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Fiction » Romance » Les amours décomposées font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Kestrel21
Fiction Rated: T - French - Romance/Spiritual - Reviews: 6 - Published: 07-05-06 - Updated: 07-05-06 - Complete - id:2205906
Titre : Les amours décomposées

Auteur : Kestrel21

Statut : One-shot.

Genre : Dialogue, yaoï, poème-fic peut-être… ? Et lemon, pourquoi pas ?

Disclaimer : Personnages m’appartenant. Moi pas me faire fric avec pour autant. Baudelaire n’appartient qu’à lui-même et ces poèmes lui appartiennent.

« Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme

Ce beau matin d’été si doux

Au détour d’un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux. »

Baudelaire, « Une charogne »

Alentours de Paris, 12 mai 1863

« - Et bien… je ne m’attendais pas à vous trouvez ici.

- Et je me demande encore ce que j’y fais, je vous l’avoue sans ambages.

- Par pitié, ne prenez pas ce ton si sarcastique ! Je suis en ce qui me concerne ravi de voir que vous avez accepté mon invitation.

- Le contraire eut été étonnant.

- Quoi donc ? Ah, c’est vrai qu’il vous aurait été difficile de résister à votre envie irréfrénable de me voir !

- Hilarant mais non. J’aurais pour ma part pu m’étonner si n’aviez pas été content de me voir arriver.

- Qu’en savez-vous ? Si ça se trouve, j’enrage intérieurement rien qu’à l’idée de passer plusieurs heures en votre compagnie.

- Dans ce cas, votre intériorisation serait aussi remarquable que votre esprit de contradiction. Ce n’est pas ce que vous laissiez apparaître dans votre lettre.

- Je suis content que vous abordiez ce sujet ! Ma lettre vous a donc suffisamment touchée pour que vous acceptiez mon invitation.

- Elle ne m’a pas touchée. Elle m’a révulsée. Et d’y associer ce poème en a encore renforcé mon écœurement, tant il était d’un goût exquis...

- Voilà décidément une réaction que je ne comprendrais jamais. Ces vers sont pourtant d’une beauté qui dépasse l’entendement. Je vous pensais pourtant assez au fait du monde de l’art pour en apprécier la virtuosité.

- Il n’est pas question de distinguer ou non le talent. B. a du talent, c’est incontestable. Ça ne m’empêche pas de blâmer l’écriture de celui-ci.

- Qu’a-t-il donc de si abominable ?

- Le sujet, les sous-entendus. Et surtout dans ce cas précis, le fait que vous me l’ayez envoyé en étant persuadé qu’il me convaincrait de vous rejoindre. Je n’ose imaginer ce qui vous est passé par la tête à ce moment.

- Mais n’avais-je pas raison finalement, puisque vous êtes là ? Quant à ce qu’il me passait par la tête alors, c’est la même chose qui la traverse sans arrêt depuis que nous nous connaissons. Pour ce qui est de votre goût si visible pour cette œuvre superbe, voilà qui confirme ce que je pensais. Seuls ceux qui ne parviennent à produire que des vers médiocres peuvent être réellement sensibles à l’aptitude des autres. C’est mon cas. Croyez bien que sinon, j’aurais été prêt à vous envoyer un poème de mon crû. Mais enfin, j’ignore pourquoi je tergiverse, vous êtes venu, n’est-ce pas cela qui compte ?

- Pas vraiment. Je ne suis pas venu animé des bonnes intentions que vous me prêtez visiblement.

- Ne me pensez pas plus naïf que je ne le suis déjà. Vous n’avez jamais éprouvé que de l’animosité à mon égard, votre attitude en ma présence n’a jamais été que froideur.

- C’est vrai, cette soudaine lucidité est encourageante. Je préfère vous dire tout de suite que si j’ai accepté de vous retrouver, c’est uniquement pour vous dissuader de vouloir me rencontrer à nouveau.

- Je m’étais attendu à quelque chose de ce genre. Ça ne m’en désespère pas moins.

- Je ne suis pas venu pour vous ménager. Je veux que vous cessiez définitivement de vouloir entrer en contact avec moi. Si j’ai accepté votre rendez-vous, c’est uniquement pour que ceci soit clair dans votre tête. Je ne veux plus vous voir, jamais.

- Pourquoi ? Me haïssez-vous à ce point ?

- Je ne vous hais pas. Si j’éprouvais de la haine pour vous, je m’interrogerais davantage. Je n’éprouve rien pour vous.

- Vous venez de réduire à néant mes espoirs. J’aurais tant aimé en effet que vous éprouviez pour moi… une haine, sous quelque forme que ce soit. La haine est un sentiment si admirable…

- Cessez tout de suite, je vois très bien où vous voulez en venir !

- … Admirable parce qu’il peut si rapidement déboucher sur un autre sentiment. Un sentiment encore plus étourdissant, encore plus puissant, et surtout si sublime. Mais je dois vous lasser, n’est-ce pas ?

- En effet, je n’ai que trop entendu ce discours sortir de votre bouche.

- Marchons un peu, voulez-vous ? Je ne vous ai pas fait venir jusqu’ici pour rester immobile.

- Est-ce pour tenter de récréer l’ambiance de ces vers que vous aimez tant que vous avez choisi ce lieu, à propos ? Vous attendez vous à découvrir quelque cadavre en putréfaction au prochain embranchement, derrière cet arbre par exemple ?

- J’en serais fort incommodé. Mais en cela vous avez peut-être raison. Pourquoi de cette manière ne réussirais-je pas là où d’autres avant moi ont connu le succès ?

- D’autres comme votre poète fétiche, je suppose ? Quand je pense que vous affirmiez voilà un instant que tout espoir était mort en vous.

- Oui, c’est vrai. Mais ce doit être votre présence. Quand je vous ai à mes côtés, même le plus fou me paraît réalisable.

- Si cette comédie continue, celui qui perdra espoir, et patience, sera probablement moi… Mais je m’y refuse, je parviendrais à me débarrasser de vous.

- Epargnez-moi ce vocabulaire guerrier, je n’ai pas la moindre envie que cette promenade dégénère en bataille rangée.

- Moi non plus figurez-vous. Mais j’ai toujours du mal à concevoir qu’un homme tel que vous ne puisse comprendre que la manière forte.

- Oh ! Voilà qui est nouveau, vous m’estimez donc ?

- Bien entendu que je vous estime. Vos vers sont certes mauvais mais votre prose est remarquable et j’admire votre plume.

- Ces mots me comblent.

- Dans le cas qui vous préoccupe, il n’y a pas lieu d’être comblé. Car si l’artiste est estimable, je n’en dirais pas autant de l’homme.

- Vous semblez atterré, cela m’attriste. Comme si le fait d’éprouver des sentiments nous ramenait au niveau des bêtes.

- Il n’est pas question de ça.

- Alors de quoi ? Au contraire, n’est-ce pas justement ce qui nous différencie d’elles ? N’est-ce pas la seule chose au monde qui permette de se sentir vivant ? Sans cela, nous ne serions jamais que d'abjects cadavres. Le jour où nous cessons d’aimer, c’est assurément que la mort a fait son œuvre.

- Je ne veux même pas savoir où vous désirez en venir…

- La Nature nous a doté d’un cœur. C’est un cadeau inestimable et ne pas en user est la pire erreur que puisse faire un être humain.

- Ne pas en user est une chose, et soit dit en passant, je ne vois pas en quoi elle me concerne. L’utiliser à mauvais escient en est une autre.

- Dois-je me sentir visé par cette remarque ?

- On ne peut rien vous cacher.

- Vous êtes d’un cynisme qui dépasse l’entendement ! Il n’y a pas de mauvais amour, des amours impossibles, des amours destructeurs sans doute mais jamais un amour qui ne vaille pas la peine d’être éprouvé !

- Il n’est pas question d’en valoir la peine ou pas. Je voudrais juste que vous compreniez… !

- Je comprends parfaitement. A croire qu’en éprouvant ce que j’éprouve, je fais fausse route et cela me perdra à n’en pas douter. Un amour qui me consume mais décomposé avant même d’avoir été consommé. Mais dont je ne désespère pas de pouvoir un jour goûter à la forme et l’essence divine… Pourquoi n’y ai-je pas droit, alors que ce que je désire a été accordé à tant d’autres avant moi ?

- Ceci n’a rien à faire dans la conversation.

- Sans aucun doute. Cette conversation n’a sans doute même pas lieu d’être, dans votre optique. Mais comment puis-je ne pas m’en soucier ? L’être que je désire le plus au monde possède cette qualité rare de non pas se donner un peu à tout le monde comme la plupart des hommes publics, mais tout entier à chacun. Tout un chacun dont il semble que je ne fasse pas partie. Ce qui est sans conteste la pire déconvenue de ma vie.

- M’avoir fait venir pour me débiter tout ceci ne fera pas pencher la balance en votre faveur, sachez-le.

- Oh, mais je le sais. Le sort n’a de toute façon jamais été très clément avec moi. Il m’a certes octroyé du talent mais en échange, un physique ingrat et de la répugnance à l’égard des femmes. Qui plus est, un engouement pour les jeunes éphèbes, ce qui lorsqu’on approche de la cinquantaine est du dernier mauvais goût. Mais je suis un homme de passion, passions certes trop souvent vouées à l’échec mais qui ne m’en ont pas moins rendu vivant. Ce que je veux que vous sachiez, c’est que ma plus grande et ma plus belle ne fut jamais que pour vous.

- Croyez-vous réellement m’apprendre quelque chose que j’ignorais ?

- J’espérais vous flatter. Vous faire honneur même, pourquoi pas ? Je vous aime.

- Vous ne me flattez pas. Etre aimé de vous ne me fait ressentir aucune joie.

- Je vous dégoûte ?

- Je n’irais pas jusque là… pour le moment. Je veux que vous compreniez que je n’ai que faire de vos attentions.

- Votre amant vous comble donc à ce point pour que mon affection vous encombre ?

- Qu’est-ce que vous insinuez ?

- Ne faites donc pas l’innocent. Même si cela vous va si bien…

- Est-ce encore l’une de vos manigances ?

- Pardonnez mon outrecuidance mais le peintre Alexandre C. ne fait-il pas votre portrait ? Et ne se permet-il pas par hasard des rapports plus… disons prosaïques que ceux habituellement convenus entre artiste et modèle ?

- Qu’est-ce donc qui vous autorise de dire cela ?!

- … Sa réputation peut-être ?

- Cessez de sourire ainsi. Sa réputation qui n’est pas sans rappeler la vôtre, si je puis me permettre.

- Raillez, cher garçon, raillez. Ma réputation que vous assimilez à la sienne n’a en réalité rien de comparable, quoi que cela me plairait beaucoup. Je ne possède pas en effet le charisme de cet homme, la preuve la plus probante étant que vous semblez le préférer à moi. Mais après tout, je suis capable de le comprendre, malgré mes sentiments. Pourquoi vous contentez, avec votre beauté, d’absurdes fantoches vieux et libidineux ? Que vous préfériez à moi ce bel animal si viril n’a finalement rien d’étonnant.

- Tiens, c’est la première fois que je vous entends parler de vous-même en des termes non élogieux… mais cette soudaine propension à être raisonnable est rassurante.

- Attendez, j’ai dis que je comprenais, non pas que j’approuvais. Cette nuance est capitale, ne criez pas victoire trop tôt.

- Il n’en est pas question, rassurez-vous. Je vous connais suffisamment pour m’éviter cette erreur.

- Voilà qui est encourageant. Après tout, cela ne m’étonne pas, j’ai toujours su que les virtuoses du pinceau, même les plus hideux, étaient les plus à même de conquérir les jeunes beautés. L’admiration qu’éprouvent généralement les modèles pour celui qui les immortalise dans toute l’effervescence de leur jeunesse doit aussi beaucoup entrer en jeu, cette attirance presque irréfrénable pour le génie… Et puis comment empêcher un artiste de fouiller l’intimité de celui ou celle qui prête son corps à ses yeux avides, comment l’empêcher d’inspecter le moindre repli de sa chair ? Quel dommage décidément que je sois si peu doué avec un pinceau, je n’ai besoin d’aucun modèle pour les êtres de papier… Et peut-être, qui sait, si j’avais été capable de troquer mes manuscrits pour une palette de couleur… Peut-être alors m’auriez-vous aimé…

- Je ne sais trop quoi vous dire. Vous êtes réellement désarmant lorsque vous parlez ainsi.

- Désarmant mais pas désarmé hélas. Vous n’avez rien dit pour réfuter ma théorie, rien pour la conforter non plus. C. est-il votre amant ?

- Non.

- Croyez-vous réellement qu’il est utile de démentir maintenant ? Je me permets de vous détromper. Mais je comprends mieux que personne vos motivations, un seul mot indiscret et c’est toute votre vie sociale et publique qui s’achève. Pour un aussi talentueux et en vue critique d’art que vous, je ne n’imagine même pas à quel point une telle révélation serait désastreuse…

- Je n’aime pas du tout votre expression. Pourquoi donc prendre autant de temps à développer ce que je ne sais que trop bien ? Auriez-vous par hasard l’intention de me faire du chantage ?

- Ne vous énervez pas voyons.

- Que je ne m’énerve pas ? Mais comment pouvez-vous imaginer que je réagisse autrement ?!

- Je comptai notamment sur votre flegme et votre sens du cynisme.

- Je n’ai jamais rien entendu d’aussi stupide. Vous dites me comprendre mais vous n’imaginez pas… Non, vous n’imaginez pas ce qu’une telle divulgation aurait de catastrophique pour moi.

- Oh si, je ne le conçois que trop bien…

- Alors pourquoi ces menaces ? Qu’attendez-vous de moi avec cette extorsion ignoble ?

- Je vous aime. Je vous aime et je vous désire. Laissez-moi vous chérir, laissez-moi vous aimer.

- Vous êtes immonde. Il n’en est question.

- Je suis désolé, sincèrement désolé. Jamais je n’ai eu l’intention d’en arriver là. Je ne vous demande pas de comprendre, encore moins d’approuver. Concevez juste. Je ne suis qu’un homme prisonnier de ses désirs et de ses sentiments, prêt à tout pour les voir assouvis.

- Comment puis-je concevoir ? Comment malgré tout ce que vous m’avez affirmé, puis-je encore croire que vous m’aimez ? Avec ce que vous me demandez ?!

- Vous réagissez comme une femme. Cela signifie-t-il donc tant pour vous ?

- Vous avez l’air de penser que je n’ai pas compris votre signification du verbe « aimer », ce que vous entendez derrière « se donner tout entier à chacun ». Vous dites être un homme de passion mais si votre passion ne se limite qu’au corps, alors vous ne connaissez rien !

- Vous êtes bien idéaliste. Croyez-vous sincèrement que c’est pour votre âme que votre peintre vous apprécie ? Le seul qui est à blâmer ce soir, c’est uniquement lui. L’âme est indissociable du corps et il est incapable de voir vos qualités d’esprit. Voilà quelqu’un qui ne connaît rien à la passion. Je vous aime, je vénère votre âme et je désire votre corps.

- Vous ne manquez pas de culot. Vous croyez vous dédouaner en rejetant vos fautes sur les autres. Voilà ce qu’est vraiment la bassesse !

- Si seulement je pouvais vous ouvrir les yeux, vous permettre de voir à quel point vous faites fausse route, vous arracher vos œillères…

- Vous êtes à bout d’arguments. Vous semblez vous croire meilleur que lui, vous vous pensez au dessus de tous. Concevez-vous que je sois capable de croire en vos belles paroles alors que vous exigez de moi ce que vous reprochez justement à C. ? Vous êtes méprisable.

- Je vous aime. La seule chose que je vous demande, c’est de me laisser vous le prouver. Si vous saviez à quel point je ne veux que vous, si vous parveniez à toucher du doigt ma détresse, alors vous m’aimerez. Et si vous m’aimez, vous me guérirez de ma lèpre et je vous donnerais plus d’amour que vous n’en recevrez jamais. Moi aussi je suis capable de « garder la forme et l’essence divine de mes amours décomposées ». Je ne suis ni poète ni peintre, je n’en suis pas moins un artiste, puisque je suis amoureux. Aimer est un art à part entière, si subtil, si sublime…

- Croyez-vous vraiment que je… ?

- Je ne crois rien du tout, mon cher. Seulement en la seule chose dont je suis incapable de douter : mon amour. Si je pouvais ne serait-ce que vous montrer… ce que je vous demande semble à vos yeux me rabaisser au niveau des bêtes. C’en est l’exact contraire. B. non plus ne fut pas compris, on lui reprochait de faire l’apologie du Mal, alors qu’il vantait et proposait à ses lecteurs le bienfait le plus précieux qui soit au monde. L’étourdissement des sens, le voyage, l’élévation. Voilà ce que je voudrais tant partager avec vous. Rien qu’avec vous, je n’ai jamais proposé ceci à quiconque et ne le ferait jamais. Je ne veux que vous, pour toujours, mon paysage le plus désirable, celui qui le plus mérite d’être contemplé.

- Voulez-vous arrêter de m’interrompre sans cesse et au moins écouter … !

- Non ! Ecoutez, vous. « Mon enfant ma sœur, songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, aimer et mourir au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés de ces ciels brouillés pour mon esprit ont les charmes si mystérieux de tes traîtres yeux, brillants au travers leurs larmes… » Ces vers douloureux ne sont-ils point sublimes ? Quelles images superbes et ils s’accordent si bien à notre cas. « Le pays qui te ressemble », « les soleils mouillés de ces ciels brouillés »… pour vous qui êtes d’origine hollandaise, voilà encore la preuve que tout ceci concorde au mieux.

- Je constate qu’en effet vos ambitions se trouvent de moins en moins désarmées au fil des minutes.

- De votre part, il s’agit d’un beau compliment. Tout peut devenir tel que B. le décrit, il suffit de le vouloir. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté. Luxe, calme et volupté… »

- Cessez, par pitié ! La seule chose que je souhaite à cette minute, c’est que vous vous taisiez ! Enfin, je… je ne sais pas… je ne sais plus.

- … oui… enfin. Montrez moi comment vos si solides convictions s’ébranlent, comment vos fondations chancellent, la manière dont ce séisme vous agite. Laissez-vous aller, laissez-moi vous soutenir…

- Que… Que faites-vous ?! Mais enfin arrêtez… !

- Mais non, mais non… chut… oubliez tout. Tout ce que vous avez crû savoir un jour. Fermez vos yeux, écoutez-moi, laissez-moi vous toucher… Laissez-moi voir votre cœur, laissez-moi vous mettre à nu…

(…)

- … non, s’il vous plaît… ! Si quelqu’un… si quelqu’un venait… ?

- Oui, si quelqu’un venait, nous voyait… que verrait-il de si choquant ? Deux corps bientôt unis, bientôt indissociables. Deux âmes communiant entre elles, soudées afin de ne plus jamais devoir se séparer… existe-t-il au monde spectacle plus beau ?

- … M’aimez-vous ? M’aimez-vous donc réellement ?

- Cet amour est le plus réel qui soit. Vous disiez n’éprouver pour moi que de l’indifférence… Mais écoutez donc votre corps. Observez-le, entendez-le… lui est si sincère, il ne désire que l’abandon…

- … c’est étrange, pourquoi ais-je soudain… ?

- Peur ? Mais ceci est si humain, si normal. Pourtant il n’y a pas lieu d’avoir peur, mon aimé. Ton corps connaît le toucher d’un homme. Et ton âme quémande, ton âme quémande de l’amour. Un amour que personne sinon moi n’est capable de te donner… oublis qui je suis, laisse-toi juste envahir par lui, par moi… »

« - … Attends, ne pars pas !

- Pourquoi pas ? Et ne me tutoyez pas.

- Tu m’y as autorisé, j’estime en avoir le droit.

- Je ne vous ai jamais autorisé quoi que ce soit. Si j’avais été en pleine possession de ma raison, jamais je n’aurai permis ce qui vient de se passer.

- Tu me flattes. J’ai donc réussi à te faire perdre la raison, rien qu’un instant ?

- Taisez-vous ! Vous avez eu ce que vous vouliez, alors même que je ne pensais pas que vous réussiriez à me faire fléchir. Maintenant, j’estime qu’il est plus que temps pour nous de nous séparer.

- Bon. Mais avant cela, dis-moi juste une chose : tu sembles vouloir me convaincre que tu n’as accepté de m’avoir en toi uniquement pour sauver ton honneur…

- Mon honneur est bien mis à mal pourtant.

- … certes. Mais ne pourrais-tu être vraiment sincère, rien qu’un instant ? N’as-tu pas cédé parce qu’au fond tu le désirais ? Et n’as-tu pas éprouvé du plaisir ?

- Je vais m’abstenir de vous répondre.

- Allons donc. Il n’y a aucun témoin, je te promets qu’il n’y en aura jamais. Laisse parler ta spontanéité.

- Non, car il me semble m’être bien trop laissé aller à la spontanéité durant ces dernières heures…

- Merci, cette réponse est la plus éloquente que tu pouvais me donner. J’ai fini par m’accoutumer à ta réserve, entendre ceci me met du baume au cœur.

- Content d’avoir pu vous combler. Adieu.

- M’aimes-tu ?

- Jamais plus. Je vous hais.

- … Je n’en demandai pas tant ! »

Fin.



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