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Author: Lakesis
Fiction Rated: T - French - Drama/Romance - Reviews: 3 - Published: 07-17-06 - Updated: 07-17-06 - id:2213182

Titre : Paint it Black

Auteur : Lakesis

Note : La lettre de Silvyan à Stéphane, le titre, référence évidemment au titre des Rolling Stones, Paint it Black. Autant le dire, j’ai eu du mal à écrire ça.

Paint it Black

A Stéphane,

J’ai longtemps hésité à t’écrire, tu sais. Je ne voulais pas te laisser un tel souvenir de moi, une preuve de ma fin misérable. Mais on s’y attendait, tous les deux, moi plus que toi, on en avait parlé, pas souvent, mais juste assez. Je ne t’assommerai pas de quinze pages inutiles, une suffira. Une où je jetterais tout ce que je veux te dire, et que je n’aurais plus l’occasion de te confier. Je le regrette mais je sais que je vais bientôt mourir et je n’y peux plus rien. Les médecins ne répondent même plus à mes questions, ils ne me donnent même plus d’espoir sur mon état. Je peine à tenir le stylo, j’ai le sentiment d’être tellement faible. Je pense que j’utilise mes dernières forces pour toi.

Je voulais te dire tant de choses que j’ai tout oublié, et mes efforts pour m’en souvenir ne sont pas bien probants. Peut-être ai-je peur de devoir me rappeler des choses qui vont me manquer. Le son de ta voix, l’odeur de ta peau, tes mots tendres, tes je t’aime, que je vais emporter avec moi. Je ne crois pas à la vie, après la mort, mais j’aimerais, parfois. Je serais revenu te voir, sans que tu ne t’en comptes, j’aurais mimé nos gestes, ceux que nous avions quand nous étions ensemble.

J’aurais souhaité profiter de ce qu’il me restait pour être avec toi, mais mon corps trop faible m’a une nouvelle fois trompé. Egoïstement, j’aimerais te demander de m’aimer encore malgré la fin, malgré ma tombe, j’aimerais t’obliger à rester près de moi, à te faire venir, chaque jour, dans le cimetière où je terminerais ma route. Sans scrupule, j’aimerais que tu ne penses qu’à moi, que tu n’aies que moi, mais je n’ai pas le droit. Je n’ai plus le droit.

J’aimerais juste que tu vives pour me faire honneur, Stéphane. Ca sera dur au début, peut-être, mais tu es vivant, et moi je suis mort. Pas encore tout à fait, c’est vrai. Ce ne sont que des mots, mais la frontière est si grande, le mur tellement infranchissable. Ne t’encombre pas d’un fantôme qui te fera du mal, choisis ceux qui t’aiment et qui sont près de toi, ne regarde pas obstinément sur une pierre qui ne répondra jamais à tes appels et qui ne versera jamais les larmes que toi, tu verseras peut-être.

Je vais pleurer avant, je vais pleurer maintenant, et je gâche l’encre.

Ces mois que j’ai passés en ta compagnie m’ont redonné le peu de vie qu’il me manquait et dont j’avais besoin, pour tenir encore un peu, rien qu’un peu, avec toi. Je sais que parfois, j’étais une source de désespoir, tu connaissais l’échéance, et tu ne pouvais rien faire pour l’empêcher. J’ai beaucoup souffert et maintenant, je crois qu’il est temps aussi que je me repose, je suis si fatigué. J’aimerais trouver la force de me battre mais elle m’a quitté. J’aurais dû me battre pour toi alors, mais je ne veux pas te l’imposer. Alors j’ai fait mon choix, ce n’est peut-être pas le meilleur mais c’est celui qui nous conviendra à tous les deux.

C’est marrant, durant mon séjour à l’hôpital, ces derniers jours, j’ai repensé à notre rencontre, tellement simple. On n’aurait pu ne pas se regarder, ne pas se parler et continuer nos chemins. On se serait épargné bien des peines, je crois ! Mais nous aurions aussi manqué beaucoup de choses !

Avec toi, j’ai enfin eu l’impression d’avoir atteint mon but, d’avoir touché un petit bout de lumière, pour me guider encore sur une partie du chemin qu’il me restait. Mais je dois m’arrêter et toi, continuer. C’est sûrement injuste et cruel aussi, parce que moi, je voulais marcher encore.

J’ai fait une petite pause avant de continuer à t’écrire. J’ai dormi un peu. Je m’ennuie ici, c’est dur d’attendre la mort, elle est si longue à venir, finalement. Je ne sais plus quoi écrire, quoi dire, quoi penser. J’aimerais que tu sois là, à dormir avec moi, mais les médecins ne veulent personne dans la chambre. J’aimerais te tenir la main au moment de partir dans l’espoir insensé que tu me retiennes, mais je vais mourir seul. Et tu n’auras que ce stupide papier, alors que j’ai besoin de te parler. Les visites sont si courtes, et je n’ai pas le courage de t’avouer tout de vive voix, je repousse toujours le moment, et là, il est trop tard.

C’est triste de mourir. Les médecins sont tristes, la chambre est triste, tout le monde est triste.

Je t’aime… Voilà… C’était si simple, si évident. Il y a tant de choses pour lesquelles tu dois t’accrocher. Je n’en fais plus partie à présent, mais jette un œil autour de toi, tu verras tes amis, tes parents, Thomas… Garde tous nos souvenirs, nos rires et nos disputes, le temps passé ensemble, et puis je serais là, dans les moments difficiles, où tu te rappelleras.

Je vais abréger ce calvaire, je n’en peux plus d’écrire tout ça, cela me fait mal, mais je devais braver une dernière fois ma douleur, pour toi.

Je t’aime, Stéphane. Pense à toi plus qu’à moi, s’il te plaît…

Silvyan

Fin

Note de l’auteur : c’est très court, mais je pense que c’est suffisant. U…U



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