Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » General » De temps en tant font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Meanne77
Fiction Rated: M - French - Romance/General - Reviews: 39 - Published: 07-11-06 - Updated: 08-13-07 - Complete - id:2209468

Scénette n°11

Pour Mithy

Références : scénettes 5 et 10

Rappel chronologique :
Année 24 :
- Aux hommes de bonne volonté (Joyeux Noël... et... Bonne année) et Dix ans de plus (fin décembre)

Année 29 ou au-delà :
- Scénette n°11 (novembre)

(Écrit les 7 et 8 novembre 2006)
(Correction et réécriture le 12 août 2007)

Il y avait peu d’endroits aussi joyeusement peuplés que les marchés. Tout y était sons, couleurs, odeurs et étalages prêts à vous ravir les papilles en plus des quatre autres sens. Matinal, vous pouvez pleinement apprécier le plaisir de vous trouver au milieu de vos semblables sans pour autant avoir à jouer des coudes ou faire des queues interminables.

Gaël aimait faire les marchés, pour les produits frais que l’on y trouvait et pour l’occasion, parfois, de marchander amicalement avec les commerçants. Akim y voyait moins d’intérêt et préférait les courses rondement menées. Pourtant, cette fois, il l’avait accompagné.

« On prend aussi des raisins secs ? demanda Gaël après avoir humé le parfum qui se dégageait des divers étals.

– Ouais, si tu veux…

– Il faut des raisins, non ?

– C’est pas obligé.

– Mais ta mère en met.

– Ouais mais en fait j’en raffole pas des masses et j’ai tendance à les trier.

– Pas de raisins, alors, conclut le jeune homme blond.

– Non mais attends, si toi tu aimes ça, ça me gène pas non plus, hein !

– Raisons ou pas, je m’en moque. Maintenant que ta mère m’a appris à faire correctement le couscous, je veux faire les choses bien. Ça ne veut pas dire y mettre des ingrédients si tu ne les aimes pas !

– C’est pas vraiment ce qu’il y a de plus important, qu’il y ait du raisin ou pas.

– C’est toi l’expert. Bon, on a tout ?

– Semoule à la maison, récapitula Akim, et viande, épices et légumes dans le caddie, oui, je crois que c’est bon. »

Akim paya leurs achats au marchand tandis que Gaël rangeait ceux-ci avec soin. Ce n’était pas leur marché habituel mais il faisait beau ce jour-là, malgré une température basse bien qu’attendue pour la saison, et il n’était guère éloigné de chez eux. Sayara l’avait de plus recommandé à Gaël pour la qualité de certains produits, notamment les épices, et ce dernier accordait sa pleine confiance à son ami pour tout ce qui était culinaire.

Ils remontaient la longue rue sur laquelle se tenait le marché lorsqu’on les interpella :

« Akim ! Hé, Akim ! »

Ils se retournèrent comme un seul homme. Akim se fendit d’un large sourire.

« Saadi ! Mais qu’est-ce que tu fais là ? »

Un jeune homme, de leur âge et lui aussi d’origine maghrébine, franchit les quelques mètres qui les séparaient. Les deux amis tombèrent dans les bras l’un de l’autre et se firent la bise. Gaël sourcilla. Ce n’était pas la première fois qu’il assistait à cette façon de se saluer mais cela le surprenait toujours un peu, surtout de la part d’Akim qui ne le faisait que rarement en dehors des membres de sa famille, et Gaël ne se souvenait pas avoir déjà entendu parlé d’un « Saadi » (et encore moins d’y avoir été présenté).

« Alors, qu’est-ce que tu fais là ? demanda Akim d’une voix très enjouée.

– Je file un coup de main à un cousin, c’est son stand, là ! Je me fais un peu d’argent de poche.

– Ah ! c’est bien !

– Et toi, alors ? Ça fait un bail que je t’ai pas vu, sérieux ! Depuis combien de temps t’es pas venu fumer ?

– Ah… Ça doit faire un moment, ouais… admit Akim sur un ton d’excuse.

– Qu’est-ce que tu deviens ? T’es toujours dans tes études de je sais plus quoi, là ?

– De pub, et non, ça y est ! Les études, c’est fini ! Je suis un adulte à part entière maintenant !

– Ouah ! Tu gagnes ta vie et tout ?

– Nan, quand même pas encore, enfin à moitié. J’ai un petit CDD pour l’instant, je démarre doucement mais sûrement !

Hé, mais c’est génial, ça ! Félicitations ! » s’exclama Saadi en arabe.

Il avait gardé une main sur l’épaule d’Akim durant toute la durée de l’échange et il lui tapotait à présent le bras de son autre main, comme pour souligner son contentement.

« Merci, répondit sobrement Akim.

Hé, faut qu’on aille fêter ça un de ces soirs !

Avec plaisir ! T’as toujours ton vieux narghilé ?

J’en ai deux, maintenant ! Faut trop que tu viennes les tester ! »

Gaël se racla discrètement la gorge, puis un peu plus fort devant le peu d’effet que cela avait produit la première fois. Le bruit du marché couvrait en partie leurs voix. Akim se tourna alors vers lui, contrit, avant de faire les présentations.

« Excuse-moi. Gaël, je te présente Saadi, un pote à moi que j’avais pas vu depuis un sacré bout de temps !

– Oui, j’avais compris cette partie-là, lui reprocha gentiment son amoureux.

– Saadi, je te présente Gaël. Gaël est… eh bien, nous sommes PACSés, acheva avec simplicité et un peu d’embarras Akim.

– PACSé ? Sans dec’ ! »

Cette fois, ce fut avec fierté qu’Akim lui montra l’alliance qu’il portait au doigt. Saadi lui prit la main pour observer l’anneau de plus près.

« Mon salaud ! Alors tu t’es mis hors marché ? T’es genre… marié, maintenant ! Et avec un putain de canon en plus ! Un peu grand mais bon… Où tu l’as dégoté, ton blondinet ? Sérieux, file tes bonnes adresses ! »

Akim se mit à rire et ne fit rien pour reprendre sa main.

« C’est de l’or ? poursuivit Saadi, examinant toujours l’alliance.

Non mais attends, qu’est-ce que tu crois ? Bien sûr que c’est de l’or !

Et ça fait longtemps que vous êtes PACSés ?

– Excusez-moi, ce serait possible d’avoir les sous-titres ? » les interrompit Gaël, l’agacement clair dans sa voix.

­C’était classique, ça arrivait même en permanence : dès qu’ils se retrouvaient à plusieurs, il y arrivait forcément un moment où ils cessaient de parler français et l’excluaient ainsi de la conversation. Gaël savait qu’ils ne le faisaient pas exprès, en tout cas en ce qui concernait Akim, mais l’habitude ne rendait pas la chose moins exaspérante, bien au contraire.

« Désolé. Saadi nous félicitait », lui traduisit succinctement Akim.

Et il ne peut pas le faire en français, non ? Je vois pas en quoi ses prétendues félicitations te font rire, en plus, songea Gaël avec humeur.

« Merci », dit-il sèchement à l’intention de l’ami d’Akim.

Ses yeux verts s’attardèrent un bref instant sur la main qui avait glissé le long de l’épaule pour s’incruster sur l’avant-bras de son amoureux.

« On ne va peut-être pas empêcher ton ami de travailler plus longtemps…

– Non, c’est vrai, on va te laisser retourner bosser.

– Ah, ça me gêne pas ! Et puis tu vois, y’a presque personne de toute façon !

– Je doute que ton cousin, simple coup de main ou pas, apprécie beaucoup, lui, plaisanta Akim. Faut qu’on se fasse une sortie un de ces quatre ! Hé, passe à la maison, je te ferai visiter mon appart !

– T’as ton propre appart maintenant !

– À ton avis… »

Saadi secoua la tête avec un rire joyeux.

« J’oubliais déjà que tu t’étais casé ! Bien sûr, t’es plus chez tes vieux ! Ouais, je viendrais avec plaisir ! T’as toujours mon numéro ?

– Si c’est toujours le même, oui. J’en ai changé, par contre, et on a un fixe aussi. Tu as de quoi noter ? »

Il leur fallut encore cinq bonnes minutes avant de se séparer et sur le chemin du retour, Akim en consacra cinq de plus à raconter à Gaël quelques anecdotes sur Saadi.

« T’as couché avec lui ?

– Hein ? Attends, d’où ça sort, ça ?

– Il est pédé aussi, non ? T’as couché avec ? »

Akim marqua un arrêt, ce qui obligea Gaël à faire de même.

« Je peux savoir pourquoi tu t’énerves ?

– Qu’est-ce qui te fait dire que je m’énerve ?

– Parce que t’emploies jamais le mot « pédé » et encore moins sur ce ton-là. C’est parce qu’on s’est mis à parler arabe ? Excuse-moi, mais on se disait vraiment rien d’important, je t’assure.

– Comment je le saurais si je comprends pas un mot de ce que ce type peut bien te raconter qui te fasse autant rire ?

– Ok, tu me fais quoi, là, une crise de jalousie ?

– T’as couché avec ou pas ? C’est juste une question.

– Juste une question, mais oui, bien sûr. Je te trouve drôlement gonflé de me la poser, ta question. D’une, de nous deux, celui qui peut pas avoir un ami sans avoir à un moment ou à un autre baisé avec, c’est pas moi, et de deux, alors quoi, y’a que toi qui as le droit de rester pote avec tes ex ?

– J’ai pas dit ça. T’as pas répondu à ma question.

– Non, je n’ai jamais couché avec Saadi. Satisfait ?

– Mais lui, il en crève d’envie.

– Oh, arrête, réfuta Akim, les yeux levés au ciel.

– Toi, arrête ! Tu peux pas être aussi aveugle, y’avait une mare de bave à ses pieds et il arrêtait pas de te tripoter ! », contra Gaël.

Il promena ses mains sur les épaules et les bras d’Akim en une imitation exagérée de Saadi. Akim se mit à rire, en partie à cause de l’image mentale de Saadi debout dans une flaque de bave et en partie parce que Gaël se ridiculisait complètement.

« C’est n’importe quoi. »

Gaël cessa de le toucher.

« Je vois vraiment pas ce qu’il y a de drôle à avoir un de tes amis qui fantasme sur toi…

– Tu dis ça parce que pour une fois, c’est pas sur toi qu’on fantasme.

– Ah ! Tu admets donc que ce type a envie de toi et que tu le sais !

– Gaël, je… »

Mais Akim n’acheva pas sa phrase, repris par son hilarité.

« Et tu l’invites à la maison sans me demander mon avis, en plus… » marmonna Gaël.

Le rire d’Akim mourut aussitôt.

« J’ai besoin de ton autorisation pour inviter des amis chez moi, maintenant ? C’est nouveau, ça !

– C’est pas ce que j’ai dit non plus… baragouina Gaël. Mais je n’aime pas ce type…

– Oui, ça j’avais cru comprendre… Tu le connais même pas. »

Gaël grogna.

« J’ai du mal avec Sayara aussi, je te signale, et je fais des efforts, lui reprocha Akim. Tu crois que ça me plaît de vous voir flirter à tout bout de champ dès que vous êtes ensemble ?

– C’est pas sérieux et tu le sais… » se défendit Gaël mais sans grande conviction.

Entre Sayara et lui, c’était particulier, et il n’y avait plus rien de sexuel depuis longtemps. C’était juste… amusant, les réactions qu’avaient les gens face à Sayara ou face à lui et encore plus face à eux deux, surtout lorsqu’ils accentuaient à dessein le trait. Leur petit jeu avait également aidé Gaël à se détendre en public quant à son homosexualité, ce qui lui permettait à présent de prendre la main d’Akim dans la rue voire même de lui donner un baiser sans pour autant se sentir mal à l’aise. Akim savait tout cela, Gaël le lui avait dit et il avait pu constater de lui-même cette évolution. De son côté, Gaël n’ignorait pas que leur flirt agaçait son amoureux mais bien qu’il fut le premier à freiner Sayara, il n’avait pas eu envie de totalement arrêter parce que ça l’amusait trop, tout simplement.

« Tu crois que ça me plaît ? répéta Akim.

– … Je parlerai à Say.

– Ouais… Je suis sûr que son mec appréciera beaucoup, lui aussi. »

Gaël lui adressa un regard penaud et Akim sourit, déposa un rapide baiser sur ses lèvres.

« Allez. Viens, on rentre. »

De retour chez eux, Akim le laissa donner libre cours à sa possessivité. Gaël se montrait trop rarement jaloux pour ne pas en profiter. Même Mika avait dû comprendre qu’il était inutile de vouloir s’accaparer l’attention de Gaël car Akim ne vit pas l’ombre de sa fourrure rousse. Le félin s’était sans doute planqué quelque part, comme souvent lorsqu’ils faisaient l’amour.

Une fois au repos, au creux de leur lit, le couple demeura un long moment l’un contre l’autre. Un bras passé autour des épaules d’Akim, Gaël lui caressait le creux des reins tandis qu’Akim faisait de même avec son flanc. Il piquait parfois de baisers l’avant-bras de Gaël lorsque celui-ci passait à proximité.

« Tu m’expliques au juste ce qui t’as pris tout à l’heure ? Ça te ressemble pas, surtout en pleine rue, comme ça… »

Gaël ne répondit rien mais Akim le sentit se tendre, signe de son malaise. Il y avait peut-être plus qu’une simple crise de jalousie ponctuelle…

« Gaël ?

– Je n’aimais pas sa façon de te regarder.

– C’est l’arroseur arrosé, je te ferai remarquer. Je t’ai donné une raison de douter, moi ?

– C’est pas le problème… »

Akim se redressa pour se mettre à la hauteur de Gaël, lui volant ainsi sans le moindre remord la moitié de son oreiller.

« C’est quoi, alors, le problème ? »

Gaël baissa les yeux, sembla tourner autour du pot dans sa tête. Akim le laissa faire, résolut toutefois à ne pas lâcher le morceau si au final il tentait de se défiler. Mais lorsque Gaël se décida, ce fut suffisamment brusque pour lui apprendre qu’il ruminait la chose depuis un bon moment déjà.

« C’est parce que je suis blanc !

– Heu… Va falloir que tu m’exprimes un peu mieux que ça, là…

– Je suis blanc, et blond, et je vous dépasse tous d’une tête au moins, je suis comme une sorte de… grosse tache au milieu de vous, ta famille, tes amis…

– Hé, tous mes amis ne sont pas rebeu ! Y’a des blancs, aussi !

– Oui mais bon… Même si ta famille finit par m’accepter, je serai toujours celui qui déteint… »

Akim resserra son étreinte autour de lui.

« Moi, je les aime tes cheveux blonds, tes yeux verts et ta peau blanche joliment bronzée… » chuchota-t-il.

Il l’embrassa puis, non sans amusement, dit :

« Je crois que c’est la première fois que j’entends un blanc dire qu’il aimerait être un rebeu !

– C’est pas que j’aimerais être Arabe… C’est juste… Souvent les couples, ça… reste dans la même ethnie. C’est quand même rare de voir un blanc avec une noire, un beur avec une blanche…

– Alors t’as peur que je puisse te quitter pour un autre rebeu, c’est ça ?

– J’ai jamais dit que j’avais pas conscience que c’était débile, bougonna quelque peu Gaël, yeux baissés. Mais regarde, toutes tes copines imaginaires, elles étaient Arabes aussi, tu t’es jamais inventée de blanche ! »

Akim lui baisa les lèvres, caressa ses cheveux.

« Gaëlle, elle aurait été blonde aux yeux verts, si elle avait existé, murmura-t-il contre ses lèvres.

– Je sais que c’est con, hein, c’est juste… Parfois je me sens pas à l’aise quand je suis le seul blanc.

– Ça, je peux comprendre.

– Et comme en plus je capte pas un traître mot de ce que vous racontez… parfois je deviens parano.

– Je suis désolé. Je ferai plus gaffe à l’avenir, c’est promis.

– Alors quand en plus un autre homo te dévore des yeux comme l’autre, là… » siffla Gaël entre ses dents.

Akim ravala un sourire amusé. Saadi n’avait décidément pas la cote…

Le jeune homme se suréleva pour surplomber son amoureux. Il lui embrassa plusieurs fois les lèvres, la gorge, le creux des clavicules. Sa main chercha celle de Gaël et il lui baisa les doigts un à un, puis planta ses yeux dans ceux de Gaël, le fixa avec tout le sérieux dont il était capable en cet instant.

« Sunshine… Tu vois, ça ? C’est mon anneau que tu portes au doigt. Je me fous de savoir ce que dit la loi, on est mariés, toi et moi, et je sais pas toi mais moi le « jusqu'à ce que la mort vous sépare », je le prends au sérieux. J’en ai rien à battre que techniquement on nous l’ait pas fait promettre parce qu’on s’en fout des promesses qu’on peut faire aux autres. Regarde mon doigt… Tu vois ? Ton anneau. Tu es mon blanc, mon blond. C’est dommage pour les autres mais c’est trop tard pour eux. Maintenant que j’ai réussi à t’emprisonner, je vais te laisser filer ! Et c’est pareil pour moi : pourquoi j’irais voir ailleurs alors que je t’ai, toi ? »

Gaël lutta contre un sourire.

« Tu vas devoir me supporter encore longtemps ! poursuivit Akim. Pas question que je te laisse tomber maintenant que je t’ai à moi pour de bon ! »

Gaël l’embrassa passionnément, coupant court à ses revendications.

« On est bien clairs là-dessus ? demanda peu après Akim, à bout de souffle.

– Oui… lâcha Gaël en un soupir, la respiration saccadée.

– Bien… Mais juste au cas où ton corps aurait encore un peu de mal à enregistrer… »

Akim se fit glisser le long du corps doré de Gaël et disparut entre ses cuisses. Gaël se cambra, les yeux clos et le visage illuminé par un sourire.

« Je t’aime… »

(fin)

Voilà, l'histoire de Gaël et Akim s'arrête là. C'est le dernier texte que j'ai écrit sur eux et je n'ai pas prévu d'en écrire d'autres. Merci de les avoir suivis aussi longtemps :)


Return to Top