore eu le courage de lui expliquer qu'ils ne comptaient pas rester à Port Meirion. Ils étaient encore trop près. Trop près des elfes noirs, et trop près des elfes bleus. Si l'une ou l'autre de ces races venait à les découvrir… mieux valait ne pas y penser.

Nalissie se leva de sa chaise et prépara de quoi faire du feu : ils préféraient pour le moment dîner dans leur chambre plutôt qu'en salle, l'ambiance là-bas étant encore trop fatigante pour eux. Passer une soirée entourés de bruits et de regards hostiles était encore au-dessus de leurs forces. Après quelques manipulations hasardeuses, l'elfe sylvestre se vit contrainte de renoncer pour la énième fois à allumer le tout. Elle n'était décidément pas faite pour allumer un feu. Une histoire de sang, sans nul doute…

Heureusement, Reseph ne tarda pas à revenir. Il se chargea d'allumer le feu et de faire cuire la nourriture. Une fois le repas avalé, chacun gagna sa couche et tous dormirent d'un sommeil de plomb.

o0O0o

"Mort."

"Ici aussi !"

"Pas de survivant de ce côté non plus, Akmer."

Akmer de Fingen baissa la tête et joignit les Mains.

"La terre accueille leurs âmes."

Sept fées, douze centaures et quatre elfes : les Najas du désert avaient fait en tout vingt trois victimes dans une escorte qui, deux heures auparavant, comptait un peu plus d'une cinquantaine de membres.

La caravane d'Akmer était en piteux état : les chariots, placés en cercle, étaient criblés de flèches et de taches de sang pas encore sèches, et les marchands, massés au milieu de leurs cargaisons, tremblaient comme des feuilles. Intérieurement, il maudit la race cousine de la sienne qui menait la vie dure aux convois de marchandises qui traversaient le désert. Il secoua la tête, agitant sa longue chevelure sanglante et la barbe assortie, puis glissa sur le sable jusqu'au Chevalier-Dragon qui commandait sa garde.

"Pensez-vous pouvoir tenir jusqu'à la prochaine ville ?"

Le Chevalier était direct, et ne s'était jamais embarrassé des formules de politesse, encore moins du protocole, aussi Akmer les laissait-il également de côté.

C'était une elfe des sables, rude, forte, et habituée à commander des soldats, comme toutes celles de sa race. Comme toutes les femmes Elfes du désert, elle portait de solides vêtements de toile, aptes à supporter les violentes rafales de vent et de sable, et de hautes bottes de cuir renforcées de métal aux genoux. Sa tunique pourpre brodée d'un Dragon de fil blanc, uniforme de son ordre, tombait avec négligence sur son ample pantalon de toile brun, et la coiffe de tissu commune à tout ceux qui traversaient le désert était rejetée sur ses épaules. Son regard, du rouge sombre des bons vins, était fixé sur l'horizon, ignorant les mèches de cheveux qui lui balayaient le visage. Elle portait, comme il se devait, la coiffure des chefs : cheveux très courts derrières, tombant sur la taille à l'avant.

"Les réserves d'eau n'ont pas été touchées," constata-t-elle. "Celles de nourriture en revanche on sérieusement diminué. Vingt-trois bouches de moins, ce n'est pas suffisant pour équilibrer. Il faudra rationner."

Une petite fille en jupons colorés et aux longs cheveux noirs tira sur la manche du chevalier.

"Dis madame, c'est vrai qu'on n'a plus à manger ?"

"Nous avons encore à manger, ne t'en fait pas. Nous en avons simplement moins qu'avant."

La fillette repartit vers la roulotte de son père, rassurée, et le chevalier en profita pour lancer un regard furieux à Akmer.

"Où étaient vos Nagas pendant l'attaque? Je n'en ai vu aucun."

"Mes hommes sont des marchands, pas de guerriers," répondit Akmer.

"Foutaises. Ils savent manier le bouclier et le gourdin, ils auraient dû se battre plutôt que de pisser de peur auprès des jupes de leurs femmes !"

Sous le coup de l'insulte, la queue de serpent d'Akmer souleva l'Elfe par le cou, et elle ricana.

"Vous oubliez qui je suis, Akmer."

L'oubli du protocole n'était pas toujours le signe d'une amitié profonde.

Le Naga relâcha sa prise et la femme regagna le sol avec un stoïcisme parfait, exactement comme si rien n'était arrivé.

"En douze traversées, jamais je n'ai vu vos couards prendre part à la moindre escarmouche, pourtant nous savons tous les deux qu'ils sont parfaitement capables de se battre. L'Ordre ne défend pas ceux qui ne tiennent pas à leur propre vie, les Nomades non plus, et je m'y refuse à titre personnel également. Trois raisons pour lesquelles vous vous passerez de moi sitôt que nous serons arrivés à port Meirion. J'en ai assez de voir mes hommes mourir à la place de vos lâches."

Akmer regarda sans rien dire le chevalier s'éloigner. Il n'aimait pas cela, mais devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort.

Il fallut trois semaines à la caravane pour atteindre port Meirion, et encore quatre avant de trouver un remplaçant pour le chevalier Kreya.

Pour sa part, elle ne se souciait plus de leur sort et prit une chambre dans une bonne auberge du centre ville. Elle venait de passer trois semaines éprouvantes et comptait bien se dédommager en festoyant. Elle n'avait pas beaucoup d'argent sur elle, mais ce n'était pas important : l'Ordre des dragonniers réservait et payait une suite au moins dans chaque auberge du continent, repas compris : elle n'aurait pas à débourser le moindre sou. Aussi, après avoir vérifié que Ta'an, son Dragon Rampant, était bien installé aux écuries, elle s'installa confortablement et dormi comme une pierre.

Le lendemain matin, elle se réveilla au moins deux heures après le soleil ce qui, à ses yeux, était tard. Pour le petit-déjeuner, elle choisit de festoyer, et ne s'arrêta de manger que lorsque les lanières de cuir tressé de sa ceinture commencèrent à gémir à chacun de ses mouvements.

Après quoi, elle décida qu'il était grand temps d'aller se dégourdir les jambes et elle gagna la rue. Au passage, elle bouscula un elfe Noir, mais il disparut avant qu'elle ne puisse s'excuser. Elle avait choisit de se diriger vers le sud-Est de la ville, qui constituait le port proprement dit, et longeait les quais lorsqu'une clameur stupéfaite transperça l'agitation habituelle. Des bras s'agitèrent, désignant un point dans le ciel. L'objet devait être gros, car on le distinguait nettement malgré la distance à laquelle il se trouvait, et il était suivi d'un long panache de flammes et de fumée noire.

Il y eut une gerbe de lumière lorsque l'objet toucha le sol, plus près qu'on ne l'aurait cru, puis plus rien. Un silence incrédule s'était abattu sur la foule, et on n'entendait plus que le vague murmure de la ville et de ses activités qui, protégée par les murs des maisons, n'avait rien remarqué. Brusquement, Kreya eut l'impression qu'on lui lançait un gourdin dans l'estomac et elle fut soufflée un bon mètre en arrière, atterrissant ainsi sur un elfe à la pâleur plus qu'inhabituelle qui fut, à son tour, projeté à terre dans la poussière.

"Nom d'un Fileur décoloré, mais qu'est-ce que c'était que ça ?"

"Une onde de choc," répondit l'elfe sous elle. "Puis-je me relever ?"

Le Chevalier-Dragon se redressa avec précipitation, et détailla son interlocuteur. Il était plus grand qu'elle d'une bonne douzaine de centimètres, et extrêmement pâle. Sa peau diaphane semblait douce, et sa longue chevelure d'un blanc nacré faisait paraître sa tunique presque terne en comparaison. Quant à ses yeux… ! Ils auraient captivés n'importe qui : d'un bleu intense, clairs comme du cristal et pourtant aussi forts qu'un ciel d'été, ils semblaient voir au plus profond des choses, et non simplement en leur surface.

On s'agitait plus que de raison, sur la gauche, et Kreya saisit ce prétexte pour se détourner de ces yeux qui la mettaient mal à l'aise.

"Que se passe-t-il ici ?"

Sa voix sèche et habituée à commander ramena un semblant de calme parmi les badauds, sans toutefois supprimer la nervosité ambiante.

"Quelqu'un est tombé à l'eau, madame !"

A cet instant précis, une main d'un brun de terre humide agrippa le rebord du quai, et une elfe sylvestre émergea, trempée et suffocante. Ses cheveux vert pousse, originellement remontés en chignon sur sa nuque, lui pendaient dans les yeux et dégoulinaient sur sa tunique noire. Elle était couverte d'algues.

"Tout va bien ?" l'interrogea Kreya.

"J'ai connu de meilleures périodes. Nom d'un chêne tordu, qu'est-ce que c'était que ça ?"

La femme ôta ses bottes et les vida de l'eau qu'elles contenaient, avant d'essorer tant bien que mal sa tunique.

"Comme je l'expliquais à madame tout à l’heure, c'était une onde de choc."

"Tiens donc? " s'étonna Kreya, "M'auriez vous suivie ?"

C'était l'elfe aux cheveux blancs.

"Je crains fort de n'avoir rien de mieux à faire, ma dame."

"Mon titre est celui de Chevalier. Regardez ma tunique, c'est pourtant évident."

"C'est à dire, Chevalier, que je n'ai pas le loisir de vous voir."

Kreya se gifla mentalement, mais ne dit rien. Que répondre ? Que ce n'était pas écrit sur son front ? Elle avait son caractère, mais son uniforme l'obligeait tout de même à une certaine retenue !

"Veuillez pardonner ma méprise," finit-elle par lâcher. "Je suis le Chevalier Dragon Kreya, du Royaume des Sables."

"Duc Leoran d'Axibion. Et vous, mademoiselle ?»

L'elfe Sylvestre acheva de rattacher son épaisse chevelure au moyen d'un cordon de cuir puis, avec une révérence d'homme, elle se présenta :

"Nalissie Arbianta Kalarin Elphiron, Princesse des elfes Sylvestres, Marquise de Sarmoride et Duchesse d'Anklamide. Pour vous servir, monsieur le Duc."

Leoran avait-il perçu la moquerie dans le ton de la princesse ? Son visage, en tous cas, ne cherchait pas à dissimuler son amusement. Elle ne semblait pas agir méchamment, mais son ton pouvait laisser croire le contraire.

"A présent que les présentations sont faites," reprit-elle avec sérieux, "l'un d'antre vous saurait-il ce qui vient de tomber ? Je n'ai jamais rien vu de tel, même lorsqu'un rocher tombe du ciel."

"En effet, "approuva Kreya. "Il y avait bien trop de fumée, ça n'est pas normal."

"C'est décidé, j'y vais."

La princesse tourna les talons, et Kreya l'imita. Par une série de ruelles, elle traversa la ville plus rapidement que l'Elfe Sylvestre, bien qu'elle fit son possible pour ne pas perdre le duc qui, allez savoir pourquoi, avait décidé d'accrocher ses pas aux siens. Là, elle sella Ta'an et partit au galop dans la direction approximative de l'impact.

Les Dragons rampants se chevauchaient à genoux, ce qui faisait que le cavalier se situait assez bas, y compris par rapport aux gens assis. Cela, plus les hautes herbes qui poussaient aux alentours de la ville contribua à empêcher le chevalier de remarquer le chat sauvage qui la doublait, emportant la princesse sylvestre avec lui.

Il lui fallut environ une heure pour arriver à destination. Un énorme amas de métal et de fils d'une matière inconnue (2) dégageait une odeur âcre et irritante de chair brûlée, mêlée à une autre senteur, presque plus horrible encore. La chose était suffisamment énorme pour contenir deux ou trois elfes sans trop de difficulté, si toutefois elle était creuse. Kreya et Nalissie mirent pied à terre au même moment, et s'avancèrent d'un même pas en direction de la chose tombée du ciel.

"Avez-vous déjà vu pareil phénomène ?" interrogea Nalissie tandis que Leoran, qui les avait suivies à dos de gryffon, humait l'air avec dégoût.

"Jamais, princesse." Kreya contourna l'amas encore fumant et constata qu'il s'était enfoncé dans la terre avec la facilité d'un couteau dans le beurre, projetant des éclats aux alentours. "J'ai vu des pierres tomber du ciel, mais jamais d'objet fait de métal. Encore moins de cette taille."

"Il y a quelque chose à l'intérieur," fit remarquer Leoran après quelques minutes de humage.

"Pas un animal, tout de même !" s'écria Nalissie.

"Non princesse. Cette créature a une odeur très proche de celle des elfes. Mais elle n'est pas d'une race que je connaisse."

"Comment peut-on avoir l'idée de tenter de naviguer dans des choses en métal ?" s'interrogea Kreya à voix haute. "Avec si peu de jugeotte, il ne faut pas s'étonner qu'il se soit écrasé."

Il y eut un haussement d'épaules collectif, avant que le trio ne décide de retourner en ville. Après tout, comme l'avait fait remarquer Leoran, il ne servait à rien de rester à faire des suppositions, ils n'y verraient pas plus clair. Ce fut ensemble, cette fois, qu'ils reprirent la route.

"Puis-je vous offrir de vous joindre à mes compagnons et moi-même pour dîner ?" interrogea Nalissie alors que les lumières de la ville leur parvenait par les ouvertures de la barricade. "Je gage qu'ils voudront savoir ce qui s'est passé, et votre aide me sera précieuse pour n'omettre aucun détail."

Leoran hésita quelques instants avant d'accepter avec politesse. Kreya fit savoir son accord d'un petit hochement de tête.

o0O0o

"Lieutenant ! Lieutenant !"

"Quoi ?"

Lee-Ann détestait être interrompue lorsqu'elle prenait sa pause. Encore plus lorsqu'elle la prenait en compagnie de sa fille, Laury-Ann.

"C'est à propos de la navette, mon lieutenant."

Lee-Ann Phelps soupira. Elle avait bien senti, en renversant son café ce matin-là, que ce n'était pas son jour. Mais tout de même, elle avait espéré qu'on lui laisserait passer son trente-troisième anniversaire en paix avec sa fille. Cela dit, il semblait à présent que, pour l'équipage, peu importait qu'on fût le 18 Mai, du moment qu'elle était à portée de voix. Il fallait penser à modifier ça. Lee-Ann se leva et, après avoir rassuré sa fille, s'éloigna de quelques pas.

"Qu'est-ce qui s'est passé ?"

"Les appareils électroniques ont lâché. Il semble qu'ils aient cédé face à une quantité d'ondes trop importante, mais nous ne sommes pas en mesure de le savoir précisément pour le moment."

"Et les pilotes."

Le soldat baissa la tête, et Lee-Ann soupira. Elle allait devoir laisser Laury en plan, finalement.

"Faites prévenir les familles. Assurez-vous qu'ils soient correctement récompensés, et dites à l'équipe de tenir une navette de l'ancien Temps prête à décoller. Je vais demander l'autorisation nécessaire à mes supérieurs."

"Oui madame."

L'homme claqua des talons et s'en retourna au pas cadencé. Derrière elle, Lee-Ann entendit sa fille se lever.

"Tu vas devoir partir maman ?"

"Oui ma chérie. Tu me garderas du gâteau, d'accord ?"

o0O0o

"Yamaël n'est pas là ?" interrogea Nalissie.

L'elfe noir en face d'elle ne daigna pas lever les yeux et ne lui répondit que par un vague grognement qui pouvait vouloir dire à peu près n'importe quoi. Kreya sentit Leoran se crisper derrière elle, et elle-même ne fut pas loin d'en faire autant. Certes, elle n'était guère friande de toutes ces règles protocolaires mais, indépendamment du rang de l'elfe sylvestre, il y avait un minimum de politesse à avoir, non ?

"Il discute de votre départ avec My."

Le ton employé ne laissait aucun doute sur la 'bonne' opinion de l'elfe concernant ce départ. Nalissie soupira et, semblant oublier ses deux invités, s'assit face à son interlocuteur, repoussant absentement les pieds qu'il avait déposé sur la table.

"Dis moi Reseph… tu espérais vraiment que nous allions rester vivre ici avec toi ?"

De nouveau, la réponse se limita à un grognement indistinct.

"Yam et Myra sont en danger ici. Si ton peuple ou celui des bleus les trouve… quant à moi, je dois rentrer chez moi. J'ai des devoirs à assumer."

"Vous auriez au moins pu me le dire, non !"

"Il vrai que nous avions tous les deux extrêmement hâte de te voir dans cet état," soupira la princesse.

"Je te conseille d'arrêter ça tout de suite" s'emporta l'elfe noir, "ou sinon je…"

Une claque à l'arrière du crâne le fit taire.

"Tu rien du tout. Un peu de respect pour les femmes, et encore plus pour mes amis. Ce n'est pas à toi de décider de ce que nous pouvons faire ou non."

Le nouveau venu, un autre elfe noir, saisit une chaise à côté de Nalissie et s'y laissa tomber avec un soupir, l'air épuisé par le simple fait d'avoir descendu les escaliers. Ce fut à ce moment que la princesse se souvint qu'elle avait des invités et se tourna de nouveau vers Kreya et Leoran.

"Veuillez me pardonner mon manque de savoir-vivre," s'excusa-t-elle, apparemment sincère. "Je me laisse entraîner dans la conversation et j'en oublie mon éducation ! Je vous en prie, prenez place."

Ni le Duc ni le Chevalier ne se firent prier, et ils prirent chacun un siège entre Nalissie et le dénommé Reseph. Lequel les salua sans grand enthousiasme, mais avec politesse et déférence.

"Mes amis," annonça la princesse, "je vous présente le Chevalier Kreya, et Messire Leoran, Duc de… Duc."

Elle ne prit pas la peine de chercher à se souvenir de quoi Leoran était le Duc exactement, ce qui conduisit Kreya à penser qu'elle se souciait aussi peu du protocole qu'elle en avait l'air.

"Chevalier, Duc, je vous présente mes amis et compagnons de voyage : Myranael Tlisk et son frère, Reseph, tout deux forgerons du Royaume des Flammes. Et notre… Ou est Yamaël ?"

"Juste ici."

Kreya se retourna pour voir apparaître un Elfe aquatique à la peau bleue électrique et aux cheveux d'un rose plus que vif. Après avoir déposé les plateaux chargés de nourriture qu'il avait amenés du comptoir, il saisit une chaise et, ayant salué la tablée, s'installa entre Nalissie et Myranael, face à Leoran.

"Je me nomme Yamaël Noliros. Enchanté de faire votre connaissance à tous les deux."

A moins d'être aveugle lui aussi, il ne pouvait avoir manqué l'uniforme de Dragonnier de Kreya, et c'était donc volontairement qu'il avait laissé de côté les titres. Si au début, Kreya en fut grandement irritée, elle finit par jurer intérieurement. Après tout, si cela leur chantait… elle préférait ça.

"Bien," annonça-t-elle après avoir avalé une gorgée de bière. "Sans-doute vais-je vous paraître particulièrement grossière et indiscrète, mais j'aimerais beaucoup savoir comment quatre personnes aussi différentes ont put choisir de voyager ensemble."

On lui répondit par un éclat de rire collectif et l'on trinqua à sa santé. Puis, Myranael, l'elfe noir aux yeux bleus, prit la parole.

"C'est, je le crains, une longue histoire," prévint-il.

Kreya haussa les épaules.

"Je suis une elfe du Désert. Les longues histoires font partie de ma culture."

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(1) Véridique.

(2) Du plastique.



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