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Auteur: Sweet Amaryllis
Disclaimer: Ils sont à moi! MOI MOI MOI! Gnahaha. Bref, Camael m'appartient, ainsi que le garçon aux yeux clairs, et le présentateur aussi pendant qu'on y est. :) Cette histoire m'appartient également. Trop la teuteuf.
DEDICACE: A Littlething, parce qu'on va jamais s'arrêter d'en faire lol!! Tes remerciements m'ont fait rougir, et l'histoire qui a suivi m'a prise à la gorge. Pour ma part, je te dédicace cette histoire d'amour, qui est d'un genre "un peu" différent de la tienne, puisque, euuh, je n'ai jamais rien écrit d'aussi gné... euh, excuse me, niais. Ahah. (en même temps il fallait bien compenser avec tes deux fics lol) J'ai un peu honte mais bon, je suis censée être en pleine période de révision, alors si ça pue du cul, j'y peux rien, c'est parce que mes neurones sont allés exploser ailleurs. :p Biyous!!
Lie to me, say that you need me
That's what I wanna hear
That is what, what makes me happy
Hoping you'll be near
All this time, how could I know
Within these walls, I can feel you
Another Day goes by, will never know just wonder why
You made me feel good, made me smile
I see it now and I can say it's gone
That would be a lie
Cannot control this, this thing called love
(extrait de Another Day, Lene Marlin)
Slow(ly)
L’homme hésite à répondre à la question que l’on vient de lui poser. Il semble prendre une inspiration pour parler, s’interrompt finalement, remue inconfortablement sur son siège et se contente de murmurer :
« Probablement.»
Le présentateur se racle la gorge, note dans un coin de sa tête que son invité ne semble pas apprécier non plus que l’on tente d’analyser sa musique et passe à la question suivante :
- Votre musique a radicalement changé ces dernières années, et certains de vos détracteurs l’accusent d’avoir perdu la richesse et l’étrangeté unique qui ont fait son succès à vos débuts. Qu’en pensez-vous ? Pouvons-nous supposer que cet état de fait est à rapprocher d’un événement quelconque de votre propre vie ?
Encore une fois, l’homme parait gêné.
- Je… J’imagine.
La réponse déstabilise un peu plus encore le présentateur, mais son professionnalisme empêche que cela ne se remarque. Il traite mentalement d’imbécile la star de troisième catégorie qu’il a en face de lui ce soir. Il n’y a rien à dire de sa musique ? Pourquoi est-il venu alors ?
Après réflexion, il se souvient qu’on le lui a dit un peu avant le début de l’enregistrement de l’émission : cet homme n’avait aucune motivation pour venir, « on » le lui a juste « conseillé ». Star à vingt ans, adulé de tous mais surtout de toutes, talentueux comme pas deux, sa musique avait soudainement perdu toute attractivité après trois ans de célébrité et d’adoration. Du jour au lendemain son invité avait sorti un album absolument creux. Inconséquent, pour ne pas dire mauvais. Hué par les critiques, rejetés des mélomanes dont il était l’idole il n’y avait pas si longtemps, les seules qui lui étaient restées fidèles étaient de stupides petites groupies qui n’avaient d’yeux que pour son physique d’ange. « L’Ange des ténèbres », qu’elles l’appelaient. Hmpf. Sa boîte de prod’ l’avait sûrement en travers de la gorge. Elle avait sans aucun doute tenté de le faire revenir à son talent et sa créativité d’antan, mais, au vu des albums qui avaient suivi, sans succès. Aujourd’hui, leur dernier espoir est sans aucun doute de le faire interviewer, afin d’essayer de relancer sa carrière en créant l’évènement.
Une. Interview. Car l’homme qui porte le nom d’un ange sur scène, « Camael », n’a jamais accordé d’interviews de sa vie. Et cela n’a fait que redoubler l’intérêt que lui porte le public.
Ainsi, la chaîne de télévision pour laquelle il travaille a été ravie d’avoir été choisie pour cette étape décisive, et ainsi, le présentateur se DOIT de bien mener son affaire.
Il est manifeste que l’homme qui lui fait face déteste être ici, cependant, et il ignore comment faire changer le cours des évènements en sa faveur.
- Bien, passons à une autre question posée par une personne du public.
Le musicien ne réagit pas, il semble préférer se dissimuler un peu plus derrière les longues mèches noires et lustrées qui lui tombent sur le visage.
La caméra se braque sur une femme qui tend le micro à une autre personne, dans l’ombre. La personne saisit le micro et se lève, s’avançant dans la lumière, comme on lui a dit de le faire. Elle descend parmi le public jusqu’à se retrouver sur le plateau. On lui indique une place sur un sofa aux couleurs chatoyantes et à l’aspect confortable. L’émission aime intégrer le public à son plateau, c’est plus « convivial ».
Le musicien relève alors la tête. Il tressaille, mais ça ne se voit pas. Il plonge ses yeux sombres dans ceux du jeune homme qui lui fait face.
Un garçon frêle, comme à peine sorti de l’adolescence. Beau, mais personne n’y fait attention pour l’instant, puisque c’est lui, le clou du spectacle.
On invite le jeune homme à parler.
La voix s’élève alors, un peu tremblotante, mal à l’aise, tandis que le garçon chasse une mèche crème de son visage fin.
Leur regard ne se détache pas.
« On dit qu’au début de votre carrière, vous aviez quelqu’un dans votre vie, et que vous l’aimiez. »
Des murmures parcourent le public. Une femme ? Mais on ne le savait pas !
La voix devient un peu plus assurée.
« Comment se fait-il alors, qu’on vous ait vu si souvent chuchoter des mots d’amour aux spectatrices lors de vos concerts durant la même période ? Votre moitié ne se sentait-elle pas trahie ? N’était-elle pas furieuse ? »
Le présentateur, une fois de plus, est contrarié. Qu’est-ce que ce genre de questions viens faire ici ? Il a une réputation à tenir. Il va falloir couper cela au montage. Il ne comprend pas qu’on ait laissé ce jeune homme venir poser sa question.
« Excusez-moi, mais il s’agit d’une émission de musique, je suis navré.» dit-il au garçon, essayant de lui faire comprendre que sa question n’a rien à faire là.
« Laissez. » Un murmure du musicien.
Le présentateur s’interrompt, sourcils froncés.
L’autre homme se retourne vers le garçon.
« Je ne la trahissais pas. »répond-il.
De nouveaux murmures s’élèvent.
« Je l’aimais. Je l’ai toujours aimé. »
L’autre tique, puis paraît attendre, mais il n’en dit pas davantage. Alors son regard se fait plus acéré, et une légère tension semble s’emparer de son corps.
« Vraiment ? Et elle, elle vous croyait, cette personne qui partageait votre vie ? »
« Il prend vraiment ça à cœur » pense le présentateur, perplexe. « Ce petit va me pourrir mon émission. »
« J’avais toujours les doigts croisés dans mon dos, toujours. Je n’ai jamais dit un seul ‘je t’aime’ à quelqu’un du public sans les croiser. Toujours. » La voix semble moins neutre, moins placide, à mesure que le musicien parle.
Le présentateur commence à saisir l’intensité de l’instant, et décide de se taire. Comme les autres, il suit l’échange des yeux.
« Ce sont des mensonges » dit l’autre.
Dans la salle à présent silencieuse, tous sursautent.
« Je m’en suis fait détester. »
« Elle n’était pas dupe. Elle ne vous croyait pas. Elle vous hait, probablement. »
« Probablement. » acquiesce l’autre, la voix à nouveau dénuée d’émotion. Mais le regard sombre est troublé.
« C’est étonnant, qu’une grande star comme vous, que tous acclament, que l’on prendrait presque pour un ange, soit un tel salaud dans la vraie vie, n’est-ce pas ? » Le jeune a dit ça sur le ton de la conversation, mais ses yeux lancent des éclairs.
Le présentateur est perdu. Que doit-il faire ? Intervenir avant que cela n’aille trop loin ? Il entend le public s’indigner. De l’insolence du jeune ? Des révélations sur leur idole ? Il ne sait pas. Il y a quelque chose dans la scène qui se passe sous ses yeux, de suspect, d’étrange.
Le musicien, lui, a juste baissé le regard. Il est si jeune, et pourtant, ses épaules voûtées semblent appartenir à un vieillard. Son corps parle pour lui : c’est un homme qui souffre, et ça, ça fait de l’audience. Le présentateur est rasséréné, et commence même à être un peu excité : il ne sait pas ce qu’il se passe, mais ça promet!
Puis Camael relève la tête. L’homme qui détestait parler de lui, qui n’exprimait rien, sauf par la musique. Il dit, simplement :
« Elle me manque. »
Le public retient son souffle, se demande de quoi l’autre va encore pouvoir l’accabler.
Le jeune homme a un rictus à ces mots. Il répond, venimeux :
« Je suis sûre que vous ne lui manquez pas, vous, à votre ancienne moitié. Comment peut-on croire quelqu’un comme vous ? Elle a sûrement refait sa vie ailleurs. Vous ne lui avez jamais rien montré, jamais rien prouvé. Vous avez toujours été distant. Elle vous hait. »
Le présentateur s’agite, son excitation retombe un peu, le garçon ne sait plus ce qu’il dit, est-on sûr qu’il n’est pas fou ? Il doit être l’un de ces fans dont l’idolâtrie va jusqu’à la pathologie. Il commence à s’inquiéter.
« Vous ne me croyez pas ? » demande le musicien, mais ce n’est même pas une question, à peine un murmure, le retour au neutre, à l’indifférence. A la froideur…
L’autre se contente de ricaner. Un regard qui semble reprendre vie, il aurait presque l’air blessé.
« Je l’aime toujours, vous savez. » La voix tremble. « Voulez-vous que je vous le prouve ? »
L’autre lève les yeux vers lui, et a un nouveau rictus. Qui disparaît alors que son interlocuteur se lève. Et alors, pour la première fois sur le visage du garçon qu’on imaginait déjà voué à n’exprimer que la moquerie ou le désabusement, se lit une certaine incompréhension. Incompréhension qui se mue en peur. Le jeune homme a un mouvement de recul.
L’autre s’avance. Camael s’avance vers lui.
Les cœurs semblent rater un battement. Tellement de questions. Que va-t-il faire ?
Soudain, tout semble disparaître autour de ces deux-là. Le présentateur ne se sent plus exister, le public s’oublie lui-même.
Et sans que personne ne comprenne ce qu’il se passe, ce qu’il va se passer, ni le sens caché de la scène qui se déroule sous leurs yeux, Camael se penche sur le garçon qu’il a atteint, et l’embrasse, le plus simplement du monde.
« Je t’aime. »
Et il l’enlace.
L’autre ne réagit pas. Nul ne réagit. L’attente est insupportable.
Et enfin…
Un chuchotement :
« Tu mens. »
Le garçon aux cheveux crème et aux yeux bleus semble revenir à lui. Il y a de la haine dans son regard. Comme une peur irrépressible aussi. Il tremble. Ses yeux brillent. Le public semble suspendu à leurs lèvres, à eux deux. Ils sont encore hors de la réalité.
« Je t’aime. »
Les deux mots retentissent encore dans la salle, l’adolescent, le plus clair, veut dénier, mais il pleure.
Puis il comprend qu’ici et maintenant, son ancien amant vient de prendre le risque de gâcher sa carrière par le scandale qu’il est en train de créer, par amour pour lui.
Et il le hait, parce qu’il était celui qui était venu pour ruiner définitivement sa carrière et qu’il sait (croyait) que l’homme n’avait rien de plus précieux au monde que sa merveilleuse musique.
Il sent les bras de l’autre se resserrer convulsivement autour de lui, et il comprend qu’il a peur, au moins aussi peur que lui. Et il le sait parce que personne ne l’a jamais mieux compris que lui, parce que Camael a toujours été le plus fragile et le plus vulnérable d’eux deux.
Alors il se relève et le prend dans ses bras, comme s’ils étaient seuls au monde, et quelque part c’est vrai, depuis que son monde s’est à nouveau réduit à Camael. Camael, qui comme toujours, retient ses larmes, mais il les sent contre lui, comprimer sa gorge, ses poumons.
Il ne pensait pas qu’il avait pu autant lui manquer.
Il lui en avait tellement voulu de toujours dire aux autres ces mots qu’il n’avait jamais prononcés pour lui. Dans le show-biz de la musique, même un homme comme le sien devait séduire son public, et il le savait pertinemment, mais il était juste parti dans l’espoir que Camael vienne le récupérer, et enfin lui dise ces mots dont l’absence lui faisait si mal au cœur, mais il n’était jamais venu, et il avait fini par croire qu’il ne l’avait jamais aimé. Il l'avait haït pour ça.
L’adolescent glisse une main dans le dos du musicien et détache son micro. Ensuite, il chuchote dans son oreille des milliers de mots qui semblent tantôt doux, tantôt amères puis se détache de lui, le prend par la main et le guide vers les coulisses, comme l’enfant désorienté qu’il est.
Sur le plateau, chacun semble sortir de sa torpeur, et dans un sursaut, le présentateur annonce la pub.
Des chuchotements commencent à s’élever dans la salle, puis on parle de plus en plus fort, des éclats de rire, de voix, incrédules s’élèvent de part en part du public jusqu’à ce que finalement un brouhaha assourdissant se fasse entendre.
Le présentateur quant à lui, tout en se remettant de sa surprise, commence à se réjouir de la situation. Un tel coup de théâtre, ça avait dû faire une audience monstre! Il est même ravi.
A chacun sa réaction dans la sphère du public, on discute avec entrain de l’histoire d’amour de ces deux hommes, venue renaître sur le plateau télé d’une émission très regardée, que l’on se réjouisse ou que l’on en médise, il y a quelque chose d’inéluctable.
Inéluctables sont les caresses qu’ils se donnent en coulisse, à la redécouverte du corps de l’autre, leur élément manquant. Ils ne vont pas faire l’amour ce soir, ils vont fuir les fauves de l’arène dans laquelle, bon gré malgré, ils se sont donnés en spectacle et qui vivra verra ce qu’il adviendra des deux amants.
On ignore si la carrière de Camael s’est achevée pour de bon ce soir-là, mais dans la nuit, loin de la ville, le musicien chante et joue pour son amant, et sa musique n’a jamais été plus profonde et plus belle.