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Author: princessemimiko
Fiction Rated: M - French - Adventure/Sci-Fi - Reviews: 11 - Published: 09-02-06 - Updated: 06-18-09 - id:2240636

Ecriveuse : Mimiko

Série : originale

Genre : Déconseillé au moins de seize ans. Nierf, heureusement qu’Alec est là !

Disclaimer : Tous les personnages m’appartiennent et de toute façon vous ne voulez PAS les avoir (Mimiko est grincheuse, Chriss arrache les bras avec ses dents et Alec est un pervers), l’histoire de même.

Episode 9: Alter Ego

Si pour certains la vie s’était arrêtée d’un coup de sécateur, pour d’autres elle continuait inlassablement d’un rythme effréné.

Le lendemain, les Nettoyeurs s’étaient occupés de la serre et avaient fait disparaitre toutes traces de l’existence de Seika ou d’une B5694H.

Mais s’ils pouvaient brûler un corps et des papiers, ils ne pouvaient effacer le cœur des enfants. Ainsi, à l’insu de tout le monde, la jeune fille continua d’exister pour quelqu’un.

Mimiko n’était pas retournée à la serre et elle savait qu’elle n’y retournerait jamais. Pourtant, elle sentait que cet évènement avait planté une graine en elle.

Elle ne savait pas ce qu’elle donnerait une fois éclot, mais une détermination froide l’habitait.

Perdant son regard sur le mur et le fil de fer barbelé qui clôturaient la base, elle abandonna l’étude de son livre de géopolitique.

Soudainement, des bras passèrent devant et derrière son dos.

En un mouvement, elle lâcha le bouquin, tordit le bras de devant et roula à terre pour se retourner vers son ennemi.

-Aïe ! Aïe ! Aïe ! Aïe ! Maugréa Alec en massant son membre meurtri. T’es vraiment une sauvage !

-Oh… C’est toi…

-Bein oui c’est moi ! Je te rappelle que ça fait deux heures que je suis assis à côté de toi !

-… Et ça t’autorise à m’attaquer ? Répliqua la brune en fronçant les sourcils.

-Mais c’est pas vrai ! Je t’attaquais pas, je te faisais un câlin. Tu avais l’air de quelqu’un en manque d’affection ! Se défendit le garçon.

-C’est ridicule.

-Allez viens me faire un câlin ! Fit Alec en ouvrant les bras devant lui.

Un livre jeté à sa figure lui répondit, le faisant basculer en arrière et atterrir dans un buisson.

Mimiko s’empressa de déserter le parc, la mine renfrognée.

Hélas pour elle, Alec ne serait pas un pot de colle s’il n’était pas capable de la retrouver où qu’elle soit. Il était diabolique.

Ce qu’il appelait destin, elle, elle l’appelait malchance.

Comme le fait de se retrouver dans la même classe et dans le même dortoir.

Evidemment, il fut à ses côtés quinze minutes plus tard. Un record. Généralement, il se pointait au bout de sept minutes.

Il lui tendit nonchalamment son livre de cours qu’elle lui arracha sans un regard.

-Non mais c’est vrai, t’as l’air toute perdue et toute triste aujourd’hui !

Oui, hier, elle avait vu une fille qu’elle allait voir tous les jours découpée en plusieurs morceaux. Elle souriait. Même dans la mort, c’était une idiote. Une idiote qu’elle ne reverrait plus. Une idiote qui ne lui donnera plus de conseils. Quand on est mort, on ne sert plus à personne. En plus, elle ne pouvait même plus se réfugier dans la serre pour trouver de la tranquillité.

Elle serra son bras gauche, caressant le tissu de sa chemise là où elle savait se trouver les plaies parallèles. Ca n’avait pas encore cicatrisé et elle s’arrangeait pour que ce ne soit jamais le cas. Elle garderait la souffrance de Seika dans sa chair. Ainsi, elle se souviendrait toujours de ce que signifie perdre quelque chose.

Alec la regarda silencieusement monologuer intérieurement, cherchant à découvrir un moyen de décrypter son comportement. Il se retenait aussi de la toucher.

La toucher pour lui faire sentir qu’il était là, prés d’elle. La toucher pour qu’elle revienne sur terre. La toucher parce qu’il en avait tout simplement envie.

Ils marchaient toujours et traversèrent une porte fenêtre pour se retrouver dans les couloirs. Il était tard, alors naturellement, les élèves ne couraient pas les rues.

-Tu sais… Si tu as quelque chose sur le cœur, tu peux m’en parler, déclara t’il en lui frôlant l’épaule.

Elle sembla s’apercevoir à nouveau de sa présence et le regarda comme s’il avait dit une énormité.

-C’était juste une suggestion…

Il soupira et abandonna pour aujourd’hui toute tentative envers la jeune fille.

Il ne savait pas que c’était la meilleure chose à faire pour Mimiko.

Oo_oO

La lune était pleine à travers l’étroite fenêtre de la salle de bain.

B0000Y la regarda, étendue de tout son long sur le carrelage, son nez saignait et elle avait plusieurs hématomes sur tout le corps. On lui avait retiré ses vêtements pour y mettre feu.

Ce n’était pas la première fois et ce ne serait surement pas la dernière.

Elle avait dû attendre que la nuit tombe pour oser sortir d’un des cabinets de toilettes, mais maintenant, elle avait tout son temps. La nuit lui appartenait.

Pourquoi est ce que personne ne voulait d’elle ? Pourquoi est-ce que personne n’avait besoin d’elle ? Pourquoi est ce qu’elle était toujours seule ? Pourquoi on ne se servait même pas d’elle ? Pourquoi ressentait-elle un froid mortel dans son cœur ?

Quel était le sens de l’existence ?

Regarder sans fin une lune aux couleurs de sang ?

Etait-elle si différente des autres ?

La jeune fille s’était pourtant regardée des heures et des heures dans l’un des miroirs, cherchant à identifier le problème, ce qu’avaient les autres et qu’elle n’avait pas.

Des pas se firent entendre sur le carrelage. Elle ne bougea pas et continua à regarder le ciel. Une ombre se projeta en travers de son corps. C’est alors qu’elle tourna lentement la tête.

C’était Chriss. Le petit miracle de onze ans.

Celle-ci la regardait sans cacher son mépris, ses yeux sombres braqués sur elle.

On racontait qu’on ne survivait pas à Chriss.

Tant mieux.

Elle ferma les yeux et attendit les coups, mais rien ne vint. Au bout d’un moment, elle entendit enfin la voix de l’élève, grave et cassante :

-Tu n’en vaux même pas la peine…

Suivit d’un soupir et de pas qui s’éloignaient.

Non.

Non.

NON !

Oo_oO

-DEBOUT ! C’est l’HEURE !!!! Braya Alec en ouvrant en grand les volets de la chambre de Mimiko, évitant avec souplesse un coup de ciseaux.

La jeune fille hésita entre s’enfouir sous ses couettes ou sortir pour égorger le garçon pour être entré dans sa chambre.

-Sort de cette chambre ! On est en week-end ! Marmonna-t-elle en donnant des coups de ciseaux dans tous les sens.

-Oui mais Anne Misser est venu me voir pour te dire qu’elle t’attendait à l’infirmerie.

-Encore ?! S’exaspéra la brune en sortant totalement du lit où elle était perchée.

-Elle doit aussi être amoureuse de toi ! Rigola le roux.

-Comment ça aussi ?

Alec ouvrit la bouche mais préféra la fermer, peu décidé à se lancer sur un terrain aussi glissant. Il trouvait déjà miraculeux qu’elle ne l’ait pas encore jeté de sa chambre à grands renforts de coups de pied. C’est alors qu’elle cherchait son uniforme, attendant sa réponse, qu’il aperçut un éclat rouge sur sa manche de chemise de nuit :

-Eh mais t’es blessée ? Lui demanda-t-il en s’approchant dans l’idée de lui attraper le bras.

« Dans l’idée » uniquement, l’acte était évidemment inconcevable dans un espace en trois dimensions alors qu’elle tenait encore sa paire de ciseaux.

Mimiko baissa le regard vers ce qu’il désignait et ne pût s’empêcher de rougir, cachant le bras fautif derrière son dos avant de foudroyer Alec du regard et de l’expulser de son domaine privée.

Dés le matin il s’y mettait…Ce type était impossible !

Elle claqua la porte, se collant derrière pour l’empêcher de rentrer et jeta à nouveau un œil aux plaies. Il fallait qu’elle se fasse un nouveau bandage, mais comment faire en sorte que le docteur Misser ne s’en aperçoive pas ?

Mimiko attrapa un morceau de son drap pour le tirer à elle et se mit à découper une bande sur le bord dont elle se servirait pour bander son bras.

Quelques minutes plus tard, elle sortait de sa chambre, surprenant Alec qui essayait toujours de l’ouvrir en poussant. Il dégringola et roula dans sa chambre sans qu’elle n’y fasse attention.

-Aaah… Cette fille vraiment… Maugréa-t-il, allongé sur le parquet plastifié, alors qu’elle disparaissait dans les couloirs.

Oo_oO

Mimiko marcha le long des couloirs du dortoir, peu décidée à se presser un samedi. Dehors le ciel était plus gris que jamais, nuancé de noir et de blanc, menaçant. Des lames de pluie tombaient devant les fenêtres, s’éclatant contre la vitre en petites gouttelettes.

Traversant un pont vitré, elle s’arrêta, jetant un regard sur ce qu’on appelait le Bloc D. C’était rien d’autre qu’un cube de ciment percé de petites fenêtres horizontales, comme des meurtrières.

Le Bloc A était le nom du bâtiment principal où avaient lieu les cours. Le Bloc B était celui où elle se trouvait, autrement dit, l’assemblement dortoirs, réfectoires, bibliothèque, salle d’études et foyer des élèves. Le Bloc C était encore un mystère pour elle, autant sur sa position que sur son contenant, et pour finir, le Bloc E était le pavillon des SEEDs.

Evidemment, les étudiants étaient autorisés à voyager entre le bâtiment A et B uniquement.

La jeune fille soupira puis continua son chemin, même si elle n’en avait pas envie, pour se retrouver devant les portes de l’infirmerie. Elle hésita à frapper avant que ses yeux ne soient attirés par deux jambes étendues qui dépassaient d’un rideau. L’une avait une étrange inclinaison, comme si les os s’étaient déboités, leurs moignons tirant la peau sous eux.

Comme c’était pitoyable… Frissonna-t-elle en se plantant devant le corps, soulevant le rideau mité et déchiré par l’usure. Terriblement pitoyable…

-Encore un mort, constata un garçon dans son dos.

Elle tourna la tête car elle connaissait cette voix. Non, ce n’était pas celle d’Alec : elle commençait à trop la connaitre celle-là.

-Kyogané…

-Pour te servir, répondit-il avec un petit sourire, lui ouvrant la porte de l’infirmerie.

-On ne fait rien pour…?

-L’équipe des Nettoyeurs va s’en charger, répliqua t’il en passant un bras dans le dos de Mimiko pour la pousser en avant.

Curieusement, elle se laissa faire. Elle ne se sentait pas mal avec Kyogané comme c’était le cas avec Alec. Son âge peut être : c’était presque un adulte.

Presque immédiatement après l’avoir touché, le jeune homme fronça les sourcils et s’empara doucement de son bras gauche. Elle le récupéra vivement, se tournant vers lui :

-Je ne veux pas que tu guérisses ça ! Ordonna-t-elle en le foudroyant du regard.

-Ce n’est pas bien ce que tu fais là… Lui fit-il remarquer d’un air sévère.

Mimiko se crispa en entrant totalement dans la pièce et répondit froidement :

-Ca ne te regarde pas.

-Si tu le dis.

Anne Misser apparut à ce moment, sortant de son bureau, coupant sur le champ la discussion. Un élève sortit à sa suite et la brune cru le reconnaitre vaguement.

-Bien Mimiko, c’est à toi ! Appela la doctoresse en lui montrant un lit d’examen.

-Pourquoi est ce que je…

-Tous les participants de la troisième manche de la compétition d’arts-martiaux doivent faire des examens, répliqua Anne Misser en enfilant des gants.

-La compétition d’arts martiaux ? Mais je croyais qu’elle avait été suspendue ?

-… Jusqu’à ce que Chriss soit en état de reprendre, oui… Approuva la femme.

Un nouveau frisson la parcourut tandis que son cœur rata un battement.

-…Chriss ?! Répéta la jeune fille, puis continuant avec emportement : Le monde ici tourne autour de Chriss ou quoi ?!

La femme n’eut qu’un sourire pour réponse et l’obligea à ouvrir la bouche, ce qui imposa le silence quelques instant.

-Tu vas te battre contre elle, tu dois être excitée, non ?

-Pas le moins du monde, répliqua la brune avec un air pincé, croisant les bras.

-Ah bon ? Et que signifient ces lombaires nouées alors ? Demanda Kyogané en lui donnant une petite tape dans le dos.

-De l’exaspération.

-Si tu le dis…

-Vous deux, arrêtez un peu ! Intervint la doctoresse, son ton sévère quelque peu altéré par l’amusement. Sinon je vais en avoir pour une heure !

A ces mots, le grand garçon s’écarta pour se trouver une occupation. Une occupation qui lui permettrait d’observer sa cadette à sa guise.

Mimiko n’avait pas besoin d’être en face de lui pour sentir son regard curieux et amusé sur elle. Kyogané avait un détachement scientifique aux choses, c’est pourquoi elle ne s’en froissait pas.

-En réalité, j’ai aussi un ordre venant d’en haut à te transmettre, ajouta la jeune femme en lui prélevant une petite quantité de sang.

-Lequel ?

-C’est au sujet d’Alec, je l’ai d’abord mis au courant…

-Allez au fait.

-Vous allez avoir une autorisation particulière pour avoir accès au Bloc E et à ses emménagements d’entrainements dans le but qu’Alec t’apprenne le kung-fu.

-Pardon ?! Fit la jeune fille après un temps de silence.

Elle foudroyait Anne Misser du regard comme si ça pouvait la décourager de lui redonner ou expliquer son message.

-Toi et Alec avaient beaucoup de choses en commun dans votre ADN, même si ça ne se voit pas physiquement. Et vous avez été conçues la même année, le même jour, la même heure, la même minute et la même seconde. Vous devriez être capable de vous coordonner comme un seul homme.

-IMPOSSIBLE, la coupa Mimiko qui trouvait cette idée ridicule, vous l’avez vu ? Il est impossible que je m’entende un jour avec ce genre d’individu !

-Rien ne coute d’essayer…

-Si, de la patience, le reste des neuf vies de ce crétin et du temps ! Les examens de fin d’années arrivent bientôt, et il me faut plus que jamais réviser !

-Et le défi entre toi et Chriss ? Sans le kung-fu, tu n’arriveras pas à la battre. Ne crois pas que j’ignore ce qu’il se passe entre vous deux !

-Il ne se passe rien du tout entre Chriss et moi, articula froidement la jeune fille avant de marmonner en sautant du lit : J’en ai assez de tout ça…

-Si toutefois tu changes d’avis, votre salle d’entrainement est la 4E, Lança la doctoresse avant que la porte de l’infirmerie ne soit claquée sans douceur.

Oo_oO

Alec regarda la pièce s’assombrir au fur et à mesure qu’une nuit grise et humide tombait. Couché sur le parquet devant l’immense baie vitrée de la salle 4E, il restait silencieux, le regard grave. Quand il était seul, il ne pouvait s’empêcher de se sentir mal. C’était comme s’il s’enfonçait lentement dans un marécage de ténèbres, sans avoir pourtant envie de s’y dégager. Il était vide.

Il avait besoin des autres pour se sentir exister.

C’était avec une certaine angoisse qu’il en était arrivé à ce constat.

Des journées entières seul, dans l’obscurité de son caisson d’isolement, flottant dans un liquide oxygéné à attendre désespérément une étincelle de vie. Rien à voir avec l’oxygène liquide, avait-il apprit plus tard, et ses vertus cryogéniques. Les technologies du SEED étaient supérieures à tout autre. Rien d’étonnant pour une organisation militaire.

Comme il avait envie de voir cet endroit envahit par les flammes, être rongé jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des cendres…

Toute la journée, Alec avait attendu l’arrivée de Mimiko, prit d’impatience tout d’abord, puis d’un espoir qu’il trouvait maintenant ridicule.

En fait, elle s’en fichait de lui. Les appels de détresse qu’il lui lançait la laissaient de marbre.

Pourtant, lui, il avait entendu les siens. C’était probablement pour cela qu’il se sentait si proche d’elle.

Ils étaient jeunes, seuls, désespérés et ne se sentaient pas à leurs places. Et quand ils pensaient que personne ne les voyaient, ils lançaient des S.O.S dans les airs.

Du bout de son index, Alec traça lentement ces trois lettres dans la buée qui couvrait la fenêtre. Il savait que demain, il attendrait encore.

Rien de tout cela n’avait un sens.

Oo_oO

Dans un autre bâtiment, un autre doigt jouait sur la vitre : instinct des enfants qui sont entre l’enfance et l’adolescence, comme cueillir une fleur et marcher dans les flaques ou sur les rebords des trottoirs. Mimiko s’étonnait elle-même, avait-elle déja eut juste ce genre de comportements ?

Oui, il y avait très longtemps.

Pendant un instant, elle se revit, petite, écrivant son prénom sur les vitres de la voiture de ses parents. Ses poings se serrèrent alors en regardant ce prénom qu’arborait à présent la fenêtre à côté d’elle et du plat de sa main, l’effaça.

Tous ces moments de bonheur ne rimaient à rien. Etre enfant était une désillusion. On leur faisait croire à un monde tendre qui n’existait pas avant de les jeter dans les bras d’une réalité violente. Ces amours et ces amitiés ineffables étaient impossibles. Tout n’était qu’égoïsme, survie, hypocrisie, méchanceté et lâcheté.

Est-ce qu’elle-même était comme ça ? Elle voulait croire que non, mais il ne restait plus grand-chose de concret en elle. C’était comme si elle était déjà morte.

Elle regarda son reflet, si flou, sans visage.

Elle n’avait besoin que de la souffrance pour sentir son corps vivre, pour se sentir exister. Chaque pointe de douleur lui rappelait qu’elle était en vie, dans un monde de souffrance, l’Eden lui avait été refermé à la mort de Seika. Il ne pouvait plus y avoir de pardon pour elle, il n’y avait plus que l’Enfer de la survie et de la guerre.

Plus de Dieux, les démons étaient humains et elle les fréquentait tous les jours. Ils marchaient prés d’elle, parlaient prés d’elle, mangeaient prés d’elle. L’Enfer, c’était les autres.

A peine pensait-elle cela, que détournant la tête de la vitre pour revenir à ses révisions, elle tomba nez à nez avec Chriss qui s’était assise de l’autre côté de la table.

Mimiko ne savait pas comment réagir, elle fronça les sourcils en se demandant ce que cette vipère pouvait bien lui vouloir. Les yeux de Chriss étaient aussi indéchiffrables que les siens. Elles se fixèrent un long moment, brun dans le brun, puis Mimiko grimaça.

-Dégage, tu pollues mon espace vital, grommela t’elle.

Les lèvres de Chriss s’étirèrent doucement en un sourire agaçant, mais elle ne bougea pas.

Trop prés, elle était trop prés. Elle ne supportait pas que les gens l’approchent de moins d’un pas. Mais ce n’était pas à elle de reculer. Il fallait qu’elle lui montre qu’elle n’avait pas peur d’elle et surtout qu’elle ne s’intéressait pas à elle.

-Je suis impatiente de te combattre, déclara la blonde en passant le bout de sa langue sur sa lèvre supérieure. Je vais te faire souffrir jusqu’à ce que tu me supplies en pleurs d’arrêter…

Mimiko eut un reniflement dédaigneux, trouvant cette idée décidemment ridicule et secoua la tête d’un air agacé :

-Désolée de briser tes rêves, mais j’ai décidé de déclarer forfait. Je n’ai pas le temps de jouer à tes petits jeux ridicules.

Aussi vif qu’un courant électrique, le poing de Chriss envoya voler les livres présent sur la table, tandis que d’un mouvement, elle s’était mise sur ses jambes pour attraper le col de l’uniforme de sa vis-à-vis et l’attirer vers elle.

-Tu as peur de moi ou quoi ?!

-Absolument pas. Mais tu m’ennuies avec tes crises.

-Tu viendras et tu te battras contre moi, assura Chriss d’un ton plein de menace.

-Tu as l’air sûr de toi… Pourtant les règles sont les règles : un combattant a le droit de se retirer.

-Tu viendras… Répétât-elle en rapprochant encore plus leurs visages, avant de dire dans un souffle : Parce que c’est moi qui ai tué Seika !

Mimiko eut soudain l’impression d’être attirée dans un immense trou sans fond et toute assurance disparut en elle.

-C’est moi qui ai pris du plaisir à la voir mourir de peur, hurler, pleurer, à la voir se débattre pendant que je sectionnais morceaux par morceaux… Morceaux par morceaux, répéta la blonde en voyant l’effet que procuraient ces mots à la jeune fille prés d’elle.

Mimiko tremblait à présent de tout son corps, non pas de peur, mais comme un sol qui s’apprêtait à se fissurer dans un puissant vacarme pour entraîner dans sa chute toute forme de vie sur son passage...

-Pourquoi ? Demanda-t-elle dans un murmure.

Au sourire et à l’air victorieux qui se dessina à nouveau sur le visage de Chriss, la brune sut que c’était à cause d’elle. Seika était morte à cause d’elle.

-Ca t’amuse ?! Cracha-t-elle, sentant pour la première fois ce que pouvait être haïr. Ca t’amuse de détruire tout autour de moi ?!?!

-Oui, c’est amusant. Je veux te voir te tortiller de douleur. Je veux salir ton cœur. Je veux te voir ouvrir les bras à la Mort, anéantie par le désespoir. Je veux ton malheur. Je te veux.

-Pourquoi… Pourquoi toute cette haine gratuite ?

-Pourquoi ?! Je viens de te le dire : Ca m’amuse !!! Cet endroit est mon terrain de jeux et tous les gens qui y sont ne sont que mes jouets !!! Et toi aussi je vais te faire devenir mon jouet…

-Jamais… Jamais je ne serais ton jouet.

Mimiko agrippa les deux poignets de la jeune fille. Ils étaient si fins, dur et blanc qu’on avait l’impression de saisir un os. Un frisson de dégoût la parcouru avant qu’elle ne la projette en arrière.

Chriss atterrit sur sa chaise qui se renversa, l’envoyant à terre.

La brune frotta spasmodiquement ses propres poignets, réalisant pour la première fois la blancheur maladive de son ennemie qui se relevait. Sous la colère, des veines bleues se peignaient sur son long cou.

-Je retire ce que j’ai dit, annonça Mimiko en fermant un instant les yeux et par la même occasion son cœur : tu ne m’ennuie pas, tu me dégoûtes.

Ce fut au tour de Chriss de trembler de fureur, elle pinça ses fines lèvres au point de les faire disparaitre puis, s’emparant de la chaise, elle la lança avec toute sa force sur Mimiko qui l’évita d’un saut sur le côté.

Mais elle ne prévit pas l’attaque suivante et une immense flamme vint la toucher au visage. Sous la brûlure, Mimiko eut le réflexe de couvrir ses yeux et de reculer, tombant sur l’étagère d’une bibliothèque.

Celle-ci bascula et, dans un magnifique effet de domino, précipita les étagères suivantes dans le méli-mélo de cris des autres étudiants.

Chriss éclata d’un rire puissant, avant de s’arrêter brutalement en entendant un grincement derrière elle. En un éclair elle se souvint que la bibliothèque était en forme de cercle, mais elle ne fut pas assez rapide pour éviter d’être écrasée sous l’étagère.

Oo_oO

Une main sur un front brûlé et douloureux, les yeux humides, Mimiko se trainait le long d’un couloir vide, fuyant le chaos engendré dans la bibliothèque.

Dans sa tête, des pointes de douleurs lui vrillaient le crâne, mais ce n’était rien face à ce qu’hurlait son cœur.

-Je la hais, je la hais, je la hais, je la hais, JE HAIS CET ENDROIT !!!

Elle arriva finalement à l’endroit voulu, mais aveuglée par la brûlure, elle ne voyait qu’un flou de couleur et se laissa tomber sur le tatami, dos contre terre.

Cette fois-ci, une petite servante ne viendrait pas à son chevet pour apaiser sa solitude et ses blessures.

Elle était seule.

Pourtant, elle entendait vaguement le bruit d’un cri, suivi de pas saccadés. Ouvrant les yeux, elle aperçut une silhouette floue penchée sur elle.

-Sei… Seika ?

Une main douce poussa la sienne et se posa sur son front, apportant une fraicheur bienvenue. Automatiquement, Mimiko pressa cette main pour l’appuyer plus fermement contre les endroits où ça faisait mal.

-Eh là, doucement !

Petit à petit, sa vue redevint normale et le visage d’un jeune garçon apparut. Ses yeux marron étaient comme deux feux de bois et quelques mèches rousses tombaient sur son front.

-Alec ?

Il l’aida à se redresser, gardant sa main sur la brûlure, il eut un petit sourire gêné.

-Eh oui, ce n’est que moi.

Si Mimiko avait pût, elle se serait mise à pleurer sur sa bêtise. Oui, depuis tout ce temps, il était là, et elle ne l’avait pas remarqué, elle s’était contenté de le chasser comme un moucheron embêtant.

-Comment tu fais ça ? Se contenta-t-elle de demander.

-Je sais pas, c’est en mon pouvoir, je peux créer du feu, mais je peux aussi le retirer. Ca n’enlève que la douleur, tu devras quand même passer voir Kyogané.

Il retira sa main et effectivement, la jeune fille ne sentait plus rien. Elle se releva et se détourna.

-Alec ?

-Oui ?

-Est-ce que je peux avoir confiance en toi ?

La question sonnait comme une prière désespérée, mais pour le garçon, elle fit l’effet d’un feu ronronnant de cheminée.

-Bien sur, après tout, ne sommes nous pas Alter-Ego ? Nous sommes nés pour être ensemble.

Il se mit sur ses pieds à son tour et s’approcha de Mimiko.

-Je jure que jamais je ne te ferais de mal, continua t’il. En échange… Ne me laisse plus seul.

Elle se retourna et les deux enfants se retrouvèrent face à face, même taille, même sérieux dans les yeux.

-Toi non plus, tu ne devras pas me laisser seule.

Ne meurs pas à cause de moi comme Seika.

-Je le promets.

Mimiko joignit ses mains à celle du garçon qui se laissa faire et appuya son front contre le sien, fermant les yeux et soupirant de soulagement :

-Dans ce cas, je te fais la promesse que nous serons toujours ensemble.

A suivre…


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