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Fiction » General » Yoan font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Killy
Fiction Rated: T - French - General/Drama - Reviews: 70 - Published: 07-21-06 - Updated: 10-22-06 - id:2215658

Auteur : Tipheretj

Notes : Un petit chapitre tout court en attendant la suite… Pas trop d'inspiration pour cette fic en ce moment :p


Y o a n •

1 4

Quand on s’approche de moi je suis
De moins en moins tranquille

Swann habite avec deux autres colocs dans un petit appart. Il se trouve qu'ils n'étaient pas là quand j'ai débarqué chez lui, plus qu'hésitant et me demandant franchement ce que je faisais là ; ça m'a un peu refroidi (déjà que je n'étais pas vraiment pas partant). Si encore il y avait eu d'autres gens pour me rassurer, me dire qu'il ne m'avait pas invité pour autre chose que pour les photos de Yoan. Pour une fois, franchement, j'aurais aimé qu'il y ait plus de monde. Mais bon…

On a discuté un moment de tout et de rien en se baladant dans l'appart et en buvant des bières pour ados (du soda, quoi). Je ne suis pas aveugle et je remarque bien comment il me regarde… Je ne vais pas m'en plaindre. Avec ma nouvelle tête, je me disais au fond que plus personne ne me trouverait attirant, alors… (Et surtout pas Yoan.)

Bref, je connais bien ce regard et au fond, ce ne serait même pas la peine qu'il s'évertue à faire la conversation. Je n'ai rien à dire de spécial. Je voulais juste voir les photos.

J'imagine déjà la tête de Yoan si je lui dis que j'ai couché avec Swann. Mais au fond, je suis pratiquement sûr qu'il me regarderait comme ça, de son petit air blasé qui lui colle à la peau, et qu'il me sortirait un truc du genre, ah bon, d'accord. Et ce serait tout. Parce que j'avoue que l'idée de faire ça, uniquement pour faire chier Yoan, m'a bien entendu traversé la tête. Soyons honnête. Je ne suis pas un petit ange, loin de là. Mais je le connais suffisamment pour savoir que le concept de jalousie est complètement étranger à Yoan. Il fait partie des rares personnes qui peuvent dire, en complète honnêteté, qu'il n'est pas jaloux. Sans doute parce qu'il n'aime vraiment personne, alors ça lui est égal. Je crois même qu'il a du mal à concevoir que moi, je puisse ressentir ce genre de sentiment. Parfois. Ce n'est pas trop mon genre non plus.

(Mauvaise foi…)

Tant pis que Yoan s'en tape, après tout, je peux bien faire ce que je veux. Et qu'on n'essaie pas de me faire croire que Swann est un petit ange aussi. Et puis, il est plutôt mignon, … Après tout.

Swann a des étagères remplies d'albums photos. La plupart ont l'air assez anciens, du genre qu'on n'ouvre pas très souvent en tout cas. Donc, si je comprends bien, ça fait un moment que Yoan fait ce genre de trucs, bien plus longtemps que ce qu'il m'a dit en tout cas. Parfois, j'en ai vraiment assez de ne rien savoir… De comprendre les choses avec trois trains de retard.

"Ils ne sont pas tous à Yoan", me prévient-il, "Il y en a d'autres qui appartiennent à d'autres artistes, à Alex si tu le connais… Quelques essais faits par moi aussi. J'ai toutes ses photos récentes aussi, sur mon pc."

Je feuillette un des albums qu'il me tend. Impression générale : ça ne m'étonne pas de Yoan. C'est tout. Je savais bien à quoi m'attendre. Je lui ferai remarquer que son travail n'a rien d'original (et je l'imagine déjà me rétorquer, évidemment, tu crois que je recherche l'originalité ?). Ca doit bien se vendre, j'imagine, alors. Illustrations assez cliché de presse gay, etc. A force de feuilleter l'album je me dis que ça n'est pas dénué d'une certaine ironie. Comme s'il s'efforçait de produire des clichés ; dans les deux sens du terme. Le connaissant, j'imagine que ça doit lui donner l'impression de bien se moquer de tout le monde.

"Pourquoi ils sont chez toi ?", je demande à Swann. "Je veux dire, c'est son travail, pourquoi il t'a donné tout ça ?"

Qu'il me dise que Yoan manque de place chez lui et je l'étrangle. J'aimerais avoir des réponses honnêtes, pour une fois.

"C'est un cadeau", me dit-il avec un sourire plein de bonne humeur qui m'énerve, "Parce que j'ai fait pas mal de photos pour lui. Enfin, les plus récentes en tout cas. Les vieilles… Il n'en fait plus trop de ce style là, ça l'énerve un peu."

"Pourquoi toi ?", je demande, avec une certaine agressivité qui m'inquiète sur moi-même.

Mais qu'est-ce qu'il a de spécial ?! Si tout ce qui intéresse Yoan c'est ce genre de détail, …

"Il ne t'a rien dit sur moi ?", me demande Swann avec un regard étonné d'abord ; et voyant mon silence, c'est de l'inquiétude que je lis dans ses yeux.

"Dit quoi ?"

"Je pensais qu'il t'en avait parlé", me dit-il en baissant les yeux.

"Mais de quoi ?"

Pas de réponse. J'ai posé la main sur celle de Swann en essayant d'avoir l'air rassurant, même si je ne savais pas de quoi il parlait. Même si je n'avais aucune idée et que je ne risquais pas de comprendre. Et puis j'ai commencé à caresser son bras doucement, un geste pas vraiment innocent. Pour une fois que je prenais les devants. Il n'a pas vraiment réagi, j'ai supposé qu'il était d'accord, alors je l'ai embrassé. Pas plus de réaction, enfin je veux dire, ça avait l'air de ne lui faire ni chaud ni froid.

Je l'ai allongé sur le sol, on n'a même pas pris la peine de se déshabiller, je crois qu'il n'en avait pas très envie. Comme si on ne se connaissait pas assez pour que je le voie nu mais suffisamment pour que je le baise. Je n'ai pas réussi à penser à autre chose qu'à Yoan, qui de toute façon était mon unique raison de faire ça. Au fond, c'était complètement stupide ; j'avais envie, (certes), mais pas plus que ça (si on met Yoan de côté). Swann n'avait pas l'air franchement excité non plus, il m'a à peine laissé le toucher et même pas l'air plus réveillé que ça.

J'ai ressenti comme une espèce de malaise après, une sensation bizarre qui ne m'était jamais arrivée. Peut-être le regard vide que Swann m'a jeté juste après, du style, comme s'il ne s'était strictement rien passé. Comme si j'avais rêvé.

"Tu veux voir le reste des photos ?", m'a-t-il demandé innocemment.

J'ai décliné l'invitation et je me suis tiré.

oooOoooOoooOoooOooo

J'ai eu le droit à la visite de Yoan, le lendemain. Il n'avait pas l'air exactement fâché contre moi ; je crois que c'était plus profond comme sentiment, comme si j'avais fait un truc irréparable et que maintenant c'était fini entre nous. Ou peut-être que j'extrapole, encore une fois, à partir d'un froncement de sourcils ou une absence flagrante de sourire.

"Qu'est-ce qui t'a pris ?", m'a-t-il demandé sans même me gratifier d'un bonjour ou d'un comment tu vas, ce si beau matin.

"Quoi… ?", j'ai demandé en faisant semblant de ne pas comprendre, parce que j'ai encore l'espoir qu'il ne me parle pas de Swann, parce que je regrette encore.

"Arrête de faire l'abruti. Je te parle de qui, à ton avis ?"

La meilleure défense, …

"Attends, me fais pas croire que tu pensais pas à ça en me le présentant. Qu'est-ce qui t'emmerde ? Que je t'aie pas invité ?", je dis, mais j'arrive pas à avoir l'air sûr de moi, j'ai l'impression de réciter un texte comme un mauvais acteur, sans y croire, sans sentiment.

"C'est dégueulasse d'avoir fait ça", me balance Yoan, l'air atterré. "Comment t'as pu ?"

Là j'ai dû rater un épisode. On vit bien dans le même monde lui et moi ? Non mais franchement…

Et je me dis aussi que mon plan a bien marché. Ironiquement. Je m'étais dit qu'en couchant avec Swann, je ferais le genre de truc qui plairait pas du tout à Yoan. J'imaginais pas à quel point… Mais à ce que je vois, à ce que je devine maintenant, il ne s'agit pas d'une simple histoire de jalousie ; ou alors, je ne connais pas du tout Yoan, ce qui m'étonnerait quand même un peu. Je suis prêt à entendre beaucoup de choses à son sujet, à découvrir des trucs insoupçonnés sur lui et faire comme si ça n'avait rien d'étonnant ; mais alors là, jamais de la vie je ne pourrais concevoir qu'il éprouve de la jalousie.

"T'es bien placé pour donner des leçons de morale, toi", je lui dis, un peu sceptique quand même sur les raisons de son énervement.

"Ca n'a rien à voir. Il ne s'agit pas d'une pseudo morale ou je ne sais pas quoi… T'aurais pu lui laisser le temps de réfléchir avant de faire ça, c'est tout."

"Alors ça c'est la meilleure", je marmonne. "Il a pas fallu trois heures à sa bite pour réfléchir."

Je ne sais pas pourquoi, mais Yoan m'a regardé avec des yeux ronds. Et puis encore une fois, (je commence à être habitué), il est parti dans une crise d'hilarité incompréhensible. Ravi de le mettre de si bonne humeur – si au moins je savais pourquoi j'ai le don de le faire rire. Si au moins je savais ce que je dis de drôle. J'ai l'impression d'être le dernier des crétins parce que je ne comprends pas. Je commence à soupçonner qu'une des choses qu'il aime chez moi, c'est ma façon à moi de le faire rire. A mes dépens, bien sûr, ça va sans dire.

"Je te dis ça", m'explique finalement Yoan lorsqu'il a retrouvé son sérieux, l'air un peu moins fâché contre moi, "Parce que Swann a tendance à ne pas savoir dire non, … Tu comprends ?"

"Non", je dis, perplexe. "Je l'ai pas forcé, hein", j'explique, avec une certaine mauvaise foi quand même, parce qu'à cet instant j'ai le regard vide de Swann qui revient me hanter comme un mauvais esprit.

"Swann est du genre à dire oui à n'importe qui parce que c'est rassurant, tu vois ? Même sans en avoir forcément envie,… Une histoire de se sentir valorisé, parce que quelqu'un a envie de toi."

"Merci pour le 'n'importe qui', ça fait plaisir", je relève – je me dis aussi qu'il a une façon plutôt bizarre de parler, mais bon. Avec Yoan, toutes les bizarreries paraissent logiques.

"Tu vois ce que je veux dire."

"Oui, je vois, il est du genre salope, c'est ça ?", et je continue sans laisser le temps à Yoan de m'interrompre – parce que je vois qu'il veut le faire pour me signifier que je n'ai rien compris du tout, "Et puis quoi, c'est pas la peine de s'énerver, personne n'est mort. Pas de quoi en faire un drame… De toute façon, je suis sûr que quelque part, tu y pensais, donc fais pas comme si ça te choquait. Tu sais quoi ? Maintenant tu peux me parler de tes idées de plans à trois en toute liberté, je ne risque pas de m'énerver."

Pour une fois, j'ai l'impression que j'ai touché juste parce que Yoan ne dit rien, un peu comme si j'avais deviné ses pensées. Ce qui est beaucoup plus rare que ce que j'aimerais croire, au fond.

"Tu te fais des idées sur Swann", me dit-il. "T'as peut-être pas tort en ce qui me concerne, mais pour Swann…"

"Quoi encore ?"

Il me regarde d'un air mystérieux, le sourire aux lèvres. J'ai le pressentiment – avec beaucoup de retard – qu'il s'est bien foutu de moi. Et Swann aussi. Je ne sais pas encore à quel sujet, mais j'ai eu cette impression très nette. J'ai bien failli comprendre, en fait. Mais non. C'était trop énorme.

"Je vais y aller", me dit Yoan en esquissant un pas vers la porte – j'aurais bien aimé qu'il reste, dommage. "Je repenserai à ton idée de choses à trois avec Swann…"

"Super", je dis, un peu à la façon Droopy 'You know what ? I'm happy'.

Yoan était presque parti, et puis je le vois qui reviens, comme s'il avait oublié quelque chose. Toujours ce sourire qui me donne l'impression qu'il se fout de moi. Et l'air inquiet aussi. (De quoi ? De découvrir que je suis encore plus stupide que dans ses pires cauchemars ?)

"Rassure-moi", me dit-il, "C'était bien une blague, tout à l'heure ? Tu sais, … ?"

Je fais non de la tête. Plus exactement, je crois que je ne vois pas du tout où il veut en venir.

"Je me sens un peu comme Dana", me dit-il sérieusement, "Tu sais ? Quand elle veut annoncer à ses parents qu'elle est gay et qu'elle n'est pas sûre qu'ils ont bien compris…"

"Où est-ce que tu veux en venir, Yoan ?"

Il me regarde longtemps, et puis il finit par entrer de nouveau chez moi.

"Viens", me dit-il en me posant la main sur l'épaule, et intérieurement, il a de nouveau l'air au bord de la crise de rire, "Il faut que je te dise un truc."

"Quoi ?"

"J'aurais dû te le dire plus tôt… Je t'ai rien dit au départ et Swann non plus, on trouvait ça marrant, et puis on voulait voir combien de temps tu mettrais à t'en rendre compte…"

"Me rendre compte de quoi ?"

"Mais enfin, comment t'as fait pour pas comprendre ? C'est dingue, n'empêche…", soupira Yoan, "Qu'est-ce qu'elle joue bien. Mais bon, ça a assez duré…"

J'ai un pressentiment que je n'aime pas.

"Swann", reprit-il, "C'est une fille."

J'avoue qu'en fait, je n'ai jamais bien compris ce que "se sentir con" signifiait.

Là, ça m'est apparu tout d'un coup.

"Ah bon.", j'ai dit au bout d'un très long moment. "Une fille."

Je me suis trouvé tellement stupide qu'en fait, j'ai rien à dire sur le sujet. Ca me parait tellement évident maintenant que j'ai envie de me mettre une claque.

"Si tu me disais, 'une fille comme Alex'", je continue, "Quelque part, ça me rassurerait. Genre qu'elle veut être un mec, par exemple. Rassure moi."

"Non, c'est vraiment une fille", m'explique Yoan, l'air de me prendre en pitié. "Elle prend des cours d'art dramatique, elle avait envie de voir si elle était crédible dans ce rôle…"

"Et vous avez pas trouvé mieux que de me prendre comme cobaye", je dis, dégoûté. "Casse-toi", je lui dis en lui montrant la porte. "Je ne veux plus te voir."

"Oh, le prends pas si mal", me dit Yoan, "C'était qu'un jeu… Excuse-moi si tu te sens vexé ou je sais pas… Et puis, je ne t'ai jamais précisé que c'était un mec, non ?"

Effectivement. Il ne l'a jamais fait, je comprends maintenant, et il n'a jamais dit le contraire maintenant. Il n'a jamais dit 'il' ou 'elle', c'était toujours 'Swann' – d'où sa façon étrange de parler. Et puis 'Swann' est un prénom tellement moche qu'on peut le donner indifféremment à une fille, un garçon ou un perroquet, ça ne change rien. Je n'ai pas envie d'entendre ses explications, ça m'énerve. Comme on dit, c'est la goutte d'eau, etc.

"Je ne veux plus te voir", je lui redis. Il finit par comprendre et s'en va, certes l'air sincèrement désolé.

A suivre…



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