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Author: Meanne77
Fiction Rated: T - French - Angst/Adventure - Reviews: 3 - Published: 06-20-06 - Updated: 06-20-06 - Complete - id:2196279

Titre : Wyrd
Auteur : Meanne77
Claimer : eh bien, les personnages sont à moi, je suppose… (difficile à dire, vu le peu d’info que j’ai sur eux ! :D)

Note : le « å » (« a rond de chef ») correspond pour nous à un son « o » assez ouvert, comme dans « fort », « loge », etc. (et pas comme dans « mot » ou « auto »). On le retrouve parfois remplacé par « aa », mais je trouve ça encore plus trompeur pour la prononciation. Pål se prononce donc vaguement « Paul », avec le son « au » allongée, ou quelque chose comme ça. Je dois vous avouer que je n’y arrive pas très bien moi-même ! :D

Autre note : abus honteux de virgules dramatiques… :D (Shakes comprendra)

(Écrit et achevé les 8 et 20 juin 2006)

Wyrd

Pål sait qu’il ne pourra plus courir très longtemps, déjà il puise dans ses dernières forces. Seule la main de Sven dans la sienne et la fermeté qu’il met à ne pas le lâcher le fait avancer. Sven court pour deux, Pål le suit par automatisme, ne regarde même pas où ils vont, son univers s’est réduit au dos de Sven devant lui et à leur respiration erratique. Pål a un goût de sang dans la bouche ; il a trébuché tout à l’heure et s’est mordu la langue. Sven n’a même pas ralenti et Pål a cru un instant qu’il allait lui arracher le bras. Mais la douleur a du bon, elle lui fait presque oublier les cris autour d’eux et les bruits de pas, lourds et qui battent le sol, qui se rapprochent d’eux.

La peur, par contre, ne le quitte pas. Pål a envie de pleurer. Son souffle trop court l’en empêche, les larmes restent coincées dans sa gorge.

Ils s’arrêtent, tout à coup, et Pål manque de peu de rentrer dans Sven. L’espace d’un battement de cœur – trop rapide – Pål accueille avec bonheur ce répit. Mais loin de récupérer quelques forces, l’épuisement ne fait que le rattraper. Tous ses membres se mettent à trembler, ses jambes menacent de le lâcher à chaque seconde qui passe. Pål sait qu’il ne pourra pas repartir.

« Sven… »

Sa voix est si faible que lui-même doute de l’avoir entendue. Ses oreilles bourdonnent, sa tête lui semble plus grosse et trop lourde pour ses épaules. Sa langue aussi a triplé de volume et ressemble à un morceau de bois sec dans sa bouche. Dans sa gorge, les larmes ont cédé la place à son cœur et à une envie de vomir.

« Sven…

­– Chuuut… Ils sont tout près. »

Pål s’est trompé, les larmes n’ont fait que lui monter aux yeux.

« Sven… Je peux plus… »

Il sent ses jambes s’affaisser et anticipe avec plaisir le moment où il se sera écroulé pour de bon. Mais cette fois encore Sven l’oblige à rester debout. Il le prend contre lui, un bras passé autour de la taille le maintient de force en place. Son corps est brûlant. Pål se rend alors compte qu’ils se trouvent dans la niche du seuil d’une maison, appuyés contre une épaisse porte en bois. Pål cherche à se fondre en elle, espère pouvoir ainsi disparaître ou devenir invisible, peut-être.

Les pas, les cris se font plus proches, si proches que Pål aurait l’impression d’être sur la grand place un jour de marché si ce n’était pour la peur, la fatigue, l’obscurité qui les entoure et la main de Sven sur sa bouche qui étouffe le gémissement que Pål ne s’est même pas entendu pousser. Quelque chose de salé s’infiltre jusqu’à ses lèvres, la main de Sven se plaque plus fort, l’empêche presque de respirer. Pål se sent pris de hoquets incontrôlables.

« Tais-toi ! » lui intime avec force Sven au creux de l’oreille, et Pål essaie, mais il a mal, il est effrayé et épuisé. Il commence à avoir froid, aussi. Ils sont en vêtements de nuit tous les deux, ils n’ont pas eu le temps de se changer. Il a fallu fuir, vite.

Le vacarme s’éloigne, du moins lui semble-t-il. Difficile d’en être sûr à cause du sang qui lui bat les tempes. Mais lentement, les doigts de Sven s’écartent, le bras autour de sa taille se desserre. Ils attendent, encore. Pål voudrait qu’ils restent ici, ils sont en sécurité dans le noir ; la preuve : les hommes sont passés juste à côté d’eux sans les voir. Mais Sven en décide autrement, et sa main serrant fermement la sienne, ils repartent.

Pål ne comprend pas d’où Sven tire cette énergie.

Sven l’entraîne dans un dédale de rue, Pål fait de son mieux pour suivre, mettre un pied devant l’autre. Il a déjà trébuché deux fois, a failli entraîner Sven dans une chute. Une douleur au flanc gauche, aiguë et juste sous les côtes, est devenue la seule chose dont il ait vraiment conscience. Il s’est remis à pleurer, mais silencieusement cette fois. Il se demande vaguement où Sven les emmène. La plupart des habitants ont fui en direction des bois, plus au nord, mais eux se dirigent vers le lac. Pål ne cherche pas à comprendre, il espère juste qu’ils s’arrêteront bientôt. Même Sven faiblit, il le sent. Sa main est moite.

Un hurlement de femme leur arrache presque un cri à tous les deux. Sven les jette à terre, recouvre le corps de Pål avec le sien, comme s’il pouvait le protéger. Des hommes qu’ils n’avaient ni vus ni sentis, et dont le rire gras et obscène s’élève dans la nuit et au milieu des flammes, sortent d’une maison, tout près. Pål n’a jamais eu aussi peur de toute sa vie mais c’est de sentir le corps de Sven trembler sur lui qui le terrifie le plus.

Les hommes s’en vont. Le plus discrètement possible, Sven les traîne dans un coin d’ombre. C’est la première fois depuis leur départ précipité que Pål voit son visage. Celui-ci est tendu, sale, trempé de sueur. Il ressemble à celui de la vieille Ida le jour de sa mort.

« Pål… écoute-moi attentivement… » Sa voix est rauque, presque comme celle d’un adulte, mais elle n’en a ni la force ni l’assurance. « Quand je te le dirai tu te mettrai à courir aussi vite que tu pourras jusqu’au lac sans te retourner. »

Pål veut refuser mais il ne parvient pas à parler, il ne peut que secouer la tête.

« Si, insiste Sven. Il le faut, Pål. »

Pål referme les doigts sur la tunique de Sven, il nie ces mots comme il veut nier cette nuit. Sven pose un genoux à terre, lui prend le visage entre les mains. Elles tremblent, elles aussi.

« Tu peux le faire, Pål, je sais que tu en es capable. Dès que tu auras atteint le lac tu iras à notre petite grotte, tu sais ? Notre cachette. Une fois là-bas, tu remontras le passage jusqu’à la pointe de la forêt.

– Et toi ?

– Je te rejoindrai dès que possible alors ne m’attends pas. Je saurai te retrouver. »

Pål secoue encore la tête, comme si cette fois cela pourrait convaincre Sven de ne pas les séparer.

« Tiens, prends ça. »

Sven glisse quelque chose de lourd dans sa main. Pål est horrifié en reconnaissant le couteau auquel Sven tient tant.

« Tu vas le garder pour moi, d’accord ? Tu me le rendras plus tard.

– Sven… »

Les bras de Sven se referment autour de lui, Pål ravale un sanglot.

« Rends-moi fier de toi. »

Puis les mains de Sven le saisissent par les épaules, le vont pivoter en direction du lac et après ce qui semble être une éternité bien trop courte, le poussent en avant.

« Cours ! »

Pål court, et ne se retourne pas.

(fin)

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Un petit mot sur le titre : alors que je scribouillais dans le métro, je me demandais aussi si ce texte allait (devait ?) avoir un titre et si oui, lequel ? (Ah, l’éternelle grande question !) Le titre « Les trois cailloux blancs » m’est alors venu à l’esprit sans que je puisse lui donner une quelconque signification ni lui trouver le moindre lien avec le texte (Trois cailloux ? Ça veut dire trois personnages ? Mais Sven est-il seulement l’un des ces trois-là ??) ! Mais j’ai gardé l’idée d’une pierre blanche et ai fait une petite recherche…

Le titre fait référence à la vingt-cinquième rune scandinave, la rune Wyrd. Cette rune blanche (pas dans le sens de la couleur blanche – contrairement à mes cailloux de départ – mais dans le sens « vierge de toute inscription ») symbolise le destin incontrôlable. Et comme je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit dans ce texte, ça m’a paru très approprié ! :D

Par la suite, j’ai bien essayé de réfléchir à un pourquoi du comment et tout et tout mais rien ne m’est venu ; je n’insiste donc pas. La seule chose qui me soit apparu clairement au milieu de l’écriture, c’est que Pål et Sven sont frères (Sven est l’aîné). Et j’en sais toujours pas plus que ça ! Ha ha ha… v.v

Enfin, peu importe en fin de compte, j’avais juste envie d’écrire une scène de fuite… et écrire un peu de narration, aussi, mes derniers scribouillages de fics originales n’étant que du dialogue au moins que ça en soit désespérant (limite inquiétant). Merci à Pål de m’avoir rassurée sur le fait que ce ne soit pas de ma faute, ce sont juste les perso de l’autre histoire qui refusent de faire de la narration !



© Copyright 2006 Meanne77 (FictionPress ID:269796).


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