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Notes : Il s'agit d'un texte que j'avais écrit pour le journal de mon école. Je le publie ici pratiquement tel quel, à peine retouché, malgré ses imperfections.
Le féminisme aujourd'hui, un mouvement subversif
A la lecture de ce titre transparent, j'entends déjà les soupirs et protestations de certains, pensant que tout a déjà été dit par le passé et qu'il ne sert à rien d'enfoncer davantage le clou. Mais il semble que le simple mot "féminisme" aujourd'hui suffise à lancer des polémiques ; et si j'enfonce le clou en effet, c'est avec le même marteau dont Nietzsche se servait pour démolir les préjugés et l'ignorance.
Nombre de personnes, aujourd'hui, pensent à tort que le féminisme n'a plus aucune utilité, que tout a été conquis par nos ainées, et qu'aujourd'hui, l'égalité étant atteinte, le combat a cessé. Mais d'une part, n'oublions pas que rien n'est jamais définitivement acquis (ainsi, par exemple, aux Etats-Unis, en mars, une loi criminalisant et interdisant l'avortement a été adoptée dans le Dakota du Nord) ; et d'autre part, il reste encore du chemin à parcourir. Quel chemin ? Au-delà des inégalités visibles entre femmes et hommes (dans le seul domaine du travail : écarts de salaire atteignant les 20, peu de femmes occupant des postes élevés, etc), il existe des inégalités bien plus profondes, sournoisement ancrées dans notre société, et que nous contribuons à perpétuer, tant elles sont enracinées dans notre inconscient.
De quoi s'agit-il ? D'un schéma archaïque et binaire, divisant l'humanité en deux camps distincts : femmes d'un côté, hommes de l'autre. C'est précisément ces schémas inconscients que s'attache à mettre à jour le féminisme aujourd'hui, que l'on pourrait appeler "radical" ; "radical", à entendre dans le sens où il abolit des préjugés vieux de quelques siècles. Et c'est la notion de "genre", introduite par les féministes au 20ème siècle, qui permet de mieux comprendre pourquoi notre façon de penser les rapports entre hommes et femmes est intrinsèquement inégalitaire.
Dans l'inconscient collectif, le concept de "féminin" est associé à une idée de douceur, de tendresse, de passion ; le concept de "masculin" étant, lui, associé, à des notions de force, d'autorité, de réflexion (il suffit de penser aux principes du Yin et du Yang, par exemple, pour s'en convaincre). Mais tout ceci est arbitraire : et l'erreur est d'attribuer les principes "féminins" majoritairement aux femmes, et les principes "masculins" majoritairement aux hommes. Si l'on considère que le "féminin" est complémentaire du "masculin", comment prétendre alors à l'égalité ? Car complémentarité n'a jamais été le synonyme d'égalité.
On trouve ainsi normal que dans leur majorité, les femmes se tournent vers des métiers tels qu'institutrice parce qu'elles aiment s'occuper d'enfants, ou des métiers à dominante "littéraire", de culture, de communication ; et que les hommes s'orientent plus vers des métiers à dominante scientifique, économique, nécessitant plus de réflexion. On dit que "les filles n'aiment pas les maths", voire pire, qu'elles n'y comprennent rien ; et on l'accepte comme un fait établi, sans comprendre que la société les conforte, inconsciemment, dans l'idée que ce n'est pas fait pour elles, et que leur talent est certainement ailleurs. Il est facile de décourager quelqu'un, lorsque l'on ne l'encourage pas assez.
De tout ceci est né l'idée de "genre" que l'on pourrait définir comme "le sexe social" : le "genre" concerne toutes les prétendues différences entre hommes et femmes qui ne sont pas d'ordre biologique. Basiquement, il s'agit de rôles attribués à chacun selon son sexe, afin qu'il obéisse aux conventions sociales. Historiquement, ces conventions sont principalement nées d'un souci de structurer la société, afin que l'ordre ne soit pas perturbé : les femmes avaient le rôle, par exemple, de s'occuper de la maison et des enfants, tandis que les hommes avaient le rôle de travailler et de diriger le foyer.
Aujourd'hui, les choses ont changé ; mais si les rôles féminins et masculins ne sont plus les mêmes, ils existent toujours. Parfois, ils sont inscrits dans les lois : jusqu'à peu de temps encore, une femme qui se mariait devait obligatoirement prendre le nom de famille de son mari et le transmettre à ses enfants. Ce n'est pas un détail, c'est un acte fortement symbolique, qui maintenait la femme dans une position d'infériorité vis-à-vis de son mari. Ou encore, la désignation "mademoiselle", au centre d'une polémique ces derniers temps. Mais le plus souvent, ces rôles sont perpétués par chacun d'entre nous.
Et ainsi, les femmes doivent toujours être en accord avec ce genre "féminin" qu'on leur impose. Qui n'a jamais eu un regard négatif sur une femme qui ne s'habille pas de manière "féminine", qui n'aime pas les enfants, qui fait preuve d'une certaine forme d'autorité, comme certaines femmes politiques, qui préfère diriger plutôt qu'obéir, qui préfère le foot à la danse, le bricolage au shopping, etc …. ? En toute honnêteté, qui n'a jamais pensé un peu de mal d'une femme qui "se comporte comme un mec" ?
Ainsi que le disait Simone de Beauvoir, "on ne naît pas femme, on le devient" ; c'est-à-dire qu'on devient, peu à peu, à force de matraquage, ce que la société attend d'une femme ; c'est-à-dire, en règle générale, tout et n'importe quoi, sauf le plus important : en devenant cette femme, on ne devient pas soi-même. La même remarque vaut évidemment pour les hommes.
Et on constate toujours une certaine hostilité, une certaine forme de moquerie, vis-à-vis des personnes qui refusent d'être ce que leur genre leur imposerait : on peut citer les homosexuels, les hommes au foyer ou qui gagnent moins que leur femme, les femmes cadres supérieures mal acceptées par leurs collègues, etc.
C'est pour ces raisons que le féminisme est encore nécessaire aujourd'hui. Car dans un souci d'égalité et de liberté de tous, femmes ou hommes, comment accepter que la vie de chacun soit dictée par des conventions imposées par le fait d'appartenir à l'un ou l'autre sexe ? Le féminisme aujourd'hui considère les personnes avant tout comme des êtres humains, avant de les considérer comme femme ou homme ; il s'agit bien d'un mouvement subversif, qui propose de changer radicalement les bases de la société afin qu'elle soit, tout simplement, plus juste.
Il n'y a pas toujours besoin d'armes pour une révolution : même si leurs adversaires n'ont jamais hésité à utiliser la violence pour réprimer les mouvements féministes, les femmes ont toujours fait preuve de pacifisme. Il suffit que chacun prenne conscience des préjugés qu'on nous inculque, d'y réfléchir, simplement, pour que les choses changent durablement.