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Fiction » General » Yoan font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Killy
Fiction Rated: T - French - General/Drama - Reviews: 71 - Published: 07-21-06 - Updated: 10-22-06 - id:2215658

Auteure : Tipheretj

Titre : Yoan

Genre : Yaoi, angst

Extrait : "J'apprends, au fil de bouts de phrases disloquées. Qui il est. Une image de Yoan se dessine, petit à petit, dans mon esprit. Les silences sont nombreux. Une image de solitude. Il dit encore qu'il aime quelqu'un. Alors je parle encore de moi."

Yoan •

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Life's not worth a dam till you can shout out

I am what I am

L'exposition s'appelait, du nom de l'artiste, "Alex-Alexia", et présentait les œuvres de "ce jeune artiste talentueux", d'après la brochure. Pour fêter l'ouverture, il y avait pas mal de monde dans cette petite galerie privée du Marais ; des artistes principalement, quelques têtes connues du petit monde gay et lesbien, des amis d'Alex, et puis quelques gens comme moi, invités par des connaissances, qui déambulaient un peu au hasard de la collection d'œuvres en commentant, un verre de champagne à la main. En fait, j'avais la chance de me trouver là parce que Nina, ma meilleure amie, avait été invitée, elle travaillait dans une association lesbienne qu'Alex appréciait beaucoup. Nina aurait dû venir avec sa petite amie, mais elle avait dû manger des sushi avariés ou je ne sais quoi, et pour ne pas se retrouver seule, Nina m'avait demandé de venir avec elle.

Un peu intimidé, je me baladais avec elle, en admirant le travail d'Alex. C'était des photographies, en noir et blanc pour la plupart, qui avaient pour objet le corps humain en général, ou au contraire morcelé, quelquefois des tatouages, des piercings étranges. Pour ma part, je suis un passionné de photo, et j'aimais beaucoup la manière d'Alex de figer les choses sans qu'elles ne perdent rien de leur vie, sa façon de traiter le plus banal des sujets, le corps, en le renouvelant entièrement, j'étais contemplatif. Je me contente de prendre en photo des parcs en automne, des couples au cœur de Paris, des pigeons qui s'envolent, de grands classiques, je n'arrive pas à cette magie qui fait les grands photographes. Peu importe, je ne suis pas un artiste, je ne compte pas en faire mon métier, c'est juste une passion.

"Tu connais bien Alex ?", je demande à Nina, pour me renseigner.

"Non, pas vraiment. Enfin, je sais ce que tout le monde sait à son sujet…"

C'est-à-dire en gros qu'Alex est un diminutif pour son nom d'artiste, Alex-Alexia, et ça décrit assez bien le personnage : Alex est né Alexia, est devenu Alex. Il a aussi écrit une autobiographie, je l'ai lue, honnêtement, je ne l'ai pas trouvé spécialement intéressante, il y racontait surtout son adolescence, ses histoires d'amour et ses divers problèmes. Je préfère ses photos, et je pense qu'elles sont aussi la meilleure biographie de lui qui soit. On y trouve ses questions, ses obsessions, ses doutes, et le message qu'il veut faire passer se dégage naturellement, comme une évidence dans l'œil du spectateur. Enfin, je ne sais pas, peut-être que ses œuvres me parlent naturellement et que j'y vois certaines choses que d'autres ne distinguent pas, mais on pourrait dire la même chose de n'importe quelle œuvre d'art, bien entendu.

On croise une butch sexy, son regard m'interpelle, je comprends que je l'ai déjà vue sur les photos. En fait, il y a beaucoup de gens présents ici, à l'exposition, qui ont posé pour Alex. Nina ne l'a pas fait, il lui a proposé je crois, un jour où il l'a croisée, mais elle n'a pas voulu, peut-être parce qu'elle ne voulait pas du questionnement d'Alex sur ce qu'elle est, sur sa façon d'être, sur ce qu'elle appelle sa féminité, ce genre de choses. Nina est mexicaine, elle est belle, très femme aujourd'hui dans sa robe rose sombre. Elle ne correspond pas à l'esthétique plutôt androgyne des photos d'Alex, mais quelque part, par sa féminitude qui pourrait sembler n'être que du conformisme, Nina se détache au contraire dans ce monde 'hors normes'. C'est dommage qu'elle n'ait pas accepté. J'aurais aimé la voir à travers un autre regard que le mien, celui d'un ami qui la connaît bien.

On déambule au hasard, sans trop savoir où nous allons, Nina me prend par le bras. Personnellement, je ne connais pas Alex ; je sais que c'est sans doute lâche, mais si par le plus grand des hasards, il m'avait proposé une photo, j'aurais fait comme Nina, je n'aurais pas accepté. J'ai déjà assez de problèmes avec ma propre identité en ce moment, je n'ai pas envie que quelqu'un vienne rajouter davantage de confusion. Je fais semblant de savoir ce que je veux, mais intérieurement, ça ne marche pas ; et les images sur les murs sont là pour me le rappeler.

Il ne faut pas que j'y pense davantage ; si je me mets à trop y réfléchir, cet endroit va me mettre mal à l'aise, et je n'ai pas franchement envie de faire une sorte de crise d'angoisse à ce moment précis. Il faut que je conserve ce regard extérieur, que j'évite les interrogations trop personnelles, que je les pose comme de simples objets – qui ne me concernent pas directement, enfin, pas trop. On s'arrête à un moment, quelque chose a attiré le regard de Nina.

"C'est joli, ça", dit-elle en me désignant une photo, une épaule masculine couverte de tatouages entrelacés, de style assez classique. "J'aimerais me faire quelque chose dans ce style là, tu vois ?"

Je vois. Plus ou moins. Je ne sais pas trop ce qui nous attire dans ce dessin un peu brouillon, qui s'étend, qui fourmille de détails, qui n'a pas entièrement fusionné avec la peau, qui semble s'en détacher maintenant. Il y a des parties qui sautent aux yeux, un imaginaire assez classique, des fleurs, des épines, le contour d'un cœur que l'on devine rouge grenat en réalité, sous le grain noir et blanc, les lettres d'un prénom aussi. Il pourrait sembler ordinaire, mais il n'en est rien : le dessin semble flotter, irréel, devant nos yeux. Est-ce l'objectif d'Alex qui lui donne vie, cette illusion ? Ou est-ce que c'est simplement moi qui délire complètement après un trop plein d'images ? Je suis fatigué, je n'ai pratiquement pas dormi de la nuit. J'ai du mal à m'endormir en ce moment. A me laisser oublier. Simplement fermer les yeux.

"Tu connais le modèle ?", je demande à Nina.

"Non, je ne sais pas", dit-elle, "Je crois qu'Alex tient à ce qu'ils restent anonymes."

Je pense à autre chose. J'aimerais caresser cette épaule, voir ce dessin sous mes doigts, l'effleurer, pour bien comprendre sa réalité. C'est un simple attrait esthétique, j'imagine en fait l'homme qui porte ce tatouage, je sais qu'il est probablement là, dans cette galerie. Ca y'est ; ça fait une heure que je suis là, je fais une surdose de photos, je ne sais pas si Alex, qui est quand même hétéro, se rend bien compte que son travail se concentre presque exclusivement sur les hommes ? En tout cas, je ne dois pas être le seul à l'avoir remarqué…

Mais je passe vite à autre chose. Honnêtement, j'ai un peu honte de moi – même si je fréquente pas mal d'homos, que j'essaie de "m'intégrer dans le milieu", j'ai toujours un peu de mal à m'accepter. Accepter quoi, d'ailleurs ? Ces derniers temps, je me pose un peu trop de questions, je me demande si je suis gay ou bi, voire hétéro. Je me demande ce qu'il faut que je cherche, ce qu'il faut que j'essaie, pour être sûr. Je suis sorti avec une fille puis avec un garçon au lycée, à l'époque je me posais aussi la question de mon orientation, mais ça n'a rien résolu, à part me faire culpabiliser davantage. Quand je vois Nina, Alex, tout le monde qui nous entoure, si sûrs d'eux-mêmes, de ce qu'ils sont et de ce qu'ils veulent, je me dis que je ne dois franchement pas être normal. Ca semble si naturel, chez eux. Nina est persuadée que je suis gay, je n'essaie pas de démentir, elle me dit sans cesse qu'il faut que je "m'accepte moi-même". Pour tout dire, aussi, je n'ai pas très envie d'être gay.

Pourquoi a-t-il fallu que la copine de Nina tombe malade ? Pourquoi a-t-il fallu que ce soit moi qui l'accompagne ? Pourquoi cette exposition, maintenant, pourquoi Alex, pourquoi ces questions, comme si je n'avais pas assez de mal à savoir qui je suis sans qu'ils viennent jeter le trouble dans mes fragiles certitudes ?

"Hé, Loren !"

Je me détache un instant de mes réflexions pour voir qui Nina vient d'interpeller à voix basse. Ah, Loren, son nom me revient maintenant, je l'ai croisé une fois ou deux à l'assoce de Nina, quand je viens la chercher – c'est le frère d'une de ses copines, voilà pourquoi on le voit parfois traîner dans des endroits censés être réservés aux lesbiennes. Il a un certain style, j'adore sa chemise orange flashy, son pseudo béret noir et ses lunettes aux verres bleu vif, il fait de la musique il me semble, et je crois avoir entendu qu'il est gay. Il pourrait être l'homme de la photo, ce pourrait être n'importe qui ici, mais ça n'a guère d'importance.

"Comment ça va ?", demande-t-il en s'approchant. "Ca fait longtemps que vous êtes là ?"

"A peu près une heure", dit Nina en souriant, "C'est vraiment génial ce qu'il fait, mais on a fait le tour, je crois qu'on va bientôt s'en aller…"

"Vous n'allez pas chez Alex après ?" demande Loren, en nous dévisageant l'un après l'autre. "Il fait une petite fête chez lui, ce soir."

"On aimerait beaucoup, mais on ne le connaît pas assez bien pour ça", dis-je.

"Vous voulez venir ?" demande-t-il. "Hé, venez avec moi, je vais vous présenter à Alex."

En fait, ce soir, j'avais des examens à réviser, ça ne m'enchante pas vraiment. Je suis étudiant en histoire, première année, c'est bientôt la période des partiels et je m'étais dit que je rentrerais assez tôt, sans trop y croire. Mais Loren nous entraîne tous les deux, il y a Alex là bas, il se fondrait presque dans la masse. Il est plutôt grand, s'habille comme un surfeur ado, avec les dreads blondes, l'air toujours un peu défoncé aussi. La plupart des personnes qui le rencontrent – je ne fais pas exception – trouvent qu'il a un regard vraiment spécial ; les yeux bleus d'Alexia, je ne sais pas. Ah, la puissance du cliché… Dans tous les sens du terme, sans mauvais jeu de mot – peut-être n'est-il pas photographe pour rien. Pour le moment, il est en train de discuter avec quelqu'un d'autre, que je ne vois pas bien. Ils ont l'air proches, tous les deux, si proches qu'un moment je me demande si… Mais non. Alex a une copine. De toute façon, lorsqu'il nous voit venir, l'ami d'Alex part.

L'homme s'en va, je le suis du regard, mais il ne me jette même pas un coup d'œil. Son visage ne m'est pas inconnu, je pense une fraction de seconde, mais je n'arrive pas à mettre un nom dessus. Je n'ai pas le temps d'y réfléchir, de toute manière, et puis il s'en va trop rapidement pour que je puisse m'arrêter.

Loren arrive, on le suit, s'ensuit de grandes embrassades avec Alex, il connaît déjà Nina, il me présente, moi, Cyril, étudiant, etc. Ils parlent de l'expo, et puis de Sharlie, la copine de Nina, de ce qui lui est arrivé, des anecdotes qu'ils ont vécues, etc. Je ne dis pas grand-chose, je me sens un peu à l'écart en fait, Sharlie et Alex se connaissent bien, Sharlie est artiste aussi, ça le rapproche de Nina. Je dois être transparent aujourd'hui, personne ne me voit. Je sors discrètement, tandis que Nina discute toujours, je vais fumer une cigarette dehors, tranquille, dans la petite cour entourée d'immeubles trop hauts qui bouchent la vue. Je reste là un moment, je ne connais pas grand monde ici et je n'ai pas trop envie de m'incruster dans les conversations. Au fond, ça ne me dérange pas, il n'y a pas beaucoup d'étudiants comme moi, je me sens un peu trop jeune en fait, ça doit être ça. Et puis j'ai envie d'être au calme, d'être loin de toutes ces questions qui me perturbent, loin de ce personnage que je dois jouer mais dont je ne connais pas l'acteur.

Nina me rejoint une heure plus tard. Il commence à se faire tard, le soleil a un peu faibli et se fait plus doux, il n'y a plus que moi dehors, assis sur le rebord de pierre qui entoure la cour. Je m'ennuie un peu, en fait, mais c'est Nina qui m'a emmené, alors je n'allais pas partir sans elle. Elle vient à côté de moi, lisse de la main le tissu rose de sa robe avant de s'asseoir.

"Je suis fatiguée", dit-elle en prenant la cigarette que je lui tends, que j'allume. "Je vais chez Alex, tout à l'heure. J'ai appelé Sharlie, ça va mieux, je file chez elle la prendre et on y va après. Tu viens, Cyril ? Y'aura tout le monde, y'aura à manger, de la musique tout ça quoi…"

"J'ai mes exams", je lui rappelle, pas franchement convaincu moi-même.

"Ah oui, c'est vrai… Oh, tu peux venir, non ? Des soirées chez Alex, t'auras pas souvent l'occasion d'y aller…"

"Je sais pas, Nina, franchement, j'hésite."

"Y'aura tous les copains d'Alex, plein de mecs", dit-elle avec un clin d'œil. "Et puis il faut que tu sortes."

Et c'est censé calmer mes doutes sur moi-même, j'imagine ? Mais Nina est persuadée que je serai intéressé. Et quelque part, … D'un autre côté, elle a raison, je ne sors plus beaucoup ces derniers temps. Ma période ermite a assez duré, je ne veux pas qu'elle s'éternise, et puis je sais aussi que je serai mieux si je sors, que seul chez moi, à me poser des questions sans fin, sans réponse. Tant pis pour les révisions, après tout ; j'ai tout le temps pour ça. Ca finit toujours de cette manière, je me jure que je vais me mettre à travailler, et puis je trouve autre chose de plus urgent à faire. Il faut vraiment que je fasse autre chose, en fait ; de toute façon, je ne pourrai pas me concentrer sur mon travail, j'ai besoin de faire la fête, de ne penser à rien du tout. Je dis ok à Nina, elle me tape sur l'épaule, contente de me voir reprendre les choses en main, ma "vie sentimentale" comme elle l'appelle. Si seulement il n'y avait que ça…

Nous sortons de la galerie tous les deux, tout le monde est parti, il ne reste que quelques personnes qui s'attardent, Alex aussi n'est pas là. Je repasse devant la même photo que tout à l'heure, cette photo de tatouage, par hasard, et comme tout à l'heure, c'est la même fascination qu'elle exerce sur moi, je ne saurais pas dire ce qu'elle a, au juste… Nina voit mon regard, me traîne par le bras.

"Tu vas te trouver un copain", dit-elle en riant.

Je ne sais pas. J'imagine que peut-être. Ou une copine, alors… ? Bizarrement, j'y crois encore moins.

Je dors dans les embouteillages. Plus tard je me réveille sur le périph, il y a tout ce monde autour de nous, tous ces gens qui rentrent du travail, l'air est lourd, pollué, ce soleil qui brille encore trop fort malgré l'heure, et je ferme les yeux, je me rendors, je fais des rêves de dessins qui flottent devant mes yeux en noir et blanc.

Lorsque je me réveille pour de bon, c'est lorsque Nina s'arrête devant chez Sharlie, à l'ombre de cet immeuble minuscule vert pastel, il y a des fleurs aux fenêtres, c'est vraiment mignon, c'est le genre de décor où on voit passer dans les films des vieux en béret avec une baguette de pain sous le bras. Nina va sonner, et Sharlie débarque quelques minutes plus tard. Ses cheveux bruns, courts, sont décoiffés, ils pointent dans toutes les directions, elle a un t-shirt noir, "Proud to be a Dyke" en doré dessus, c'est tout à fait elle, parfait pour une soirée chez Alex, du moins comme je l'imagine. Ca me fait penser que de mon côté, je ne dois pas ressembler à grand-chose – je me regarde dans le miroir passager, je remets mes pics blonds en place. J'avais mis une chemise assez classe pour aller à l'exposition, j'aurais bien aimé me changer avant d'aller à la soirée, mais j'habite à l'autre bout de Paris, ça n'est pas du tout sur le chemin. Tant pis. Le blanc me va bien il paraît, Nina dit que ça fait ressortir mon teint bronzé et mes yeux bleus, Nina a rêvé d'être styliste un moment. Tout le monde autour de moi à l'air de penser que je ne vais pas finir cette soirée seul. Je ne sais pas quoi dire, je laisse croire, après tout, elles ont peut-être raison, peut-être que je suis gay et qu'on ne peut rien y faire ? J'aimerais bien me rendormir.

Pendant le trajet, Sharlie veut tout savoir de l'expo, elle regarde les photos qu'on a prises, elle s'extasie, elle dit qu'Alex est vraiment doué. Son domaine à elle, c'est plutôt l'art numérique, elle crée des choses sympas sur son ordinateur et puis elle les vend ensuite. Elle dit à Nina qu'elle aurait dû poser pour lui, elle raconte sa dernière mésaventure avec son ordinateur, elles rient, je ris aussi – et la soirée s'annonce franchement bien tout compte fait : Nina dit que c'est Cutie Sushi qui s'occupe de la musique, ça promet, je peux danser des heures sur les sets de cette fille.

C'est une demi heure plus tard qu'on arrive. Alex a un appartement gigantesque en plein cœur de Paris, j'avoue que je n'avais jamais vu ça, je suis admiratif. Il y a déjà beaucoup de monde dans le salon, pas exclusivement ceux qui étaient là à l'exposition. L'univers d'Alex est étrange et fascinant, entre meubles baroques, tapis indiens, matériel hi-tech, photos géantes en couleurs des quatre coins du monde, de San Francisco, de la muraille de Chine, du Kenya, de Budapest, je suppose qu'il a dû visiter tous ces endroits, même si les photos ne sont pas de lui. Les paysages, il paraît que ce n'est pas son truc. J'aperçois Cutie Sushi et sa masse désorganisée de cheveux roses, au fond du salon, son iBook sur une table basse, elle s'occupe tranquillement de la musique, une espèce de fusion pop-lounge que ne renierait pas le Buddha Bar, et qui ne gêne pas trop les discussions. La table basse au milieu du salon est couverte de choses diverses à manger, Sharlie se fraye un chemin jusque là et Nina et moi la suivons.

Je regarde autour de moi en grignotant des tapas. Il y a Loren là bas et son copain, qui nous saluent de la main. Les connaissances d'Alex sont tous, comment dire, … Voyants. Ou plutôt, pour être plus honnête, ils sont ce que je suis pas : ils ne sont pas "transparents". C'est normal, en fin de compte, je ne fais pas grand-chose de spécial, je suis simplement à la fac, je ne suis ni artiste, ni DJ, ni militant acharné, ni même convaincu d'être gay – encore moins d'en avoir envie, ni n'importe quoi d'intéressant en fait. Je vois qu'il y a des gens qui me regardent, mais…

Je sais pertinemment que ce n'est pas le bon moment pour une relation amoureuse, pourtant j'en ai envie, je me dis que ce serait peut-être le moyen d'oublier mes doutes. Si je trouvais au moins quelqu'un de qui je me sentirais proche, avec qui j'aurais un minimum d'affinités… J'aimerais profondément, aussi, que ce "quelqu'un" soit une fille. Ce n'est pas quelque chose comme mon souhait le plus cher, je n'irai pas jusque là, mais disons que… Ca me rassurerait sur moi-même.

Le problème actuel, c'est que toutes les filles qui sont là sont soit lesbiennes, et si elles ne le sont pas c'est qu'elles ont déjà quelqu'un dans leur vie, quelqu'un qui n'est de toute évidence pas moi.

Je sais que je suis profondément hypocrite, que je refuse de regarder la réalité des choses en face – et ce, quelle que soit cette réalité, qu'en fin de compte je sois gay, bi ou hétéro. Comment dire ? Parce que de toute façon, je refuse de savoir, ha, ha, ha. Je n'ai même pas d'idée précise sur moi-même, je n'ai pas d'a priori, je n'ai que de vagues peurs incertaines. Te voilà bien avancé, comme aurait dit Nina. Je préfère me "bercer d'illusions", comme le dit ce lieu commun, sauf que dans mon cas, ce n'est pas une berceuse, c'est la Chevauchée des Walkyries. Apocalypse now. Or later.

Bon, n'exagérons rien quand même, personne n'est mort. Et voyons le bon côté des choses, je passe une super soirée. Je vais m'asseoir sur les coussins un peu plus loin, Sharlie nous présente des amis à elle, tout va bien, j'en oublie presque qu'à la base, je suis venu à cette soirée uniquement dans l'espoir de rencontrer quelqu'un. Après tout, ça me va, je commence presque à me sentir bien.

Ca faisait un moment que j'étais là, on parlait de tout et de rien, et puis Sushie a changé la musique, elle est passée des sons reposants pseudo-orientaux à la disco façon Gloria Gaynor, évidemment, I am what I am, tout le monde s'est mis à chanter sauf moi. Enfin, je veux dire, je veux qu'il me reste un semblant de cohérence, je ne vais pas me mettre à gueuler "je suis ce que je suis", pour la simple et bonne raison que je ne sais même pas ce que je suis. Bien sûr, je pourrais avoir un point de vue cartésien du style : je ne sais pas ce que je suis mais je suis et je vous emmerde, mais ce n'est définitivement pas mon genre. Bref, vivement que Cutie Sushi passe au prochain morceau, je préférerais même danser sur les Village People que d'entendre ça.

Et soudain je le vois, lui.

Je regardais dans le vide, sans penser à rien, en tentant de faire abstraction de la musique qui m'entourait et de tous ces gens qui chantaient, et quelqu'un a accroché mon regard. Je l'ai déjà vu cet après-midi, à l'exposition ; c'était l'ami d'Alex, qui lui parlait lorsque Loren est venu nous présenter, et qui est parti en nous voyant. Un grand brun avec une queue de cheval et un petit bouc soigneusement taillé, une chemise bordeaux, le genre de type qu'on imagine parfaitement rédiger une critique ciné dans Télérama. Il est plutôt pas mal – objectivement parlant, hein, parce que ce n'est pas mon genre de mater tous les mecs qui passent, surtout que je ne suis pas gay, et surtout que je lui donne à peu près deux fois mon âge.

Il est assis à l'autre bout de la pièce, parmi pas mal de monde, et j'ai l'impression qu'il a exactement la même attitude que moi. J'ai aussi l'impression que je le connais, que je l'ai déjà vu quelque part, avant cette expo… J'aurais bien pris une photo franchement, j'aurais bien vu ça sur la pellicule : tout le monde en train de s'agiter, et lui et moi, immobiles, face à face, qui nous regardons. J'ai l'impression qu'il se passe quelque chose d'étrange.

Où est-ce que je l'ai déjà vu, alors ?

Et puis soudain, l'illumination : bien sûr que je l'ai déjà vu, en photo et en vrai aussi, c'était à ce concert – mon premier concert d'ailleurs, j'avais douze ans. J'étais fan de Soy Beans, ce groupe de rock que tous les gamins de mon âge adoraient, mes parents les détestaient parce qu'ils les trouvaient "vulgaires et stupides", mais j'avais quand même réussi à les convaincre de me laisser aller au concert avec des amis.

Et sans même y penser, je me lève, j'ai envie de lui parler. J'ai aussi peut-être un peu trop bu.

J'avais tous leurs disques, je connaissais les paroles des chansons par cœur et je me passais les DVD en boucle.

Je connais son prénom, maintenant, c'est évident. Yoan. Qu'est-ce qu'il fait là ? Je ne le voyais pas fréquenter le même milieu qu'Alex et compagnie – quoique…

Une image me traverse l'esprit tandis que je me dirige vers lui. Je me rappelle de mon meilleur ami de l'époque. Sa chambre avec les posters de la bassiste, Soy. Une fille ultra sexy. Le genre qui motive des gamins de douze ans à faire chier leurs parents pendant deux mois pour la voir en vrai, sur scène. Le rêve, quoi. Je n'ai pas besoin de m'en rappeler davantage pour savoir que sur les murs de ma chambre, ce n'était pas elle. Qu'en fait, je m'en fichais pas mal, que c'était autre chose.

Bien sûr, Soy Beans, on a dû les entendre à la radio pendant un an, et après c'était terminé, personne n'en parlait plus. N'empêche que.

Peut-être que j'étais spécialement naïf, je ne sais pas, pour ne pas m'en être rendu compte. Le pire, c'est que je dois avoir comme ça une bonne douzaine d'exemples qui tendraient à prouver que les filles me laissent plus ou moins indifférent. Celui là est juste le premier.

Bref. Je ne sais même pas pourquoi j'ai envie de lui parler, … Mais je m'approche, je l'appelle, quasiment sûr qu'il s'agit de lui.

"Yoan ? Yoan Kolinsky ?"

Il me regarde avec des yeux ronds, comme si j'étais un extraterrestre ou quelque chose comme ça. Ca fait quand même dix minutes qu'il me dévisage, non ? Est-ce qu'il est vraiment surpris que je vienne alors lui parler ?

"Oui, c'est moi… On se connaît ?" me demande-t-il, et je vois qu'il cherche en vain à se rappeler ou est-ce qu'il a déjà pu me rencontrer, pour que je connaisse son nom. "Ca fait des années que je n'avais pas entendu quelqu'un m'appeler comme ça", rajoute-t-il.

"Non, on ne se connaît pas, … Je suis juste un fan de Soy Beans, c'est tout", je dis, un peu intimidé.

'Kolinsky', c'est un pseudo, je le sais – je ne connais pas son vrai nom, probable qu'en effet personne ne l'appelle plus de cette façon, et d'où sa surprise.

Non, franchement, Soy, la bassiste, elle avait beau être incroyablement jolie, elle avait beau faire fantasmer tous mes potes, moi, j'étais complètement insensible à son charme. Pendant presque trois heures de concert, j'avais les yeux fixés sur Yoan, le guitariste de Soy Beans. Encore une fois, je devais être complètement candide, mais à l'époque, je ne voyais pas en quoi mon comportement pouvait avoir quelque chose "d'anormal".

Je pourrais trouver des excuses à ma mauvaise conscience, aujourd'hui. C'est vrai qu'il n'y avait pas besoin d'être gay pour admirer Yoan. Sans parler de sa façon de jouer, il avait une certaine classe, un certain style. Pas exactement le même qu'il a aujourd'hui, d'ailleurs ; à l'époque, il avait l'air constamment blasé, un peu je-m'en-foutiste sur les bords, un vrai modèle, quoi. J'avais une amie qui collectionnait ses interviews, où il ne se privait pas de donner son avis sur tout et sur rien, de critiquer le monde entier, y compris ses propres chansons.

J'ai l'impression qu'il hésite à me répondre ; et puis il secoue la tête avec un sourire. A quoi est-ce que je pensais, exactement, quand je le regardais ? Est-ce que j'ai déjà fantasmé sur un homme ? Honnêtement… Je ne sais pas. Je ne saurais pas dire.

"Soy Beans ? Tu dois te tromper. Je connais pas."

"C'est pas toi ?" je demande, incrédule. "Le guitariste de Soy Beans ?"

"Je te jure que non !" dit-il en riant.

Je ne sais pas quoi dire ; je m'assois à côté de lui. Et puis je comprends qu'il me ment, maladroitement en plus de ça ; à moins que le guitariste de Soy Beans ait un sosie qui de plus, s'appelle comme lui, il est bien celui auquel je pense. Pourquoi le nier, alors ? Son rire s'estompe, je vois qu'il se force. Tant pis, je n'insiste pas. J'ai l'impression, en le regardant, d'être de nouveau un gamin. Ce que je peux être stupide…

Je comprendrai demain qu'à cet instant, en venant lui parler, je venais de faire la pire connerie de toute mon existence. Ca, je ne le sais pas encore, bien sûr. Je ne savais pas encore mon obstination à fouiller le passé. A côté, mes petits problèmes, être gay ou ne pas l'être, ça n'était rien. Ca non plus je ne sais pas encore.

"Tu t'appelles comment ?" me demande-t-il en me servant un verre avant que je puisse protester – je vois d'ici Nina qui me fait un clin d'œil.

"Cyril. Désolé de t'avoir pris pour quelqu'un d'autre", je lui dis, volontairement peu convaincant.

"Ca ne fait rien. Alors, tu étais à l'expo, cet après-midi ?", dit-il, pour discuter.

"Heu, oui, j'étais là pour accompagner une amie. Je ne connais pas trop Alex, en fait, mais un copain nous l'a présenté… Tu le connais bien ?"

"Plus ou moins. Disons qu'il m'a aidé, pour diverses choses", dit Yoan, pensif. "Enfin… "

Je lui raconte ma vie. Je suis complètement ivre et j'ai oublié que deux heures plus tôt, j'espérais encore trouver une petite amie. J'en oublie ma réserve, et si j'étais un peu plus lucide, je verrais bien que Yoan me trouve à la fois pathétique et amusant, parce que non seulement je suis en train de le draguer, mais je le fais plus que maladroitement. J'ai l'impression qu'il me laisse dire parce que ça l'amuse, qu'il me trouve peut-être sympathique.

Très tôt dans ma vie j'ai admirablement illustré le concept de "refoulement des idées qui dérangent". Bien sûr, sa présence à cette soirée pourrait suffire à démontrer que Yoan est gay (lui aussi ), mais je le savais avant, je veux dire, que quand ma copine Céline (celle qui collectionnait les interviews) me brandissait sous le nez des photos de Yoan en train d'embrasser un type quelconque, je jouais l'autruche et je prétendais n'avoir rien vu. C'est seulement maintenant que je m'en souviens. Je suppose qu'à l'époque, de toute façon, le mot "homosexuel" ne voulait rien dire pour moi. C'est toujours facile de jouer les crétins quand on est concerné. Est-ce qu'un jour mes parents se sont posés des questions sur mon compte ? Ca m'angoisse.

Je comprends que je ne devrais pas faire ça, mais j'ai beau le nier, je sais que plus tard je regretterai – mais je trouve, et j'ai toujours trouvé – c'est là mon problème – Yoan particulièrement attirant, il a une espèce de je ne sais quoi qui m'en ferait presque oublier mes problèmes d'orientation sexuelle. J'ai la réponse, mais ça ne m'effraie pas davantage, parce que demain je pense ingénument que j'aurai oublié, je pourrai faire semblant d'être autre chose et chercher une solution qui n'existe pas. Bien sûr, sur ce point-là je me gourre encore complètement, mais je suis pour l'instant un ignorant bienheureux.

On discute un moment. Je crois que c'est moi, qui pour être plus tranquille, l'entraîne dans la cuisine, loin de la foule. Je crois voir Alex qui nous croise, qui interroge Yoan du regard, qui me dévisage aussi, je sens sa désapprobation. Je sens aussi plusieurs regards inconnus sur nous, je ne sais pas ce que j'inspire ; je n'ai pas envie d'y réfléchir, je referme la porte sur nous. Je lui parle encore de Soy Beans, un peu, sans sous entendre que je sais qui il est, il me parle de moi. De tout à l'heure. De moi seul dans la foule. Il me demande pourquoi. Je ne sais pas quoi lui répondre, étrangement, Yoan ne me parle pas du tout de lui, refuse de s'éterniser quand je lui pose une question, alors je monologue parce que j'ai tellement de choses à dire, tellement de doutes, et il a tellement l'air disposé à m'écouter :

Je ne sais pas au juste pourquoi il m'écoute. Je ne sais pas non plus pourquoi il me regardait, tout à l'heure. Je suppose que la réponse à ces deux questions est "par hasard". J'ai l'impression qu'il s'ennuyait dans cette soirée, que je suis bien tombé, c'est tout. Ca s'arrête là.

J'apprends, au fil de bouts de phrases disloquées. Qui il est. Qu'il connaît Alex depuis longtemps. Depuis la période où il était à la fac. Que le nombre de gens avec qui il a couché se compte en centaines. Mais qu'il a arrêté. De se comporter comme ça. De vivre sa vie comme ça. Que c'est fini. Fini depuis. Depuis quoi ? Il ne veut pas dire. Maintenant il est seul. Une image de Yoan se dessine, petit à petit, dans mon esprit. Les silences sont nombreux. Une image de solitude.

Il dit encore qu'il aime quelqu'un. Au hasard d'une phrase. Je vois qu'il regrette la confidence. Je vois encore cette image de solitude, nette et précise, qui se dessine à mes yeux. Je ne comprends pas.

Alors je parle encore de moi.

"J'aimerais être sûr", je lui explique, au fil d'un discours un peu décousu. "J'aimerais savoir mais en même temps, j'ai peur…"

"Personne ne peut t'aider, tu sais", me dit-il, "Si tu refuses d'emblée le fait que tu puisses être gay, par exemple…"

"J'en ai pas envie."

"Je te comprends."

"Ah ? Je croyais que, …", je dis, je ne sais pas bien ce que je crois, sinon peut-être que je pensais que s'il y avait bien une personne contente d'être homo, c'était bien Yoan.

"C'est compliqué. J'ai eu une vie compliquée."

"Comment ça ?", je demande, curieux.

Mais c'est le silence, après le dialogue. Je sais que je viens de poser une question indiscrète. Qu'est-ce qui s'est passé, pour qu'il refuse de reconnaître ce qu'il a fait … Ce qu'il est ? Je comprends, maintenant, son regard qui a croisé le mien, tout à l'heure, semblable dans sa différence à mes incertitudes. 'J'ai eu une vie compliquée'… Pourquoi ce 'j'ai eu', au lieu de 'j'ai', tout simplement ? Est-ce qu'il aurait tourné une page ? Et surtout quelle serait-elle ?

"Tu me fais penser à quelqu'un", dit-il, en semblant penser à autre chose, en ayant presque oublié que j'étais là pour l'écouter. "Quelqu'un que j'aimais bien…"

Il n'en dit pas plus. Il est appuyé contre le mur du fond, et je suis près de lui, je passe la main dans ses cheveux, j'écarte les longues mèches châtain qui retombent sur son visage, il est magnifique dans ce calme qui ne lui semble pourtant pas inhabituel, je ne sais toujours pas à quoi il pense. Alors j'essaie, toujours maladroitement, d'embrasser Yoan, dans un grand moment de solitude émotionnelle. C'est une sorte de rêve d'enfant qui est en train de se réaliser, un rêve dont je me souviens, maintenant, et bien plus encore – je rougis. J'aurais presque honte. S'il savait ce que j'ai imaginé… C'est au dernier moment, quand je sens presque ses lèvres toucher les miennes, que je comprends qu'il n'est pas franchement d'accord.

Je n'ai jamais fait ça, je ne sais pas ce qui m'a pris – peut-être que je n'ai jamais ressenti ce type d'attirance pour quelqu'un. D'ordinaire, quand quelqu'un me plait, j'attends d'être sûr, j'attends longtemps avant de me lancer. Pas par timidité, juste parce que je prends ce genre de chose aux sérieux. Je ne drague pas les gens, garçons ou filles, dans les soirées, j'aime connaître les gens, ne pas m'arrêter au superficiel qu'ils peuvent dégager.

Avec Yoan c'est différent. Il m'attire, oui, même si je ne sais pas pourquoi ; il y a ce mystère autour de lui qui m'intrigue – qu'est-ce qu'il a fait, après Soy Beans ? Pourquoi ne pas en parler, même quelques mots ? Il y autre chose, quelque chose de plus profond que le fait qu'il soit célèbre, tout ça. Je crois juste que c'est le genre de personne qui captive les autres. C'est tout.

Là je reste immobile, je baisse les yeux, je vois le petit crucifix en argent, à peine dissimulé par le col de sa chemise. Si quelque chose devait me convaincre que ce n'est pas le guitariste de Soy Beans que j'ai en face de moi, c'est bien celle là. Je ne comprends pas bien pourquoi il m'a laissé essayer ? Parce qu'il en avait envie aussi ?

"Excuse-moi", je dis, un peu troublé par son attitude. J'ai l'impression qu'il me laisserait faire tout ce que je veux, qu'il n'est capable de me dire non que du regard, et encore ? A cet instant précis, il m'effraie.

Je vois Yoan ouvrir la bouche pour me dire quelque chose, pour m'expliquer, mais je n'ai pas envie d'entendre. Je le laisse là, je sors vite de la pièce, je tombe nez à nez avec Alex, qui m'entraîne aussitôt à part. Je fuis ce malaise que j'ai moi-même recherché.

"Qu'est-ce que tu fais avec Yoan ?" me demande Alex, je vois qu'il est hostile mais qu'il essaie de le cacher.

"Rien, on discute", je dis, je sens que mon air innocent ne prend pas.

"Fous lui la paix, ok ? …", il s'interrompt, reprend sur un ton plus aimable, mais pour me dire la même chose : "Excuse-moi, Cyril, mais laisse Yoan tranquille, d'accord ?"

Je ne sais pas quoi dire, alors je hoche la tête, complètement dépassé. Je ne comprends pas. Et puis j'ai un nouveau problème : je sais que demain, après-demain peut-être, j'aurai envie de revoir Yoan.

"Pourquoi ?"

Alex me tire par le bras dans le couloir, je vois Yoan qui sort de la cuisine, sans nous apercevoir, il refait machinalement sa queue de cheval et revient dans le salon. J'aimerais le suivre, j'aimerais m'excuser. Lui parler. Et même si je sais que je ne l'intéresse pas du tout, c'est plutôt évident.

"C'est compliqué", soupire Alex. "Yoan est quelqu'un de compliqué. Je ne te connais pas, Cyril, mais je sais que tu ferais mieux de ne pas t'intéresser de trop près à lui."

Evidemment, j'ai beau ne pas être d'un naturel particulièrement curieux, c'est le genre de conseil qui donne envie d'en savoir plus. Et puis soudain j'ai une sorte de vision, je me rappelle de cet après-midi.

"C'est lui, sur la photo, n'est-ce pas ?"

"Quelle photo ?"

Je lui décris la photo, le tatouage qui avait attiré mon attention à la galerie. Sans connaître Yoan dans les moindres détails, je pourrais jurer que c'est son épaule. Je sais que je l'avais déjà vue.

"Il a posé une seule fois pour moi", m'explique Alex, à contrecœur. "Mais laisse-le tranquille", répète-t-il.

Je vois Sharlie qui vient vers moi, accompagnée de Nina qui a l'air fatiguée, je comprends qu'elles s'en vont et que la soirée est finie. De toute façon, avec Alex – pourquoi m'est-il aussi hostile ? – je sais que je ne pourrai pas approcher Yoan, alors…

Je jette un coup d'œil dans le salon avant de m'en aller. Yoan me voit, me fait un sourire.

J'ai l'impression désagréable que je reverrai ce sourire. Bientôt, que je le veuille ou non.

A suivre…


Notes : Heu,... Reviews please ;) ? Bon, je sais, c'est pas un monument d'orignalité. Ah sinon, le personnage de Yoan, il a beau être assez récurrent dans mes fics lol, cette fois c'est la dernière, promis :p



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